Quand Scorsese veut adapter « Silence » de Shûsaku Endô…

Qui ne connait pas Martin Scorsese ? Un très grand cinéaste américain et aussi un des plus tourmentés. Nous autres cathos le connaissons surtout par son film scandale : La dernière tentation du Christ  où, bien avant le Da Vinci code, il nous présente  un Christ succombant à Marie-Madeleine…Choc ! Ce film était l’adaptation d’un roman de Nikos Kazantzakis, écrivain grec qui avait une vision bien à lui de Jésus. Scorsese voulait en découdre avec l’Eglise…Un compte à régler car il a une relation conflictuelle avec la foi chrétienne. Pourquoi ? Il a été séminariste dans sa jeunesse et il a ensuite perdu la foi…une blessure secrète, vive qu’il exprime dans plusieurs de ses films. Par exemple dans Gangs of New York avec Daniel Day-Lewis et Leonardo Di Caprio, les allusions à un Dieu absent au milieu de la souffrance des Hommes sont légions. Des Hommes tourmentés par la culpabilité, des Hommes confrontés au mystère du mal, à la folie sont des thèmes récurrents de sa filmographie : Taxi driver avec Robert de Niro, Shutter Island avec encore une fois Di Caprio reprennent ces sujets dans une ambiance sombre et désespérée brillamment mise en scène par le cinéaste. 

Sombre, désespérée…ces atmosphères chères à Scorsese nous révèlent beaucoup de sa tourmente et de son questionnement intérieur. 

J’ai été surpris de lire dans la presse qu’il voulait adapter Chinmoku, Silence en Japonais. C’est l’une des œuvres les plus importantes de Shûsaku Endô, un des plus grands écrivains nippon du XXème siècle…et, chose surprenante, c’est un écrivain catholique ! Oui, catholique, alors que ce pays contient une très faible proportion de chrétiens. 

Scorsese veut adapter un écrivain catholique ! Aurais t’il retrouvé la foi ? 

Pour tenter d’élucider le mystère, j’ai lu Silence. Un livre passionnant, mais aussi très dur. Il se déroule au début du XVIIème siècle peu après la tentative d’évangélisation du Japon par Saint François Xavier. Le pays est alors dirigé par les « Shogun », l’Empereur n’ayant qu’une fonction symbolique. Le livre commence au moment où les missionnaires ont été expulsés par le gouvernement, et où les chrétiens (près de 300 000 personnes et peut-être plus) sont persécutés et forcés à apostasier en piétinant une image pieuse : l’efumi, en Japonais. C’est l’époque des martyrs de la ville de Nagasaki qui ont été béatifiés par Jean-Paul II et que nous fêtons le 28 septembre. Mais tous les missionnaires n’ont pas quitté le Japon, un jésuite portugais, Christophe Ferreira est resté sur place, très discrètement. 

Mais voila, une nouvelle terrible arrive en Europe : Ferreira aurait publiquement abjuré la foi chrétienne ! Cette information fait l’effet d’un séisme car il était considéré comme un brillant théologien et un homme à la foi inébranlable…Il était perçu comme un saint. 

C’est alors que trois missionnaires portugais, qui ont été les élèves de Ferreira, décident d’aller au Japon. Ils désirent reprendre l’œuvre évangélisatrice, aider les chrétiens persécutés…Mais aussi tenter de sauver leur maître. 

Cette mission sera un chemin de croix. Sébastien Rodrigues, François Garrpe, Jean de Sainte Marthe (qui restera à Macao pour cause de maladie) vont connaître les pires souffrances. Le récit est centré sur Rodrigues et nous voyons ses peurs, ses angoisses et surtout…Ses doutes. Les deux prêtres seront les témoins du système le plus pervers qui soit pour éliminer la foi du Japon : contraindre les prêtres à apostasier en torturant devant eux les fidèles. Une fois devenu apostat, le prêtre devient un instrument du pouvoir en place pour décourager les chrétiens. 

Cette persécution est horrible, et je dirais même : satanique. Ils parviennent à dégouter les missionnaires d’eux même, de les contraindre à ne plus croire en l’évangélisation du pays. 

« Ce pays est un marécage(…) chaque fois que vous plantez un jeune arbre dans ce marais, sa racine commence à  pourrir, ses feuilles à jaunir et à sécher. Et nous, dans ces paludes, nous avons planté le jeune arbre du christianisme. » Dit Ferreira. Il ne croit plus en l’universalité de la vérité. Il a perdu la foi en l’Evangile. 

Devant le mal et sa victoire apparente, Sébastien Rodrigues entre dans une nuit obscure. Il fait l’expérience du silence de Dieu. Il vit ce que le Christ à vécu à Gethsémani : l’angoisse, la tentation du désespoir, de croire en l’inutilité de sa mission. Là, Shûsaku Endô reprend des thèmes chers à Georges Bernanos, nous ne sommes pas loin de Sous le soleil de Satan. Il décrit un terrible combat spirituel qui passe par l’illusion que ce combat est perdu…ultime ruse du mal : faire croire qu’il a gagné ! Car l’apostasie de ce prêtre est-elle une victoire du démon ? Où plutôt serait-ce une autre forme de martyre ? Car ces prêtres ayant perdu leur identité (ils sont obligés de prendre des noms japonais), leur liberté pour devenir des instruments du pouvoir (ils rédigent sous la contrainte des manuels antichrétiens), ces prêtres ne sont-ils pas des confesseurs de la foi enfermés dans des prisons spirituelles ? Sébastien Rodrigues, malgré une apparente apostasie, garde toujours la foi. Il a abjuré pour sauver les fidèles de la mort… Comme Pierre, son reniement ne signifie pas son abandon. Il exprime notre faiblesse devant l’horreur absolue de la persécution. Souffrances qui sont le prolongement de la Passion du Christ sur la croix. 

L’Eglise a connu un terrible martyre au Japon, mais cela ne signifie pas pour autant que ce pays n’est pas fait pour accueillir l’Evangile. Endô a voulu nous montrer la difficulté de l’évangélisation de ce pays et les cas de consciences immenses qu’ont connus les missionnaires. 

La foi chrétienne n’est pas morte au pays du Soleil levant. Il y a encore des chrétiens. Pendant des siècles ils ont survécu en l’absence de tout contact avec l’Eglise. Ils se réunissaient secrètement pour prier, pour lire la Bible. Au XXème siècle des missionnaires français ont pu entrer dans l’Archipel. Ils ont retrouvés ces fidèles des catacombes et cela à donné de magnifiques témoignages. Lors du bombardement atomique de Nagasaki, des milliers de chrétiens sont morts. Les survivants se sont battus pour que cette ville pardonne aux américains. Nagasaki, par le biais notamment de Tadeshi Nagaï, figure chrétienne du Japon, est devenue une ville militante pour la paix. 

Non, le Japon n’est pas un marécage. L’arbre de l’Evangile n’a pas pourri dans les terres humides. Il a juste été atrocement déraciné par les maîtres du pays. Quelques graines ont subsisté et un petit arbre est là, bien vivant. 

Espérons que Martin Scorsese mette son talent au service de l’intuition de Shûsaku Endô. A moins qu’il ne se concentre que sur la nuit de la foi que traverse le héros… 

De grands acteurs seront au rendez-vous : Daniel Day-Lewis est pressenti pour jouer Ferreira, Benicio Del Toro pour Rodrigues, Gael Garcia Bernal pour Garrpe. Il est actuellement en pré-production et devrait sortir courant 2013.

Sénat rose

Il a basculé ! Enfin, le Sénat a connu l’alternance politique ! 

Joie à gauche, panique à droite, la Haute-assemblée comprend désormais une courte (deux voix) majorité socialo-communiste (et consorts). 

Vous me connaissez, je ne suis pas un inconditionnel dela gauche. Maisce n’est pas ça qui me fera pousser des cris d’orfraies ! Bien au contraire ! Le Sénat vient de prouver qu’il était une institution démocratique ! 

C’est déjà un début car la chambre haute est sans doute l’institution la plus mal comprise de la République ? Pourquoi ? Mais parce que tout le monde lui donne une définition qui ne lui correspond pas, ou que l’on cherche à tout prix à le réformer pour tenter de l’avoir à sa botte ! 

Regardons de plus près la Haute-assemblée : Au soir de la victoire, François Hollande disait que c’était une défaite pour la droite et la première étape de la victoire de la gauche… 

Beaux propos démagogiques, si le Sénat à basculé ce n’est pas à cause de l’humeur des grands électeurs…Mais parce que les collectivités sont, petit à petit, devenus majoritairement socialistes. Les dernières régionales ont été un tsunami rose, les cantonales ont donnés au PS de nouveaux départements, et les municipales avaient vu de nombreuses communes devenir socialistes. C’est un glissement en plusieurs étapes, le Sénat étant la dernière. 

Mais le Sénat reflète des victoires électorales précédentes et liées au travail des candidats locaux…Son basculement n’a donc absolument rien à voir avec la politique nationale actuelle ! Les grands électeurs n’ont pas voté en fonction de Nicolas Sarkozy mais en fonction d’élus de terrain choisis sur des problématiques locales… 

Car c’est là le cœur du sujet : le Sénat représente les collectivités territoriales (et l’Assemblée des français établis hors de France). Mais beaucoup d’hommes politiques ne semblent pas le comprendre… 

Je me rappelle d’un débat politique, il y a de nombreuses années, où la question de la réforme du Sénat avait été avancée. Nous étions pendant les années Jospin, ce dernier souhaitait une chambre haute plus « représentative ». La gauche se plaignait d’une assemblée éternellement à droite, ne pouvant connaître l’alternance politique. C’était sans doute révélateur d’un défaitisme des socialistes devant leurs difficultés à s’implanter dans le monde rural…Et donc, dans ce débat le Sénat était présenté par la gauche comme une chambre de notables. 

Mais le plus pathétique venait d’Alain Madelin : avec moult effets de manche il avait dit « le Sénat est une chambre de sagesse ! », ce à quoi Jean-Noël Jeanneney (PRG) a répondu : « Monsieur Madelin, la sagesse est-elle de droite ». Un point pour Jeanneney ! Quelle idée de dire une telle absurdité, le Sénat serait donc une chambre de sagesse et l’Assemblée nationale une chambre de folie ? 

Evidemment, le Sénat n’est pas un « Conseil des sages » comme on pourrait le voir dans certains récits mythologiques. La Rome antique est loin de tout cela et d’ailleurs le Sénat Romain n’était guère enclin à la vertu et à la tempérance…C’était davantage une assemblée d’aristocrates dans le style de la Chambre des Lords (l’hérédité en moins). 

Et d’ailleurs qu’est ce que la  sagesse ? Est-ce une élection qui va décider si on est sage où si on l’est pas ? 

Le Sénat n’est pas un conseil de vieux notables de droite, ce n’est pas ce que dit la constitution. Carc’est là le plus important : si vous voulez connaître cette institution n’écoutez pas les hommes politiques, regardez le texte constitutionnel : « Il assure la représentation des collectivités territoriales de la République.» C’est tout ! Qu’il soit de droite ou de gauche c’est l’affaire des collectivités locales ! Aux partis de travailler le terrain !

Bien sur on peut discuter de son mode de fonctionnement. Il a ses vertus : une certaine distance des tumultes de la vie politique et médiatique. Ses faiblesses : représente-t-il efficacement les collectivités ? Pas si sur… 

Je ne suis pas contre une réforme du Sénat. Pourquoi ne pas s’inspirer d’un modèle très efficace : le Bundesrat Allemand. La chambre haute d’outre Rhin, Conseil fédéral en français, représente les Länder. La représentation est parfaite parce que les conseillers fédéraux sont des membres des exécutifs des états fédérés mandatés par les gouvernements locaux. Ils ont donc un mandat impératif et sont la voix de leur Land. 

Un tel modèle ne peut-être transposable parfaitement chez nous car l’Allemagne est un Etat fédéral. Néanmoins il serait de bon ton de s’en inspirer. Pourquoi ne pas faire du Sénat un « Conseil des Territoires » ? Il comprendrait tous les Présidents de régions, les maires des cents plus grandes villes et des conseillers élus par les communes, ou intercommunalités, rurales. Chaque représentant aurait un nombre de voix plus ou moins important selonla collectivité. Ainsiles régions et les villes seraient directement consultées pour le vote dela loi. Lesélus ruraux auraient un contact direct avec leur conseillers et peut-être même le pouvoir de le révoquer si son travail parlementaire ne satisfait pas ces messieurs (et dames)…Mais là, ça impliquerait de revenir sur l’interdiction du mandat impératif qui figure dans la constitution… C’est un autre débat !

Troy, Barack et Benoît

Il est mort. Troy Davis a été exécuté. Malgré les doutes, malgré les rétractations de sept témoins sur neuf, Troy Davis a été mis à mort par injection létale. 


Troy Davis, un américain noir de Géorgie condamné pour le meurtre d’un policier a pourtant crié son innocence jusqu’au bout. Mais le gouverneur de Géorgie a refusé de le gracier. 


Cette exécution a choqué le monde entier. Trop de doutes sur sa culpabilité, l’Amérique prenait le risque de tuer un innocent. 


Devant l’attente de Troy Davis dans le couloir de la mort, tout le monde attendait la réaction de Barack Obama. Lui, le Président noir que l’on présentait comme la réalisation du rêve de Martin Luther King allait-il réagir devant cette terrifiante injustice ? 


Il n’en a rien été. Le locataire dela Maison Blanches’est contenté de dire que cette question relevait de la compétence du gouverneur de Géorgie… Ce n’est donc pas son affaire, il s’en lave les mains… 


Ponce Pilate n’aurait pas fait mieux… Bien sur, d’un point de vue juridique, cela n’est pas de la compétence du Président des Etats-Unis. Mais « quid » de sa conscience ? Ne pouvait-il pas tenter quelque chose, un mot, un message au gouverneur de Géorgie ? Non, rien, juste un froid communiqué de son cabinet où il se drape derrière le droit constitutionnel. 


Je n’ai jamais été un laudateur de Barack Obama. Quand il a été élu, l’Obamania qui a déferlé en France avait tout d’une stupidité. Ce n’est pas parce qu’il est le premier Président de couleur qu’il sera forcément un saint. Lui donner le Prix Nobel de la Paix avant qu’il ait donné des résultats a aussi été une sottise… 


Si l’on excepte sa réforme de l’Assurance maladie, son bilan n’est guère brillant. Et la mort d’Oussama Ben Laden n’est pas un évènement glorieux : tuer quelqu’un sans jugement, sans aucune traces et en faisant disparaître le corps n’est pas digne du « leader de la démocratie ». Le monde a perdu l’occasion d’avoir le procès du plus grand crime contre l’humanité du début du XXIème siècle. Les Etats-Unis n’ont pas pu démontrer qu’ils étaient supérieurs aux terroristes…Non, parce qu’ils ont préféré la méthode du règlement de compte à celle du procès équitable, la soif de vengeance au devoir de justice. 


C’est répugnant. Obama n’est pas un grand chef d’état. Je préfère mille fois son adversaire John McCain qui s’était élevé au Sénat contre l’usage de la torture… 


La peine de mort est une horreur. Tuer quelqu’un froidement au nom de la loi est une abomination. Albert Camus disait : « En tant que meurtre prémédité, la peine de mort est le crime le plus scandaleux qui soit ». C’est un meurtre d’état, injustifié car un criminel peut-être gardé en prison et mis hors d’état de nuire sans avoir besoin de le tuer. 


On ne répare pas un meurtre par un autre meurtre : justifier cela est de la barbarie, un appétit de sang masqué derrière d’hypocrites discours sur la justice. 


Le Vatican a compté parmi les opposants à cette exécution. « Nous ne pouvons décider si la peine est méritée ou non, mais nous pouvons simplement lancer un appel : nous souhaitons que le système pénitentiaire puisse faire tout son possible pour épargner la vie et viser à la conversion et à la transformation de la personne », a dit le cardinal ghanéen Peter Turkson, président du conseil pontifical Justice et Paix sur Radio Vatican. Le nonce apostolique aux Etats-Unis est intervenu directement auprès des autorités en faveur de Davis. Cette action s’est faite au nom de Benoît XVI lui-même. 


Cela nous rappelle que Jean-Paul II, lors d’un voyage aux USA, avait qualifié la peine de mort de « cruelle et inutile »


Mais voila, malgré ces propos clairs du Saint Siège, des individus se disant catholiques défendent bec et ongles la peine capitale. Un funeste blog, extrêmement visité, à salué l’exécution de Troy Davis. Ils ont défendu sa culpabilité et justifié sa mise à mort en détournant le contenu du catéchisme de l’Eglise catholique…tout en omettant de signaler les protestations du Vatican. 


Comme mon ami Patrice de Plunkett je ne donnerai pas le nom de ce site. Vous le reconnaitrez certainement. Mais une telle malhonnêteté intellectuelle doit être dénoncée. Elle fait un tort monstrueux à l’Eglise. 


Un innocent exécuté, un homme d’état se lavant les mains, des pseudo-croyants se réjouissant du meurtre…ça ne vous rappelle rien ?

La fête du slip.

Le sexe fait vendre : Vieille formule de marketing remarquablement suivie par la télévision et les médias. 

Elle est maintenant appliquée par les militants un poil provocateur du mouvement Ecole dépouillée. Eh oui, après les rugbymen, ce sont les professeurs qui posent nus. A poil pour dénoncer une école selon eux dépouillée de ses moyens !

Une provocation qui marche bien puisque la presse s’est empressée de parler d’eux…Ils n’ont pas de vêtements, mais des idées ! 

Je vais vous avouer quelque chose : j’envie leurs élèves ! Parole de galopin turbulent : on aurait jasé dans la cour de récré si on avait vu notre prof de maths se mettre à poil sur Internet ! Imaginez les fous rires continuels des lycéens en pleine leçon sur les sinus et les cosinus… 

Car il y a une chose que ces professeurs sortant tout droit du jardin d’Eden ont oublié : Le rire d’un collégien est capable, a lui seul, d’anéantir l’autorité d’un enseignant…Cette fois-ci l’école n’est pas seulement dépouillée comme le regrette ces syndicalistes, mais elle est ridiculisée. 

Bien sur j’entends leur contestation, légitime, sur le manque de moyens de l’éducation nationale. L’école est dépouillée, les programmes scolaires sont saccagés : on fabrique des jeunes qui, à la sortie du lycée, ne sauront plus si ils seront un homme ou une femme et ne connaîtrons pas l’histoire de leurs pays…Merci Luc Châtel ! Votre passage aura laissé des souvenirs… 

Mais tout de même : se foutre à poil… Evidemment, vous me rétorquerez, les photos sont décentes, et même esthétiquement assez réussies, je ne dis pas le contraire…Mais j’entends déjà les rires de leurs élèves. 

Quand j’étais étudiant, avec mes copains nous étions les champions de la dérision. Tous les profs avaient un sobriquet, le moindre détail de leur physique ou de leur personnalité ne nous échappait pas…Je me rappelle de leurs pantalons trop courts, de certaines braguettes ouvertes, de quelques cours somnambuliques, ou encore de  timbres de voix pathétiques que j’imitais pour amuser mes facétieux camarades…Evidement, quand à la fac de Droit j’ai découvert le génialissime site Les fakes de LoBo et que j’ai appris à me servir de photoshop…Il y a eu des dégâts ! 

Dernière anecdote avant de conclure : dans la fac où j’étais, des copains avaient effacé des lettres de peinture de la pancarte annonçant la « Salle des professeurs ». Ils avaient petit à petit enlevé le P, le R, puis le O et enfin le URS…Cela avait donné : Salle de Fesse… Cette farce était sans doute prémonitoire des agissements de nos enseignants en tenu d’Adam et Eve.

DSK : pas de confession mais une conspiration.

Que faisiez-vous dimanche soir ? 13.4 millions de français répondent : devant le journal de Claire Chazal pour regarder l’interview « come back » de DSK. Pas moi ! J’ai préféré passer un moment avec des amis. Je me suis donc contenté d’une vision en différé sur le net et des commentaires de la presse. 

Un record, prévisible, d’audience. Une aubaine pour TF1 ! Et pour DSK aussi : Claire Chazal est une bonne amie d’Anne Sinclair, il ne prenait donc aucun risque. A cela s’ajoute, une préparation en béton par des professionnels dela communication. DSK a bien organisé sa soirée « confession » comme les médias l’on qualifié. Mais était-ce une confession ? Il n’a rien avoué, rien regretté. Une « contrition imparfaite » dirait un théologien. Et j’ajouterais même une anticontrition tant cette entrevue ne contenait ni aveu, ni remord. Il n’a fait que se justifier en affirmant qu’il n’y avait aucune preuve. 

En revanche, il agité la théorie du complot…DSK se prendrait-il pour JFK ? En faisant allusion à un coup monté, il se présente en victime d’un ennemi invisible qui lui aurait tendu un piège avec la complicité du groupe Accor et avec de nombreux relais médiatiques comme l’Express qu’il qualifie de tabloïd. Et voila une belle théorie de complot comme les Américains les aiment ! Un « Waterbraguette » sauce FMI ! On passe du feuilleton de l’été style « Les Experts » au film de la rentrée genre « X-Files » ! 

Evidemment tout ceci est absurde. Le conspirationnisme est une aberration, le produit d’esprits perturbés. Bien sur, cette affaire est tombée exactement au plus mauvais moment pour lui (et au meilleur pour ses adversaires). Mais si DSK n’était pas un pervers sexuel, un malade de la libido, est-ce qu’un tel évènement aurait pu avoir lieu ? 

Personne ne nie la boulimie sexuelle de Dominique Strauss-Kahn. Personne n’a nié le « contact physique » entre la femme de chambre et l’ex-directeur du FMI. 

La seule véritable question est le consentement de la relation. Dans son article : DSK, du viol en zone grise, Koztoujours évoque ce sujet et l’ambigüité que cela implique. Vous connaissez déjà mon opinion : je ne crois pas en l’innocence de cet homme. 

Et ce n’est pas avec une abracadabrantesque thèse conspirationniste (sans preuve évidemment) que je vais changer d’avis.

Par-delà Ben Laden et Breivik : vivre ensemble après le 11 septembre.

Coexister. C’est le nom d’une association promouvant, et vivant, le dialogue interreligieux. Elle a été fondée à Paris le 11 septembre 2003 par des jeunes chrétiens, juifs et musulmans. Son but est d’œuvrer pour la paix en montrant que les fidèles des trois religions monothéistes peuvent vivre ensemble dans la paix. 

Vivre ensemble…Depuis le 11 septembre 2001, la machine infernale du choc des civilisations semble enclenchée. Al-Quaïda a déclaré la guerre à la civilisation occidentale, et certains « chrétiens » (croyants ou pas) répondent à cette guerre par des provocations. Le « Coran burning day » aux Etats-Unis, les « apéros saucisson pinards » en France, ou pire : la folie meurtrière d’Oslo, par Anders Behring Breivik. 

Peut-on encore vivre ensemble ? Les partisans du dialogue interreligieux et les artisans de paix disent que oui. Mais d’autres sensibilités, plus radicales, soutiennent que non. Je n’apprécie pas beaucoup l’attitude de ces derniers, qui refusent toute rencontre avec le musulman. Mais cette attitude mortifère est hélas présente dans notre pays, et il faut en parler. 

L’obsession de l’Islam 

Dans un de ses articles, le blogueur Koztoujours a employé une formule originale : l’Islamobsession. C’est cette curieuse manie qu’ont certains extrémistes de voir partout les signes de l’invasion de la France par des hordes sarrasines. 

L’obsession de l’Islam connaît un public varié : Les plus connus sont des catholiques traditionnalistes qui se retrouvent dans des organisations très actives sur le net. Pas besoin de leur faire de la publicité, leurs sites sont déjà suffisamment connus. Mais il y a aussi les laïcistes de Riposte laïque et les néo-païens du « Bloc identitaire »…Ces traditionnalistes ont de curieux alliés.

Tous évoquent régulièrement l’Islam comme étant une menace pour la France et ils agitent le spectre d’une France devenue une République Islamique dans un horizon plus ou moins proche. Ce futur fantasmé porte le nom « d’Eurabia », contraction d’Europe et d’Arabie. Cette idée circule dans toute l’Europe mais aussi aux Etats-Unis.

Le tueur d’Oslo, Anders Behring Breivik est l’archétype de l’Islamobsédé. Il incarne mieux que tout autre cette violence extrême générée par la phobie de l’Islam. Certains disent qu’il est une exception du fait qu’il serait fou… Sur sa santé mentale, les psychiatres sont partagés. Il est certain que cette froideur, cette absence de remord et ces propos étranges indiquent qu’il a pris quelques distances avec la réalité. Maisce personnage a de nombreux supporters…Faites l’expérience sur Facebook en tapant « Breivik ». Vous tomberez sur un grand nombre de pages condamnant l’assassin d’Utoya, mais vous trouverez aussi cette page. Elle est favorable au sinistre norvégien… Je vous averti : ça fait froid dans le dos. Breivik est montré en héros, ses crimes sont justifiés voire même encouragés.

Toujours au sujet de l’affaire norvégienne, des propos effrayants ont été tenus en France par des membres du Front National. Le tueur est comparé à Charles Martel et à un héros de l’Occident…

Mais cela ne s’arrête pas à des soutiens à Breivik. D’autres individus ne cachent pas leur souhait de participer directement au choc des civilisations. La presse a évoqué cette semaine cette invraisemblable, mais véridique, appel au meurtre sur une page Facebook. Un message laconique : «Égorger les musulmans à la place des moutons. » Le message appelle à des meurtres pour la fête de l’Aïd, le 6 novembre prochain. Ca se passe de commentaire.

Enfin, l’émission de France 2 « Les infiltrés » a défrayé la chronique il y a un an en filmant de l’intérieur une organisation d’extrême droite à Bordeaux : Dies Irae. Les images, les propos sont effrayants. Violence, haine, ce groupuscule va jusqu’à préparer une milice armée sur le modèle des organisations paramilitaires américaines. Regardez cette émission, vous trouverez tous les ingrédients de la plus glauque obsession de l’Islam. Le péril musulman revient dans la bouche de certains comme une idée fixe. Ces individus justifient la plus horrible violence pour lutter contre une prétendue « invasion ». C’est quasiment pathologique : une obsession…

Voici l’émission : http://youtu.be/FSOGYCSI0bE

Comme le dit le journaliste : ils rêvent de guerre civile et s’y préparent…

D’autres Breivik existent. Ils sont peut-être moins fous que lui car ils n’oseront pas prendre le risque d’une vie passée en prison. Mais ils sont là et nous ne sommes pas à l’abri d’attaques terroristes de ce genre.

Mais les antimusulmans le savent-ils : Ils ont beaucoup plus de points commun avec les terroristes islamistes que de divergences…Regardons leur mécanisme de plus près.

Islamistes et Islamophobes : même combat ?

Nous trouvons chez les obsédés de l’Islam un raisonnement proche de celui des islamistes. Paradoxalement, les catholiques traditionnalistes islamobsédés ont rigoureusement la même structure mentale que les suppôts de Ben Laden. On peut faire un parallèle comparable en remplaçant les tradis par les laïcistes ou les néo-païens. Mais nous limiterons notre analyse aux catholiques réactionnaires.

Pourquoi dire qu’il y a identité de structure mentale ? Etudions leurs principaux traits de caractère les uns après les autres :

Leurs angoisses sont étrangement symétriques :

  • Pour Al-Quaïda : La crainte d’un monde musulman occidentalisé.
  • Pour les islamobsédés : Un Occident islamisé, « l’Eurabia ».

Leur refus du monde contemporain au profit d’un passé glorifié :

  • Le monde musulman est trop moderne pour Al-Quaïda : certaines dictatures Arabes sont trop laïques, trop libérales ou au contraire trop socialistes (cas de la Libye de Kadhafi).
  • L’Occident renie ses valeurs pour les chrétiens intégristes. Eux aussi considèrent que les Etats occidentaux sont trop laïcs, trop libéraux ou, pour certains, trop socialistes.

Leur même condamnation d’un hypothétique « ennemi de l’intérieur » :

  • Pour Al-Quaïda les dirigeants Arabes sont liés de près ou de loin aux Etats-Unis. Ce sont non seulement des apostats, mais aussi des gouvernements serviles et soumis à l’Occident.
  • Les chrétiens intégristes condamnent clairement les démocraties occidentales car elles sont jugées trop molles avec l’Islam. Ils agitent le spectre de « l’Allahïcité », une laïcité favorable à l’Islam selon eux. Ils évoquent aussi la notion de Dhimmitude, la soumission des chrétiens dans un monde islamisé. Pour eux : nos démocraties ont des mentalités de Dhimmis.

Un même rejet du multiculturalisme :

  • La vulgate islamiste ne tolère aucune forme de dialogue avec les autres religions. Leur discours est clair : il faut chasser les infidèles de la terre d’Islam. L’origine d’Al-Quaïda remonte à l’installation des bases Américaines dans le Golfe Persique : un sacrilège à leurs yeux.
  • Les islamobsédés ont la phobie du métissage. Il n’est pas rare que les discours racistes cohabitent avec l’islamophobie. Enfin, Breivik avait une haine farouche de la société multiculturelle. De plus, ils rejettent catégoriquement le dialogue interreligieux. La rencontre d’Assise de 1986 est généralement pour eux un scandale.

Un même projet politique : Le règne de la forme politique de leur religion sur un immense territoire perdu ou tombé dans la décadence :

  • La restauration du Califat pour Al-Quaïda.
  • Reconquérir la chrétienté, pour les chrétiens islamophobes. Le nom de certaines de leurs organisations en témoigne.

A noter sur ce dernier point : ces deux idéologies sont des nostalgies d’un empire perdu. Le Califat a disparu en 1918, l’essentiel du monde musulman est sous influence occidentale depuis lors (influence politique ou même seulement culturelle). De même, la notion de chrétienté a été balayée depuis la Révolution française et ses suites.

Une même vision noire du monde :

  • Al-Quaïda ne cultive aucune forme d’espérance.
  • Quand on regarde les sites et les blogs des obsédés d’l’Islam, on se demande si leurs auteurs ne sont pas de profonds dépressifs…Que des mauvaises nouvelles, aucune espérance…

Une culture de l’ennemi :

  • Tous les islamistes, a fortiori Al-Quaïda, entretiennent l’idée d’une lutte contre un ennemi juré, un « Grand Satan » : L’Occident avec les USA comme leader et Israël en poste avancé au Proche-Orient.
  • Les réseaux antimusulmans ont tous un adversaire qui revient sans cesse dans leur discours : l’Islam. Discutez avec un Islamobsédé, il ne restera pas trois minutes sans vous parler du « péril islamique ».

Il est bon de préciser que cette culture de l’ennemi est entretenue par des théories conspirationnistes. Pour les Islamobsédés, les démocraties trop molles avec l’Islam le sont à cause d’un complot des Francs-maçons. Pour les islamistes, une conspiration juive dirige l’occident. Il n’est pas rare de trouver des négationnistes parmi eux. Le gouvernement Iranien a d’ailleurs organisé des rencontres internationales négationnistes.

Oui…mais, m’objecterez-vous, les intégristes chrétiens n’ont pas envoyé d’avions contre les Tours géantes de Dubaï…C’est vrai, il y a beaucoup moins de terrorisme occidental que de terrorisme islamiste. Mais, hélas, nous avons aussi nos folies meurtrières, et avec les obsédés de l’Islam tout est possible. Les milices comme Dies irae se préparent pour une hypothétique guerre civile…Céderont-ils à l’impatience ? Espérons que non.

Sortir du choc des civilisations pour vivre ensemble.

La réalité ne ressemble en rien à celle décrite par les islamobsédés ni par celle des islamistes. Ce sont des raisonnements de désespérés devant un monde en mutation qu’ils n’acceptent pas. La chrétienté n’existe plus, le califat non plus…Pour eux c’est inacceptable !

Le choc des civilisations n’est pas inéluctable et il n’est pas souhaitable. La majorité des musulmans et des chrétiens ne demandent qu’à avoir une vie normale.

Il y a de vraies questions qui se posent avec le développement de l’Islam en France, mais ce n’est pas avec des obsessions morbides que nous régleront le problème, loin de là.

Le dialogue interreligieux, une laïcité bien vécue (n’ayant aucun rapport avec celle de 1905), la reconnaissance de l’identité de chacun sont des éléments pouvant construire un vivre ensemble durable car ils s’appuient sur des réalités.

Mais tout cela nécessite une réflexion de fond sur la laïcité. Ce sera l’objet d’un prochain article.

Frédéric Ozanam et la Démocratie chrétienne.

« J’ai cru et je crois toujours en la possibilité d’une démocratie chrétienne, je ne crois même qu’en cela en matière politique. » Disait Frédéric Ozanam lors de la Révolution de 1848. 

Cette citation est la première que j’ai lue d’Ozanam quand je l’ai découvert en 1997. Cette année là j’étais aux JMJ de Paris et Jean-Paul II venait de le béatifier à Notre Dame. J’avais 18 ans, j’allais entrer à la fac de Droit, et j’avais le cœur remplis d’idéaux. La découverte de Frédéric Ozanam a été pour moi la découverte de la Démocratie chrétienne. 

Bien entendu, Jean Paul II ne l’a pas béatifié parce qu’il était Démocrate chrétien. L’Eglise n’intervient pas en faveur de tel ou tel parti. Ozanam a été béatifié pour ses vertus héroïques, sa sainteté, et il a été présenté en exemple aux jeunes parce qu’il illustre parfaitement l’appel à construire la civilisation de l’amour. 

Sans revenir en détail sur sa vie (d’autres sites le font très bien), Ozanam a été au cœur des grandes mutations sociales, économiques et politiques du XIXème siècle. Né en 1813 et mort en 1853, il a vécu dans la France qu’ont décrit Victor Hugo et Honoré de Balzac. Le Paris des Misérables et de la Comédie humaine était celui d’Ozanam. Il était un intellectuel brillant. Docteur en droit puis docteur es lettres, il était au cœur de la pensée de l’époque. 

Et il a été confronté à une difficulté terrible : être catholique dans le monde moderne naissant. La république des idées n’était pas très favorable au catholicisme. Ses professeurs étaient le plus souvent athées, ou voltairiens. Le catholicisme était perçu comme appartenant à l’Ancien Régime. 

Défenseur de la foi, il était un infatigable avocat de l’Eglise…Mais sans tomber dans l’intransigeance ! 

Car voici la particularité d’Ozanam : il aimait l’Eglise, il avait une très grande foi, mais jamais il ne sombra dans la caricature ! Cela lui valut de nombreux ennemis. Les catholiques intransigeants, qui partaient en guerre contre le monde moderne ne l’appréciaient guères… 

Plusieurs de ses œuvres sont à méditer : La première a été la fondation de la Société de Saint Vincent de Paul. Ozanam a désiré vivre la charité en se rendant directement au domicile des plus démunis, ou dans la rue. Il y avait en lui un grand désir de cohérence. Etre chrétien impliquait la charité, le don de soi. Et il avait compris que défendre l’Eglise, promouvoir la foi ne pouvait se faire sans la charité. 

La deuxième initiative n’est pas sans lien avec la première, car son contact avec les plus démunis a inspiré ses choix politiques : Il a pris position en 1848 en faveur de la République au nom de l’idée qu’il se faisait de la démocratie : la Démocratie chrétienne. Cela peut en surprendre certains et en choquer d’autres…Mais  regardons la Démocratie chrétienne de plus près : 

Qu’est-ce que la Démocratie chrétienne ?

 La Démocratie chrétienne est une famille de pensée méconnue bien que très importante dans l’histoire des idées politiques. Elle est apparue lors de la première moitié du XIXème siècle, en France lors de la Révolution industrielle.

 Frédéric Ozanam est un de ses fondateurs. La Démocratie chrétienne a une origine assez complexe mais elle s’est pleinement constituée lors de la Révolution de 1848 avec le journal l’Ere nouvelle

La France était en mutation, l’ancienne monarchie des Bourbon avait été balayée en 1830 et ses défenseurs n’étaient plus du tout en phase avec leur temps. La Monarchie de Louis-Philippe 1er, tout en étant illégitime, s’était appuyée sur la haute bourgeoisie. Elle était en rupture totale avec le peuple qui quittait les campagnes pour s’installer dans les faubourgs des grandes villes. Une nouvelle classe sociale faisait son apparition : les ouvriers. Mal payés, aux conditions de travail catastrophiques, ils n’étaient pas écoutés par le pouvoir en place et étaient exploités par les richissimes bourgeois du capitalisme naissant. 

A cette même époque, Marx concevait le communisme et d’autres penseurs imaginaient le socialisme. Mais toutes ces idées étaient athées, matérialistes et Marx appelait à la lutte des classes. 

Ozanam et les premiers démocrates chrétiens ont compris l’enjeu de cette époque. Ils ont vu se préparer une terrible guerre sociale. Alors que Marx encourageait cette lutte, les démocrates chrétiens voulaient la Fraternité universelle. Réunir autour d’une même table riches et pauvres, patrons et ouvriers, pour construire un monde meilleur, contribuer au bien commun. Des salaires justes, de bonnes conditions de travail, permettre a chacun de vivre de son travail, voici les idéaux des démocrates chrétiens.

 Pourquoi la République ? Parce qu’en 1848, la monarchie de juillet s’était effondrée et que la monarchie légitime était devenue impossible. Les ultras avaient coupé les Bourbon de la modernité. Ozanamétait issue du légitimisme. Il était profondément attaché à la famille royale et donc il n’aimait guère Louis-Philippe, pas assez légitime à ses yeux. Il fallait donc, selon lui, se tourner vers le peuple et instituer la République. Verstout le peuple et donc une République s’appuyant sur le suffrage universel. Mais pas n’importe quelle république, une république chrétienne, construite selon les préceptes d’amour du prochain et de fraternité universelle. « La démocratie sera chrétienne ou ne sera pas. » Disait Ozanam. Une démocratie imprégnée des valeurs chrétiennes et non ballotée au gré des élans populaires. 

Les héritiers d’Ozanam

 La démocratie chrétienne connut une belle postérité. Elle se répandit dans le monde entier. De nombreux Etats ont eu à leur tête des dirigeants démocrates chrétiens : l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Belgique, mais aussi des démocraties d’Amérique latine. En France, elle resta un courant politique minoritaire jusqu’à la seconde guerre mondiale où une grande partie des cadres de la France Libre étaient démocrates chrétiens. Ce sont des grands noms de la Résistance : Pierre-Henri Teitgen, François de Menthon, Georges Bidault, Edmond Michelet, Louis Terrenoire etc. Ils ont fondé le Mouvement républicain populaire (MRP), qui devint à la Libération l’un des premiers partis de France. 

Le MRP était un parti du centre, proche du Général de Gaulle (jusqu’en 1946 où il se détourna de lui), et très attaché à la démocratie et aux réformes sociales. Le MRP a fortement contribué à la création de la Sécurité sociale, c’est une de ses grandes victoires. 

Robert Schuman était une des grandes figures du MRP et c’est lui qui a fait du MRP le parti dela construction Européenne.Avecles Démocrates chrétiens Allemand et Italiens, ils ont fondéla Communauté Européennedu Charbon et de l’Acier, origine de l’Union Européenne. 

C’est dans les années 1960 que le MRP a disparu. La concurrence du gaullisme (pourtant proche de la Démocratie chrétienne), le souhait de certains d’enlever l’étiquette chrétienne au profit d’un « centrisme » plus consensuel, a eu raison de la démocratie chrétienne à la française. 

Depuis lors, la France a de nombreux démocrates chrétiens disséminés dans de nombreux partis politiques (y compris à gauche), mais plus de parti démocrate-chrétien. 

La création du Parti Chrétien-Démocrate par Christine Boutin il y a deux ans, a permis à cette famille de pensée d’avoir une nouvelle visibilité. 

Ozanam a donc connu une très importante postérité, hélas souvent ignorée. A nous de faire connaître ses idées et surtout de les faire vivre.

De Charybde en Scylla…

Tripoli est tombé ! La Libye est en quasi-totalité sous le contrôle du CNT (Conseil national de Transition) et le régime du colonel Kadhafi n’existe plus. Seul le « Guide de la Révolution » est en fuite et menace les insurgés d’un « bain de sang ». L’opinion publique française semble acquise aux opposants du dictateur. La barbarie de la répression du gouvernement Libyen a donné un important capital sympathie au CNT… 

Mais les insurgés sont-ils si « sympathique » que cela ? Sont-ils les démocrates que l’on nous présente ? 

De bien étranges insurgés. 

Une polémique a surgit sur ce sujet, et il est difficile de trier le bon grain de l’ivraie tant les propos sont contradictoires. 

La propagande des réseaux Kadhafistes présente le CNT comme étant des islamistes en lien avec Al-Qaeda, des terroristes réactionnaires en opposition au régime « libérateur » de la Jamahiriya arabe populaire socialiste de Libye…Déjà sur le net des informations circulent présentant le système social Libyen comme étant le meilleur au monde. Maître Ceccaldi, l’avocat français de l’Etat Libyen, montre un visage rassurant dela famille Kadhaficontre la barbarie islamiste du CNT soutenue par des démocraties occidentales ne comprenant rien au monde arabe. 

Mais ces sources sont bien entendu contestables et orientées. En revanche, de sérieux journalistes émettent des doutes quant aux insurgés. Des cadres du CNT seraient en effet de dangereux islamistes. Dans Libération du 26 août, Jean-Pierre Perrin, dresse un portrait sans équivoque du chef des insurgés à Tripoli : Abdelhakim Belhaj. 

Des informations inquiétantes, Belhaj est le nouveau gouverneur de la capitale et il est lié à Al-Qaeda. Précisément, Belhaj est issue d’une organisation Islamiste Libyenne combattant Kadhafi depuis plus de vingt ans : le Groupe islamique combattant (GIC). Cette organisation ultraradicale a été « labellisée » par Al-Qaeda et possédait au moins deux camps d’entrainement secrets en Afghanistan. Belhaj lui-même été capturé par la CIA et placé dans une de ses prisons secrètes. Il est donc considéré par les Américains comme un des cadres d’Al-Qaeda. 

Et Belhaj n’est pas le seul islamiste de la rébellion: Ismaël as-Salabi à Benghazi, Abdelhakim al-Assadi à Derna, Ali Salabi au sein même du Conseil national de Transition, toutes ces personnes ont des liens avec Al-Qaeda via le GIC. 

Le GIC tient-il les manettes du CNT ? A-t-il profité de la « révolution arabe » pour réaliser son objectif : renverser le régime et mettre en place un état islamique radical ? C’est en tout cas une menace à prendre très au sérieux. 

Un soutien trop rapide ? 

L’affaire Libyenne est complexe, comme le sont les relations internationales. Nicolas Sarkozy a voulu faire de la Libye un puissant allié de la France en Méditerranée. Riche de son pétrole, de sa force militaire, de la taille de son territoire et de son influence en Afrique, la Libye de Kadhafi était un allié de rêve pour le gouvernement français. Le Président de la République a tenté une réconciliation avec le Guide de la Révolution, d’abord en négociant la libération des infirmières Bulgares puis en tentant d’importantes ventes de matériels militaires et énergétiques. La venue de Kadhafi à Paris, accueilli en grande pompe par le Président, avec d’importants contrats à la clé (Rafales, nucléaire civil…des ventes stratégiques réservées à de précieux alliés), devait sceller cette étrange amitié. 

Que nenni ! L’orgueilleux Guide de la Révolution, qui se verrait bien guider toute l’Afrique, a refusé la main tendue du Président. Point de Rafales et de Centrales, le Colonel a envoyé un humiliant camouflet à Nicolas ! La vengeance du Maître de l’Elysée sera terrible et, Colonel ou pas, la Libye sera son satellite. 

Le rapide soutien de la France et de ses alliés occidentaux pour le CNT est sans doute expliqué par cette politique Libyenne dela France. Lessujets du Guide s’insurgent ? L’occasion est trop bonne pour renverser le dictateur et compter un état stratégique de plus parmi les amis de la France. 

Soutien rapide…trop rapide ? Nos copains du CNT sont-ils plus fréquentables que Kadhafi ? Il y a trop d’islamistes dans cette révolution…La Libye « libérée » ressemble un peu trop à l’Iran « libérée » lors de la chute du Shah. Le risque d’avoir une puissance Islamiste proche d’Al-Qaeda à quelques encablures de la Grèce et de l’Italie est réelle. La Libye serait alors passée de Charybde en Scylla. Elle aurait bazardé un tyran sanguinaire, un Néron bombardant son peuple et faisait sauter les avions de ligne de ses ennemis (n’oublions pas Lockerbie et le DC-10 d’UTA) contre des Islamistes, des réactionnaires adeptes des mêmes méthodes sauvages du Colonel. 

Espérons seulement que la Libye ne devienne pas un nouvel Afghanistan et que la France n’ait pas fait la même bêtise que les Américains dans les années 1980. En soutenant les Moudjahidines Afghans, ils avaient ouvert un boulevard à Al-Qaeda…

Mauvais genre…

L’idéologie du genre connaît un drôle de succès auprès des éditeurs de manuels scolaires. Belin, Hachette, Bordas, Hatier et le guère prophétique Nathan ont eu la curieuse idée d’insérer la doctrine du « gender » dans les livres portant sur les cours de Science de la Vie et de la Terre de Première. Bien étrange idée car la théorie du gender est tout sauf une doctrine scientifique. Nous sommes très loin de la biologie car cette théorie considère que les sexes ne sont pas des réalités physiques mais des constructions culturelles…On ne naît pas homme ou femme, mais on le devient ! Cette théorie justifie toutes les revendications dites « LGBT » (comme Lesbiennes, Gays, Bisexuelles, Transsexuelles) que sont par exemple l’homoparentalité, la reconnaissance du transsexualisme etc.  

Cette théorie opère une dissociation totale entre le corps et l’esprit de la personne. Un des manuels incriminés dit ceci : « le sexe biologique nous identifie mâle ou femelle mais ce n’est pas pour autant que nous pouvons nous qualifier de masculin ou de féminin. Cette identité sexuelle, construite tout au long de notre vie, dans une interaction constante entre le biologique et le contexte socioculturel, est pourtant décisive dans notre positionnement par rapport à l’autre. » Donc, selon eux, le genre de la personne n’est pas déterminé par son sexe physique. Il y a donc un sexe du corps et un sexe de l’esprit et c’est celui de l’esprit qui doit l’emporter. Pour les défenseurs du « gender », la culture détermine totalement le sexe de l’esprit (appelé « genre ») et cela dès l’enfance avec des codes couleurs (rose pour les filles, bleu pour les garçons), des activités et des jeux différenciés (poupées pour les filles, jeux de guerres pour les garçons). Ils sont donc opposés à toute culture établissant une différence entre les sexes puisque selon eux, ce système induit les inégalités hommes/femmes et empêche les personnes de choisir librement leur genre… 

La théorie du genre n’a rien de scientifique puisqu’elle n’est pas du tout reconnue par les biologistes. C’est une théorie défendue uniquement par certains psychologues, sociologues et quelques philosophes…Parler d’idéologie serait plus exacte tant le « genre » est éloigné d’une démarche rationnelle « académique » et au vue de l’énergie que mettent ses promoteurs à en propager le contenu. Inutile de préciser que cette idéologie est en dépit du bon sens car il dissocie totalement le corps de l’esprit…en psychiatrie cela s’appelle la schizophrénie, et concrètement un homme persuadé d’être une femme ne pourra jamais changer de corps. Là est toute la tragédie des transsexuels : leur opération est une mutilation, ils ne pourront jamais enfanter, ni ressentir du plaisir sexuel. La conséquence est le taux de suicide extrêmement élevé chez eux… Devons nous encourager de telles opérations ? Pour un médecin cela est contraire au Serment d’Hippocrate, pour un politique cela est un mensonge de plus… 

Enseigner aux lycéens la sexualité à travers la théorie du genre est clairement néfaste. L’adolescence est une période difficile, l’ado se construit, se rebelle pour parvenir a son existence propre et tous ses repères sont mis à mal par sa soif d’autonomie. Une éducation mal faite, de mauvaises rencontres et cela peut conduire à de terribles descentes aux enfers. Le nombre de suicide de jeunes est très élevé…Mettre la théorie du genre dans la tête d’un jeune qui n’est pas encore construit ne va pas l’aider, bien au contraire. 

Cette insertion dans les manuels scolaires a créé un tollé. L’Eglise catholique, l’enseignement libre, mais aussi des intellectuels chrétiens se sont élevés contre une telle démarche. 

L’opposition à cette insertion a suscité une réaction au sein de la majorité gouvernementale. Quatre-vingts députés pro gouvernement ont protesté auprès de Luc Chatel, Ministre de l’éducation nationale. La réponse de Luc Chatel ne s’est pas fait tarder :  »Ce n’est pas le ministre de l’Education qui exerce droit de vie et de mort sur un manuel », tout en niant que les manuels fasse l’apologie de la théorie du genre…  Voila une argumentation qui ne convainc personne, surtout pas Hervé Mariton, député UMP de la Drôme et signataire de la protestation : « La réaction du ministre montre qu’il n’a pas envie de prendre ses responsabilités, mais il ne peut pas y échapper et nous allons bien lui faire comprendre. Les éditeurs de manuels scolaires rédigent leurs ouvrages avec les indications et le contrôle du ministre. Et le ministre agit sous le contrôle du Parlement. »

Le bon sens semble davantage du côté d’Hervé Mariton, en décidant du contenu du programme, le ministre de l’éducation oriente les manuels scolaires. C’est évident…Il semblerait que Luc Chatel prenne les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages… 

Du côté de la gauche la réaction n’est pas surprenante : ils soutiennent les éditeurs de manuels scolaires. La gauche est le principal soutien de l’idéologie des « nouvelles mœurs » depuis qu’elle n’est plus capable d’assurer la justice sociale (voir ma note « Le parti des éléphants »)… 

Mais comment avons-nous pu en arriver là ? Ne plus savoir qu’est ce qu’un homme et une femme ? 

Patrice de Plunkett avance une explication : « Cependant, il est irréaliste d’en déduire que le masculin et le féminin en eux-mêmes n’existent pas. Cette déduction relève de l’idéologie hyper-individualiste, virtualiste, autiste, caractéristique de la société occidentale du capitalisme tardif : idéologie qui s’acharne à dissoudre tout ce qui relie la personne à des ensembles : le politique (la cité), la culture (le patrimoine), ou même la structure anthropologique fondatrice (l’identité sexuée). Dissolution qui laisse l’individu orphelin, déshérité, livré à ses fantasmes manipulés par tous les marketings. »

Et il ajoute encore :

« Alors comment se fait-il que la théorie du « genre », apothéose de l’artificiel, soit incorporée à des manuels de « sciences de la vie et de la terre »? Les manuels scolaires de 2011 ne voient pas cette contradiction. Myopie bien contemporaine : le virtuel remplace le concret, l’artifice remplace le réel, pour que la lucidité (le principe de réalité) ne puisse plus faire contrepoids aux « pulsions ». Il y a un lien entre les délires sur la condition humaine et les mécanismes économiques actuels. Et plus qu’un lien : une relation de cause à effet… Ce malaise dans la civilisation vient de la tyrannie du « marketing de toutes les pulsions », qui nous oblige à marcher sur la tête dans tous les domaines. » 

L’avancée de l’idéologie du genre semble donc être un signe de notre temps, de notre société hyper consumériste. Mais tout n’est pas perdu, loin de là. Nous pouvons nous réjouir de l’action de ces quatre-vingts députés ainsi que de la réaction de chrétiens engagés. Reste maintenant à continuer…