Chronique d’un changement de civilisation

Les Temps ModernesFrédéric Ozanam se serait-il douté que le 23 avril 2013, soit deux cents ans après sa naissance le 23 avril 1813, la France allait élargir le mariage et l’adoption aux couples de même sexe ? Je ne tiens pas à faire parler les morts, je ne sais pas ce qu’il aurait dit s’il avait vécu aujourd’hui…

Mais ce qui est vrai est que notre époque a une similitude avec la sienne : la première moitié du XIXeme siècle a été le théâtre d’un grand changement de société. Lire la suite

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Frédéric Ozanam, historien

Ozanam« Pendant que les catholiques s’arrêtaient à la défense de la doctrine, les incroyants s’emparaient de l’histoire. (…) Il nous faut reconquérir ce domaine qui est à nous, puisque nous le trouvons défriché de la main de nos moines, de nos bénédictins, de nos bollandistes[1]. Ces hommes pieux n’avaient pas cru leur vie mal employée à pâlir sur les chartes et les légendes. (…) je veux montrer le bienfait du christianisme dans ces siècles mêmes dont on lui impute les malheurs.[2] » 

Ainsi parlait Frédéric Ozanam en ce vendredi saint de l’année 1851, dans l’avant propos de son cour sur la civilisation au Vème siècle. Dans ce long texte introduisant son enseignement à la Sorbonne, Frédéric Ozanam nous délivre un émouvant testament spirituel et intellectuel. Spirituel, car il y relate son adolescence difficile, où il avait perdu la foi, et sa conversion grâce à l’abbé Noirot. Intellectuel, car il nous livre les raisons profondes de son travail universitaire, de sa double vocation de chercheur et d’enseignant.  Lire la suite

Et si on (re)découvrait Frédéric Ozanam ?

Frédéric OzanamLa société de Saint Vincent de Paul fête cette année le bicentenaire de la naissance de son principal co-fondateur : Frédéric Ozanam. Né en 1813, il a fondé, avec quelques amis, la première « conférence de charité » en 1833, et il est mort en 1853. 2013 est donc un triple jubilé : bicentenaire de sa naissance, 180 ans de la société de saint Vincent de Paul, 160 ans de l’entrée au ciel de Frédéric. 

Ozanam n’est pas encore très connu et c’est bien dommage car il a une personnalité passionnante. 

Je l’ai personnellement découvert en 1997, lors des Journées mondiales de la jeunesse de Paris. Frédéric Ozanam a été béatifié à cette occasion par Jean-Paul II, à Notre-Dame. Cette rencontre a été pour moi décisive. J’avais 18 ans. J’étais un grand adolescent en quête de vérité et de justice sociale. L’heure était à la contestation et plusieurs fois il m’arrivait de remettre sérieusement en question l’éducation catholique que j’avais reçue. La foi en Dieu restait intacte, mais c’était avec l’Eglise que j’étais en froid… c’est ainsi que je suis allé aux JMJ avec des pieds de plomb. 

L’évènement des JMJ, les enseignements reçus, l’image de ce pape au corps épuisé mais à l’esprit jeune et flamboyant qui appelle à « construire la civilisation de l’amour », tout cela m’a bouleversé. Je m’étais réconcilié avec l’Eglise. J’avais découvert sa dimension prophétique, la puissance de son message dans un monde en pleine mutation. 

L’appel de Jean-Paul II à construire la civilisation de l’amour était accompagné d’un exemple concret : la vie et la personne de Frédéric Ozanam. Le bienheureux Ozanam est bien différent des autres saints de l’Eglise. Laïc, marié, père de famille, tour à tour avocat, professeur de droit puis professeur de lettres à la Sorbonne, il était engagé dans la société française du début du XIXème siècle. Il avait un engagement social avec la fondation des conférences de Saint Vincent de Paul, un engagement politique avec sa participation active à la révolution de 1848, un engagement intellectuel avec son travail de recherche en histoire des religions. Tous ses engagements étaient habités, motivés, par une foi ardente et un immense amour du Christ et de son Eglise. 

Ozanam était un citoyen, témoin des changements de son temps qui ont engendré le monde moderne que nous connaissons. Cet exemple est peut-être un des plus parlant pour quiconque souhaite s’engager dans la Cité aujourd’hui. C’est sans doute cet aspect qui m’a le plus marqué chez lui : le citoyen et, soyons clair, le révolutionnaire républicain de 1848. Ozanam n’a pas eu peur de dire que la devise « Liberté, égalité, fraternité » est « l’avènement temporel de l’Evangile » alors que bon nombres de catholiques étaient monarchistes. Ozanam a pris position en faveur de la démocratie alors que ce régime était mal perçu par l’Eglise. Ses choix audacieux ont fait de lui un visionnaire : il a anticipé, et inspiré, la doctrine sociale de l’Eglise, il a contribué à la fondation de la démocratie chrétienne

Ozanam était aussi un ardent défenseur de l’Eglise, même s’il se permettait quelques critiques… il était un évangélisateur et non un propagandiste, un prophète et non un petit soldat. Intellectuel engagé, il a été un historien pionnier dans la réhabilitation d’un Moyen-âge trop souvent caricaturé.

Cette grande figure mérite d’être redécouverte tant elle peut être une source d’inspiration pour aujourd’hui. Sa manière d’être, à la fois audacieuse et loin des extrémismes, ferme et non-violente, à l’écoute de ses adversaires mais toujours dans le respect, fidèle à l’Eglise mais avec un esprit critique constructif, tout cela fait d’Ozanam un personnage exemplaire pour notre époque riche de débats passionnés et d’enjeux cruciaux. 

Pour mieux le connaître, je diffuserai dans les semaines à venir, quelques articles sur différents aspects de la vie et de la personnalité de Frédéric Ozanam. Il s’agira de quelques réflexions sur certains épisodes de sa vie, certains de ses ouvrages ou encore sur certaines facettes de ce personnage très riche. 

A suivre !

Nostalgie vincentienne

Un récent billet sur le blog de Dopamine, « une catho à l’hosto », m’a beaucoup interpellé. Il parle de la mort d’un SDF, Dimitri, qui venait souvent aux urgences de l’hôpital où elle est externe.

En lisant cet article, je me suis rappelé d’une activité que je faisais il y a quelques années. J’exerçais comme bénévole à la Société de Saint Vincent de Paul : j’étais un « vincentien » (prononcez « vincenssien »). Lire la suite

Les origines de la Démocratie-chrétienne : L’Avenir en 1830.

La Démocratie chrétienne est née avec l’époque contemporaine, ou plutôt elle en est la conséquence. Son point de départ reconnu par les historiens est l’année 1830 avec le journal l’Avenir, fondé par l’abbé Gerbet et avec comme figure dominante l’abbé Félicité de la Mennais dit « Lamennais » ou encore « Monsieur Féli ». Point de départ ? Oui, mais pas sous la forme d’un parti constitué, ni d’un corpus doctrinal. C’est davantage l’apparition d’idées démocrates chrétiennes.  Lire la suite

Définir la Démocratie-chrétienne

Pour une première partie sur la Démocratie-chrétienne il faut commencer par l’essentiel : de quoi s’agit-il ? 

Question plus difficile à répondre qu’il n’y parait tant l’engagement des chrétiens en politique a pris maintes formes différentes. Toutes ces initiatives, bien que chrétiennes, ne sont pas toutes « Démocrates-chrétiennes ».  Lire la suite

Et si on parlait de la Démocratie-chrétienne ?

Robert Schuman, une grande figure Démocrate chrétienneLa Démocratie-chrétienne est une famille de pensée en plein renouveau avec l’action du Parti Chrétien Démocrate de Christine Boutin. Bien que ce soit un petit parti, il est l’héritier d’une importante tradition politique. 

Pourquoi en parler aujourd’hui ? Cette famille a tenté de faire vivre la doctrine sociale de l’Eglise au sein de la Cité sans pour autant être un parti confessionnel. De nombreux chrétiens ont désiré apporter le message de l’Evangile au cœur de la vie politique. Leurs expériences doivent être étudiées et réfléchies. Bien sur la Démocratie-chrétienne n’a aucun monopole. De nombreux autres courants ont compté ou ont été fondés par des chrétiens. Certains ont même été en franche opposition avec les mouvements Démo-chrétiens… Mais la Démocratie-chrétienne a été la famille de pensée la plus importante et celle qui se référait le plus expressément à la doctrine sociale de l’Eglise. 

Je vais donc tenter d’aborder en plusieurs articles quelques questions autour de la Démocratie-chrétienne : Sa définition, son origine, l’histoire de son plus grand parti en France : le Mouvement Républicain Populaire. Sur ce mouvement, nous verrons sa fondation, et les raisons de son échec. Enfin nous étudierons les relations entre Gaullisme et Démocratie-chrétienne et nous verrons si cette famille de pensée a encore une pertinence au XXIème siècle. 

Rendez-vous très vite pour le premier article de ce parcours.

Christine Boutin : la candidate des SDF. Magnificat !

Christine Boutin est soutenue par les SDF de « l’Itinérant ». Ce journal en vente par les sans-abris s’est engagé à soutenir la présidente du PCD dans sa recherche des 500 signatures pour sa candidature aux présidentielles. Il a été posté aux 36 000 maires de France. Un symbole très fort : Christine est la candidate des plus démunis. Et ils la défendent bien en mettant en avant qu’elle a donné de sa personne pour les aider.  Lire la suite

Frédéric Ozanam et la Démocratie chrétienne.

« J’ai cru et je crois toujours en la possibilité d’une démocratie chrétienne, je ne crois même qu’en cela en matière politique. » Disait Frédéric Ozanam lors de la Révolution de 1848. 

Cette citation est la première que j’ai lue d’Ozanam quand je l’ai découvert en 1997. Cette année là j’étais aux JMJ de Paris et Jean-Paul II venait de le béatifier à Notre Dame. J’avais 18 ans, j’allais entrer à la fac de Droit, et j’avais le cœur remplis d’idéaux. La découverte de Frédéric Ozanam a été pour moi la découverte de la Démocratie chrétienne. 

Bien entendu, Jean Paul II ne l’a pas béatifié parce qu’il était Démocrate chrétien. L’Eglise n’intervient pas en faveur de tel ou tel parti. Ozanam a été béatifié pour ses vertus héroïques, sa sainteté, et il a été présenté en exemple aux jeunes parce qu’il illustre parfaitement l’appel à construire la civilisation de l’amour. 

Sans revenir en détail sur sa vie (d’autres sites le font très bien), Ozanam a été au cœur des grandes mutations sociales, économiques et politiques du XIXème siècle. Né en 1813 et mort en 1853, il a vécu dans la France qu’ont décrit Victor Hugo et Honoré de Balzac. Le Paris des Misérables et de la Comédie humaine était celui d’Ozanam. Il était un intellectuel brillant. Docteur en droit puis docteur es lettres, il était au cœur de la pensée de l’époque. 

Et il a été confronté à une difficulté terrible : être catholique dans le monde moderne naissant. La république des idées n’était pas très favorable au catholicisme. Ses professeurs étaient le plus souvent athées, ou voltairiens. Le catholicisme était perçu comme appartenant à l’Ancien Régime. 

Défenseur de la foi, il était un infatigable avocat de l’Eglise…Mais sans tomber dans l’intransigeance ! 

Car voici la particularité d’Ozanam : il aimait l’Eglise, il avait une très grande foi, mais jamais il ne sombra dans la caricature ! Cela lui valut de nombreux ennemis. Les catholiques intransigeants, qui partaient en guerre contre le monde moderne ne l’appréciaient guères… 

Plusieurs de ses œuvres sont à méditer : La première a été la fondation de la Société de Saint Vincent de Paul. Ozanam a désiré vivre la charité en se rendant directement au domicile des plus démunis, ou dans la rue. Il y avait en lui un grand désir de cohérence. Etre chrétien impliquait la charité, le don de soi. Et il avait compris que défendre l’Eglise, promouvoir la foi ne pouvait se faire sans la charité. 

La deuxième initiative n’est pas sans lien avec la première, car son contact avec les plus démunis a inspiré ses choix politiques : Il a pris position en 1848 en faveur de la République au nom de l’idée qu’il se faisait de la démocratie : la Démocratie chrétienne. Cela peut en surprendre certains et en choquer d’autres…Mais  regardons la Démocratie chrétienne de plus près : 

Qu’est-ce que la Démocratie chrétienne ?

 La Démocratie chrétienne est une famille de pensée méconnue bien que très importante dans l’histoire des idées politiques. Elle est apparue lors de la première moitié du XIXème siècle, en France lors de la Révolution industrielle.

 Frédéric Ozanam est un de ses fondateurs. La Démocratie chrétienne a une origine assez complexe mais elle s’est pleinement constituée lors de la Révolution de 1848 avec le journal l’Ere nouvelle

La France était en mutation, l’ancienne monarchie des Bourbon avait été balayée en 1830 et ses défenseurs n’étaient plus du tout en phase avec leur temps. La Monarchie de Louis-Philippe 1er, tout en étant illégitime, s’était appuyée sur la haute bourgeoisie. Elle était en rupture totale avec le peuple qui quittait les campagnes pour s’installer dans les faubourgs des grandes villes. Une nouvelle classe sociale faisait son apparition : les ouvriers. Mal payés, aux conditions de travail catastrophiques, ils n’étaient pas écoutés par le pouvoir en place et étaient exploités par les richissimes bourgeois du capitalisme naissant. 

A cette même époque, Marx concevait le communisme et d’autres penseurs imaginaient le socialisme. Mais toutes ces idées étaient athées, matérialistes et Marx appelait à la lutte des classes. 

Ozanam et les premiers démocrates chrétiens ont compris l’enjeu de cette époque. Ils ont vu se préparer une terrible guerre sociale. Alors que Marx encourageait cette lutte, les démocrates chrétiens voulaient la Fraternité universelle. Réunir autour d’une même table riches et pauvres, patrons et ouvriers, pour construire un monde meilleur, contribuer au bien commun. Des salaires justes, de bonnes conditions de travail, permettre a chacun de vivre de son travail, voici les idéaux des démocrates chrétiens.

 Pourquoi la République ? Parce qu’en 1848, la monarchie de juillet s’était effondrée et que la monarchie légitime était devenue impossible. Les ultras avaient coupé les Bourbon de la modernité. Ozanamétait issue du légitimisme. Il était profondément attaché à la famille royale et donc il n’aimait guère Louis-Philippe, pas assez légitime à ses yeux. Il fallait donc, selon lui, se tourner vers le peuple et instituer la République. Verstout le peuple et donc une République s’appuyant sur le suffrage universel. Mais pas n’importe quelle république, une république chrétienne, construite selon les préceptes d’amour du prochain et de fraternité universelle. « La démocratie sera chrétienne ou ne sera pas. » Disait Ozanam. Une démocratie imprégnée des valeurs chrétiennes et non ballotée au gré des élans populaires. 

Les héritiers d’Ozanam

 La démocratie chrétienne connut une belle postérité. Elle se répandit dans le monde entier. De nombreux Etats ont eu à leur tête des dirigeants démocrates chrétiens : l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Belgique, mais aussi des démocraties d’Amérique latine. En France, elle resta un courant politique minoritaire jusqu’à la seconde guerre mondiale où une grande partie des cadres de la France Libre étaient démocrates chrétiens. Ce sont des grands noms de la Résistance : Pierre-Henri Teitgen, François de Menthon, Georges Bidault, Edmond Michelet, Louis Terrenoire etc. Ils ont fondé le Mouvement républicain populaire (MRP), qui devint à la Libération l’un des premiers partis de France. 

Le MRP était un parti du centre, proche du Général de Gaulle (jusqu’en 1946 où il se détourna de lui), et très attaché à la démocratie et aux réformes sociales. Le MRP a fortement contribué à la création de la Sécurité sociale, c’est une de ses grandes victoires. 

Robert Schuman était une des grandes figures du MRP et c’est lui qui a fait du MRP le parti dela construction Européenne.Avecles Démocrates chrétiens Allemand et Italiens, ils ont fondéla Communauté Européennedu Charbon et de l’Acier, origine de l’Union Européenne. 

C’est dans les années 1960 que le MRP a disparu. La concurrence du gaullisme (pourtant proche de la Démocratie chrétienne), le souhait de certains d’enlever l’étiquette chrétienne au profit d’un « centrisme » plus consensuel, a eu raison de la démocratie chrétienne à la française. 

Depuis lors, la France a de nombreux démocrates chrétiens disséminés dans de nombreux partis politiques (y compris à gauche), mais plus de parti démocrate-chrétien. 

La création du Parti Chrétien-Démocrate par Christine Boutin il y a deux ans, a permis à cette famille de pensée d’avoir une nouvelle visibilité. 

Ozanam a donc connu une très importante postérité, hélas souvent ignorée. A nous de faire connaître ses idées et surtout de les faire vivre.