Pour défendre Métronome, de Lorànt Deutsch.

« Le « Métronome » de Lorànt Deutsch, un livre idéologique ? » titre un article de la rubrique « culture » de Rue89 en date du 20 mai. Son auteur, Louis Lepron, s’en prend au livre à succès de Lorànt Deutsch en relayant des critiques d’historiens…Des critiques sur le contenu historique ? Oui, un peu, très peu même, car ce qui lui est reproché est moins certaines erreurs qu’une « vision de l’histoire, notamment « pro-royaliste », « anti-républicaine » et « anti-révolutionnaire ». Comme le dit clairement le titre de l’article : le sujet de la polémique est idéologique…

Louis Lepron n’a pas peur de s’attaquer à un ouvrage à grand succès (1.5 millions d’exemplaires vendus, une adaptation sur France 5, un salut unanime de la presse…), mais il prend le problème « par le mauvais bout de la raison » comme dirait Rouletabille. Pourquoi ?

Parce qu’il ne relaie que des arguments contestant une certaine orientation idéologique de Lorànt Deutsch. Louis Lepron reprend des critiques historiques, bien sur, mais elles sont au second plan. En mettant en avant la dénonciation des idées de l’auteur, il donne à penser que Métronome est un texte contestable pour ses idées…et peu pour les erreurs méthodologiques. Nous sommes loin d’une critique d’historien…et davantage dans la discussion politique.

L’article se base en grande partie sur le texte de William Blanc, doctorant en histoire, et président de l’association d’éducation populaire Goliard(s). Ce papier, intitulé « Oups, j’ai marché dans Lorànt Deutsch », est particulièrement sévère envers Métronome et son auteur…et ressemble plus à document politique qu’a une critique historique. Je ne commenterai pas le mauvais goût du titre.

Mais que reprochent-ils à Deutsch ?

« Lorànt Deutsch a une particularité : il ne parle pratiquement que des saints, des empereurs, des chefs, des rois. Et les encense. » ou encore : « Dès lors que Lorànt Deutsch parle de sanctuaires, d’abbayes ou d’églises, une musique dramatique est utilisée. Le vocabulaire de l’écrivain est parfois exagéré lorsqu’il s’agit de décrire ces lieux avec objectivité : « grandeur de notre patrimoine » ; « symbolique » ; « émouvant » ; etc. » Je suis tenté de répondre au journaliste : Et alors ? L’Histoire de France est très longue. Elle puise ses racines dans l’antiquité, les chrétiens ont joué un rôle essentiel dans la construction dela France. Regardez notre patrimoine : des cathédrales, des châteaux, des abbayes… Ces édifices, qui sont le fait de la foi des fidèles ou de la puissance des princes, constituent l’essentiel du trésor culturel de notre pays. Les touristes ne s’y trompent pas : la France est le premier pays touristiques, et ses monuments royaux et ecclésiaux sont les plus visités.

Oui, nous pouvons parler de « grandeur de notre patrimoine », l’Unesco ne dit pas le contraire.

Oui, il y a de quoi être ému devant le Louvre, Versailles, Notre-Dame de Paris ou les tombeaux de Saint Denis.

Oui, ces monuments sont symboliques, car ils nous parlent par leur forme, leur construction et par les évènements qui s’y sont déroulés.

Pourquoi un historien ne pourrait pas être ému devant l’histoire de Saint Denis ? Pourquoi un historien ne devrait pas être admiratif du courage de Sainte Geneviève ou de Jeanne d’Arc ?

Jacques Le Goff, très grand médiéviste, et agnostique, reconnaissait lui-même qu’il avait ressenti une « amitié » pour Saint Louis quand il a écrit sa colossale biographie. L’histoire sans émotion, sans amour pour son sujet, ne peut que donner de la médiocrité.

« D’après William Blanc, ces erreurs et omissions sont « orchestrées » afin de rendre compte d’une histoire « où rois et saints catholiques sont à la fois héros et moteur »

Accuserait-on Lorànt Deutsch de manipulation politique à fin de propagande ? Serait-il la partie visible d’un terrible complot ? De qui ? L’Opus dei ? Les Jésuites ? Une nouvelle société secrète ultra-puissante téléguidée par le Vatican ? Soyons sérieux, ne tombons pas dans un scénario àla Dan Brown…

Mais la critique ne s’arrête pas là. Il semble qu’on lui reproche de ne pas aimer la Révolution française :

« Enfin, avec Lorànt Deutsch, il ne fait pas bon être révolutionnaire et défier l’ordre, la monarchie ou la royauté. Car avant même que la révolution ne soit évoquée par l’écrivain, les acteurs en prennent pour leur grade. »

« L’écrivain parle, dans un premier temps, de « fureur révolutionnaire » ; « fureur populaire » et des « nouveaux persécuteurs » qui « saccagèrent » une abbaye bénédictine. »

Est-ce réactionnaire de dire que la Révolution a connu des épisodes de folie meurtrière, d’émeutes, de génocides ? Non. Parce que c’est une réalité historique.

La Terreur a mis en place un régime très autoritaire passant à l’échafaud les individus « suspects » d’opposition au régime.

La Convention a signé des décrets réprimant des populations entières et rasant des villes entières. Le 12 octobre 1793 la Convention a décrété « Lyon n’est plus ». La ville de Lyon, pour s’être soulevée a été condamnée à être rayées de la carte, ses édifices rasés, laissant la place à une colonne. La ville devait être éliminée jusqu’à son nom…Lyon n’était plus et elle a été renommée en « Commune-affranchie ». La population lyonnaise a été sévèrement sanctionnée : près de 1600 personnes furent exécutées soit par la guillotine, soit par fusillade, soit par « mitraillades collectives ». Lyon n’est qu’un exemple parmi tant d’autres : les noyades et fusillades de Carrier à Nantes (près de 11 000 personnes), les tribunaux révolutionnaires dans tous les départements, et bien-sur le génocide Vendéen… Hommes, femmes, enfants, massacrés par les colonnes infernales de la Convention : environ 50 000 morts. Le général Dumas, métis de Saint Domingue et père d’Alexandre, était horrifié des massacres de Vendée. Il prit le risque de démissionner de l’armée en contestation de ces crimes…

Et le patrimoine culturel détruit ? L’abbaye de Cluny transformée en carrière ? La basilique de Saint Denis profanée ? Les tombeaux ouverts, les cadavres exhumés dans des scènes épouvantables ?

Comment peut-on ne pas avoir l’estomac retourné devant de pareils récits ? Je ne suis pas royaliste, la Vème Républiqueme convient très bien. Ce n’est pas par idéologie que je reconnais ces atrocités, c’est d’abord par souci de la vérité et par rejet de tout acte s’apparentant à de la barbarie.

Est-ce réactionnaire de le dire ? Non.

On ne peut reprocher à Lorànt Deutsch d’être horrifié de ces évènements.

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7 réflexions au sujet de « Pour défendre Métronome, de Lorànt Deutsch. »

  1. et lorsque tu cite : « D’après William Blanc, ces erreurs et omissions sont « orchestrées » afin de rendre compte d’une histoire « où rois et saints catholiques sont à la fois héros et moteur »

    on peut aller plus loin : la France a été guidé par ces Roys et Saints Catholiques pendant plus de 10 siècles de manière directe. Ils ont donc, de manière évidente, été ses héros, hérauts et moteurs…

    (Et continue de l’être même si souvent de manière moins directe^^)

  2. Ping : Les défenseurs du Métronome de Lorant de Deutsch ou une vision chrétienne de l’Histoire « unetudianthistorien

  3. Enfin un passionné d’histoire qui n’a pas une vision marxiste de son passé… le fait mérite d’être souligné et L. Deutsch a nos plus vifs encouragements: notre regard sur l’histoire de France et son enseignement n’a été que trop longtemps la chasse gardée d’intellectuels marxistes qui, au mieux, puisaient leurs références dans l’idéologie révolutionnaire et communarde, au pire dans les dogmes issus de la révolution léniniste ou stalinienne (PCF jusqu’à sa disparition). Merci Monsieur Deutsch pour ce regard frais et sincère sur notre passé et notre patrimoine.

  4. Mais enfin, ce n’est parce qu’on reproche un manque de distance avec l’objet (hypothèse requiert conditionnel) et qu’on demande à quelqu’un « qui fait de l’histoire son métier » de citer ses sources qu’on est forcément marxiste quand même !!!

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