Symbolique, politique…et polémiques

La vie politique est pleine de symboles. Les hommes politiques les utilisent souvent, avec calcul, finesse et parfois maladresse… Par définition, un symbole est un geste, un acte, un mot, une manifestation dans un lieu déterminé qui exprimera une signification très forte à un public « initié ». Dans la vie politique, le public initié est le peuple tout entier car ces symboles font référence à l’histoire et à la culture du pays. Il est donc possible de les comprendre.

Néanmoins, les commenter n’est pas toujours aisé, surtout quand certains évènements symboliques sont gagnés par des faits…qui créent la polémique. Polémiques non-voulues qui sont en elle-même chargées symboliquement puisque ces actes ou ces choix ont eu un écho disproportionné dans l’opinion publique.

La soirée du 6 mai est intéressante à analyser car elle regorge de symboles recherchés et non-recherchés.

François Hollande a tenu à marquer sa différence avec Nicolas Sarkozy et sa proximité avec François Mitterrand. Après une campagne marquée de discours enflammés reprenant la rhétorique mitterrandienne, il a savamment calculé sa fête de la victoire. Comme toute victoire électorale, elle est un « triomphe » au sens romain du terme : le vainqueur parade devant la foule qui l’ovationne. La fête est importante, elle conforte le vainqueur. Il l’a fait en deux temps, d’abord à Tulle en Corrèze, puis à Paris, place de la Bastille.

La cérémonie à Tulle, était là pour marquer son attachement à son fief provincial. C’est un symbole fort : Les Présidents de la République ont tous été des hommes partagés entre une terre de province, rurale, et leur vie parisienne. Tous avaient bien-sur un appartement à Paris, ville qu’ils connaissent parfaitement car ils y travaillaient la moitié de l’année voire plus. Mais leur territoire politique, leur point d’ancrage, est en province. Jacques Chirac l’illustre à la perfection : il a été à la fois maire de Paris et député de Corrèze. Les autres confirment aussi cette tendance : François Mitterrand était élu à Château-Chinon, Valéry Giscard d’Estaing à Chamalières, Georges Pompidou se ressourçait à Montboudif dans le Cantal, Charles de Gaulle avait sa demeure à Colombey-les-Deux-Eglises etc… Même si cet ancrage n’est pas toujours électoral (de Gaulle et Pompidou), ces hommes avaient besoin de cette terre rurale pour être « enraciné » dans cette France profonde.

Dans Les Chênes qu’on abat, André Malraux décrit avec finesse la vie du Général à Colombey, une vie quasiment contemplative au cœur d’une terre immense, déserte, encore hantée par une histoire remontant à la fin de l’antiquité. Il évoque à plusieurs reprises la « Gaule chevelue » et les moines défricheurs.

Le terme de « France profonde » prend ici une dimension particulière. L’homme d’état fait descendre ses racines au cœur de la terre de France, en profondeur, afin d’être nourrit par elle. Ce n’est pas un hasard si ces personnalités sont souvent comparées à des arbres. De Gaulle était appelé « le Chêne ». François Mitterrand avait une passion quasiment mystique pour les hôtes des forêts. Les Premiers ministres ne sont pas en reste car il est de tradition que chaque locataire de Matignon plante un arbre dans le jardin de son palais. Un homme d’état est enraciné dans le pays dont il a la charge.

François Hollande a tenu à mettre en avant cet enracinement…et il s’est ainsi démarqué de Nicolas Sarkozy. Ce dernier est une exception dans l’histoire politique française. Il n’a aucune attache provinciale, ni par sa famille, ni par sa vie politique. Il est l’homme de Neuilly-sur-Seine, donc de Paris. Son décalage avec la province a sans doute joué un rôle dans les différentes erreurs de communication du début de son mandat. La soirée au Fouquet’s, les vacances sur le Yacht de Vincent Bolloré, les Ray-Ban, les costumes Prada…en un mot le « bling-bling » sont des attitudes qui ne choquent pas la haute société des grandes capitales du monde. La « jet-set » ou encore « l’hyperclasse » assument leur richesse sans complexe… Alors qu’en province c’est bien connu : « on ne montre pas » ses signes extérieurs de richesse. La culture provinciale est pleine de pudeur, de délicatesse, de prudence. L’élégance se fait discrète, le luxe est à l’intérieur des maisons…pas sur soi. François Hollande l’a bien compris, la cérémonie du Tulle, avait tout d’une fête populaire avec ses accordéons jouant la vie en rose d’Edith Piaf…une chanteuse populaire dite chanteuse « réaliste » pour la dimension sociale du personnage… Et les symboles ne s’arrêtent pas là : Son trajet pour l’aéroport de Brive-la-Gaillarde s’est fait à bord d’une Renault Scénic, voiture de moyenne gamme…certains ont ironisé sur les voitures de l’escorte qui étaient plus belles que la sienne.

Evidemment, tout ceci n’est que symbole, et il a été rattrapé par la réalité. Désireux d’être aussi présent à Paris, place de la Bastille, il a pris un avion privé : Un Falcon loué pour 50 000 euros de l’heure… Il est bien entendu impossible de faire Tulle-Paris en une heure à bord d’un TER, moyen de transport « normal », selon ses dires, d’un Président « normal », donc il a dû se rabattre sur un Falcon hors-de-prix … Je ne tiens pas à relayer une polémique sur ce sujet. Les chefs d’état et les leaders politiques ont des impératifs techniques qui leur imposent de se déplacer très vite. Les jets privés sont indispensables, de même que les repas dans des grands restaurants pour des raisons de « standing »… Mitterrand avait bien une table réservée au Fouquet’s. Mais cette polémique du Falcon restera sans doute, tant les Français sont sensibles sur les symboles liés au pouvoir et à l’argent… Parce qu’un avion privé, ou une soirée au Fouquet’s avec les élites sont des signes extérieurs très éloquents…et donc des symboles.

Ils symbolisent le pouvoir exclusif. Le Falcon loué par le PS et la soirée au Fouquet’s sont des signes d’élitisme. L’un a le privilège de se déplacer très rapidement en dehors des contraintes des lignes régulières. L’autre s’est enfermé dans un lieu clos et luxueux avec les élites du pays. Les deux évènements ont coûté très chers, non à l’Etat, mais à des personnes privées. Ils sont tous le deux des hommes « à part », jouissant de privilèges extraordinaires afin que le pays puisse fonctionner…pas des personnes « normales » comme François Hollande aime se définir.

François Hollande a sans doute bien calculé son coup en jouant la carte de l’enracinement provincial. Mais il a été rattrapé par la réalité : un Président de la République n’est pas un homme normal. Sa fonction, même s’il n’était pas encore investi, rend impossible une vie ordinaire.

Un peu de politique-fiction : Imaginerait t’on un Président se déplacer en Velib’ ? La scène mériterait le détour, nous aurions un cycliste en costume entouré de cinq motards et les immeubles de son itinéraire fouillés pour dénicher un éventuel tireur embusqué… Le Président en Vélib’ n’aurait rien d’un cycliste normal, et cet effort de simplicité n’aurait aucun intérêt, ni du point de vue de la sécurité, ni pour sa popularité car ce spectacle serait trop « artificiel ».

L’épisode du Falcon est du même genre : le nouveau Président proche du peuple, qui vante le TER et se déplace en Scénic, est déposé devant un luxueux avion privé… Belle contradiction, qui symbolisera longtemps le grand écart que tente de faire François Hollande entre une « normalité », louable et pleine de modestie, et sa charge, exceptionnelle, de Président de la République.

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6 réflexions au sujet de « Symbolique, politique…et polémiques »

  1. Avant de raconter des histoires sur l’enracinement, il eut été judicieux d’en vérifier la réalité voire d’en dénoncer l’artificialité (qui est la même d’ailleurs pour Chirac). Une simple lecture de Wikipedia aurait suffi… Acheter une cabane en province pour s’y implanter grâce à un parti est aussi enracinant qu’un baobab planté dans le jardin des Tuileries, aussi fondamentalement local que la galette bretonne à la merguez hallal.
    Faut être parisien pour écrire ce genre d’âneries…

    • @JD : J’ai beaucoup hésité à approuvé votre commentaire. Votre irrespect et vos invectives peuvent poser problème…A plus forte raison quand vous vous dites chrétien…

      Sur l’enracinement, il est bien réel. Hollande, Chirac et les autres étaient politiquement enracinés en province. Elus locaux implantés de longues dates, ils sont parvenus à se faire accepter par les gens du terroir. C’est un fait, et bien qu’ils aient une vie très parisienne (je le dis dans le texte), cela n’est pas artificiel.

  2. L’irrespect n’est embêtant que chez les gens qui ne croient pas à la charité fondamentale, et ce que vous prenez pour des invectives est plus un style aimant le grand large qu’un fond. Seul peut être condamnable le trop sérieux. Et, pour appliquer un précepte bien moderne, le fameux « accueil de l’autre » démarre dans ce style direct, allègrement pompé outre-manche (enfin sous culture anglo-saxonne), mais qui me paraît nécessaire en ces heures tristes, plates et uniformes. Rassurez-vous, « il » sait être sortable en ville…

    Sur le fond, je maintiens quand même : l’enracinement se compte en générations et pas en élections. Parler d’enracinement (ou fief) pour un déménagement parisien en 1988 me paraît aller dans un sens un peu superficiel, malgré tous les aspects électoraux et de succès local. Tout au plus pourrait-on parler d’installation réussie. Pour mémoire et sous cet axe, Hollande aurait été aussi « enraciné » à Rouen (paternel) qu’à Cannes (maternel), pour échouer en Corréze.
    Votre analyse porte en fait sur cet « enracinement » comme enjeu d’image électorale plus qu’une réalité de fond, de même que « La culture provinciale […] pleine de pudeur, de délicatesse, de prudence. » correspond plus à une image d’Epinal qu’à une réalité, car, de fait et
    d’expérience, elle toute aussi tordue, machiavélique qu’à Paris : elle est simplement moins rebondissante par manque d’acteur, c’est tout ! Histoires sans nombre disponibles…

    Bon courage,

    • A titre d’information je ne suis pas parisien…mais originaire de la Bresse où « on ne montre pas » ses richesses. La vie politique de province n’est pas moins tordue (je n’ai pas dit le contraire), en revanche la pudeur, et la prudence sont requises. On ne peut pas exhiber sa richesse, ou je ne sais quoi d’autre sans risquer de se faire violemment critiquer ou même de perdre toute chance d’être élu. Elle est très différente de la vie parisienne ou même de celle des grandes villes. C’est, je pense, une des clés de l’échec du sarkozysme: NS a trop fonctionné comme un parisien de l’ouest au début de son mandat… Il n’a pas su se faire aimer de la province.

  3. A mon tour de faire une visite sur ton blog 😉 Que l’on soit ou non d’accord avec toi, il y a de vrais points de vues, argumentés et bien écrits, un réel engagement donc.

    Je me permets de détendre le sujet en rebondissant de façon amusée sur la fin de l’article en ravivant les mémoires des cyclistes : souvenons-nous de Juppé pédalant avec vigueur sur son vélo hollandais (tiens…) pour aller au ministère de l’écologie en 2007 (cela n’a duré qu’un mois, certes et il n’était pas président…).

    Bonne continuation !

    • Merci pour ton commentaire ! En effet, les hommes politiques aiment bien faire des coups de com avec des vélos, des déplacements à pieds etc. Mais ils sont toujours cernés de gorilles (même si ceux-ci évitent le champs des caméras 😉 ), et ces balades ne durent pas longtemps.
      A bientôt !

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