Sur le concept de « Président normal »

François Hollande est Président de la République depuis un mois. Le nouveau gouvernement s’installe et le nouveau chef de l’Etat nous a dévoilé le style de cette présidence : la « normalité ».

Le concept de « Président normal » est donc le leitmotiv de François Hollande. Annoncée lors de la campagne, martelée durant le débat en de pénibles anaphores, cette présidence normale pose question. Est-elle possible ? Est-elle conforme à l’essence de la fonction présidentielle ? Pourquoi un tel choix ? 

Pour comprendre ce concept, commençons par regarder les différents messages que François Hollande nous a envoyés.

Le nouveau Président entend traduire cette normalité par une série d’actes concrets :

-Des déplacements en train.

-Un cortège présidentiel qui respecte le code de la route.

-Le maintien de son logement dans son appartement du XVeme arrondissement.

-Valérie Trierweiler qui conserve son travail.

-Une simplicité dans sa garde-robe.

-Une photo officielle très simple.

-Une baisse de sa rémunération.

-L’absence de sa famille lors de la passation de pouvoir.

La liste n’est pas exhaustive.

François Hollande a fait le choix de cette apparente « normalité » pour plusieurs raisons.

La première est une volonté de se démarquer totalement de Nicolas Sarkozy. Le « Président normal » est avant tout l’antithèse du « Président bling-bling ». La gauche a fait du bling-bling l’un de ses arguments antisarko. On se rappelle les sorties contre la soirée du Fouquet’s, le Yacht de Bolloré etc… Hollande ne pouvait pas faire autrement.

La deuxième est une tactique de communication. Jacques Séguéla dit souvent qu’un homme politique doit apparaître tel qu’il est, qu’il ne doit pas surjouer. « Restez tel que vous êtes » dit-il souvent, et cela même dans certains traits qui peuvent apparaître comme des défauts. En 2002, il a soufflé à Lionel Jospin d’assumer, et d’exploiter, son image de travailleur austère. En 1981, il a conseillé à François Mitterrand d’utiliser son style calme, tranquille, mais aussi fort et redoutable. « La Force tranquille » a été un succès. Je ne crois pas que Séguéla ait coaché Hollande, mais cette tactique efficace a été utilisée. François Hollande a un genre débonnaire, un style « pas très bling-bling », et une apparence « pas très mondaine »…Bien qu’il soit issu d’une classe sociale très aisée et parisienne. Il a donc assumé cette image jusqu’à retailler le costume présidentiel à sa mesure : celle du Président « normal ».

Ces deux raisons sont donc purement politiciennes : antisarkozysme et cohérence avec l’allure de François Hollande. La troisième raison semble plus idéologique : la désacralisation de la fonction présidentielle.

Le Président fait tout pour enlever au travail présidentiel ce qui peut subsister de monarchique. La passation de pouvoir a eu lieu sans la présence de ses enfants.La famille Hollande est totalement coupée de la présidence, on la voit peu, seule Valérie Trierweiler apparaît…Mais ils ne sont pas mariés, et elle conserve son emploi…La « première compagne » n’aurait donc pas d’activité à temps plein aux côté de son concubin, comme ce fût le cas des précédentes premières dames. A cela s’ajoute leur volonté de résider dans l’appartement de la rue Cauchy. Président de la République est donc, pour François Hollande, un emploi comme un autre. L’Elysée n’est plus le Palais du Président mais un immeuble de bureau, dans lequel le chef de l’Etat travaille… Un Français normal, qui habite chez lui et se rend au boulot le matin.

La photo officielle illustre aussi cette désacralisation. Il est photographié en marchant, sans lumière artificielle. L’image est simple, tellement ordinaire que le public l’a spontanément comparée à un cliché de Polaroïd ou a une photo « Instagram »… Rien de solennel comme les anciennes photos de Président posant en « habit » avec le collier de la Légion d’Honneur et ses décorations. Nous sommes aussi loin d’un Giscard d’Estaing posant devant le drapeau, d’un très sobre mais très grave Mitterrand devant la bibliothèque, d’un sympathique mais imposant Chirac devant la façade du Palais, ou encore d’un très sérieux Sarkozy, au garde à vous devant la traditionnelle bibliothèque et face aux drapeaux Français et Européens… Non, François Hollande ne pose pas. Il marche à l’ombre d’un arbre, les bras ballants, le costume trop étroit… L’image est presque trop naturelle, saisit sur le vif par un Raymond Depardon qui est le cinéaste de la France réelle, des documentaires d’un quotidien sans artifice, des Français « normaux », ordinaires, « moyens ».

Le très républicain Hollande cherche à effacer cette couronne invisible que les Présidents ont sur leur tête. Bien sur, la désacralisation de la fonction a commencé avant lui. Nicolas Sarkozy avait cumulé la fonction présidentielle et celle du Premier-Ministre. L’hyperprésident avait aboli la distance nécessaire que le chef de l’Etat prend avec les affaires du pays… Le Président préside mais ne gouverne pas. Or Sarkozy tenait à gouverner. Cela lui a été maintes fois reproché, de même que certaines attitudes, très « français normal », comme répondre à une insulte ou taper des SMS…

Mais le problème que pose cette « normalisation » de la fonction présidentielle, est qu’elle repose sur quelque chose de factice.

Le chef de l’Etat a une gigantesque responsabilité, une image à donner sur la scène internationale, un agenda à s’arracher les cheveux, des déplacements fréquents, longs, rapides, pour lesquels on ne peut tolérer que peu de retard, une exposition telle qu’il peut être la cible de nombreux ennemis… De telles contraintes, une telle charge, font qu’il n’est pas un homme « normal », comme les autres.

Si on gratte un peu, nous voyons des incohérences entre cette apparente normalité et la réalité :

-L’avion privé du soir du 6 mai… qui est apparu en décalage avec la très simple Scénic et la très populaire soirée de Tulle.

-Les problèmes de sécurité posés par le maintien du couple présidentiel dans l’appartement du XVème : vidéosurveillance et vitres pare-balles ont été envisagées et la rue est bloquée à chaque passage du Président.

-Le voyage en Thalys pour le sommet Européen informel : cette apparente normalité s’est soldée par des mesures de sécurité gigantesques. Contrôles de tous les ponts et tunnels, de l’espace aérien au dessus du train etc… Un voyage en avion aurait coûté moins cher…

-L’utilisation de l’avion surnommé « Air Sarko One » pour se rendre aux Etats-Unis. La gauche a reproché à Nicolas Sarkozy l’achat de cet appareil d’occasion…et voilà qu’elle l’utilise ! Un Français normal aurait plutôt pris un vol régulier d’Air France. Mais est-ce possible pour un Président ?

-Les excès de vitesse de la voiture présidentielle en route vers les plages du Débarquement…ce qui n’est guère exemplaire.

Bref : toute cette normalité sonne faux, coûte très cher et n’apporte rien…si ce n’est décrédibiliser un peu plus la fonction présidentielle.

Il serait intéressant qu’une réflexion ait lieu sur la fonction présidentielle. Il y a quelques semaines, je me demandais « L’élection du Président au suffrage universel direct a-t-elle un sens ? ». Cette question se pose toujours et elle n’est pas sans lien avec celle sur le sens de cette fonction… Et vous qu’en pensez-vous ?

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8 réflexions au sujet de « Sur le concept de « Président normal » »

    • Il y aura toujours des travers car la perfection n’est pas de ce monde. Mais, une élection au suffrage universel indirect (comme en 1958) réduirait la puissance du Président. Le centre du pouvoir ne serait plus à l’Elysée mais au palais Bourbon, le pouvoir serait donc rééquilibré.

  1. Bonsoir,

    pas vraiment d’accord avec vous. Que vous pointiez du doigt les quelques incohérences entrevues depuis un mois, soit, c’est de bonne guerre.

    Mais votre « Bref : toute cette normalité sonne faux, coûte très cher et n’apporte rien…si ce n’est décrédibiliser un peu plus la fonction présidentielle. » me semble pour le moins mal à propos.

    La normalité coûte-t-elle si chère que cela ? Plus que la surenchère excessive de N. Sarkozy, pour qui le moindre déplacement mobilisait des centaines de policiers ou gendarmes, qui usait de l’hélicoptère pour éviter les bouchons et qui a abusé des sondages pendant 5 ans ?

    Quant à la décrédibilisation de la fonction présidentielle, il faudra peut-être patienter un peu avant de l’affirmer. Et, permettez-moi, je trouve cela cocasse de dire cela après un mois seulement quand on sort d’un quinquennat où je trouve que la dite fonction a été particulièrement malmenée…

    Je vous rejoins néanmoins sur un point : je regrette que le président n’habite pas le palais de l’Elysée. Mais N. Sarkozy avait ouvert la voix…

    Amicalement. Jibitou.

  2. La Nouvelle Action Royaliste est un mouvement politique qui prône une monarchie parlementaire pour la France, où le Roi serait à la fois un garant, un arbitre, un représentant et un fédérateur de la Nation avec un premier ministre responsable devant le Parlement élu.

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