Frédéric Ozanam et la politique

La liberté guidant le peupleLa question des idées politiques de Frédéric Ozanam est sans doute celle qui m’a le plus passionné. Certainement parce que ce sont par elles que j’ai découvert Ozanam aux JMJ de 1997 : un Pape, présenté comme dénonçant le capitalisme sauvage et ayant vaincu le communisme béatifiait un homme qui avait approuvé la révolution de 1848. L’Eglise élevait sur les autels un révolutionnaire ! Un bienheureux républicain ! Voilà qui est surprenant alors que les catholiques français du XIXème siècle étaient majoritairement royalistes et, qu’encore de nos jours, les cathos sont représentés comme de pieux conservateurs se méfiant du peuple… Image fausse, du moins en partie, complètement démolie par cette béatification de 1997. Voilà qui parlait au grand adolescent attiré par la gauche[1] que j’étais !

 Mais il est important de connaître son histoire. On ne s’improvise pas révolutionnaire et Ozanam a mis du temps avant de poser des choix essentiels. Nous l’avons vu précédemment, Ozanam a eu très vite des convictions et des engagements sociaux et caritatifs. En 1833 avec la Société de Saint Vincent de Paul, en 1839 avec son cour de Droit commercial où il annonce, avec un siècle d’avance, le contenu du code du travail. Dès 1831 il a eu un engagement intellectuel en dénonçant une des premières idéologies socialistes : le Saint-simonisme. Il avait seulement dix-huit ans.

 Mais concernant la politique, il n’a pas envisagé d’engagement avant 1848. Son cheminement s’est fait par étape. Lire la suite

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La violence et la non-violence

La violence et la non-violenceJe laisse exceptionnellement la plume à Iris, ma fiancée. Elle a voulu me souffler une idée de billet, mais je lui ai proposé de l’écrire elle-même et de le publier sur mon blog.

4ème de couverture : « Les Goûters Philo aident les enfants à réfléchir sur les questions importantes qu’ils se posent. Toute une série de livres clairs, directs et drôles pour éveiller aux idées. »

Celui-ci parle de « La violence et la non-violence ». Un livre pour enfants à partir de 8 ans, car la philo peut être mise à la portée de tous.

En week-end chez mes parents, j’ai retrouvé ce petit bouquin que j’avais lu il y a quelques années. J’ai eu envie de le relire, pour me rafraîchir la mémoire et avoir un peu plus les idées au clair sur ce qu’est la non-violence, puisque le mouvement des Veilleurs qui est en train de se développer depuis quelques semaines se réclame de la non-violence.

Dans le même temps, j’ai vu sur les réseaux sociaux que Vivien Hoch ferait bien lui aussi de lire ce livre, car ce chercheur en philosophie est présenté comme « une figure des Veilleurs » alors qu’il ne cesse d’avoir un comportement violent. Précisons tout de suite qu’il n’est pas dans le staff des Veilleurs, et que s’il leur a peut-être donné quelques coups de main, il n’est pas représentatif du mouvement.

Voici quelques citations du livre, qui donnent des pistes sur l’attitude à avoir face à la violence :

« Dans le cercle de la violence, on est comme dans un tourbillon : aspiré, entraîné, incapable d’en sortir. Un seul moyen pour ne pas être aspiré : ne pas y entrer. Dès que l’on détecte la moindre petite violence, refuser d’y répondre. »

« Se montrer fort en face de la violence ne veut pas dire être violent. Se montrer fort prouve que l’on est capable de dompter la violence, de briser le cercle, et cela prouve qu’on veut le faire, qu’on y est décidé. »

« Répondre à la violence par la violence veut dire que nous ressemblons à celui qui agresse, que nous acceptons sa violence, puisque nous nous y mettons, nous aussi. »

« Si on répond à la violence par la non-violence, on dit à celui qui est violent qu’on ne parle pas la même langue que lui. On lui dit qu’on ne comprend pas sa langue, qu’on ne comprend pas le langage de la violence, qu’il ne sert à rien. »

« Un non-violent est quelqu’un qui est agressé par des injustices, par des violences, et qui décide de ne pas utiliser l’arme de la violence pour se battre. C’est quelqu’un qui décide de renoncer à la violence, même s’il continue à être victime d’injustices, même s’il risque sa vie. »

« La non-violence demande beaucoup d’imagination, d’intelligence, de patience et de persévérance. »

« L’escalade de la non-violence a commencé. Le sommet, c’est l’objectif que l’on veut atteindre. Pour l’atteindre, il faut grimper et être capable de faire de plus en plus d’efforts. En franchissant des niveaux de plus en plus difficiles, on montre à l’adversaire qu’on ne plaisante pas : personne ne fournit autant d’efforts pour un simple caprice. La tactique de la non-violence n’est jamais facile ; il faut y croire, s’accrocher, mais elle montre que l’on veut vraiment atteindre le sommet, l’objectif, que le combat est juste, que ça vaut le coup. La non-violence peut faire très peur : voir des milliers de personnes manifester dans le silence, le calme total, est très impressionnant. On sent leur volonté, leur puissance, à travers la force qu’ils montrent en se maîtrisant. Une force bien plus grande que ceux qui cassent tout. »

« Éviter les conflits, cela ne veut pas dire que le monde doit être peuplé de mous, de lâches, de gens qui s’écrasent ou partent en courant dès qu’il y a un désaccord. Au contraire. Cela veut dire un monde peuplé de gens préoccupés de ce qui se passe autour d’eux, de gens présents, attentifs, vigilants, pour détecter les endroits où les conflits sont en train de naître. Des gens capables d’utiliser leur intelligence, leur énergie, leur volonté, leur courage, leur persévérance pour résoudre les problèmes avant qu’ils ne se transforment en conflits. »

On ne peut pas narguer les policiers et se réclamer d’être un non-violent.

Toutefois, l’hymne des Veilleurs étant « l’Espérance », nous pouvons espérer que ce jeune homme se rende compte de ses incohérences, et qu’il choisisse la non-violence pour de bon. La non-violence s’apprend, il existe des techniques à appliquer. Nous pouvons lire Gandhi et tous ceux qui ont expérimenté la non-violence avant nous.

En attendant, on ne peut pas présenter Vivien Hoch comme un Veilleur, car sa démarche n’est pas claire.

Les Veilleurs, c’est un mouvement spontané et naissant dont il faut protéger l’inspiration, qui est fondée sur la non-violence. Il faut faire attention à ceux qui voudraient récupérer le mouvement, pour qu’ils ne le fassent pas tomber dans la violence. Ça pourrait arriver sans même qu’ils le fassent exprès, en étant simplement inconscients de leur propre violence.

Pour finir, je vous laisse lire la belle lettre d’encouragements que le père Daniel-Ange a adressé aux Veilleurs, qui nous ramène à l’essentiel.

Frédéric Ozanam, Histoire d’une vocation par Philippe Charpentier de Beauvillé

CouvertureCette année du bicentenaire de la naissance de Frédéric Ozanam (1813-1853) et du 180eme anniversaire de la fondation de la Société de Saint Vincent de Paul (1833), est l’occasion de lire les biographies de Frédéric Ozanam. Les éditions Salvator l’ont bien compris et ont publié un intéressant ouvrage : Frédéric Ozanam, Histoire d’une vocation par l’historien Philippe Charpentier de Beauvillé. Lire la suite

Frédéric Ozanam : la charité, la justice et la lutte des classes

Révolte des CanutsFrédéric Ozanam a connu une France en pleine mutation. Né en 1813 et mort en 1853, il a vécu à une période où la société française s’est radicalement transformée tant d’un point de vue politique que social. Politique car il a connu cinq régimes. Social parce que cette période est celle de la Révolution industrielle qui a complètement modifié les classes sociales et les rapports économiques et sociaux dans le pays. Rapidement, une nouvelle société s’est construite avec d’un côté une bourgeoisie industrielle riche et puissante, de l’autre une classe ouvrière pauvre et nombreuse. Les changements politiques de la France ont accentué cette mutation. Ozanam a connu cinq régimes politiques : l’Empire de Napoléon 1er, la Restauration à partir de 1815, la Monarchie de Juillet en 1830 avec le Roi des Français Louis-Philippe 1er (curieux monarque qui n’avait pas de légitimité et qui s’inspirait des principes de 1789), la IIème République en 1848 et enfin le second Empire en 1852. La France changeait et certains régimes, comme la Monarchie de Juillet, ne refusaient rien à la nouvelle classe qui dirigeait l’économie du pays…

La Révolution industrielle a entraîné un exode rural qui a rempli les villes de populations ouvrières misérables. Ozanam a connu le Paris de 1831 qui est celui que décrit Victor Hugo dans les Misérables. Les ouvriers travaillaient durement, tous les jours, toute la journée, dans des conditions catastrophiques. Ils recevaient un salaire de misère et vivaient dans des taudis. Aucunes vacances, aucun repos, aucune protection en cas de maladie, pas de retraite : il était difficile pour eux d’élever leur famille et de vivre décemment. Lire la suite