Les Veilleurs de l’espérance

VeilleursLe vote solennel de la loi élargissant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe a eu lieu hier, le 23 avril.

Nous aurions pu être tristes, abattus, défaits. Nous aurions pu nous lamenter. Nous aurions pu ranger nos sweats, drapeaux et pancartes.

Et pourtant non, tout le contraire s’est produit. Nous avons continué de manifester, mais surtout, après la manif autorisée par la Préfecture de Police, il y a eu la nuit des Veilleurs. Lire la suite

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Au-delà d’un million

La Manif pour tous, avenue de la Grande Armée“Au-delà d’un million, le gouvernement vacille” disait François Mitterrand. Il savait de quoi il parlait. En 1984, son gouvernement avait retiré une loi déjà votée devant une manifestation géante.

Céder devant la pression populaire n’est pas un phénomène rare. Les grands mouvements populaires parviennent généralement à leur fin. Cela est normal : la démocratie ne se joue pas seulement lors des élections, au Parlement ou dans les mécanismes institutionnels. La démocratie est aussi à l’oeuvre dans les corps intermédiaires et dans les collectifs spontanés qui parviennent à rassembler un très large public. Lire la suite

Faut-il un référendum sur le mariage pour tous ?

ReferendumLa question du référendum est arrivée au cœur du débat sur le mariage pour tous. Certains députés de l’opposition ont décidé de déposer une motion référendaire. L’idée fait son chemin : en pleine séance de questions au gouvernement, l’opposition a scandé le slogan « Ré-fé-ren-dum »… ils étaient nombreux à le clamer, la formule a du succès.

Le gouvernement tient tête, sa réponse est non, non et non… ce qui s’explique : si le référendum a lieu, les Français sanctionneront le gouvernement au lieu de répondre à la question posée… du moins pour une bonne partie des électeurs. Au vu de la popularité du gouvernement, Hollande-Ayrault préfèrent éviter cette option, en mettant en avant l’impossibilité constitutionnelle d’une telle consultation et non le risque politique.

Nous n’aborderons pas la question de la constitutionnalité du référendum. Le juriste Nicolas Mathey a abordé cette question avec justesse, et la réponse est loin d’être évidente… disons simplement que le référendum n’est « pas impossible ». C’est plutôt la question de l’opportunité que nous allons voir. Lire la suite

1984

Manifestation 24 juin 19841984 est un millésime souvent cité ces derniers temps. Une année symbole évoquée pour deux raisons différentes : la grande manifestation du 24 juin 1984 pour l’enseignement libre, 2 millions de personnes dans la rue qui ont fait reculer le gouvernement de Pierre Mauroy ; mais aussi le célèbre roman de George Orwell : 1984, qui est l’une des plus terrifiantes et prophétiques contre-utopie de l’histoire de la littérature. Lire la suite

L’alibi de l’homophobie

Manif LGBT« L’homosexualité perçue de manière positive par 90% des Français.» C’est la conclusion du sondage Ifop diffusé le 14 décembre par France Inter. Bien sûr ce n’est qu’un sondage, mais il a été effectué par un grand institut et commandé par une association gay. Il ne peut donc être soupçonné de manipulation en faveur d’organisations hostiles au lobby LGBT qui affirmeraient qu’il n’y a presque plus d’homophobie en France. Ce chiffre révèle une très nette évolution en faveur des personnes homosexuelles : en 1996, seuls 67% des sondés étaient de cet avis, et en 1986, 54%. Cette opinion favorable indique un net recul de l’homophobie, ce qui est une excellente nouvelle.

Nous pouvons comparer ce chiffre avec ceux concernant l’opinion vis à vis du mariage pour tous et de l’homoparentalité. Le plus récent est le sondage Ifop du 16 décembre : 60% des sondés sont pour l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe, et 46% sont favorables à l’adoption. Mais alors, pouvons-nous conclure que les 40% de sondés qui ne sont pas favorables au mariage pour tous, et que les 54% en désaccord avec la possibilité d’adopter sont de funestes homophobes ? Non, car si on en croit le premier sondage, qui dit que 90% des Français perçoivent l’homosexualité de manière positive, les 40% de personnes opposées au mariage pour tous, et les 54% qui sont opposés à l’adoption devraient être contenus dans les 10% qui ne perçoivent pas l’homosexualité de manière positive, si c’était le cas.  Lire la suite

Mariage pour tous : pour des états-généraux de l’enfant

Le gouvernement semble déterminé à faire voter le projet de loi sur le mariage pour tous et l’homoparentalité sans organiser de débat national. Malgré un ajournement du projet à janvier 2013, nous ne voyons pas venir de grand débat, d’états-généraux de la famille traitant de la question essentielle de l’enfant adopté, ou procréé avec assistance médicale, au sein d’un couple homosexuel marié.

Il s’agit d’un fâcheux oubli, parce qu’une telle démarche ne peut pas faire l’impasse d’un débat national à cause de la loi de 2011 sur la bioéthique, mais aussi en raison des promesses du candidat Hollande de respecter les corps intermédiaires. Lire la suite

Mariage et PMA pour tous ? N’oublions pas de respecter la loi de bioéthique !

Le gouvernement aurait-il un trou de mémoire ? Dans sa détermination à vouloir étendre, sans débat public, le mariage aux couples de même sexe, ainsi que l’adoption et la procréation médicalement assistée (PMA), il a oublié un point essentiel. Lequel ? Celui-ci : l’article 46 de la loi du 7 juillet 2011 relative à la bioéthique dispose que « tout projet de réforme sur les problèmes éthiques et les questions de société soulevés par les progrès de la connaissance dans les domaines de la biologie, de la médecine et de la santé doit être précédé d’un débat public sous la forme d’états généraux. »

L’ouverture de la PMA pour les couples de femmes homosexuelles est une nouveauté, une question de société permise par les progrès de la science. Si on suit la lettre et l’esprit de la loi de 2011, le recours à des états généraux est donc obligatoire. Le gouvernement aurait-il oublié cette disposition légale au risque de voir son texte être en totale contradiction avec le reste du droit ?

Ce raisonnement peut s’étendre aussi au mariage et à l’adoption, tant ces sujets posent de grandes questions éthiques.

Le député Jean Leonetti a adopté ce raisonnement dans un communiqué de presse paru ce jour. Il développe les arguments cités plus haut et surtout, il les étend au mariage et à l’adoption. Il considère cette extension normale car le projet entend redéfinir des notions de « père » et de « mère », et aussi à cause de l’impact à l’encontre de la santé des enfants. Jean Leonetti a raison d’interpréter ainsi la loi de 2011 car le mariage pour tous et l’homoparentalité sont d’importantes questions de sociétés. Peut-on concevoir une réforme aussi essentielle sans états généraux, sans débat ?

Cette question du débat national n’est donc plus seulement un problème politique mais aussi une question juridique : si le projet de loi passe sans états généraux, il sera voté sans respecter la procédure de la loi de 2011… qui n’est qu’une loi ordinaire, donc au même niveau que la future loi dans la hiérarchie des normes. Alors, qu’en sera-t-il ? Le Conseil constitutionnel l’invalidera-t-il, inaugurant ainsi une jurisprudence originale ? Peut-être, car l’organisation d’un débat public pour une question de société aussi essentielle est un principe fondamental, inhérent à toute démocratie. Il serait donc logique que les sages du Palais royal reconnaissent cette règle, comme il se doit, ou que le gouvernement décide de respecter la loi.

#EGC : Le mariage gay, un changement de civilisation ?

Le mariage gay constitue-t-il une première étape vers un changement de civilisation ? Cette question importante sera discutée aux prochains Etats généraux du Christianisme du 12 au 14 octobre prochain à Strasbourg. L’avant-projet de loi sur le mariage pour tous, révélé en exclusivité par La Vie, permet d’apporter des éléments de réponse à cette question. Sans développer sur le contenu du projet, il faut préciser qu’il ne s’agit nullement d’un mariage gay qui serait une sorte de PACS amélioré distinct du mariage civil. Non, le projet est plus important car il entend modifier les articles du Code Civil sur le mariage pour l’étendre aux couples de même sexe. Il s’agit donc d’une profonde réforme du mariage et de la famille, non d’un « mariage bis ».

Le projet de loi est précédé d’un texte exposant sa raison d’être. Il explique que le mariage était une « Prérogative exclusive de l’église durant l’Ancien régime, le mariage civil, révocable et enregistré en mairie a été institué par la loi du 20 septembre 1792. Ce mariage laïc, qui pour l’essentiel transpose les règles du droit canon, n’a toutefois pas été défini par le code civil. » Arguments historiques à la clé, le gouvernement affirme que l’Etat s’est contenté de se substituer à l’Eglise pour encadrer un mariage civil directement inspiré du droit canon… Cet argument est fallacieux et révélateur d’une mutation sociétale très profonde.

Pourquoi est-il trompeur ? En réduisant le caractère hétérosexuel du mariage à l’application d’un dogme religieux, le gouvernement cherche clairement à éliminer toute opposition et tout débat. En effet, peut-on débattre d’un dogme dans une République laïque ? Non, car la laïcité implique que la loi soit élaborée à partir de la raison et non d’une vérité révélée. Mais le gouvernement semble oublier que le mariage monogame, hétérosexuel et stable n’est pas le fruit d’un dogme catholique. En effet, on le retrouve dans de nombreuses autres civilisations. En France, le mariage institué en 1792 puis refondé par Napoléon Bonaparte en 1804 ne s’inspirait nullement du Droit canon mais plutôt du  Droit romain. Le gouvernement avance donc un argument historique inventé de toute pièce. Le mariage civil actuel n’est pas non plus défendu uniquement par l’Eglise catholique. Nombreux sont les philosophes, psychiatres et autres intellectuels qui sont opposés au mariage pour tous et à l’homoparentalité. Sylviane Agacinski, philosophe socialiste et agnostique, a plusieurs fois manifesté son opposition à ces réformes. Son raisonnement n’a rien de religieux. Les personnalités catholiques qui s’expriment ne mentionnent ni la Bible, ni le magistère. Philippe Ariño, essayiste catholique et homosexuel le dit lui-même : « ce que les promoteurs du « mariage pour tous » ont du mal à comprendre, c’est que c’est juste humain de s’insurger contre les conséquences graves de certaines lois déconnectées du Réel, de certaines pratiques et manipulations génétiques qui concernent la vie et les êtres humains les plus fragiles. Cela relève du bon sens. » De même, le pédopsychiatre Vincent Rouyer avance de nombreux arguments scientifiques… point de religion là-dedans !

Le mariage civil n’est donc pas une question religieuse mais sociétale. Il est le cadre de la famille à laquelle il donne une base solide et durable.

L’autre aspect des motifs de ce projet de loi est le changement de civilisation. La référence au rôle de l’Eglise dans l’Ancien régime vise clairement à faire entrer cette réforme dans une « marche du progrès ». Fini les relents d’Ancien régime qui hantent çà et là notre Droit. Place à la nouveauté et au progrès ! La nouvelle société n’aura plus aucun aspect chrétien, les racines chrétiennes seront définitivement coupées. L’exposé des motifs le sous-entend bien tout en commettant l’erreur citée plus haut… Le projet présente le mariage civil comme crypto-chrétien pour mieux le discréditer et pour faire de sa réforme un acte de transformation de la société. Le mariage pour tous est donc un projet laïciste qui reflète une vision du monde désirant se démarquer de celle de l’Eglise. Le laïcisme creuse un peu plus le fossé entre la République à la française et l’Eglise… ce qui est bien dommage car la foi chrétienne s’accommode très bien du régime républicain et de la laïcité positive.

Le projet de loi donne une nouvelle définition du mariage et donc de la famille.  La cellule familiale ainsi réformée redéfinie totalement notre société. Il s’agit donc d’une étape de plus dans la grande mutation sociétale en cours, comme l’exposé des motifs le reconnait lui-même avec une étrange coquille dans le texte : « Une nouvelle étape paraît doit donc être franchie. »

Bien sûr, le projet de loi s’arrête là. Il refuse d’étendre la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples homos, et de légaliser la gestation pour autrui (GPA) comme le propose Esther Benbassa (EELV) dans son projet. Mais là encore ce n’est qu’une question de temps. Les revendications se font entendre, PMA et GPA seront les étapes suivantes…

Jusqu’où ira cette mutation ? Jacques Attali[1], a tranquillement envisagé la polygamie. La presse évoque parfois le « polyamour », les ménages à plusieurs et autres trouples. Ce dernier concept a eu les honneurs d’un article du Monde.

Tout semble possible car l’idéologie qui sous-tend ces réformes est libertaire : l’Homme est libre de tout faire pourvu qu’il le désire. Rien ne doit s’interposer au désir de l’Homme, rien… surtout pas la réalité ! Car c’est là que le bât blesse : l’idéologie libertaire, comme toutes les idéologies, vise à remodeler la réalité selon une vision du monde basée sur des représentations virtuelles. Philippe Ariño le dit bien : « Le problème est que nos amis « pro-mariage pour tous ceux qui le désirent » font le chemin contraire : ils veulent mettre le papier et la bonne intention avant le Réel. Ils inversent les choses parce qu’ils se prennent pour Dieu, un dieu athée égoïste qui installe la conscience individuelle humaine comme unique énonciatrice du bien et du mal, sans idée de transcendance pour le coup. »

Il est grand temps de revenir à la réalité.


[1] Emission Ce soir ou Jamais, France 3, 17 janvier 2012

La liberté de parole n’est pas négociable !

La récente polémique autour de la prière du 15 août a révélé de bien étranges comportements. J’ai relevé deux exemples qui, je vous l’accorde, ne sont ni exhaustifs ni nouveaux…Mais cela vaut la peine de les regarder de plus près, car ils mettent la démocratie en danger. Oui, en danger, et je pèse mes mots.

Les deux exemples sont le communiqué de presse de l’Union des familles laïques (UFAL), et celui de Jean-Luc Romero repris sur 20 minutes dans un article à la syntaxe approximative et très amusante. Lire la suite

Eglise et questions sociétales

Le blog « A la table des chrétiens de gauche » a récemment publié l’article de Jean-Louis Schlegel Questions de mœurs : quelle attitude politique de la part des catholiques ? Un texte intéressant qui pose la question de la réponse chrétienne à donner aux problématiques dites « de société » que nous rencontrons aujourd’hui.

Il n’est pas aisé de répondre à la question de l’attitude à adopter. Pourtant je pense que la réponse doit être à la hauteur du problème…et le problème est très important car il touche les fondements de notre société.

En effet, quelle est la portée de ces « questions de mœurs » ? L’euthanasie n’est-elle qu’un assouplissement, une tolérance permettant de donner la mort dans quelques cas exceptionnels ? L’homoparentalité n’est elle qu’une possibilité donnée à quelques couples gays, une exception à la règle de la famille traditionnelle au même titre qu’il existe des familles monoparentales ?

La réponse est non : ces deux problématiques ne sont pas anodines car elles sont les symptômes d’une profonde révolution, d’un changement radical de société, d’une « mutation métaphysique » comme le dit Michel Houellebecq. Les « questions de mœurs » sont en fait des questions « de société » et elles portent sur les fondements même d’une société humaine : qu’est-ce que l’Homme ? Quand et comment sa vie commence, se termine ? Dans quelle structure familiale le « petit d’homme » va-t-il naître, se construire ? Lire la suite