De l’état de siège à l’esprit d’Assise

Paris a vu ces jours-ci certains évènements pas très glorieux pour « les cathos ». Le théâtre de la Ville, où était joué la pièce de Romeo Castellucci « Sur le concept du visage du fils de Dieu », a été littéralement pris d’assaut par des manifestants chrétiens. 

Vous connaissez mon point de vue sur cette pièce et sur la réaction à avoir. Je n’ai pas changé ma position. Je ne jette de pierres à personne. Ces gens ont certainement un amour sincère pour le Christ. Mais je n’aime pas la violence qui se dégage de cet évènement. Des prières chantées comme des cris de guerre, des actes physiques (jet d’œufs, d’huile de vidange sur le public) et pour finir l’atmosphère délétère du débat qui a suivi… Sur Facebook  j’ai été insulté très violemment par un jeune de ces mouvements. 

J’ai été tenté de vous reproduire les lignes que ce jeune homme (il a 19 ans) m’a envoyé…Mais non, ça ne sert à rien. Ces insultes vulgaires, sales, haineuses n’ont pas à être divulguées. Cela n’est hélas guère surprenant, regardez le site internet d’un de leurs mouvements (celui dont le nom figure sur la banderole), vous verrez qu’il n’ a rien de catholique. Juste du nationalisme, la nostalgie du 6 février 1934 (ils en fêtent l’anniversaire…) et puis…quelques claquements de bottes. 

Avec ces gens nous voyons se dessiner une mentalité : celle de l’état de siège. Ils sont terrés dans leur citadelle, refusant le monde tel qu’il est. De temps à autre ils font une sortie, âpre et violente, sans concession pour le monde moderne qu’ils exècrent.

 Mais l’actualité ne se résume pas à ces pathétiques exactions. Il y a un vrai évènement, un évènement mondial : le 25eme anniversaire de la rencontre d’Assise ! 

Il y a 25 ans, le Pape Jean-Paul II accueillait les dignitaires de presque toutes les religions du monde. Par cette rencontre était amorcé le dialogue interreligieux. Les chefs spirituels priaient ensembles pour la paix. Evènement extraordinaire et message puissant délivré au monde moderne qui assimile trop souvent foi et violence. 

NON, la religion n’est pas la guerre ! Bien au contraire le fait religieux est dans la nature de l’homme et peut être porteur de paix. 

Cette année Benoît XVI a décidé d’élargir encore la rencontre : toute les religions sont représentées, mais aussi des intellectuels athées comme Julia Kristeva. 

Mais pourquoi Assise ? 

Parce que cette rencontre est illuminée par le personnage de Saint François d’Assise. C’est lui qui a tenté le premier dialogue interreligieux de l’histoire en tentant un dialogue avec le sultan d’Egypte Al-Kamel. Chose impensable à l’époque. François était un homme de paix et de dialogue, il refusait la violence… 

L’Esprit d’Assise, le dialogue avec l’autre, celui qui est différent, qui parfois est considéré comme un ennemi ou au moins comme un rival. Voila qui est à l’opposé de l’esprit d’état de siège de nos chers croisés… 

Vivons l’Esprit d’Assise ! Quand quelque chose nous choque, au lieu d’agresser son auteur, allons plutôt lui parler. Tous le monde en sortira grandit !

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Le Pape et l’Autorité publique universelle : un document choc.

Le 24 octobre, le Conseil pontifical Justice et Paix a publié un document très attendu : Pour une réforme du système financier et monétaire international dans la perspective d’une autorité publique à compétence universelle. Il s’agit d’une proposition du Saint Siège dans le cadre de la lutte contre la crise financière.

Le texte n’est pas de la main de Benoît XVI mais il a son entière approbation. Justice et Paix parle au nom du Pape sur les questions politiques et sociales. Ce dicastère est dirigé par le Cardinal Peter Turkson, prélat d’origine Ghanéenne. Il est notamment connu pour ses critiques envers la multinationale Monsanto…

Ce texte est très intéressant car il s’inscrit dans la suite de l’encyclique Caritas in Veritate. Le Pape appelait déjà à la création d’une Autorité publique à compétence universelle pour le gouvernement mondial de la finance. Le document de Justice et Paix développe cette question.

Il est difficile de résumer en quelques lignes une note de treize pages. Je vais donc évoquer quelques points.

Ce document part de la crise actuelle, qui est non seulement économique mais qui est susceptible d’avoir des conséquences sur la paix. Il tente d’apporter une explication à cette situation :

« Mais qu’est-ce qui a donc poussé le monde dans cette direction aussi problématique, pour la paix également ? Avant tout un libéralisme économique sans règles ni contrôles. Il s’agit d’une idéologie, d’une forme d’  « apriorisme » économique qui prétend tirer de la théorie les lois de fonctionnement du marché et celles dites lois du capitalisme, en en exaspérant certains aspects. »

La traduction n’est pas très belle, mais le contenu est clair. La cause du problème est l’ultralibéralisme, cette idéologie qui refuse toute régulation du marché y compris au niveau mondial. Certains esprits chagrins diront peut-être que cela ne vise pas le libéralisme mais l’absence de réglementation…Non, le texte est clair et son auteur insiste à plusieurs reprises sur « l’idéologie néolibérale ». Donc ne faisons pas dire au Saint Siège ce qu’il ne dit pas.

Le texte développe donc sur les ravages du néolibéralisme et des idéologies liées : l’utilitarisme (ce qui est utile à l’individu, est utile à la communauté), et la technocratie (les solutions sont exclusivement techniques). Le bien de tous ne passe pas que par ce qui est utile à chacun, le Saint siège vient ajouter à cela un principe de solidarité. Quant à la technique, elle ne peut répondre à tous les problèmes, au contraire il y a avant tout une question éthique : cette crise est surtout une crise morale.

Solidarité, éthique, régulation de l’économie mondiale, cela ne peut avoir lieu que dans le cadre d’une autorité publique mondiale dont le but est de servir le bien commun.

Vaste programme ! Justice et paix qualifie cette autorité de supranationale (ce qui va faire hurler nos souverainistes, fussent-ils de bons catholiques).

Son objet ? « Elle a pour but de favoriser l’existence de systèmes monétaires et financiers efficients et efficaces, c’est-à-dire de marchés libres et stables, disciplinés par un ordonnancement juridique approprié, fonctionnels au développement durable et au progrès social de tous, et s’inspirant des valeurs de la charité et de la vérité. »

Nous sommes loin de l’ultralibéralisme. Il s’agit donc d’une autorité garantissant un échange commercial libre mais régulé, organisé, permettant le progrès social des peuples et dans le respect de la création. Nous sommes loin de la « main invisible » d’Adam Smith !

Evidemment cela ne se fera pas d’un coup et le texte développe les différentes phases de constitution de l’autorité.

Ce n’est pas non plus une organisation aplatissant les cultures, un totalitarisme mondial : « Une Institution supranationale, expression d’une « communauté des nations » ne pourra exister longtemps, si, (…) les diversités des pays ne seront pas reconnues ou pleinement respectées ». L’unité mondiale ne peut se faire que dans la diversité, et dans le respect du principe de subsidiarité comme le précise le texte plus loin.

Principe de subsidiarité mais aussi principe de solidarité entre les Etats, la société civile mondiale et l’Autorité publique universelle.

Le Saint Siège reconnait le long chemin pour parvenir à un tel « gouvernement mondial » (le mot figure dans le texte), et il propose qu’il soit mis en place à partir de l’ONU qui serait réformée.

« Le fruit de ces réformes devrait être une plus grande capacité dans l’adoption des politiques et des choix contraignants parce qu’orientés vers la réalisation du bien commun local, régional et mondial. »

Contraignants : ce gouvernement mondial n’est pas « international » mais « supranational ». La seule institution comparable à ce projet est l’Union Européenne, dont le droit communautaire prime sur le droit national. Tout comme l’Europe unie, l’autorité mondiale se fera par le multilatéralisme. Le Vatican explique clairement qu’il faut passer de la gouvernance mondiale, de forme intergouvernementale, au gouvernement mondial, multilatéral avec une institution supranationale.

Il fait référence à une solidarité fiscale mondiale. Cela implique donc des taxes mondiales, ressources propres de l’autorité universelle pour constituer une réserve financière mondiale et instruments de régulation économique. Ces taxes toucheraient les transactions financières.

Critiquant intelligemment le système financier actuel et les faiblesses des instances actuelles, le document appelle à la création d’une banque centrale mondiale conçue sur le modèle des banques centrales nationales.

En conclusion le texte reconnait les vices mais aussi les aspects positifs de la mondialisation. Le monde s’unifie, les peuples coopèrent entre eux. Mais cela doit être organisé afin que surgisse un état de droit mondial.

« Seul un esprit de concorde, qui surmonte les divisions et les conflits, permettra à l’humanité d’être vraiment une seule famille, jusqu’à concevoir un monde nouveau avec la constitution d’une Autorité publique mondiale, au service du bien commun. » 

Alors : Utopie ou projet réaliste ?

C’est difficile à dire, mais il faut espérer qu’il soit réaliste. Nous ne pouvons pas en rester là. Ce libre-échange sans la moindre régulation ruine nos économies, fait plonger dans la misère des millions de famille, détruit des emplois par les délocalisations et réduit en esclavage les travailleurs du sud. Soit la mondialisation est maitrisée par une Autorité mondiale, soit les Etats devront se protéger par des politiques de protectionnisme ne serait-ce qu’au niveau régional. L’idée d’Arnaud Montebourg n’est pas insensée bien au contraire.

Donc il nous faut soit une Autorité mondiale digne de ce nom, soit une politique de démondialisation.

Indignons-nous de ce Casino mondial et faisons circuler ce document révolutionnaire !

Indignons-nous encore et toujours !

Défendons le Christ ! Tel est le mot d’ordre, pour ne pas dire le cri de guerre, des nouveaux croisés. Cela a pris la forme de prières collectives dans le but de perturber les représentations de pièces de théâtres blasphématoires. Où la prière est utilisée comme un moyen de pression…on est loin de ce qu’elle est réellement : l’union à Dieu. 


D’autres combattants sont allés plus loin : ils ont balancé de l’huile de vidange sur les spectateurs… ils ont fini au poste de police. 


Vous connaissez mon avis : ces individus font du tort à l’Eglise. Ils donnent une image réactionnaire et même néo-fasciste (certaines organisations présentes se revendiquent du fascisme) de la foi chrétienne…tout ce qu’elle n’est pas ! 


Ce comportement m’indigne. Oui ! Je suis indigné que des catholiques se comportent comme ça ! Non seulement ils bafouent l’Evangile en faisant le contraire de ce que dit le Christ mais en plus ils font une publicité énorme pour ces spectacles. Leur producteur doit se réjouir de cette propagande ! 


Cela veut-il dire qu’il ne faut pas défendre le Christ ? 


Bien sur que non ! Mais tout dépend par ce que l’on entend par « défendre le Christ ». 


Je l’ai déjà dit précédemment, agresser des spectateurs, utiliser la prière comme une arme ne sont pas des attitudes conformes à l’Evangile…en faisant cela on ne défend pas le Christ : on le crucifie ! 


Défendre le Christ, c’est défendre le pauvre. Car Jésus nous l’a dit : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Car j’avais faim et vous m’avez donné à manger, j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venu jusqu’à moi !’ Alors les justes lui répondront : ‘Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? Tu avais donc faim et nous t’avons nourri ? Tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? Tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? Tu étais nu et nous t’avons habillé ? Tu étais malade ou en prison…quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?’ Et le Roi leur répondra : ‘Amen, je vous le dis, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » Mt 25, 34-40.  


Au contraire quand Pierre a voulu « défendre » Jésus physiquement, le Christ lui répondu : « Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée » Mt 26, 52. 


Eh oui : défendre le Christ ce n’est pas partir en croisade (elles ont toutes été des échecs) mais venir en aide au pauvre qui est comme le Christ sur terre. 


La cause des pauvres, la cause de la justice sociale…Ce ne sont pas des spectacles stupides, que tout le monde aura oublié dans deux mois, qui doivent nous indigner ! Mais c’est plutôt ce système financier pervers qui ruine des millions de familles ! 


Oui ! Les Indignés, que certains cathos d’extrême droite détestent, sont plus proches des Evangiles que les Godefroy de Bouillon du Théâtre de la Ville ! 


Alors chrétiens, Indignons-nous ! Suivons l’exemple des Protest Chaplains, ces jeunes chrétiens épiscopaliens New Yorkais qui ont rejoint le mouvement Occupy Wall Street ! 


Ne nous laissons pas intimider par ceux qui assimilent les Indignés aux extrémistes qui ont saccagés une église et agressés des fidèles. Ce n’étaient pas les Indignés mais les « Black blocs », ils n’ont pas de lien avec le mouvement qui est par nature non-violent.  


Mais il est vrai que cette confusion avantage beaucoup de gens… 


Indignons-nous !

Christianophobie : que faire ?

Christianophobie. Le mot sonne comme un titre de film d’horreur. Ca fait peur, ça glace le sang. Nous autres cathos français découvrons qu’il y a des gens qui ne nous aiment pas. Pire : il semblerait que nous sommes attaqués non pas sur nos travers sociologiques mais sur notre foi ! Golgotha Pic-nic, Sur le concept du visage de fils de Dieu sont deux pièces de théâtres particulièrement violentes contre la personne du Christ. A côté, Piss Christ d’Andrès Serrano fait figure de petit canular… 

C’est dur. Le Sauveur lui-même est agressé. Il semble que la Passion continue. Nous autres chrétiens, que devons nous faire ? C’est là que le bât blesse. Parmi les catholiques nous trouvons deux tendances majeures : 

–          L’une veut résister. Défendons le Christ ! Lancent-ils comme un cri de guerre. Ils décident de riposter par différents moyens. Pétitions, actions parla prière. Ils disent non. Mais souvent avec des moyens disproportionnés, des propos exagérés. L’Institut Civitas est à la pointe du combat. Certains évêques les soutiennent. Par exemple Mgr Aillet, l’évêque de Bayonne.

–          L’autre a un discours différent. Défendre Jésus bien sûr…Mais ils se questionnent. Le remède ne serait-il pas pire que le mal ? Ne faudrait-il pas tenter un dialogue avec les auteurs des blasphèmes. Le blogueur Koz est de ceux là. 

Mais alors que faire ?  

Riposter à tout prix n’est pas sans rappeler l’attitude de Saint Pierre au Mont des Oliviers. Devant l’arrestation de Jésus il brandit son épée et trancha l’oreille de Malchus, un des gardes du Temple. Mais Jésus réprimanda Pierre : « Qui attaque par l’épée, périra par l’épée » Jn 18.10-11. Et Jésus ramassa l’oreille coupée et la recolla sur la tête du soldat. La victime fait un ultime geste de charité envers celui qui est venu l’arrêter pour le mener vers un supplice infâme. 

Dans cette victimisation, dans ces déclarations souvent brutales, n’y a-t-il pas un peu de l’attitude de Pierre ? Déjà avant la Passion, Pierre avait dit à Jésus qu’il ne laissera personne lui faire de mal. Et Jésus lui répondit vertement : « Arrière Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des Hommes ! » Mc 8.32-33 Le Christ avait reconnu là l’Esprit du monde. 

Riposter à tout prix contre ces blasphèmes, n’est pas aussi succomber à l’Esprit du monde ? Pointer du doigt « les agissements de secrètes officines » n’est-ce pas tomber dans une mentalité conspirationniste ? Hélas une éminente personnalité de l’Eglise le fait en écrivant ceci à Civitas… C’est stupide, si ces officines sont secrètes comment le sait-il ? On est en plein enfantillage. 

Faire des scandales de ce genre n’est pas se comporter comme les musulmans ? Faut-il les imiter ? Nous ne sommes pas comme eux, nous nous professons l’amour véritable. Le Christ n’a rien à voir avec Mahomet, il n’a pas fait la guerre mais il a guérit un soldat venu l’arrêter et à pardonné à ses bourreaux. 

Chercher à tout prix à faire comme les musulmans n’est-ce pas une islamisation de notre foi ? Ce qui est un comble puisque les pires croisés sont également des « islamobsédés »… Mais nous l’avons vu précédemment, les islamobsédés ont la même structure mentale que les islamistes. 

Bien sur il faut défendre la foi comme l’on fait les apologètes dès le début du christianisme. Mais honnêtement, pousser des cris d’orfraie devant Piss Christ ou Golgotha Pic-nic, n’est-ce pas aussi faire de la publicité à ces conneries ? 

En communication il y a quelque chose qui est pire que toutes les polémiques, toutes les attaques et toutes les calomnies : l’indifférence. Ne pas parler d’un évènement, c’est tuer cet évènement. 

Alors je crois qu’il faut cesser de s’offusquer. Bien sur ces spectacles sont pitoyables mais les réactions brutales ne servent à rien. La proposition de Koz de tenter un dialogue, de faire preuve de pédagogie est beaucoup plus intelligente et efficace. Nous serons là dans une attitude plus proche de celles des apologètes que de celle de Pierre succombant à l’Esprit du monde…

Indignons-nous ! Mais avec qui ?

« Indignez-vous » est devenu le mot le plus porteur politiquement depuis la sortie du pamphlet de Stéphane Hessel. 

Ce texte a connu une surprenante postérité : un grand mouvement spontané est apparu et a pris le nom « Les indignés ». 

Important succès, on les retrouve dans de nombreuses villes Européennes. 

Mais qui sont les Indignés ? Un mouvement hétéroclite, composé en grande partie de jeunes d’extrême gauche, mais pas seulement : de nombreux chrétiens ont manifesté le vœu de rejoindre le mouvement. 

Et on peut comprendre cela. Le capitalisme de 2011 est une catastrophe. La mondialisation libérale crée des chômeurs au Nord et des esclaves au Sud. La spéculation a ruiné des milliers de travailleurs. Et les gouvernements renflouent aveuglément les banques sans leur demander de comptes… absurde ! 

La démocratie connait une très grave crise car elle donne le sentiment d’être complètement inféodée au pouvoir financier. 

C’est normal d’être indigné, il faut l’être. Surtout quand on est chrétien ! Le néolibéralisme n’a rien de compatible avec la foi chrétienne ! 

Mais voila, se pose un gros problème : avec qui s’indigner ? 

Le mouvement des Indignés a connu quelques débordements très regrettables. En Italie, une Eglise a été saccagée. En Espagne, quelques jeunes pèlerins des JMJ ont été agressés… 

Les Indignés seraient-ils antichrétiens ? 

Il est devenu évident que le mouvement n’est pas sans lien avec les organisations de gauche et d’extrême gauche. En Espagne les blessures de la guerre civile sont encore vives et Jose Luis Zapatero a un rapport très conflictuel avec le catholicisme… 

Dans le reste de l’Europe, gauchisme et Eglise ne font pas forcément bon ménage. J’en ai personnellement fait l’amère expérience : des jeunes de gauche avec qui j’étais proche sur des questions concrètes ont refusé tout échange parce que j’étais chrétien…De la haine à l’état pur, ça fait peur. 

C’est stupide : nous sommes souvent très proches sur le plan politique…Mais une ligne de démarcation invisible nous sépare. 

La vie politique française est dominée par cette opposition. Les catholiques les plus attachés à Rome sont majoritairement à droite. Les « nouvelles mœurs » sont défendues par la quasi-totalité de la gauche alors qu’elles mettent du temps à s’imposer en face…Pourtant la droite libérale a un positionnement économique guère catholique…c’est certain. 

Autre exemple, cette fois-ci plus historique : la Démocratie-chrétienne française avait envisagé la formation d’un grand parti politique au Centre gauche. Un « parti travailliste » regroupant les démocrates-chrétiens et les socialistes…Ce projet est né au sein de la Résistance avec notamment Gilbert Dru. Il a échoué à la Libération. Pourquoi ? La gauche peinait à s’allier avec les catholiques et cela malgré la grande fraternité de la résistance. La gauche est fondamentalement laïque, lui demander une telle fusion est contre son identité. L’Union sacré n’existe qu’en temps de guerre. De vraies et belles amitiés ont existé, mais à la Libération la politique a repris ses droits et dès 1944 le PCF faisait des coups très bas à de Gaulle et au MRP… 

Jean Lecanuet a retenté l’expérience dans les années 1960. Il avait même pour cela obtenu un rendez-vous avec le Grand Maître du Grand Orient (ça ne s’invente pas…). Que lui a dit le premier des Frères ? « Nous ne pouvons concevoir un parti où cohabiteraient ceux qui vont à la messe et ceux qui n’y vont pas ». L’homme au tablier avait au moins le mérite d’être clair… Cet échec n’a pas découragé Lecanuet qui a éliminé la référence chrétienne du MRP… Sur ces expériences malheureuses Pierre Pflimlin avait dit à Lecanuet : « N’êtes vous pas lassé de vous faire éconduire comme un amoureux qui s’obstinerait à courir après une belle qui ne s’intéresse pas à lui ».  

Pourquoi courir après la gauche ? 

Je crois honnêtement qu’avant de chercher à se lier avec les non-croyants, il faut d’abord que les chrétiens s’affirment. 

OUI : il faut d’abord reconstruire une authentique Démocratie-chrétienne ! 

OUI nous devons nous indigner. Nous devons passer à l’action ! Mais en assumant très clairement notre identité chrétienne. 

Vivons la Doctrine sociale de l’Eglise, aidons les plus pauvres, rebâtissons la Démocratie chrétienne de Frédéric Ozanam ! 

Si nous sommes vraiment nous-mêmes, ce n’est pas nous qui irons vers les autres Indignés…ce sont eux qui viendront à nous ! 

Indignons-nous…Mais en chrétien !

Faut-il désespérer de la politique ? Patrice de Plunkett apporte quelques éléments de réponse.

Notre ami journaliste Patrice de Plunkett est intervenu vendredi 7 octobre aux Etats Généraux du Christianisme sur le thème d’actualité « Faut-il désespérer de la politique ? » 

Voici le texte intégral de sa conférence sur son blog : plunkett.hautetfort.com.

Question difficile tant la situation actuelle ne nous incite guère à l’espérance. Crise économique, remise en question de la protection sociale, mondialisation libérale, échecs des hommes politiques, l’heure n’est pas à l’optimisme. 

Plunkett ne tombe pas dans les deux écueils qui guettent l’observateur chrétien : il n’y a ni angélisme, illusion béate d’un lendemain qui chante, ni pessimisme, fantasme sinistre d’un naufrage de notre civilisation. Il est réaliste, il reconnaît les graves injustices de notre temps : l’impunité des banquiers responsables de la crise, l’absence de remise en question des politiques actuelles…et pourtant il est plein d’espérance car il croit en une possible action des chrétiens. Mais pas des chrétiens seuls, car il considère comme possible et souhaitable l’alliance des croyants et des non-croyants. Alliance forgée autour de la doctrine sociale de l’Eglise, qui, rappelle t’il, ne s’adresse pas qu’aux seuls catholiques. 

Rendre l’espérance aux citoyens…Vaste programme qui passe par une remise en cause complète du système économique. Celui-ci est dans une impasse et il ne peut plus en sortir. Cette crise est historique et marque la fin d’un monde. Il ne faut pas que les chrétiens  « loupent le coche », car prendre ce tournant est la seule manière de rendre du sens à la politique. 

Patrice de Plunkett n’a pas peur d’avoir un discours « radical » qui ferait d’un socialiste soutenant François Hollande un bon centriste… 

En cela il se démarque aussi d’une certaine culture catholique française…Et il l’assume ! 

En effet on peut se poser la question : Pourquoi une grande partie des catholiques français se reconnaissent dans la droite ? Pourquoi les catholiques pratiquants, les plus fidèles à Rome, sont ancrés sur l’hémisphère droit de l’échiquier politique au point de se demander : Peut-on être catholique et de gauche ? Ce à quoi ils répondent souvent : bien sur que non ! La gauche étant pour eux un « axe du mal »… 

Cela est amusant car le blogueur catholique Koztoujours se moque souvent de la gauche et de son côté moralisateur en la surnommant « le camp du bien ». C’est vrai que les socialistes ont tendance au manichéisme…Mais la droite catho aussi ! Eh oui cher ami, nous retrouvons la même structure mentale de chaque côté du Rubicon politique… 

Patrice de Plunkett se moque de cette dualité et je suis entièrement d’accord avec lui. Ce clivage est stupide ! Mais hélas il est réel et il conditionne bien des comportements. 

Il y a des catholiques à gauche, mais soit on les voit peu, soit ils prennent trop souvent des postures « libérales ». Ils se disent « loin des dogmes » (en assimilant la morale sexuelle à un dogme ce qu’elle n’est pas), sont souvent loin de l’Eglise sur les questions bioéthiques et aiment se distancier de Rome…C’est dommage et c’est aussi à cause de cela que le PS est majoritairement, voire totalement, rallié aux nouvelles mœurs…eh oui, si il y a eu quatre-vingt députés de droite pour protester contre le gender dans les manuels scolaires c’est à cause du poids des catholiques au sein de l’électorat UMP… 

Mais pourquoi les cathos de droite ne protestent que contre le gender et pas contre la mondialisation libérale ? Pourquoi la bioéthique, la famille, l’école privée sont les seuls sujets où on entend les cathos ? La doctrine sociale de l’Eglise ne concerne pas que ces sujets, il y en beaucoup d’autres. Honnêtement, les propositions d’Arnaud Montebourg sur la démondialisation, le système bancaire et l’économie en général sont plus proches de l’enseignement de l’Eglise que l’essentiel du programme de Nicolas Sarkozy ! 

Bien évidemment Montebourg est rallié aux nouvelles mœurs…et là, les catholiques bloquent. Moi aussi je l’avoue ! Je rêve d’une sorte d’hybride entre Christine Boutin et le grand Arnaud ! Nous aurions là une vraie, puissante et belle Démocratie chrétienne. Une DC digne d’Ozanam et du MRP tel qu’il était en 1945 (après il s’est coupé de De Gaulle et s’est vautré dans l’Atlantisme…catastrophe historique). 

Ah si tous les chrétiens s’unissaient…Mais pas seulement, il faut aussi s’allier aux non-croyants. Je suis bien d’accord avec Patrice de Plunkett quand il dit : « Et cette lutte, il faudra la mener au coude à coude : croyants et incroyants, parce que la réalité est la même pour tout le monde. » Le seul bémol que je ferais : avant de s’allier avec les autres, commençons par affirmer nos choix politiques en tant chrétien. Faisons revivre la Démocratie chrétienne, j’insiste encore la dessus, pour qu’elle soit, enfin, fidèle à elle-même ! Faisons sauter ce maudit clivage droite-gauche, osons employer ces gros mots que la droite ne supporte pas : démondialisation, nationalisation des banques, osons refuser le libéralisme que se soit celui des nouvelles mœurs ou celui de l’économie !

Ensuite, une fois affermi et construite, la Démocratie chrétienne pourra s’allier avec d’autres courants pour bâtir ce nouveau monde.

Pour les chrétiens, l’heure est historique. Le capitalisme tardif est au bord de l’implosion. Notre système économique va mourir. Tous les indicateurs sont au rouge et sur les écrans d’ordinateur des économistes nous voyons ceci :

 Nous avons donc le choix : où nous décidons de conserver ce système en bon « conservateur » tout en rejetant les nouvelles mœurs pour garder un minimum de morale (ce qui confond éthique chrétienne et posture moralisatrice…une catastrophe).

Soit nous décidons d’accueillir et de construire un nouveau monde, celui de la civilisation de l’amour. Il implique de changer de système économique, et de renoncer à ce funeste libéralisme (tant financier que social).

Les chrétiens ont une pensée exceptionnelle. Nous avons eu, et avons encore, des philosophes, des économistes, des exemples prestigieux. Tout les courants de l’économie de communion, de l’anarchisme eucharistique (mot horrible pour un patron de droite), du commerce équitable et j’en passe, sont une matière première fantastique pour une action politique durable et efficace. Mettons-les en avant, invitons ces personnalités dans nos paroisses. Ce que dit Patrice de Plunkett sur les colloques catholiques est tristement vrai…continuons comme ça et l’Eglise finira au cimetière avec ce système économique vérolé !!!! 

N’ayons pas peur d’être nous-mêmes ! C’est le seul moyen de ne pas désespérer de la politique.

Christine, François et la Démocratie chrétienne

Samedi 8 octobre, Christine Boutin a inauguré son « Atelier de campagne » à Levallois-Perret. Inauguration qui fût aussi le lancement de sa campagne présidentielle. Dans son discours, elle a dit quelque chose qui m’a marqué et que la presse a tenu à souligner. Sans nommer François Bayrou (elle l’a désigne comme « le plus parisien des béarnais »), elle l’a attaqué fermement, voire durement, en disant : « Il se pare d’être un bâtisseur fiable. Il a surtout détruit. Il a détruit la démocratie chrétienne; il a détruit l’école, en l’abandonnant aux pédagogistes ; il a renié les valeurs permanentes qui ont fait la France, en se pliant aux règles du politiquement correct, que ce soit sur les questions de société ou sur la définition à donner au mot laïcité ». Ca casse…Et pourtant, je suis globalement d’accord avec elle, surtout avec sa première « accusation » : « Il a détruit la Démocratie chrétienne ». Cette assertion résume, à mes yeux, tout son propos. 

Oui, Bayrou à détruit la Démocratie chrétienne. Il l’a détruit au profit d’un « Centre » dénué de toute référence philosophique. Mais pourquoi ? Pour cela il faut remonter dans le temps. Remonter même avant François Bayrou, dans les années 1960 où le Mouvement Républicain Populaire disparaissait, notamment par le fait de Jean Lecanuet. 

La Démocratie chrétienne française a une longue histoire. Une histoire ponctuée d’échecs et de renaissances. Depuis ses origines avec Lamennais et surtout Frédéric Ozanam en 1848, elle n’a jamais connu de partis politiques puissants et connaissant une longévité comparable aux partis radicaux, communistes ou encore socialistes. La formation politique démocrate chrétienne la plus importante a été le Mouvement Républicain Populaire, fondé en 1944 et disparu en 1967. Son dernier leader, Jean Lecanuet, a clairement abandonné la référence démocrate chrétienne. Il a dirigé le MRP de 1963 à1965, a été candidat à la présidentielle de 1965 (où il a fait 15,57%), mais il a totalement occulté la ligne démocrate chrétienne. Il ambitionnait de rassembler les différentes formations « centristes » en un grand mouvement humaniste et en contestation avec le Général de Gaulle. Il a tenté des rapprochements avec les radicaux, les libéraux du CNI et des Républicains indépendants qui ont donné lieu à la création du Centre Démocrate, ancêtre de l’UDF. 

Lecanuet voulait ratisser large. Pour ne pas choquer les laïcs, libéraux, radicaux et démocrates-sociaux, il a supprimé le « chrétien » de démocrate-chrétien. Lecanuet avait même envisagé une alliance beaucoup plus vaste : il voulait fusionner avec l’aile droite de la SFIO (alors en crise). Mais il a été rattrapé par l’identité du MRP : les socialistes ne voulaient pas de « démocrates chrétiens », même quand ceux-ci se reniaient eux-mêmes. 

François Bayrou a le même raisonnement que Jean Lecanuet. Il refuse de se définir comme démocrate chrétien. Il dit toujours qu’il sépare ses convictions religieuses (qui sont réelles et profondes) et son travail politique. Une séparation stricte alors qu’en dirigeant l’UDF, puis le Modem il est l’héritier des mouvements issus du MRP. Il continue donc la déconstruction de la démocratie chrétienne qu’avait commencée Jean Lecanuet. 

Pourtant il y a des démocrates chrétiens au Modem, mais ils n’ont aucune visibilité à travers leur parti. 

Christine Boutin peut se permettre une telle sortie contre François Bayrou. En effet, elle dirige le seul mouvement se réclamant ouvertement de cette famille de pensée. Son intitulé, la référence à Robert Schuman, la défense des racines chrétiennes de l’Europe et de la France, la portée sociale de son programme, tout fait du Parti Chrétien-Démocrate le seul mouvement 100% Démocrate chrétien de l’échiquier politique français. 

La Démocratie-chrétienne connaît-elle une nouvelle jeunesse avec le PCD ? Il semblerait que la « politique de la terre brûlée » de Bayrou n’ait peut-être pas tout détruit…

6 mois d’aventures en Amérique du Sud.

Continent d’espoir. C’est ainsi que Jean-Paul II avait désigné l’Amérique du Sud lors de son premier voyage en Amérique latine, en 1980. 

François-Xavier Mathieu et Charles-François Bréjon de Lavergnée ont choisi ce nom pour leur projet de reportage dans six pays d’Amérique du Sud. 

Six Etats, six mois (peut-être un peu plus) pour pratiquer le « journalisme d’immersion ». Insérés dans les communautés locales, ils partageront la vie et les activités des humanitaires français et des religieux actifs sur le terrain. 

Les deux hommes sont de jeunes journalistes : François-Xavier Mathieu, 26 ans, a diverses expériences en presse quotidienne régionale. Charles-François Bréjon de Lavergnée, 25 ans, est issu de Radio Vatican.

 Qu’attendent-ils sur place ? François-Xavier Mathieu répond : « Je ne sais pas, nous allons vers l’inconnu. » Cela me rappelle les paroles d’un autre aventurier : le Lieutenant Victor Point, héros de la « Croisière jaune » d’André Citroën. Lorsque le chef de l’expédition lui avait demandé ce qu’il attendait, Point avait répondu : « Je ne sais pas, mais ce que je recherche c’est le voyage vers l’inconnu. Une aventure n’aurait aucun sens si nous savions par avance ce que nous allions trouver ». Cette réponse avait convaincu le responsable du voyage de le recruter. Continent d’espoir sera sans doute moins mouvementé que la Croisière jaune. Mais ce sera tout même un voyage dans des conditions difficiles. 

Lors de cette belle aventure, les deux journalistes traverseront : la Colombie, le Pérou, le Chili, l’Argentine, l’Uruguay et le Brésil. Hébergés par des communautés religieuses catholiques, en lien avec des coopérants chrétiens, ils vivront le quotidien des gens du pays. De deux semaines à plus d’un mois, leurs séjours dans les différentes étapes sera suffisamment long pour partager la vie des communautés les accueillants. 

Au gré des jours, ils publieront et diffuseront une série de reportages. Ils apparaîtront sur leur blog : http://continents.despoir.blog.pelerin.info mais aussi a travers des journaux et des organisations partenaires du voyage : Le Pèlerin, Le Jour du Seigneur, Aide à Eglise en Détresse, Radio Vatican, et le mensuel gratuit L’1visible. 

Ils ont quitté Paris le 6 octobre. Première étape : Bogota, où ils seront accueillis par un prêtre à Anolaima (banlieue de Bogota). Cette étape qui n’est pas sans risque (la Colombie est un des pays les plus dangereux au monde), durera deux semaines. 

Je leur souhaite bon voyage et à bientôt sur leur blog !

Borloo confus de la confusion

Borloo jette l’éponge ! C’est fini, il ne se présentera pas aux présidentielles. Il vient de l’annoncer au journal de Claire Chazal. Il le justifie ainsi : « Les conditions ne sont pas réunies pour fédérer les centres, et je ne veux pas ajouter de la confusion à la confusion ».


Il reconnait l’échec du rassemblement du centre. Confusion, le mot est bon pour qualifier la situation du centre aujourd’hui. Le centre est éparpillé, les leaders centristes sont très bas dans les sondages. L’ARES n’a pas créée de dynamique, le grand mouvement n’est pas au rendez-vous. Trop de divisions, trop de conflits, pas assez de cohésion, rien n’est ajusté.


Pourquoi ?


On ne peut comprendre la crise du centrisme que si on remonte un petit peu dans le temps. En 2007, François Bayrou a obtenu 18,57% des voix. Un score impressionnant gagné après des années de travail. Sa première présidentielle lui avait value 6,84%, et une subite notoriété due à une gifle providentielle…


Bayrou a réalisé ce travail de longue haleine (huit ans d’action après sa refondation de l’ancienne UDF en 1999) grâce à un positionnement original. Il s’est systématiquement démarqué du RPR, puis de l’UMP. Une démarcation forte, souvent houleuse. Il refusait tout compromis avec les gouvernements de droite. Parallèlement, il bénéficiait d’une structure partisane importante : jusqu’à trente députés, un important groupe de sénateurs (l’Union Centriste) et une dizaine de députés Européens. Sans compter un maillage important de collectivités territoriales et un réseau de militants motivés. « L’UDF de Bayrou » avait une organisation, un leader incontesté et connu, ainsi qu’un discours clair : sur l’Europe, la décentralisation, la dette (déjà et avant tout le monde…)… Ce « Centre », malgré ses faiblesses évidentes (c’était un petit parti), existait et il avait une cohérence.


L’UDF Bayrouiste a atteint son apogée en 2007, au soir du Premier tour des présidentielles. 18,57%, mais le désert est venu tout de suite après.


Faire le choix d’une opposition frontale et totale à l’UMP de Nicolas Sarkozy n’est pas sans risque. C’est même du « quitte ou double » : ou on gagne l’élection, ou on perd (même avec un résultat très élevé) et là, le naufrage est total. Les députés Bayrouistes ont été confrontés à un terrible cas de conscience lors de législatives qui ont suivi. Ou ils lâchaient Bayrou pour rejoindre la majorité présidentielle, ou ils persistaient et ils avaient un candidat UMP en face d’eux…Dilemme ! Les députés risquaient gros !


La grande majorité d’entre eux n’ont pas pris ce risque. « Ils sont allé à la soupe » a déclaré ensuite le leader déchu avec beaucoup d’amertume.


L’UDF a disparu ce jour là. Bayrou a fondé son « Mouvement Démocrate », le Modem. Les députés pro-Sarkozy, ont construit un parti autour du groupe UDF à l’Assemblée nationale et de son président Hervé Morin : le Nouveau Centre. Une organisation politique conçue en quatrième vitesse et qui, très vite, a eu comme crédo de « rassembler les centres ». Il y en avait besoin, car les anciens de l’UDF n’étaient pas tous chez Morin. Un grand nombre sont allés au Parti Radical, d’autres on fait cavalier seul et de nouvelles formations ont été créées par la suite : l’Alliance centriste de Jean Arthuis, en grande partie constituée des sénateurs centristes ; Avenir démocrate de Jean-Marie Cavada avec quelques députés européens.


Le centre était donc éclaté. Le Modem était un leader sans parti. Le Nouveau Centre et les autres formations étaient des partis sans leader.


Et les idées ? Bayrou en a. Les autres, on ne les connait pas, on n’en parle jamais et elles n’apparaissent même pas dans l’intitulé de leurs partis.


Vous savez ce qu’il pense Hervé Morin ? Personne ne le sait. C’est quoi le Nouveau Centre ? Des libéraux ? Des Démocrates chrétiens ? Des laïcs ? des Sociaux-démocrates ? Nous n’en savons rien.


Mais une seule chose est claire : c’est le « Centre-droit ». Ils ne regardent pas vers la gauche, seulement vers Sarkozy. Réalisme ? Sans doute, car la position de Bayrou est, hélas, intenable. Mais c’est la seule qui permet à un centre d’exister lors d’une présidentielle.


En regardant vers la droite, les « sarko-centristes » on fait le choix (ou subit ?) de disparaître. Ils sont devenus comme le Parti Radical de Gauche : un réseau d’élus réunis dans le satellite d’un parti de gouvernement.


Le centre va mal car il ne sait pas où il en est :



  • Satellite de l’UMP ? Donc cela implique une absence de candidats au présidentielles, ou bien un candidat de « premier tour » qui se contente de « témoigner » de sa famille de pensée.

  • Rival de l’UMP ? Cela revient à faire un Modem sans Bayrou…Mais il y a déjà Bayrou ! Malgré sa déshérence actuelle, le célèbre Pyrénéen est le seul centriste anti-sarko réellement crédible ! Comment peut-on être du Nouveau Centre ou du Parti Radical et chercher ensuite à reproduire les expériences du Modem…absurde ! Les électeurs n’y comprendraient rien !

Jean-Louis Borloo a justement commis cette dernière erreur. Membre de l’UMP et de sa composante, le Parti Radical, depuis 2002, il est l’homme du système. Il ne s’est jamais opposé à son parti. Il a été membre de différents gouvernements de Nicolas Sarkozy.


Or le voila qui part en guerre contre le Président de la République ! Et son projet de candidature visait le deuxième tour !


Borloo se prend pour Bayrou ! Absurde !


Comment peut-on rassembler des formations centristes anti-Bayrou en se prenant pour le béarnais ?


L’incohérence n’a jamais rassemblé. Comme il  le dit lui-même cela ne fait qu’ajouter de la confusion à la confusion…


Il en est confus et il renonce. C’est bien sa seule décision cohérente.