1984

Manifestation 24 juin 19841984 est un millésime souvent cité ces derniers temps. Une année symbole évoquée pour deux raisons différentes : la grande manifestation du 24 juin 1984 pour l’enseignement libre, 2 millions de personnes dans la rue qui ont fait reculer le gouvernement de Pierre Mauroy ; mais aussi le célèbre roman de George Orwell : 1984, qui est l’une des plus terrifiantes et prophétiques contre-utopie de l’histoire de la littérature.

1984 : la manifestation pour l’école libre. 

L’actualité autour du mariage pour tous nous conduit naturellement en 1984. Nous sommes bel et bien de retour en 1984 car la Manif pour tous du 13 janvier a réédité l’exploit des manifestants de l’école privée. L’exercice a même été dépassé, en qualité et non en nombre, car cette manifestation a été moderne et efficace : elle a su parler à notre temps, notamment grâce à la personnalité originale et unique de Frigide Barjot et à toute une équipe variée, diverse et inattendue. Nous sommes loin de l’image catho, conservatrice, droitière et « hétérosexuée » qui a été donnée.

manif.barbarin_chana

Et non ce n’était pas une manif de cathos. Des gens d’autres confessions étaient là, ensemble, et l’organisation de la manif était purement laïque. J’ai personnellement été touché de voir le cardinal Barbarin marcher côte à côte avec le responsable du Conseil régional du culte musulman de Rhône-Alpes, Monsieur Benaïssa Chana.

Et non ce n’était pas une manifestation avec uniquement des personnalités pro-life : Simone Veil était présente avec son mari.

Et non ce n’était pas une manif de droite : des gens de gauche étaient présents comme Georgina Dufoix ou encore des organisations comme les Poissons roses ou la Table des chrétiens de gauche. La question du mariage dépasse le clivage droite/gauche.

Et non ce n’était pas une manif d’hétéros, il y avait aussi des personnes homosexuelles, Xavier Bongibault, Philippe Ariño, Jean-Marc Veyron-la-Croix et aussi beaucoup d’autres.

Plus de 800 000 personnes étaient là, certains parlent d’1 300 000, la police, elle, dit 340 000… Les photos parlent d’elle-même : nous sommes proches du million tant le Champ de Mars était rempli pendant que les cortèges continuaient d’arriver.

Une manifestation historique, à la composition très large, qui révèle l’engagement d’une grande partie des Français contre ce projet. On ne déplace pas des gens des quatre coins du pays pour marcher une après-midi entière, en plein hiver, aussi facilement… La détermination était là, l’opposition au projet de loi est ferme et elle rassemble une bonne part de l’opinion publique.

Un tel tsunami devrait faire réfléchir le gouvernement, l’inciter à ouvrir des états-généraux de l’enfant, envisager un référendum ou même abandonner le texte. En 1984, devant la manif géante de l’école privée, François Mitterrand avait eu l’habileté de retirer son projet de loi. Mitterrand avait compris qu’il n’était dans l’intérêt de personne de relancer la guerre scolaire et ainsi diviser la France. Les grands chefs d’état sont ceux qui unifient leur pays, pas ceux qui les divisent. Mitterrand avait ses défauts mais il ne manquait pas de sens politique.

François Hollande, en héritier de François Mitterrand, devrait comprendre cela et pourtant… il semble persister, persévérer coûte que coûte pour que le mariage pour tous soit voté. Son gouvernement ne semble pas avoir fléchit d’un pouce. Le Président se contente de considérer la manif comme « consistante » avant de préciser qu’« elle ne modifie pas la volonté du gouvernement d’avoir un débat au Parlement pour permettre le vote de la loi. » Donc la loi sera votée, il y aura un débat Parlementaire avant mais… il sera pour permettre le vote de la loi. Il ne semble y avoir aucune incertitude de sa part sur la volonté du législateur. Quid de la séparation des pouvoirs ? Aux oubliettes, apparemment : le vote est acté, le débat est formaté.

Le reste du gouvernement ne dit pas autre chose, Christiane Taubira, Najat Vallaud-Belkacem, maintiennent mordicus que le projet de loi sera voté. Ce qui est, selon elles, logique : il est un progrès et il consacre l’égalité.

1984 : le Novlangue 

Progrès, égalité… les opposants ne sont donc que des passéistes et des chantres de l’inégalité pour ne pas dire des homophobes. Et nous arrivons là à 1984 tel qu’imaginé par George Orwell. Ce roman nous décrit dans tous ses détails le fonctionnement d’un régime totalitaire effrayant. Il a tout des régimes soviétiques, chinois ou nord-coréens mais certains de ses aspects peuvent se retrouver dans notre régime démocratique. En particulier ce qu’Orwell a appelé le Novlangue, en anglais le Newspeak.

Le débat sur le mariage pour tous est quasiment inexistant au niveau institutionnel. Le gouvernement se targue d’en faire un au Parlement… Encore faudrait-il que les députés socialistes aient la liberté de vote et que les auditions de la commission des lois soient équitables. Mais cette absence de débat est en fait justifiée par la logique des défenseurs du mariage pour tous : qui est contre le mariage pour tous est contre l’égalité… et donc c’est un homophobe. Donc, il n’est même plus la peine de s’exprimer puisque les propos contre sont automatiquement discrédités. Lisez 1984 et vous verrez un phénomène assez proche avec le Novlangue. Dans le livre toute pensée contraire au régime est éliminée de la langue anglaise au profit d’autres termes acceptés par le régime. Ces nouveaux termes ne font que dénaturer le sens des mots et ainsi rendre impossible l’émission d’idées subversives. Bien sûr, la langue française n’en est pas encore à ce niveau et la grammaire n’est pas encore contaminée, mais le règne du « politiquement correct » rend le débat sur le mariage pour tous particulièrement difficile : tout propos politiquement incorrect est banni et celui qui ose l’employer est stigmatisé.

Le Novlangue installe petit à petit son nouveau vocabulaire quand il n’élimine pas tout un discours en le remplaçant par un seul mot : homophobie.

Regardez la réponse de Christiane Taubira à Bernard Perrut à l’Assemblée. A une question précise, technique, sur les propos de Pierre Bergé sur la gestation pour autrui (GPA), elle répond vertement avec des propos 100% Novlangue : égalité, amour, que des bons sentiments ! En un mot : elle cloue le bec à un horrible homophobe. Peu importe si elle n’a pas d’arguments rationnels et si son propos ne touche pas le sujet de la question : la GPA.

Les autres exemples sont légions.

Peut-on encore dire son opposition au mariage pour tous et à l’adoption sans être qualifié d’homophobe ? Difficile, et il faut faire très attention aux mots que l’on emploi car… la police de la pensée veille. George Orwell était encore une fois visionnaire en inventant cette funeste police. Elle existe, mais pas sous la forme d’un organe d’État : nous en sommes presque tous des agents et certains militants se comportent comme s’ils en étaient des commissaires. Sur les réseaux sociaux les attaquent fusent. Bon nombre de twittos contre le projet de loi se font traiter d’homophobes ou se font insulter violemment… en toute impunité car ils sont censé être les gentils pour l’égalité contre les méchants homophobes. On peut les insulter librement, l’outrance est permise comme Caroline Fourest qui affirme que 98% des « tordus et délinquants » sont des enfants de couples hétérosexuels… en revanche Xavier Bongibault n’a pas le droit d’atteindre le point Godwin avec des propos certes maladroits mais qui n’ont rien de choquant.

La police de la pensée va aussi bien au-delà des réseaux sociaux. Le Mouvement des jeunes socialistes (MJS) est allé jusqu’à diffuser sur son site internet une carte de France des élus homophobes pouvant être alimentée en ligne.  N’importe qui peut dénoncer un élu pour propos homophobes sur simple indication de la source du discours incriminé. Ainsi nous trouvons pêle-mêle d’authentiques propos homophobes et des discours qui ne sont que des expressions d’opinions contradictoires… Le MJS semble préférer la délation à la liberté d’expression. Le journal gay Yagg pratique aussi la chasse aux discours qui ne lui conviennent pas. Sous la forme d’un concours du discours homophobe de l’année, il a catalogué des propos absolument neutres du genre « le mariage c’est un homme et une femme » comme étant discriminant… Et toujours avec participation du public via un sondage en ligne. La police de la pensée est bien réelle.

Le Novlangue ne se limite pas à l’accusation d’homophobie, de nouveaux mots sont inventés : la parentalité a remplacé la paternité et la maternité, les nounous prénatales remplacent les mères porteuses, les questions sociales sont maintenant les questions sociétales, les parents 1 et parents 2 ont bien failli éliminer les pères et les mères… Le sens du mot mariage, qui signifie la rencontre entre deux sexes différents, est dénaturé. Le cardinal Barbarin le souligne bien : « Le mariage, c’est un mot qui a un sens. Le parlement fait des choix pour la politique étrangère, pour l’éducation nationale, pour les transports, pour les relations internationales, mais il ne va pas changer le sens des mots ! ». Le mariage a un sens bien précis, il implique l’altérité et la filiation comme le dit Geneviève Medevielle.

Les défenseurs des idéologies reposant sur certains courants nés des gender-studies vont encore plus loin. Dans certains pays, des organisations envisagent clairement la déconstruction des différences sexuelles à travers l’éducation, par le vocabulaire et même la grammaire. Ainsi, en Suède, l’école Egalia n’utilise plus de pronoms masculins ou féminins pour parler des enfants… mais uniquement des pronoms neutres. Bel exemple de l’utilisation d’une langue modifiée pour installer une idéologie.

Mais alors, que faire contre ce Novlangue qui élimine tout débat et qui, si on ne l’arrête pas, risque bien d’installer une nouvelle idéologie dans notre société ?

Il est difficile de répondre à cette question… Mais je crois que la réponse est dans notre liberté et nous ne pouvons être libres que par l’usage de notre raison, de notre intelligence. En réfléchissant, en étudiant, en nous informant et en n’ayant pas peur d’utiliser les mots dans leur sens véritable, nous ferons déjà un acte de résistance au Novlangue.

george_orwell_1984

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13 réflexions au sujet de « 1984 »

  1. Merci pour votre article. C’était très interessant et très juste !
    Il faut donc informer comme vous le faites car ce sont les idées véhiculés qui s’impriment dans les consciences : un mensonge doit être révélé à la lumière par une vérité.
    Je rends grâce à Dieu d’être croyant et chrétien mais en même temps cela me donne aussi une reponsabilité de ce que je suis et ce que j’ai reçu. Je pense en particulier au « pouvoir » de ma pauvre prière et aussi de cette conviction ou révélation de la vie éternelle et du combat spirituel que cela implique pour le salut de mon âme et celle d’autrui et en particulier de ceux dont la conscience n ‘est pas éclairé et qui ni des vérités ne serait ce que biologiques !
    A +

  2. J’aimerais bien que votre proposition « utiliser les mots dans leur sens véritable » soit possible, mais je me retrouve sans cesse dans des contorsions sémantiques pour échapper à des accusations d’homophobie (un néologisme idiot, au passage).
    Tout ça donne un discours tiède et édulcoré parfois à des kilomètres de ce que je souhaite vraiment dire. Et pourtant, je ne suis même pas homophobe… qu’est-ce que ça serait !

  3. Ping : 1984 | MariageGay | Scoop.it

  4. Je vous rejoins absolument sur l’usage de la novlangue… Je m’étais fait le même genre de réflexions sur mon blog hier (en moins développé). Je suis bien content que vous alliez dans ce sens !!

  5. Ping : 1984 Très pertinent, je vous le conseille « Glanures

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