Au-delà d’un million

La Manif pour tous, avenue de la Grande Armée“Au-delà d’un million, le gouvernement vacille” disait François Mitterrand. Il savait de quoi il parlait. En 1984, son gouvernement avait retiré une loi déjà votée devant une manifestation géante.

Céder devant la pression populaire n’est pas un phénomène rare. Les grands mouvements populaires parviennent généralement à leur fin. Cela est normal : la démocratie ne se joue pas seulement lors des élections, au Parlement ou dans les mécanismes institutionnels. La démocratie est aussi à l’oeuvre dans les corps intermédiaires et dans les collectifs spontanés qui parviennent à rassembler un très large public. Lire la suite

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Une Eglise pauvre, pour les pauvres

Le Pape François avec le père Gonzalo, prêtre Uruguayen travaillant auprès des jeunes de la rue.

Le Pape François avec le père Gonzalo, prêtre Uruguayen travaillant auprès des jeunes de la rue.

Le pape François nous a délivré le secret du choix de son nom durant la conférence de presse du 16 mars. Sa référence n’est ni Saint François-Xavier, ni Saint François de Sales mais bien, comme tout le monde s’y attendait, Saint François d’Assise, le poverello.

Il serait très imprudent de parler de « programme » car un pape n’est pas un homme politique avec un programme, des slogans et des propositions. Rien de tout cela chez un pape ! Son élection nous a bien prouvé que les critères humains, inspirés de la vie de la cité, n’ont pas cours au cœur de l’Eglise. La cité des Hommes n’est pas celle de Dieu, il est bien difficile de comprendre l’une en suivant le raisonnement de l’autre. Mais sans évoquer un programme, nous pouvons percevoir une sensibilité, une tendance par le choix de ce nom.

François le dit très clairement « Je porte le nom de François, car je voudrais une Eglise pauvre, pour les pauvres « . Une Eglise qui irait vers sa périphérie, vers ses « favélas ». Le choix de François lui est venue comme une mystérieuse inspiration après avoir pris conscience qu’étant devenu pape, sa priorité sera pour les pauvres.

Un tel choix peut sembler évident pour un chrétien : la pauvreté évangélique, l’option préférentielle pour les pauvres sont des manifestations de la charité, la plus importante des vertus théologales, celle « qui ne passera jamais ». Nous sommes en plein dans le message du Christ.

Mais un tel choix pourrait presque surprendre… oui, il pourrait surprendre tant les conversations d’avant le conclave portaient sur un autre sujet : la réforme de la Curie romaine. Nous attendions un pape réformateur, plutôt jeune, solide aussi bien doctrinalement que physiquement. Certains parlaient d’un pape réunissant les chefs de dicastère comme un Président ses ministres. D’autres disaient que le conclave élirait un « ticket » fait d’un pape et d’un secrétaire d’état, et ils comparèrent même cette solution aux élections américaines… et non, rien de tout cela : nous avons eu Bergoglio, un franciscain égaré dans une jésuitière…

Est-ce incompatible ? Non, car un disciple de Saint François ne peut-être qu’un réformateur, mais pas un réformateur au sens de la cité des Hommes.

Saint François d’Assise a été le plus grand réformateur de l’Histoire de l’Eglise. En son temps, l’Eglise s’écroulait de toute part : corrompue par l’argent, l’Eglise n’était plus que l’ombre d’elle-même. Qu’a-t-il fait ? Il n’a, ni dénoncé les clercs, ni appelé à une « opération mains propres », il n’a commis aucune violence envers les prélats malhonnêtes ni envers personne… François a fait le choix de suivre le Christ.

Il a prié, il s’est uni à Dieu. Attaché à lui, il a choisi de se détacher des richesses : il est devenu un pauvre parmi les pauvres. Uni à Jésus, il a embrassé un lépreux et servi les pauvres. Son choix radical a appelé à sa suite des milliers de vocations. L’Eglise a été renouvelée par cette révolution Evangélique, une révolution sans la moindre violence, toute imprégnée de charité.

Le pape contemporain de Saint François, Innocent III, a eu un étrange songe : il a vu la basilique Saint Jean de Latran s’effondrer, mais un mendiant la soutenait. Peu après, il reconnu en Saint-François le pauvre de son rêve et il compris ainsi qu’il devait accueillir favorablement cet ordre de frères mendiants.

La révolution franciscaine qu’a connue l’Eglise médiévale est toujours d’actualité. Ce sont les saints qui sont les piliers sur lesquels l’Eglise repose.

En ces temps de besoin de réforme, le pape François appelle l’Eglise à être « pauvre pour les pauvres ». Pour le moment, nous ne sommes que dans les premiers jours, François a tenu à faire des gestes symboliques : apparition en simple soutane blanche lors de son arrivée au balcon, port de ses anciennes chaussures, déplacement en bus avec les cardinaux, paiement de sa note d’hôtel comme tout un chacun… A la messe de dimanche il a salué les paroissiens de Ste Anne comme n’importe quel curé. François tient à la simplicité pour présenter au monde une Eglise proche des plus modestes.

François est un pape simple et accessible, mais il est surtout un pape de prière. Il a commencé ses premières minutes d’évêque de Rome en priant, et faisant prier, pour Benoît XVI. Il a ensuite fait ce geste incroyable de demander à prier pour lui. Il nous rappelle ainsi que tout commence par la prière. Tout, à commencer, bien sûr, par cette réforme tant attendue.

La réforme aura-t-elle lieu ? Nous n’en savons rien. Elle prendra certainement des formes inattendues. Mais ce qui est certain, c’est que sa source sera le Christ.

Le pape nous appelle au choix du Christ, donc de la charité et de la pauvreté.

Le songe d'Innocent III. St François d'Assise soutien St Jean de Latran sur le point de s'effondrer.

François

FrancescoLa surprise est totale, la joie est immense. Surprise d’un pape aussi inattendu, joie d’avoir un pape et un pape simple, humble et priant.

Tout est surprise chez lui, tout, y compris le déroulement de son élection.

On s’attendait à un conclave long, de plus de six tours : il y en a eu cinq, ce qui est plutôt court.

On s’attendait à un pape jeune, sexagénaire ou au maximum de 72 ans (le papabile Scola). Il en a 76, soit deux petites années de moins que Benoît XVI à son élection.

On ne s’attendait pas à un jésuite, il n’y a eu aucun pape ignatien et une légende tenace (mais désormais morte) disait que ce n’est pas compatible avec la papauté. Il en est un.

On ne s’attendait pas à Jorge-Mario Bergoglio car une rumeur prétendait qu’il avait refusé d’être élu en 2005. Il serait pourtant bien parti, ayant peut-être eu beaucoup de voix. Mais il aurait eu une sorte de malaise indiquant une peur de sa charge, une expression sur le visage exprimant une angoisse, un refus, qui aurait dissuadé les cardinaux de voter pour lui aux tours suivants… est-ce vrai ? Nous n’en savons rien. Mais ce qui est sur est que cette histoire l’a éloigné de beaucoup de listes de papabile… Ce qui ne l’a pas empêché d’être élu. 

Enfin, on s’attendait à un Léon XIV, Paul VII, Jean XXIV ou Benoît XVII… Nous voici avec François ! Un nouveau nom dans l’histoire des papes, un nom plein de sens car il se réfère à Saint François d’Assise. C’est une surprise et elle en dit peut-être beaucoup sur notre nouveau pape : généralement, le choix du nom est une sorte de programme ou au moins une référence particulière pour le pape. Alors dans le cas de François la référence est la plus profonde qui soit. Saint François d’Assise est peut-être le plus grand saint de l’Histoire de l’Eglise… le plus grand saint parce que le plus petit, le plus humble de tous : il a choisi de vivre dans la pauvreté. Cette référence est-elle un programme pour le pape ? Dans son cas il est impossible de répondre actuellement, mais le symbole est très puissant, très grand, très profond.

Saint François est le saint de la pauvreté. Il a choisi d’être pauvre parmi les pauvres. Il embrassa un lépreux et vécu au service des plus misérables. Il est le saint de la charité et de l’humilité. Le message est fort : François est le premier pape de l’hémisphère sud, hémisphère de la pauvreté.

Saint François est le saint de la Création: il est le saint patron des écologistes ! Quel message, en ces temps de crise écologique !

Saint François a connu une Eglise en pleine crise, gangrénée par la corruption. Or, son œuvre a profondément bouleversée l’Eglise. Par sa sainteté, sans être un réformateur, il a renouvelé l’Eglise. Une réforme par la sainteté, la charité, l’humilité…

Saint François est le saint du dialogue. Il a discuté, dans la paix et la charité, avec un sultan qui était en guerre contre les chrétiens. Sans violence, il est allé lui parler. C’est devant cet exemple que Jean-Paul II a organisé la première rencontre interreligieuse à Assise. Beau message de paix !

Enfin, saint François est le saint de la vie intérieure. Profondément mystique, il a reçu les stigmates, saint François était un homme de prière.

Avec un tel nom, nous aurions, si c’est le but du pape, un magnifique programme. C’est bien parti. Il a commencé son pontificat d’une manière très originale : il a prié, et fait prier, pour son prédécesseur. Surtout, il a demandé à ce que l’on prie pour lui. Démarche spirituelle mais aussi d’humilité : il souhaite que le peuple de Dieu demande à Dieu de le bénir. Il manifeste par là qu’il a grandement besoin de nous. Cette prière était belle : un long temps de silence et un pape incliné, le visage vers le sol.

Nous avons vu le soir du 13 mars un pape simple, priant, attachant. Quand nous lisons sa biographie, nous voyons qu’il était un prêtre puis un évêque très proche des plus pauvres, des malades, des personnes loin de la foi… Il est connu pour être un  « homme de prière, qui fuit le paysage médiatique et mène une vie sobre et évangélique. » Il a une évidente sensibilité “franciscaine”, même s’il est d’un autre ordre religieux.

François est déjà surnommé dans les réseaux sociaux « le pape de la charité ». Nous accueillons sa venue avec joie !

Au cénacle

Veni creator spiritus… En chantant l’appel à l’Esprit Saint, les cardinaux entrent dans la chapelle Sixtine pour y rester enfermés à clés, « cum clave », ce qui est le sens de « conclave ».

Au conclave, les cardinaux sont comme les apôtres enfermés dans le cénacle à Jérusalem. Les premiers disciples étaient enfermés, coupés du monde. Jésus était monté aux cieux quelques jours avant, il leur avait promis la venue de l’Esprit. Confiant dans les paroles du Seigneur, ils ont prié et ont attendu.

Le conclave est un nouveau cénacle où les cardinaux prient pour que l’Esprit Saint descende sur eux. Le conclave est le lieu du mystère de l’Eglise : divine et humaine à la fois. L’Esprit Saint vient sur des hommes libres. Il participe à l’élection sans s’imposer. L’élection du pape est le fait d’une décision toute humaine : sur des critères terrestres, les cardinaux désigneront le successeur de Pierre. Ils choisiront le pape selon son profil théologique, sa personnalité, son âge, sa santé, les langues qu’il connaît etc. Mais ils demanderont à l’Esprit Saint de féconder cette réflexion, de leur inspirer la bonne décision, le bon critère de vote. C’est une élection à la fois humaine et divine, tout comme l’est l’Eglise : institution humaine et corps mystique du Christ. Et comme l’est Jésus : vrai homme et vrai Dieu. Comme l’est l’eucharistie : pain fabriqué par des hommes et corps du Christ. Comme l’est la Bible : texte écrit par des hommes et véritable parole de Dieu.

Les portes de la chapelle Sixtine sont maintenant fermées. Les cardinaux sont invisibles, coupés du monde. L’Eglise retient son souffle pour que l’Esprit souffle. Nous nous tenons derrière la porte pour les porter dans la prière.

Tous les jours de ce conclave nous allons attendre, fébrilement ou pas, la fumée blanche.

Tous les jours de ce conclave nous pourrons participer à cet évènement en priant pour un cardinal en particulier ou pour tous les électeurs.

Tous les jours de ce conclave, nous ferons un acte de foi et d’espérance : le prochain pape sera le nôtre, le bon, la Pierre sur laquelle repose l’Eglise.

Veni creator spiritus

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