Il y a de nombreuses demeures dans la cathosphère

blogVendredi 26 juillet, dans le Monde, Samuel Laurent a écrit un article sur l’Institut de formation politique, une organisation libérale-conservatrice souhaitant former de futurs cadres politiques.

L’article est bien documenté, il est instructif, mais il y a quelques points discutables sur lesquels je souhaite revenir.

En décrivant l’IFP, Samuel Laurent nous présente un aperçu du monde libéral-conservateur français qui est montré comme ayant des connexions avec l’extrême droite et avec des organisations catholiques, des mouvements pro-vie et pro-famille… Ainsi, il fait une assimilation claire entre libéral-conservatisme et « droite de la droite ». Cette assimilation est vraie pour certaines organisations qu’il cite : l’IFP, Polémia ou des pure player comme Nouvelles de France ou Contrepoint qui sont en effet très à droite. De même pour certains noms cités (Jean-Yves Le Gallou ou feu Dominique Venner) qui sont des figures de l’extrême droite et proches du FN.

Mais, outre le fait que certains libéraux-conservateurs (LibCons) ne se reconnaissent pas dans cette droite extrême, il y a des raccourcis gênant : pourquoi donc mettre la Manif pour tous (LMPT) ou Vita dans cette même nébuleuse ? Etre pro-vie suffirait-il pour être « LibCons » ?  Lire la suite

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Découpage régional et décentralisation

Les régions françaises et leurs blasonsLa décentralisation est une question politique essentielle. Elle s’intéresse au plus près de la vie démocratique car elle tente de réduire la distance entre les citoyens et leurs représentants. Elle est liée à des principes politiques fondamentaux : le principe de subsidiarité et la participation des citoyens.

Malheureusement cette question est peu médiatisée. Elle est pourtant au cœur du débat politique actuel avec le projet de réforme des collectivités territoriales initié par le gouvernement. Surnommé acte III de la décentralisation, il vise à rendre plus simple et plus efficace l’actuelle organisation territoriale.

Sur le site du Courant pour l’Ecologie humaine, j’ai abordé cette question en cherchant quelques points de repères pour une réflexion sur ce sujet. Je vous renvoie à ce texte.

J’aimerais ici parler d’un aspect particulier de la décentralisation : le découpage des régions françaises et le choix des critères définissant les périmètres régionaux.  Lire la suite

Quelle stratégie pour un engagement politique après les Manifs pour tous ?

Mariannes pour tousLa loi instituant le mariage pour tous a été votée, promulguée, le premier mariage unissant deux hommes a été célébré… Alors c’est fini ? Les neuf mois de manifestations, happenings, de pression médiatique, politique, ces longs mois de luttes où des centaines de milliers de personnes ont été mobilisées, où ces personnes ont été ignorées et même pour certaines réprimées par le gouvernement, ce long combat a-t-il été mené pour rien ?

Non, je ne le crois pas. Certes, le temps du slogan « Taubira ta loi on en veut pas » est dépassé. Le temps du combat contre le projet de loi Taubira est terminé, mais nous entrons dans une nouvelle étape politique. Cette fois-ci, le théâtre des opérations ne sera plus dans la rue, mais dans les urnes… à condition que nous nous organisions avant. Lire la suite

La violence et la non-violence

La violence et la non-violenceJe laisse exceptionnellement la plume à Iris, ma fiancée. Elle a voulu me souffler une idée de billet, mais je lui ai proposé de l’écrire elle-même et de le publier sur mon blog.

4ème de couverture : « Les Goûters Philo aident les enfants à réfléchir sur les questions importantes qu’ils se posent. Toute une série de livres clairs, directs et drôles pour éveiller aux idées. »

Celui-ci parle de « La violence et la non-violence ». Un livre pour enfants à partir de 8 ans, car la philo peut être mise à la portée de tous.

En week-end chez mes parents, j’ai retrouvé ce petit bouquin que j’avais lu il y a quelques années. J’ai eu envie de le relire, pour me rafraîchir la mémoire et avoir un peu plus les idées au clair sur ce qu’est la non-violence, puisque le mouvement des Veilleurs qui est en train de se développer depuis quelques semaines se réclame de la non-violence.

Dans le même temps, j’ai vu sur les réseaux sociaux que Vivien Hoch ferait bien lui aussi de lire ce livre, car ce chercheur en philosophie est présenté comme « une figure des Veilleurs » alors qu’il ne cesse d’avoir un comportement violent. Précisons tout de suite qu’il n’est pas dans le staff des Veilleurs, et que s’il leur a peut-être donné quelques coups de main, il n’est pas représentatif du mouvement.

Voici quelques citations du livre, qui donnent des pistes sur l’attitude à avoir face à la violence :

« Dans le cercle de la violence, on est comme dans un tourbillon : aspiré, entraîné, incapable d’en sortir. Un seul moyen pour ne pas être aspiré : ne pas y entrer. Dès que l’on détecte la moindre petite violence, refuser d’y répondre. »

« Se montrer fort en face de la violence ne veut pas dire être violent. Se montrer fort prouve que l’on est capable de dompter la violence, de briser le cercle, et cela prouve qu’on veut le faire, qu’on y est décidé. »

« Répondre à la violence par la violence veut dire que nous ressemblons à celui qui agresse, que nous acceptons sa violence, puisque nous nous y mettons, nous aussi. »

« Si on répond à la violence par la non-violence, on dit à celui qui est violent qu’on ne parle pas la même langue que lui. On lui dit qu’on ne comprend pas sa langue, qu’on ne comprend pas le langage de la violence, qu’il ne sert à rien. »

« Un non-violent est quelqu’un qui est agressé par des injustices, par des violences, et qui décide de ne pas utiliser l’arme de la violence pour se battre. C’est quelqu’un qui décide de renoncer à la violence, même s’il continue à être victime d’injustices, même s’il risque sa vie. »

« La non-violence demande beaucoup d’imagination, d’intelligence, de patience et de persévérance. »

« L’escalade de la non-violence a commencé. Le sommet, c’est l’objectif que l’on veut atteindre. Pour l’atteindre, il faut grimper et être capable de faire de plus en plus d’efforts. En franchissant des niveaux de plus en plus difficiles, on montre à l’adversaire qu’on ne plaisante pas : personne ne fournit autant d’efforts pour un simple caprice. La tactique de la non-violence n’est jamais facile ; il faut y croire, s’accrocher, mais elle montre que l’on veut vraiment atteindre le sommet, l’objectif, que le combat est juste, que ça vaut le coup. La non-violence peut faire très peur : voir des milliers de personnes manifester dans le silence, le calme total, est très impressionnant. On sent leur volonté, leur puissance, à travers la force qu’ils montrent en se maîtrisant. Une force bien plus grande que ceux qui cassent tout. »

« Éviter les conflits, cela ne veut pas dire que le monde doit être peuplé de mous, de lâches, de gens qui s’écrasent ou partent en courant dès qu’il y a un désaccord. Au contraire. Cela veut dire un monde peuplé de gens préoccupés de ce qui se passe autour d’eux, de gens présents, attentifs, vigilants, pour détecter les endroits où les conflits sont en train de naître. Des gens capables d’utiliser leur intelligence, leur énergie, leur volonté, leur courage, leur persévérance pour résoudre les problèmes avant qu’ils ne se transforment en conflits. »

On ne peut pas narguer les policiers et se réclamer d’être un non-violent.

Toutefois, l’hymne des Veilleurs étant « l’Espérance », nous pouvons espérer que ce jeune homme se rende compte de ses incohérences, et qu’il choisisse la non-violence pour de bon. La non-violence s’apprend, il existe des techniques à appliquer. Nous pouvons lire Gandhi et tous ceux qui ont expérimenté la non-violence avant nous.

En attendant, on ne peut pas présenter Vivien Hoch comme un Veilleur, car sa démarche n’est pas claire.

Les Veilleurs, c’est un mouvement spontané et naissant dont il faut protéger l’inspiration, qui est fondée sur la non-violence. Il faut faire attention à ceux qui voudraient récupérer le mouvement, pour qu’ils ne le fassent pas tomber dans la violence. Ça pourrait arriver sans même qu’ils le fassent exprès, en étant simplement inconscients de leur propre violence.

Pour finir, je vous laisse lire la belle lettre d’encouragements que le père Daniel-Ange a adressé aux Veilleurs, qui nous ramène à l’essentiel.

Frédéric Ozanam : la charité, la justice et la lutte des classes

Révolte des CanutsFrédéric Ozanam a connu une France en pleine mutation. Né en 1813 et mort en 1853, il a vécu à une période où la société française s’est radicalement transformée tant d’un point de vue politique que social. Politique car il a connu cinq régimes. Social parce que cette période est celle de la Révolution industrielle qui a complètement modifié les classes sociales et les rapports économiques et sociaux dans le pays. Rapidement, une nouvelle société s’est construite avec d’un côté une bourgeoisie industrielle riche et puissante, de l’autre une classe ouvrière pauvre et nombreuse. Les changements politiques de la France ont accentué cette mutation. Ozanam a connu cinq régimes politiques : l’Empire de Napoléon 1er, la Restauration à partir de 1815, la Monarchie de Juillet en 1830 avec le Roi des Français Louis-Philippe 1er (curieux monarque qui n’avait pas de légitimité et qui s’inspirait des principes de 1789), la IIème République en 1848 et enfin le second Empire en 1852. La France changeait et certains régimes, comme la Monarchie de Juillet, ne refusaient rien à la nouvelle classe qui dirigeait l’économie du pays…

La Révolution industrielle a entraîné un exode rural qui a rempli les villes de populations ouvrières misérables. Ozanam a connu le Paris de 1831 qui est celui que décrit Victor Hugo dans les Misérables. Les ouvriers travaillaient durement, tous les jours, toute la journée, dans des conditions catastrophiques. Ils recevaient un salaire de misère et vivaient dans des taudis. Aucunes vacances, aucun repos, aucune protection en cas de maladie, pas de retraite : il était difficile pour eux d’élever leur famille et de vivre décemment. Lire la suite

Les Veilleurs de l’espérance

VeilleursLe vote solennel de la loi élargissant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe a eu lieu hier, le 23 avril.

Nous aurions pu être tristes, abattus, défaits. Nous aurions pu nous lamenter. Nous aurions pu ranger nos sweats, drapeaux et pancartes.

Et pourtant non, tout le contraire s’est produit. Nous avons continué de manifester, mais surtout, après la manif autorisée par la Préfecture de Police, il y a eu la nuit des Veilleurs. Lire la suite

Chronique d’un changement de civilisation

Les Temps ModernesFrédéric Ozanam se serait-il douté que le 23 avril 2013, soit deux cents ans après sa naissance le 23 avril 1813, la France allait élargir le mariage et l’adoption aux couples de même sexe ? Je ne tiens pas à faire parler les morts, je ne sais pas ce qu’il aurait dit s’il avait vécu aujourd’hui…

Mais ce qui est vrai est que notre époque a une similitude avec la sienne : la première moitié du XIXeme siècle a été le théâtre d’un grand changement de société. Lire la suite

Au-delà d’un million

La Manif pour tous, avenue de la Grande Armée“Au-delà d’un million, le gouvernement vacille” disait François Mitterrand. Il savait de quoi il parlait. En 1984, son gouvernement avait retiré une loi déjà votée devant une manifestation géante.

Céder devant la pression populaire n’est pas un phénomène rare. Les grands mouvements populaires parviennent généralement à leur fin. Cela est normal : la démocratie ne se joue pas seulement lors des élections, au Parlement ou dans les mécanismes institutionnels. La démocratie est aussi à l’oeuvre dans les corps intermédiaires et dans les collectifs spontanés qui parviennent à rassembler un très large public. Lire la suite

Jacques Attali et le Meilleur des mondes

MainTranshumanismeJacques Attali serait-il un « technoprophète » ? C’est-à-dire un de ces étranges intellectuels annonçant, avec délectation, les transformations futures de l’espèce humaine grâce aux miracles de la technique ? Nous pouvons nous poser cette question en lisant son article dans Slate « Vers l’humanité unisexe ». En effet, ce court document nous décrit une humanité mue par un désir d’égalité, de liberté et d’immortalité qui la pousse à se servir du progrès technique pour concrétiser ce désir… Le résultat ? Un monde de stricte égalité, d’indifférenciation, entre les sexes et les orientations sexuelles où la sexualité serait totalement séparée de la procréation, où les enfants seraient conçus par ectogenèse, c’est-à-dire dans des utérus artificiels. Ainsi la femme serait pleinement libérée de l’enfantement ! Il imagine un monde de sexualité libre, d’unions libres, sans aucun mariage, où l’humanité s’est affranchie de tout y compris de la mort ! Oui, la mort, car la technique permettrait de libérer l’Homme de son funeste destin… ou tout au moins de le retarder.  Lire la suite

L’écologie pour tous

Un des slogans de la Manif pour TousLe grand mouvement de la Manif pour tous serait-il le point de départ d’une révolution écologique ? Nous pouvons nous poser cette question car Tugdual Derville, un des membres du collectif Manif pour tous, a déclaré :

« Un mouvement “d’écologie humaine” est en train de se lever. » Et il précise : « Nous ne nous battons pas pour notre intérêt propre, mais pour défendre un bien précieux pour tous que nous n’aurions jamais imaginé menacé. Ce bien – le fait que tout être humain est issu de la complémentarité d’un homme et d’une femme – est une réalité qui vient de la nuit des temps. Propre à l’humanité, il est à l’origine de chacun d’entre nous. Or une loi prétend effacer cette réalité. (…) Je vois des similitudes entre ce mouvement et la naissance de l’écologie politique il y a quelques décennies. Au départ, ce fut la rencontre d’associations de défense de milieux naturels menacés et d’experts visionnaires faisant émerger une question que l’on ne pensait pas avoir à se poser un jour : quelle Terre allons-nous laisser en héritage aux générations futures ? À l’époque, beaucoup de chrétiens[1] faisaient d’ailleurs partie de l’aventure. Il est stupéfiant que ceux qui, actuellement, prétendent incarner l’écologie aient oublié ce qui fait l’essence de l’humanité et soient aux antipodes de notre préoccupation. Pourquoi passer sous silence le repère le plus naturel qui soit : que tout enfant vient d’un homme et d’une femme ? La protection des plus vulnérables devrait s’effacer devant la toute-puissance ! »

Tugdual Derville s’interroge devant le positionnement d’Europe-Ecologie-les-Verts (EELV) : comment peut-on défendre, en même temps, l’écologie et un mariage « pour tous » qui permet de créer des filiations fictives ? Pire : EELV défend la procréation médicalement assistée (PMA) qui « fabrique » des enfants coupés de leurs filiations à grands renforts de prouesses biotechnologiques… Les Verts seraient-ils en pleine contradiction ? Lire la suite

PMA : Valls hésitation

manu vallsManuel Valls est-il contre l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de lesbiennes ?

Dimanche 20 janvier, il a déclaré à l’émission Dimanche+ : « Je ne voterais pas la PMA dans le texte de loi sur le mariage pour tous et l’adoption », après avoir dit un NON ferme à la question : « Si vous étiez député socialiste, voteriez vous en faveur de la PMA, à la fin du mois voire en mars ? » Il a justifié sa position en disant que « La PMA, c’est un sujet extrêmement compliqué » et que cela « mérite un débat approfondi (…) long et fourni. Ce sont des questions très lourdes ».

Intéressantes déclarations, mais font-elles de Manuel Valls un opposant à la PMA ? Non, car son opposition ne porte pas sur la PMA, mais sur l’opportunité d’un vote au Parlement à la fin du mois ou même en mars. Manuel Valls ne se prononce pas sur le fond du sujet mais sur la forme : il réclame un « débat approfondi (…), long et fourni ». Fait-il allusion par là à des Etats-généraux comme ceux mentionnés dans la loi de 2011 sur la bioéthique ? C’est possible et ce serait un changement car nous savons que le gouvernement socialiste en a cure de cette disposition légale…

Mais une autre interprétation de cette « Valls hésitation » est possible : le gouvernement n’est pas à son aise sur ce sujet. Le mariage pour tous, et à plus forte raison la PMA, sont contestés par un mouvement populaire qui a réussi à lever plus d’un million de personnes le 13 janvier. Le gouvernement n’a donc pas le choix, pour faire passer le mariage pour tous et l’adoption, il est obligé de repousser la PMA et de taire, pour l’instant, la gestation pour autrui (GPA). Cela a pour conséquence l’abandon du vote de la PMA dans le même texte que le mariage, et son ajournement à une prochaine loi sur la famille. Avec un débat public et la liberté de vote des députés socialistes ? C’est possible, ce serait alors une forme de compromis visant à prioriser le passage (en force bien-sûr) du mariage pour tous.

Mais ne nous leurrons pas, l’ajournement de la PMA, et le passage sous silence de la GPA, appartiennent à la logique de la grenouille ébouillantée. Comme un pauvre batracien dans une casserole d’eau froide dont la température monte lentement jusqu’à ébullition, l’opinion publique n’est pas brusquée par des mesures sociétales fondamentales survenant d’un seul coup. On procède par étape. Le mariage pour tous et l’adoption d’abord, avec un semi-débat, puis la PMA avec un débat et enfin la GPA remise à plus tard.

Les propos de Valls obéissent très certainement à cette logique. Exactement comme Elisabeth Guigou en 1999 qui voulait faire passer le PaCS en le séparant de la filiation. Son discours vibrant sur la différence des sexes était une manipulation, bien assumée depuis. C’est aussi le cas de Najat Vallaud-Belkacem qui se prononce actuellement contre la GPA, alors qu’elle y était favorable il y a un an… Tout est stratégie, il ne faudrait surtout pas que la grenouille prenne conscience trop vite que l’eau est en train de bouillir.

Le discours anesthésiant de Manuel Valls ne doit pas nous faire oublier une chose essentielle : le mariage, dans le droit civil, est intimement lié à la filiation. Ainsi, le projet de mariage pour tous le lie clairement à l’adoption et à la filiation. Si le mariage est ouvert aux homosexuels, il ouvrira les portes à la PMA. Il serait en effet discriminant que les couples mariés hétérosexuels y aient accès et non les couples mariés homosexuels. Si la PMA est ouverte pour les couples mariés lesbiens, pourquoi n’en serait-il pas de même pour les couples d’hommes ? Ainsi, la GPA serait automatiquement justifiée pour les couples d’hommes…et finalement pourquoi pas pour tous afin de ne faire aucune discrimination ?

La logique est imparable et la Valls hésitation de Manuel et des socialistes ne fait que retarder les nouvelles lois qu’ils veulent mettre en place. Nouvelles lois qui sont revendiquées clairement par le lobby LGBT, hormis la GPA qui est moins ouvertement dans les tuyaux. Celle-ci est tout de même demandée, il suffit de se référer au document du Monde de 2011, et aux propos de Pierre Bergé, mais l’inter-LGBT et le gouvernement ne la mettent pas en avant : ce sera une étape suivante.

Ainsi, il est logique que, quand on est contre l’adoption, la PMA et la GPA, nous soyons aussi contre le mariage pour tous… Ce qui ne nous empêche pas de proposer à la place une alliance civile qui ne touche pas le régime de la filiation.

Faut-il un référendum sur le mariage pour tous ?

ReferendumLa question du référendum est arrivée au cœur du débat sur le mariage pour tous. Certains députés de l’opposition ont décidé de déposer une motion référendaire. L’idée fait son chemin : en pleine séance de questions au gouvernement, l’opposition a scandé le slogan « Ré-fé-ren-dum »… ils étaient nombreux à le clamer, la formule a du succès.

Le gouvernement tient tête, sa réponse est non, non et non… ce qui s’explique : si le référendum a lieu, les Français sanctionneront le gouvernement au lieu de répondre à la question posée… du moins pour une bonne partie des électeurs. Au vu de la popularité du gouvernement, Hollande-Ayrault préfèrent éviter cette option, en mettant en avant l’impossibilité constitutionnelle d’une telle consultation et non le risque politique.

Nous n’aborderons pas la question de la constitutionnalité du référendum. Le juriste Nicolas Mathey a abordé cette question avec justesse, et la réponse est loin d’être évidente… disons simplement que le référendum n’est « pas impossible ». C’est plutôt la question de l’opportunité que nous allons voir. Lire la suite

1984

Manifestation 24 juin 19841984 est un millésime souvent cité ces derniers temps. Une année symbole évoquée pour deux raisons différentes : la grande manifestation du 24 juin 1984 pour l’enseignement libre, 2 millions de personnes dans la rue qui ont fait reculer le gouvernement de Pierre Mauroy ; mais aussi le célèbre roman de George Orwell : 1984, qui est l’une des plus terrifiantes et prophétiques contre-utopie de l’histoire de la littérature. Lire la suite

L’alibi de l’homophobie

Manif LGBT« L’homosexualité perçue de manière positive par 90% des Français.» C’est la conclusion du sondage Ifop diffusé le 14 décembre par France Inter. Bien sûr ce n’est qu’un sondage, mais il a été effectué par un grand institut et commandé par une association gay. Il ne peut donc être soupçonné de manipulation en faveur d’organisations hostiles au lobby LGBT qui affirmeraient qu’il n’y a presque plus d’homophobie en France. Ce chiffre révèle une très nette évolution en faveur des personnes homosexuelles : en 1996, seuls 67% des sondés étaient de cet avis, et en 1986, 54%. Cette opinion favorable indique un net recul de l’homophobie, ce qui est une excellente nouvelle.

Nous pouvons comparer ce chiffre avec ceux concernant l’opinion vis à vis du mariage pour tous et de l’homoparentalité. Le plus récent est le sondage Ifop du 16 décembre : 60% des sondés sont pour l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe, et 46% sont favorables à l’adoption. Mais alors, pouvons-nous conclure que les 40% de sondés qui ne sont pas favorables au mariage pour tous, et que les 54% en désaccord avec la possibilité d’adopter sont de funestes homophobes ? Non, car si on en croit le premier sondage, qui dit que 90% des Français perçoivent l’homosexualité de manière positive, les 40% de personnes opposées au mariage pour tous, et les 54% qui sont opposés à l’adoption devraient être contenus dans les 10% qui ne perçoivent pas l’homosexualité de manière positive, si c’était le cas.  Lire la suite

Mariage pour tous : pour des états-généraux de l’enfant

Le gouvernement semble déterminé à faire voter le projet de loi sur le mariage pour tous et l’homoparentalité sans organiser de débat national. Malgré un ajournement du projet à janvier 2013, nous ne voyons pas venir de grand débat, d’états-généraux de la famille traitant de la question essentielle de l’enfant adopté, ou procréé avec assistance médicale, au sein d’un couple homosexuel marié.

Il s’agit d’un fâcheux oubli, parce qu’une telle démarche ne peut pas faire l’impasse d’un débat national à cause de la loi de 2011 sur la bioéthique, mais aussi en raison des promesses du candidat Hollande de respecter les corps intermédiaires. Lire la suite

Mariage et PMA pour tous ? N’oublions pas de respecter la loi de bioéthique !

Le gouvernement aurait-il un trou de mémoire ? Dans sa détermination à vouloir étendre, sans débat public, le mariage aux couples de même sexe, ainsi que l’adoption et la procréation médicalement assistée (PMA), il a oublié un point essentiel. Lequel ? Celui-ci : l’article 46 de la loi du 7 juillet 2011 relative à la bioéthique dispose que « tout projet de réforme sur les problèmes éthiques et les questions de société soulevés par les progrès de la connaissance dans les domaines de la biologie, de la médecine et de la santé doit être précédé d’un débat public sous la forme d’états généraux. »

L’ouverture de la PMA pour les couples de femmes homosexuelles est une nouveauté, une question de société permise par les progrès de la science. Si on suit la lettre et l’esprit de la loi de 2011, le recours à des états généraux est donc obligatoire. Le gouvernement aurait-il oublié cette disposition légale au risque de voir son texte être en totale contradiction avec le reste du droit ?

Ce raisonnement peut s’étendre aussi au mariage et à l’adoption, tant ces sujets posent de grandes questions éthiques.

Le député Jean Leonetti a adopté ce raisonnement dans un communiqué de presse paru ce jour. Il développe les arguments cités plus haut et surtout, il les étend au mariage et à l’adoption. Il considère cette extension normale car le projet entend redéfinir des notions de « père » et de « mère », et aussi à cause de l’impact à l’encontre de la santé des enfants. Jean Leonetti a raison d’interpréter ainsi la loi de 2011 car le mariage pour tous et l’homoparentalité sont d’importantes questions de sociétés. Peut-on concevoir une réforme aussi essentielle sans états généraux, sans débat ?

Cette question du débat national n’est donc plus seulement un problème politique mais aussi une question juridique : si le projet de loi passe sans états généraux, il sera voté sans respecter la procédure de la loi de 2011… qui n’est qu’une loi ordinaire, donc au même niveau que la future loi dans la hiérarchie des normes. Alors, qu’en sera-t-il ? Le Conseil constitutionnel l’invalidera-t-il, inaugurant ainsi une jurisprudence originale ? Peut-être, car l’organisation d’un débat public pour une question de société aussi essentielle est un principe fondamental, inhérent à toute démocratie. Il serait donc logique que les sages du Palais royal reconnaissent cette règle, comme il se doit, ou que le gouvernement décide de respecter la loi.

Suicide assisté : les effets psychologiques sur les proches

Dessin de Luc Tesson illustrateur pour Alliance Vita : http://www.alliancevita.org/

L’Université de Zurich a récemment publié dans la revue European psy[1], une étude sur les personnes ayant participé au suicide assisté d’un proche. 85 personnes ont été interrogées et suivies par les universitaires. Le résultat est accablant et a beaucoup circulé en Suisse : une personne sur quatre souffre de maladie psychique après avoir participé à un suicide assisté. 20% de syndrome de stress post-traumatique et 16% de dépression. Et oui, soulager une personne de la souffrance en l’aidant à mourir génère à son tour d’autres souffrances… Lire la suite

Le mariage civil est-il d’inspiration catholique ?

Le projet de loi sur le mariage pour tous, révélé en avant-première par La Vie, mentionne quelque chose de surprenant dans son « exposé des motifs ».

Il dit : « Ce mariage laïc, (…) pour l’essentiel transpose les règles du droit canon ». Cette affirmation est fausse : non, la première loi instituant un mariage civil en France n’est pas une transposition du droit canon. Pourquoi ? Rappelons d’abord quelques faits. Le mariage civil a été mis en place par deux lois votées le même jour, le 20 septembre 1792 : la loi organisant l’Etat civil et la loi sur le divorce. Ces deux lois sont les derniers textes votés par l’Assemblée législative. Depuis le 10 août 1792 le Roi est déposé. La monarchie constitutionnelle est mourante et le lendemain, 21 septembre, la première République de l’Histoire de France a été proclamée. Ces lois sont donc votées dans un contexte révolutionnaire très hostile à l’Eglise : dix jours plus tôt eut lieu le massacre de septembre où de nombreux prêtres réfractaires ont été exécutés. La constitution civile du clergé a été rejetée par Rome et la République qui suivi préféra un très déiste culte de l’Etre suprême à la religion catholique. De plus, la monarchie constitutionnelle en place avait une inspiration très libertaire, loin de la doctrine catholique.

Dans un tel climat anti-catholique, peut-on imaginer que le premier mariage civil soit d’inspiration chrétienne ? C’est difficilement concevable. Mais surtout, c’est le contenu de ces lois et la philosophie qui en constitue les soubassements qui démontrent cette non-transposition.

Les lois du 20 septembre obéissent aux dispositions de la Constitution de 1791, Titre II, article 7, qui définit le mariage comme un contrat : « La loi ne considère le mariage que comme contrat civil. » Le mariage n’est plus une institution mais un contrat organisant la vie commune, contrat passé devant l’autorité civile. Comme tout contrat, il peut être défait selon la volonté des parties à la différence du mariage religieux qui est indissoluble. Ce caractère révocable est dans l’esprit de cette constitution très libérale qui considère des engagements définitifs comme contraire aux droits naturels. En préambule ce texte dispose clairement : « La loi ne reconnaît plus ni voeux religieux, ni aucun autre engagement qui serait contraire aux droits naturels ou à la Constitution. » Outre la suppression définitive de tous les vœux monastiques et sacerdotaux, l’engagement indissoluble du mariage est lui aussi banni et considéré comme contraire aux droits naturels.

La particularité du mariage civil est donc sa révocabilité et la loi de 1792 allait beaucoup plus loin que le mariage civil actuel. Le divorce était possible pour faute de l’un des conjoints, par consentement mutuel, et par répudiation due à une incompatibilité d’humeur. La procédure était simple, il suffisait de se « démarier » en retournant devant le maire ! Le divorce n’est pas la seule caractéristique de cette loi de 1792. Le premier mariage civil autorisait la consanguinité. Ainsi, un oncle pouvait épouser sa nièce ! Alors que le droit canon interdisait ce type d’union ainsi que pour les cousins jusqu’au quatrième degré.

Ces dispositions révolutionnaires furent en partie supprimées en 1804 avec le Code civil de Napoléon Bonaparte. Celui-ci adopta une formule plus stable bien qu’ayant une inspiration étrangère au droit canon : le droit de la famille, tel que mis en place par le code Napoléon, est pour l’essentiel tiré du droit Romain. Le mariage civil de 1804 sera la base du mariage civil actuel, même si celui-ci a connu moultes modifications depuis : notion d’autorité parentale à la place de la puissance paternelle (loi du 4 juin 1970), divorce par consentement mutuel (loi du 11 juin 1975) etc. Et je ne mentionne pas les tentatives de supprimer le divorce et son rétablissement au gré des changements de régimes au XIXème siècle (il sera définitivement installé en 1884).

Le divorce, qui plus est très libéralisé comme en 1792, est la marque d’un mariage d’inspiration libérale et laïque. Le mariage religieux est tout autre. L’indissolubilité est la caractéristique du mariage chrétien : « on ne sépare pas ce que Dieu a uni (Mt 19-6)» selon les propos du Christ qui définissait l’interdiction de la répudiation. Il s’agit d’un des rares cas où Jésus parle du mariage et il parle justement de son refus du divorce, discours plus ferme que la loi juive qui autorisait la répudiation. Pour l’Eglise, le mariage est une institution naturelle voulue par Dieu. Bien qu’il repose sur le consentement des époux, il ne peut être défait par les Hommes car ce consentement est validé, béni, par Dieu lui-même.

Il est très surprenant que le gouvernement considère le mariage civil comme étant une transposition du droit canon. Une telle affirmation est non-seulement fausse mais absolument contradictoire avec le caractère libéral-libertaire du mariage pour tous. En effet, le mariage pour tous a la même inspiration libérale que la loi de 1792. Bien sûr, l’homosexualité n’était pas encore reconnue au XVIIIeme siècle. Elle était encore taboue et perçue comme anormale. Néanmoins, le soubassement idéologique est rigoureusement le même… Or, au lieu d’inscrire cette réforme dans une suite du mariage révolutionnaire, le gouvernement veut rompre avec l’héritage de 1792 en le percevant comme un mariage crypto-chrétien !

En nous faisant croire que le mariage civil est un résidu du droit canon, le gouvernement élimine toute possibilité de débat. Ainsi, les défenseurs du mariage hétérosexuel seraient de sinistres théocrates, nostalgiques d’une chrétienté où le code de droit canonique faisait office de code civil. Mais voilà, le mariage civil n’est pas catholique, et les opposants au mariage pour tous ne sont pas de sombres inquisiteurs. Le mariage est l’affaire de tous, ses défenseurs se rencontrent partout : nombreux psychiatres, philosophes, juristes, qu’ils soient croyants ou non, défendent la famille hétérosexuelle et monogame.

Un grand débat national doit donc avoir lieu.

#EGC : Le mariage gay, un changement de civilisation ?

Le mariage gay constitue-t-il une première étape vers un changement de civilisation ? Cette question importante sera discutée aux prochains Etats généraux du Christianisme du 12 au 14 octobre prochain à Strasbourg. L’avant-projet de loi sur le mariage pour tous, révélé en exclusivité par La Vie, permet d’apporter des éléments de réponse à cette question. Sans développer sur le contenu du projet, il faut préciser qu’il ne s’agit nullement d’un mariage gay qui serait une sorte de PACS amélioré distinct du mariage civil. Non, le projet est plus important car il entend modifier les articles du Code Civil sur le mariage pour l’étendre aux couples de même sexe. Il s’agit donc d’une profonde réforme du mariage et de la famille, non d’un « mariage bis ».

Le projet de loi est précédé d’un texte exposant sa raison d’être. Il explique que le mariage était une « Prérogative exclusive de l’église durant l’Ancien régime, le mariage civil, révocable et enregistré en mairie a été institué par la loi du 20 septembre 1792. Ce mariage laïc, qui pour l’essentiel transpose les règles du droit canon, n’a toutefois pas été défini par le code civil. » Arguments historiques à la clé, le gouvernement affirme que l’Etat s’est contenté de se substituer à l’Eglise pour encadrer un mariage civil directement inspiré du droit canon… Cet argument est fallacieux et révélateur d’une mutation sociétale très profonde.

Pourquoi est-il trompeur ? En réduisant le caractère hétérosexuel du mariage à l’application d’un dogme religieux, le gouvernement cherche clairement à éliminer toute opposition et tout débat. En effet, peut-on débattre d’un dogme dans une République laïque ? Non, car la laïcité implique que la loi soit élaborée à partir de la raison et non d’une vérité révélée. Mais le gouvernement semble oublier que le mariage monogame, hétérosexuel et stable n’est pas le fruit d’un dogme catholique. En effet, on le retrouve dans de nombreuses autres civilisations. En France, le mariage institué en 1792 puis refondé par Napoléon Bonaparte en 1804 ne s’inspirait nullement du Droit canon mais plutôt du  Droit romain. Le gouvernement avance donc un argument historique inventé de toute pièce. Le mariage civil actuel n’est pas non plus défendu uniquement par l’Eglise catholique. Nombreux sont les philosophes, psychiatres et autres intellectuels qui sont opposés au mariage pour tous et à l’homoparentalité. Sylviane Agacinski, philosophe socialiste et agnostique, a plusieurs fois manifesté son opposition à ces réformes. Son raisonnement n’a rien de religieux. Les personnalités catholiques qui s’expriment ne mentionnent ni la Bible, ni le magistère. Philippe Ariño, essayiste catholique et homosexuel le dit lui-même : « ce que les promoteurs du « mariage pour tous » ont du mal à comprendre, c’est que c’est juste humain de s’insurger contre les conséquences graves de certaines lois déconnectées du Réel, de certaines pratiques et manipulations génétiques qui concernent la vie et les êtres humains les plus fragiles. Cela relève du bon sens. » De même, le pédopsychiatre Vincent Rouyer avance de nombreux arguments scientifiques… point de religion là-dedans !

Le mariage civil n’est donc pas une question religieuse mais sociétale. Il est le cadre de la famille à laquelle il donne une base solide et durable.

L’autre aspect des motifs de ce projet de loi est le changement de civilisation. La référence au rôle de l’Eglise dans l’Ancien régime vise clairement à faire entrer cette réforme dans une « marche du progrès ». Fini les relents d’Ancien régime qui hantent çà et là notre Droit. Place à la nouveauté et au progrès ! La nouvelle société n’aura plus aucun aspect chrétien, les racines chrétiennes seront définitivement coupées. L’exposé des motifs le sous-entend bien tout en commettant l’erreur citée plus haut… Le projet présente le mariage civil comme crypto-chrétien pour mieux le discréditer et pour faire de sa réforme un acte de transformation de la société. Le mariage pour tous est donc un projet laïciste qui reflète une vision du monde désirant se démarquer de celle de l’Eglise. Le laïcisme creuse un peu plus le fossé entre la République à la française et l’Eglise… ce qui est bien dommage car la foi chrétienne s’accommode très bien du régime républicain et de la laïcité positive.

Le projet de loi donne une nouvelle définition du mariage et donc de la famille.  La cellule familiale ainsi réformée redéfinie totalement notre société. Il s’agit donc d’une étape de plus dans la grande mutation sociétale en cours, comme l’exposé des motifs le reconnait lui-même avec une étrange coquille dans le texte : « Une nouvelle étape paraît doit donc être franchie. »

Bien sûr, le projet de loi s’arrête là. Il refuse d’étendre la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples homos, et de légaliser la gestation pour autrui (GPA) comme le propose Esther Benbassa (EELV) dans son projet. Mais là encore ce n’est qu’une question de temps. Les revendications se font entendre, PMA et GPA seront les étapes suivantes…

Jusqu’où ira cette mutation ? Jacques Attali[1], a tranquillement envisagé la polygamie. La presse évoque parfois le « polyamour », les ménages à plusieurs et autres trouples. Ce dernier concept a eu les honneurs d’un article du Monde.

Tout semble possible car l’idéologie qui sous-tend ces réformes est libertaire : l’Homme est libre de tout faire pourvu qu’il le désire. Rien ne doit s’interposer au désir de l’Homme, rien… surtout pas la réalité ! Car c’est là que le bât blesse : l’idéologie libertaire, comme toutes les idéologies, vise à remodeler la réalité selon une vision du monde basée sur des représentations virtuelles. Philippe Ariño le dit bien : « Le problème est que nos amis « pro-mariage pour tous ceux qui le désirent » font le chemin contraire : ils veulent mettre le papier et la bonne intention avant le Réel. Ils inversent les choses parce qu’ils se prennent pour Dieu, un dieu athée égoïste qui installe la conscience individuelle humaine comme unique énonciatrice du bien et du mal, sans idée de transcendance pour le coup. »

Il est grand temps de revenir à la réalité.


[1] Emission Ce soir ou Jamais, France 3, 17 janvier 2012

La liberté de parole n’est pas négociable !

La récente polémique autour de la prière du 15 août a révélé de bien étranges comportements. J’ai relevé deux exemples qui, je vous l’accorde, ne sont ni exhaustifs ni nouveaux…Mais cela vaut la peine de les regarder de plus près, car ils mettent la démocratie en danger. Oui, en danger, et je pèse mes mots.

Les deux exemples sont le communiqué de presse de l’Union des familles laïques (UFAL), et celui de Jean-Luc Romero repris sur 20 minutes dans un article à la syntaxe approximative et très amusante. Lire la suite

L’écologie est un humanisme

Le changement climatique est un sujet polémique qui ne manque jamais de déchaîner les passions. La raison en est simple : les enjeux sont colossaux et l’Homme est pointé du doigt comme étant le responsable d’une catastrophe annoncée depuis longtemps… 

Tibor Skardannelli a écrit, sur Tak.fr, un intéressant article sur le sujet : Climat, le soleil fait tâche. Excellent papier… avec lequel j’ai quelques divergences qu’il me pardonnera j’en suis convaincu.  Lire la suite

Eglise et questions sociétales

Le blog « A la table des chrétiens de gauche » a récemment publié l’article de Jean-Louis Schlegel Questions de mœurs : quelle attitude politique de la part des catholiques ? Un texte intéressant qui pose la question de la réponse chrétienne à donner aux problématiques dites « de société » que nous rencontrons aujourd’hui.

Il n’est pas aisé de répondre à la question de l’attitude à adopter. Pourtant je pense que la réponse doit être à la hauteur du problème…et le problème est très important car il touche les fondements de notre société.

En effet, quelle est la portée de ces « questions de mœurs » ? L’euthanasie n’est-elle qu’un assouplissement, une tolérance permettant de donner la mort dans quelques cas exceptionnels ? L’homoparentalité n’est elle qu’une possibilité donnée à quelques couples gays, une exception à la règle de la famille traditionnelle au même titre qu’il existe des familles monoparentales ?

La réponse est non : ces deux problématiques ne sont pas anodines car elles sont les symptômes d’une profonde révolution, d’un changement radical de société, d’une « mutation métaphysique » comme le dit Michel Houellebecq. Les « questions de mœurs » sont en fait des questions « de société » et elles portent sur les fondements même d’une société humaine : qu’est-ce que l’Homme ? Quand et comment sa vie commence, se termine ? Dans quelle structure familiale le « petit d’homme » va-t-il naître, se construire ? Lire la suite

Suicide d’une société

Une révolution sociétale est en cours. Les réponses que nous apporterons aux différentes questions de société qui agitent le monde d’aujourd’hui façonneront la civilisation de demain…alors autant ne pas se tromper.

L’euthanasie est une de ces questions. Nystagmus l’a très bien abordé dans deux récents articles et je souhaiterais rebondir là-dessus. Je suis entièrement de son avis quand elle évoque la confusion entre liberté et droit de mourir. En effet, rien n’empêche une personne de se suicider… mais en aucun cas, mettre fin à ses jours est un droit de l’Homme qui devrait être garanti par les pouvoir publics.

Le suicide est une tragédie, un fléau et des associations, l’Etat, mettent en place des dispositifs de prévention du suicide…et ne pas venir en aide à un suicidaire tentant l’irréparable est une « omission à l’obligation de porter secours » sanctionnée par la loi.

Faire du suicide un « droit » revient à effectuer un retournement sociétal à 180 degrés. Imaginez un monde où se donner la mort serait un droit, un droit tel que nous pourrions demander l’assistance d’un tiers pour appuyer sur la détente… Un droit tel que celui qui oserait intervenir pour sauver la vie du suicidaire se trouverait derrière les barreaux… Nous aurions alors des « Magasins du suicide » qui fleuriraient partout, vendant des cordes, des pistolets à un coup, des barbituriques, le tout livré avec une réédition de « Suicide mode d’emploi ».

Science-fiction ? J’espère que oui, et pourtant, si nous ne faisons rien nous prendrons le chemin de cette société atroce. Je me rappelle de discussions, de « débats » avec de brillants étudiants en droit engagés au sein d’un parti du centre, il y a quelques années. Tous ces petits jeunes bardés de diplômes défendaient la dépénalisation de l’euthanasie…la majorité d’entre eux en était favorable. Leurs arguments ? Chacun fait ce qu’il veut de son propre corps, s’il veut mourir…c’est son droit ! J’étais outré, scandalisé et j’ai demandé à l’un des leurs : « Donc si quelqu’un veut se jeter d’un pont devant vous, vous ne ferez rien ? » réponse du jeune homme : « S’il veut vraiment mourir, je le laisserai plonger. » Voilà le genre de réflexion que l’on trouve dans ces « débats citoyens »…et ce n’est pas un cas isolé, loin de là !

Voulez-vous de ce monde où on laisse crever quelqu’un qui n’en peut plus… au nom de sa « liberté » ? Non, moi je n’en veux pas.

Faire du suicide un droit fondamental revient à ériger une statue au désespoir et à faire de la mélancolie un des piliers de notre société.

L’euthanasie marquera une étape majeure vers cette société du désespoir. Se donner la mort ne sera plus un tabou, mais un droit qui pourra, à l’avenir, être étendu.

Réagissons pendant qu’il est encore temps.

Sur le concept de « Président normal »

François Hollande est Président de la République depuis un mois. Le nouveau gouvernement s’installe et le nouveau chef de l’Etat nous a dévoilé le style de cette présidence : la « normalité ».

Le concept de « Président normal » est donc le leitmotiv de François Hollande. Annoncée lors de la campagne, martelée durant le débat en de pénibles anaphores, cette présidence normale pose question. Est-elle possible ? Est-elle conforme à l’essence de la fonction présidentielle ? Pourquoi un tel choix ?  Lire la suite

Le jour où Facebook s’est effondré.

La capuche d’un sweat relevée sur la tête, les yeux baissés vers le sol, un homme monte discrètement à l’arrière d’une limousine. Direction : un petit aéroport situé aux confins du Nevada à quelques heures de Palo Alto. De là, un avion l’emmène vers une destination inconnue de tous. Certains parlent d’une île du Pacifique, d’autres évoquent la Patagonie, les Bahamas…

Mark Zuckerberg est en fuite, il veut se faire oublier : Facebook vient de s’effondrer.  Lire la suite

Pour défendre Métronome, de Lorànt Deutsch.

« Le « Métronome » de Lorànt Deutsch, un livre idéologique ? » titre un article de la rubrique « culture » de Rue89 en date du 20 mai. Son auteur, Louis Lepron, s’en prend au livre à succès de Lorànt Deutsch en relayant des critiques d’historiens…Des critiques sur le contenu historique ? Oui, un peu, très peu même, car ce qui lui est reproché est moins certaines erreurs qu’une « vision de l’histoire, notamment « pro-royaliste », « anti-républicaine » et « anti-révolutionnaire ». Comme le dit clairement le titre de l’article : le sujet de la polémique est idéologique…

Louis Lepron n’a pas peur de s’attaquer à un ouvrage à grand succès (1.5 millions d’exemplaires vendus, une adaptation sur France 5, un salut unanime de la presse…), mais il prend le problème « par le mauvais bout de la raison » comme dirait Rouletabille. Pourquoi ? Lire la suite

Bien commun et tentation communautaire

La défense du mariage entre un homme et une femme, la protection de la vie, sont-elles des causes qui n’intéressent que les chrétiens ? Le droit à la vie est-il un dogme religieux, révélé, échappant à tout raisonnement et sa défense seulement dû à la foi de quelques croyants ? Le mariage monogame et hétérosexuel n’est-il qu’une institution religieuse, ne s’appuyant que sur des textes sacrés et des traditions cultuelles ?

La réponse est non. Défendre toute vie humaine, ainsi que la famille naturelle est au contraire l’acte le plus humain, le plus rationnel qui soit. Nous ne sommes pas dans le domaine de la théologie mais dans celui du bon sens…même si celui-ci n’est pas toujours suivi…

Deux personnalités ont évoqué ces questions aujourd’hui. Guillaume de Prémare, sur Urgence-com-catho, nous explique que « Le mariage n’est pas le bien propre des catholiques, c’est le bien commun de toute la Cité. »

Sur le droit à la vie, Patrice de Plunkett nous a donné un bel exemple de bon sens a travers un très beau texte de Marcel Pagnol, véritable icône de la République laïque. Dans cet extrait de l’eau des collines, Pagnol nous décrit Sparte, cité pratiquant allégrement l’infanticide au nom d’un eugénisme collectiviste et militariste. Le non-croyant Pagnol nous donne-là des arguments en faveur de l’accueil de la vie, pleins de bon sens et de justesse.

Voici le texte : Lire la suite

Quand un résistant chrétien parlait de Jeanne d’Arc

Aujourd’hui, deuxième dimanche de mai, nous fêtons sainte Jeanne d’Arc. Une figure émouvante, belle, célébrée dans l’histoire autant par les chrétiens que par de nombreux patriotes non-chrétiens. Hélas, elle a trop souvent été récupérée par des mouvements défendant des idées…très éloignées des siennes.

Je ne tiens pas à revenir sur l’exploitation de l’image, du symbole, de Jeanne. Je tiens juste à vous rapporter un très beau texte écrit par un jeune résistant catholique, Gilbert Dru, il y a soixante-dix ans, en mai 1942. Gilbert Dru était un des responsables de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) dans la région lyonnaise. Etudiant en lettres, il participa à la résistance au nom de sa foi et fut un des animateurs de la résistance chrétienne dans le Sud-est. Il était dans le groupe des « cahiers du témoignage chrétien », revue clandestine de résistance fondée en 1941 par le père Chaillet. Démocrate-chrétien convaincu, Dru a été un des inspirateurs du Mouvement républicain populaire. Il a été fusillé par les nazis le 27 juillet 1944, à Lyon sur la place Bellecour. Il avait 24 ans.

Gilbert Dru était outré de la récupération de Jeanne d’Arc par le régime de Vichy. Il décida d’écrire un texte très critique dans « les cahiers de notre jeunesse », revue officielle de la JEC. Cet article fut censuré…

Le voici : Lire la suite

Symbolique, politique…et polémiques

La vie politique est pleine de symboles. Les hommes politiques les utilisent souvent, avec calcul, finesse et parfois maladresse… Par définition, un symbole est un geste, un acte, un mot, une manifestation dans un lieu déterminé qui exprimera une signification très forte à un public « initié ». Dans la vie politique, le public initié est le peuple tout entier car ces symboles font référence à l’histoire et à la culture du pays. Il est donc possible de les comprendre.

Néanmoins, les commenter n’est pas toujours aisé, surtout quand certains évènements symboliques sont gagnés par des faits…qui créent la polémique. Polémiques non-voulues qui sont en elle-même chargées symboliquement puisque ces actes ou ces choix ont eu un écho disproportionné dans l’opinion publique.

La soirée du 6 mai est intéressante à analyser car elle regorge de symboles recherchés et non-recherchés. Lire la suite

Retours sur une campagne

A quelques jours du second tour, je profite d’une interview de Christine Boutin sur Atlantico pour faire quelques petits « retours » sur cette campagne présidentielle.

Le journaliste d’Atlantico a interrogé Madame Boutin sur un sondage qui chiffre à 27% le nombre de jeunes catholiques ayant voté pour Marine Le Pen. Il n’est pas aisé de répondre à cette question. Elle avance comme hypothèse : « De façon générale, la génération montante a une exigence sur les principes sociétaux beaucoup plus importante qu’il y a dix ou quinze ans. » et elle ajoute : « pour ces jeunes l’expression politique du premier tour et en particulier chez Nicolas Sarkozy n’a pas été perçue comme suffisamment exigeante par rapport aux principes fondamentaux véhiculés par Jean-Paul II et Benoît XVI. (…)D’autre part – et je le dis en tant que Présidente du Parti chrétien-démocrate (PCD) – je pense que c’est une incompréhension par rapport aux postures de Nicolas Sarkozy qui sont pourtant très claires. Moi-même, j’ai été candidate à l’élection présidentielle, et j’ai été très exigeante sur ces principes sociétaux. Or, Nicolas Sarkozy les a repris dans l’article publié dans le Figaro Magazine et depuis, je suis tous ces meetings et il n’y pas de place pour l’ambiguïté. Au dernier meeting tenu à Clermont-Ferrand, il a parlé de la valeur sacrée de la vie, des questions que l’on se pose autour de la mort, notamment avec l’euthanasie, et a rappelé son opposition au mariage homosexuel etc. »

Personnellement, j’adhère en grande partie à cette hypothèse. Nous autres catholiques sommes « taraudés » depuis longtemps par les questions sociétales. Nous vivons une époque ou les partis politiques n’ont pas peur de reprendre des revendications sociétales qui sont à l’encontre de l’enseignement de l’Eglise. Euthanasie, homoparentalité, mariage gay, et tout ce qui touche à l’avortement… Nous avons là différentes visions du monde et de l’Homme qui se font face : l’anthropologie chrétienne d’un coté et de l’autre, de nouvelles idées, issues d’autres familles de pensée souvent athées ou déistes…Nous pensons par exemple à certains points de vue issus des études sur le genre, le fameux gender…

Une des grandes questions politiques de notre temps est : « Quelle société voulons-nous » ? Cette question a été rappelée par l’Eglise qui est en France a travers le document de la Conférence des évêques, et le livre du Cardinal Vingt-Trois. SAJE Prod l’a d’ailleurs très bien mis en image.

Bien entendue, cette question de société ne se limite pas aux sujets que j’ai évoqués plus haut. La conférence des évêques nous le rappelle avec beaucoup de justesse en mentionnant treize points… La doctrine sociale de l’Eglise ne s’arrête donc pas aux questions touchant à la vie, à la famille et à l’éducation…Même si ces trois points sont fondamentaux et qualifiés de « non-négociables ».

Mais cette réflexion sur les tendances de vote de catholiques nous amène au sujet du climat de cette campagne électorale. Ambiance tendue, diabolisation de l’un et de l’autre candidat, affaires qui remontent, propos frisant la diffamation… Mais aussi résignation, « vote barrage », l’enthousiasme n’a guère été dans les cœurs…

Côté catholique, la blogosphère et les réseaux sociaux ont été en ébullition. Quel vote sera le plus cohérent avec ma foi ? Telle a été la question que nous nous sommes tous posés. Le groupe Votons cohérent a fixé des conditions et envisage le vote blanc si elles ne sont pas respectées. D’autres ont opté pour « le moindre mal » en choisissant Nicolas Sarkozy ou encore François Bayrou. Certains ont préféré Le Pen. Le courant des Poissons roses, désireux d’entrer au Parti Socialiste, a envoyé un message à François Hollande qui mérite d’être lu et étudié. Ce très beau texte aborde les questions sociétales avec beaucoup de vérité sans jamais tomber dans la caricature… Sébastien Gros, proche collaborateur de Manuel Valls a répondu à ce texte…négativement. Ce qui nous montre l’importance des questions sociétales au sein du PS.

A titre personnel, vous le savez, j’ai fait le choix de Nicolas Sarkozy. Quand Christine Boutin a décidé de suivre le Président-candidat,  j’ai tout de suite justifié cela en parlant du « Choix de la raison ». J’en suis toujours convaincu. Je crois que les chrétiens doivent être présents dans les grandes coalitions gouvernementales, que ce soit à droite avec le PCD ou à gauche avec le courant des Poissons roses… Bien entendu je n’oublie pas les autres partis. Il faut que nous soyons partout, mais nous serons plus efficaces dans des « grands ensembles ».

Ce que j’exprime est ma conviction… Mais je ne l’impose à personne. Les propos tenus sur mon blog n’engagent que moi. Quand je reprends les textes de l’Eglise, c’est pour tenter de nourrir un discernement…Celui-ci n’a pas été aisé et surtout, cette campagne a été gagnée par de nombreuses discussions autour de la notion de points non-négociables. J’ai donc écrit plusieurs articles sur le sujet afin d’apporter un éclairage supplémentaire.

Parfois, je l’avoue, j’ai été très sévère avec les partisans du vote blanc… Mon but n’est pas de les stigmatiser, et s’ils ont été blessés je leur demande pardon. Mais cette démarche du vote blanc pose de nombreuses questions quand à la conséquence du vote…or je reste convaincu qu’en votant pour le « moins mauvais » on peut éviter une catastrophe supplémentaire.

Au nom de mes convictions j’ai posé ce choix que j’assume pleinement. J’ai défendu cette position en conscience, et d’autres chrétiens ont défendu une autre position, également en conscience.

C’est leur droit, je le respecte.