La liberté de parole n’est pas négociable !

La récente polémique autour de la prière du 15 août a révélé de bien étranges comportements. J’ai relevé deux exemples qui, je vous l’accorde, ne sont ni exhaustifs ni nouveaux…Mais cela vaut la peine de les regarder de plus près, car ils mettent la démocratie en danger. Oui, en danger, et je pèse mes mots.

Les deux exemples sont le communiqué de presse de l’Union des familles laïques (UFAL), et celui de Jean-Luc Romero repris sur 20 minutes dans un article à la syntaxe approximative et très amusante.

Le communiqué de l’UFAL est un concentré d’anticléricalisme. Il prétend que l’Eglise catholique n’a pas à intervenir sur les questions de société, en revanche il reconnait que c’est « son droit » de parler de ses « dogmes ». Il existe donc un domaine bien précis où l’Eglise peut s’exprimer : la théologie dogmatique… Mais sur le reste, le silence est de rigueur. Bel exemple d’ouverture de la part de l’UFAL ! La liberté d’expression, affirmée par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, est donc limitée : certaines personnes n’en bénéficieraient pas et devraient se contenter de parler du sexe des anges. Si ce document n’était pas aussi pathétique, si cette organisation n’était pas aussi modeste, cela serait très inquiétant pour notre démocratie. Le droit fondamental qu’est la liberté d’expression est remis explicitement en question par cette officine laïcarde et maçonne. Voudraient-ils nous plonger dans un régime totalitaire ? La Chine populaire est-elle leur modèle politique ? Cela n’est pas impossible. Patrice de Plunkett a analysé cette dépêche sur son blog, cela mérite le détour.

L’autre exemple est peut-être plus inquiétant. Jean-Luc Romero est un personnage plus médiatique. Président de l’ADMD, militant gay, il a créé en 2004 le mouvement Aujourd’hui Autrement qui défend tout un catalogue de mesures « sociétales » : euthanasie, mariage homo, homoparentalité … Celui-ci a déclaré au sujet de la prière pour la France : « Jean-Luc Romero se dit choqué par l’attitude de l’Eglise catholique qui conteste le vote des Français qui, en élisant François Hollande, ont voté pour la proposition 31 qui prévoit l’ouverture du mariage aux conjoints de même sexe. Pour mémoire, 63% des Français sont favorables à l’ouverture du mariage et 56% à l’adoption par les couples de même sexe ! » Et son communiqué ajoute : « Jean-Luc Romero souhaite appeler les catholiques qui respectent les valeurs d’amour et de tolérance à prier pour que le cardinal André Vingt-Trois retrouve le chemin de la raison en lui rappelant que le vote démocratique s’impose à tous. Même aux dirigeants de l’église catholique. »

Il n’est guère correct de contester à l’Eglise son droit de prendre position contre le mariage pour tous et l’homoparentalité. En effet, Jean-Luc Romero tient des propos qui vont à l’encontre de la démocratie. A le lire, nous pourrions croire que notre République ne tolère aucun débat, à l’exception de la période précédent les élections présidentielles. En effet, ces élections auraient pour but de désigner non seulement un homme, mais aussi un programme précis auquel ses électeurs adhéreraient entièrement. Ainsi, le mandat du Président serait impératif, les nouvelles lois suivraient automatiquement son élection, sans débat, sans opposition, sans contestation. Bien sûr je force le trait en caricaturant quelque peu son propos…Mais son discours est néanmoins absurde. Le « mandat impératif » est nul d’après notre constitution et l’élection présidentielle désigne un homme et non un programme. Affirmer que les Français, en votant Hollande, ont voté pour la « proposition 31 » est faux car bon nombre de hollandistes ne sont pas favorables à différents points de son programme…y compris certains de ses plus fidèles soutiens. Jean-Luc Romero a donc une vision déformée de l’élection présidentielle. Mais surtout, il conteste un point essentiel de notre démocratie : la liberté d’expression. Toute personne, tout groupe, a le droit de s’exprimer et a le droit d’être en désaccord avec le gouvernement. Ce principe est le plus important de la République car sans lui la démocratie ne peut exister. Le débat est libre, permanent, et il connaît peu de limites. Prétendre que le vote démocratique s’impose à tous est faux. Bien sûr le vote désigne nos dirigeants, ce que personne ne conteste. Bien sûr le Parlement vote la loi. Mais une loi, bien que votée, peut toujours être contestée. Une loi peut toujours être abrogée. Et pour qu’une loi soit abrogée, encore faut-il que le débat public s’en empare, que les citoyens débattent, s’expriment et pourquoi pas manifestent !

Le Parlement n’est pas une divinité qui décrète une loi absolue et irrévocable. Et l’élection présidentielle ne décide pas du vote du Parlement.

Le discours de Jean-Luc Romero, en plus d’être constitutionnellement absurde, est inquiétant car il n’est pas sans évoquer une vision totalitaire de la politique. Vision qui est très proche des propos de l’UFAL.

Les militants laïcs ou sociétaux sont en droit de contester la vision chrétienne du monde. Ils ont le droit de ne pas croire en Dieu, de ne pas nous aimer, ou d’avoir une vision autre des rapports humains…en revanche, remettre en cause la liberté d’expression est particulièrement fort de café pour des gens qui se réclament de la démocratie.

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5 réflexions au sujet de « La liberté de parole n’est pas négociable ! »

  1. Pour certains l’Eglise ne devrait pas prendre de positions et se taire. Au nom de quoi ? Contesteraient-ils ce aussi ce droit à la franc-maçonnerie ? Mais au fait, la séparation de l’Eglise et de l’Etat a eut lieu, mais la séparation de l’Etat et de la fm ?

  2. Des laïcards, le plus souvent athées, s’émeuvent de cette prière: en craigneraient-ils la force? En tout cas cette démarche de l’Eglise Catholique a eu le mérite d’ouvrir le débat et surtout de montrer de quel côté était l’intolérance: l’outrance des réactions des associations et groupes de pression pour les droits des homosexuels a sidéré bon nombre de français, croyants comme non-croyants, mais simplement attacher à la liberté d’expression. La violence va toujours de pair avec la faiblesse de l’argumentaire et la faiblesse numérique.

  3. Pour tenter d’aborder clairement le fond du problème :

    Non au mariage gay et à la reconnaissance juridique de l’ homoparentalité

    I. Le langage

    La normalophobie.

    L’habitude a été prise, depuis une douzaine d’années, d’utiliser systématiquement les termes d’homosexualité ou d’hétérosexualité, au point que personne ne parle plus d’orientation sexuelle normale ou d’orientation sexuelle déviante. Certains sympathisants de la cause homosexuelle refusent même l’emploi du terme « normal » quand il s’applique à la sexualité. Ils ne tolèrent pas que l’on puisse ainsi porter un jugement sur les orientations sexuelles ni, par conséquent, réfléchir sur le mariage gay et l’homoparentalité.

    Des mots précis.

    L’emploi d’un même terme pour désigner deux réalités différentes conduit à des confusions.
    On ne peut donner un même nom, en l’occurrence « couple » à l’union homosexuelle et à l’union hétérosexuelle. En effet l’union d’un homme et d’une femme est différente de l’union entre deux hommes ou entre deux femmes, à moins de considérer que l’homme est identique à la femme.
    L’homosexualité est une forme d’ intolérance à l’altérité sexuelle alors que l’hétérosexualité fait vivre la complémentarité sexuelle.

    L’utilisation d’un même terme, « couple » pour désigner deux réalités différentes, et même antagonistes, est anormale.

    A deux types d’unions différentes il faut donner des noms différents : « couple », comme on l’utilise depuis toujours pour les unions hétérosexuelles et, pour les unions homosexuelles, on peut préconiser le terme « paire » car cette union concerne deux personnes de sexe identique.
    Si le couple est composé de deux personnes c’est qu’il y a deux sexes différents. Le chiffre « 2 », en tant que tel, n’ouvre aucun droit. S’ agissant d’homosexuels, le sexe étant le même pour les deux personnes, cette reconnaissance juridique de la vie à deux n’offre pas plus de pertinence qu’une reconnaissance juridique de la vie à trois, quatre ou cinq.

    Toute confusion dans les termes entraîne une confusion dans la perception de ces deux réalités. Cette confusion peut amener à souhaiter un même régime juridique , en l’occurence le mariage, pour des unions qui sont différentes.

    II. La loi et le mariage

    Le mariage n’a pas été créé pour permettre au législateur de remettre en cause la liberté individuelle en se préoccupant de sexualité récréative, homo ou hétéro, ni pour s’occuper d’amour. Le maire n’a d’ailleurs pas à demander aux futurs époux s’ils s’aiment ou non. Il ne leur demande pas non plus leur orientation sexuelle, cette dernière, quelle qu’elle soit, ne confère aucun droit.

    Le mariage est ouvert à tous. Il ne crée ni une injustice ni une discrimination envers les personnes qui sont incapables d’établir une relation complète avec le sexe opposé. Leur déviance de l’orientation sexuelle est la seule cause de leur incapacité à se marier.
    Le principe d’égalité ne s’applique pas au sujet du mariage car l’ union d’un couple est différent de l’union d’une paire. Seules des choses identiques peuvent être traiter d’une façon égale.
    Malgré le chantage à l’homophobie , le législateur n’a pas à modifier le mariage sous prétexte que les homosexuels sont incapables d’y accéder; cela d’autant plus qu’ avec le mariage, le plus souvent, un tiers est concerné : l’enfant .

    III. L’enfant

    Le législateur, par le mariage, propose un cadre au couple afin de l’aider à se stabiliser et protéger ainsi l’enfant né ou à naître.

    S’il est exact que des homosexuels peuvent avoir la charge d’enfants, la demande de reconnaissance juridique de l’homoparentalité comme une forme de paternité est inutile, l’enfant ayant un état civil et donc un régime juridique clair.

    Une fraction du lobby homosexuel souhaiterait assimiler le couple avec enfant et une paire d ‘ homosexuels élevant un enfant. En effet l’apparence de ces derniers se rapproche de celle du couple normal. Les demandes d’accès au mariage et à l’adoption peuvent de ce fait apparaître parfois comme destinées à faire oublier le caractère spécifique de l’homosexualité. L’enfant deviendrait alors un moyen mis au service d’une cause qui n’est pas la sienne. Cette instrumentalisation de l’enfant au profit des personnes homosexuelles pose un vrai problème d’éthique.

    De même les maltraitances d’ enfants doivent être sanctionnées si des parents sont indignes. Les enfants placés dans une famille d’adoption doivent y retrouver le père et la mère qui leur manquent. On ne doit pas utiliser le malheur de ces enfants afin de démontrer qu’ils seraient mieux dans une famille de deux hommes ou deux femmes que dans leur famille d’origine et les transformer ainsi en propagandiste obligés de l’homoparentalité. Quant à l’adoption par un célibataire elle devrait prioritairement permettre que des enfants puissent être adoptés par leur oncle, leur tante, ou un autre membre célibataire de sa propre famille.

    Faire croire à un enfant qu’il a deux papas est un mensonge.
    Faire croire à un enfants qu’il a deux mamans est choquant. Une mère est unique, biologiquement et moralement. C’est cette unicité qui crée le lien enfant-mère à nul autre comparable.

    IV Non au mariage pour les gays

    Avec le mariage la société reconnaît juridiquement l’union d’un homme et d’une femme car cette union est vitale pour assurer son avenir.
    La loi n’a pas à entériner toutes les situations de fait découlant du comportement de tel ou tel individu sauf à créer une règle par individu et par situation ce qui entraînerait la disparition de la notion même de droit.
    L’homosexualité a toujours existé. Elle est admise par notre société. Ce comportement n’a cependant pas vocation à être à l’origine d’une modification de la législation sur le mariage.

    L’union hétérosexuelle peut donner la vie, pas l’union homosexuelle. La première respecte l’altérité sexuelle, la seconde l’ignore. Les principes d’égalité, de non-discrimination, ne s’opposent pas à ce que le législateur règle de façon différentes des situations différentes.

    Le mariage pour les gays est un non-sens.

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