Gaz de schiste, OGM et embryons

Conservés dans l'azote liquideLe Parlement a autorisé l’expérimentation sur les embryons humains. Le projet de loi a été voté le mardi 16 juillet. Le gouvernement n’a pas appliqué la loi de 2011 qui impose la tenue d’un grand débat public, des états-généraux, lors de toute modification de la loi sur la bioéthique. Il n’a pas non plus sollicité l’avis du Conseil d’état, ni réalisé une étude d’impact. A l’aide d’un artifice juridique, le gouvernement a, encore une fois, fait fi d’un grand débat public et il s’est arrangé pour que le vote ait lieu en plein été. Ainsi, une loi très importante a été votée en catimini.

La même semaine, l’INRA renonçait à l’expérimentation des OGM en plein champs, faute d’autorisation gouvernementale. Également, François Hollande nous assurait qu’il n’y aurait pas de recherche scientifique en vue de l’exploitation de gaz de schiste en France.

Une telle situation nous interroge car il y a une incohérence : pour les OGM et le gaz de schiste, on renonce à la recherche pour des raisons écologiques, mais pour la recherche sur les embryons, on laisse de côté les questions bioéthiques (qui sont aussi écologiques) pour donner une carte blanche à l’industrie pharmaceutique.

On ne fait pas d’expérience sur n’importe quoi, n’importe comment, sur n’importe qui dans n’importe quel but. L’éthique est indispensable, surtout quand la recherche scientifique et le progrès technique peuvent avoir de graves conséquences sur la santé et la vie humaine.

Pour certains, l’expérimentation sur les embryons est un scandale, car l’embryon est une personne humaine dès le commencement de sa vie. Plus qu’un être en devenir, c’est un être à part entière dès son point de départ.

Ils ont raison. Mais il n’est pas forcément évident d’être affirmatif sur ce point et donc nous pouvons au moins appliquer le principe de précaution : quand il y a un doute, quand on pense que le risque peut exister, mais que la science ne permet pas encore de l’appréhender pleinement, alors mieux vaut s’abstenir et ne pas prendre un tel risque.

C’est ce principe qui est appliqué par rapport à des techniques nouvelles, pour lesquelles nous n’avons pas encore suffisamment de recul, mais dont certains indices laissent penser qu’il pourrait y avoir des risques majeurs. Dans ce cas on redouble de prudence.

En effet, quand est-ce que la vie commence ? L’embryon deviendra un homme, mais à partir de quand peut-il être considéré comme une personne ? Il semble logique de dire que c’est dès la conception, car c’est à ce moment que le processus se déclenche. Certes il est minuscule, il commence avec une cellule, mais n’est-ce pas plus prudent, plus conforme au principe de précaution, de protéger légalement la personne humaine dès sa conception au lieu de fixer des délais qui seront forcément arbitraires ?

Au moins, en le protégeant dès la conception et en le considérant comme une personne, on ne court aucun risque.

Le principe de précaution, pourtant souvent décrié, est un principe d’une grande sagesse car ce n’est ni plus, ni moins, qu’une traduction en des termes modernes de la vertu cardinale de prudence.

Le gouvernement se contredit fortement car c’est justement ce principe de précaution, qu’il refuse d’appliquer pour les embryons, qu’il applique pour le gaz de schiste et les OGM.

Incohérence suprême car les situations sont comparables : les OGM en plein champs font courir le risque d’une diffusion incontrôlée de germes génétiquement modifiés. Nous n’avons pas suffisamment de recul pour appréhender les risques qu’ils peuvent faire courir à l’environnement et donc à l’Homme. Il y a donc peu de certitudes, mais on préfère éviter certains risques inutiles qui pourraient avoir des conséquences dramatiques : il ne s’agirait pas d’avoir un nouveau scandale écologique et sanitaire comme le XXeme siècle en a connu. Et cela pour ne parler que des OGM en plein champs : la question des OGM est très vaste et recoupe de nombreuses autres questions où, là encore, la prudence doit être redoublée.

Même raisonnement pour le gaz de schiste : l’exploitation des gisements nécessite l’emploi de produits toxiques, et la fracturation hydraulique peut générer des microfissures laissant passer le gaz, et autres substances, dans les nappes phréatiques. Un récent rapport de l’académie des sciences américaine a ainsi révélé la pollution de nappes autour de puits de gaz de schiste… Malgré les discours rassurant de certains industriels, le risque est bien réel, et donc la prudence s’impose de même que les solutions alternatives existent : la transition énergétique est un grand débat et des énergies plus propres que le gaz de schiste font l’objet de recherches.

Mais, alors que ces deux décisions prudentes sont prises, que voyons-nous ? L’autorisation de l’expérimentation sur les embryons !

Le gouvernement ne laisse même pas une place au doute, il ne se permet même pas d’envisager la possibilité que cet être en devenir puisse être, en vérité, une personne… non, l’embryon « surnuméraire », peut devenir un vulgaire matériau de laboratoire. Car il y a des surnuméraires qui n’ont pas le droit de naître et des « numéraires » qui ont droit à la vie… au nom de quoi ? Du « projet parental » qui, selon le gouvernement, décide si un embryon est, ou n’est pas, une personne.

Ainsi, selon le gouvernement l’existence d’une personne humaine dépend entièrement du bon vouloir de ses parents. L’arbitraire d’un désir d’enfant devient ainsi le principe d’une vie entière. L’Homme n’est plus qu’un projet conçu par d’autres Hommes, un objet conçu et désiré par et pour ses parents  et non plus un être indépendant et intrinsèquement digne.

Le « projet parental » est une notion absurde, car ce n’est pas le fait d’être désiré qui fait qu’un embryon est vivant… Mais il est d’autant absurde, que les embryons surnuméraires ont tous été conçu dans le cadre d’un projet parental initial. Tous ont été fécondés dans le but d’être implantés, opération délicate où le surnombre est là pour pallier le taux d’échec. Ainsi, dès qu’un embryon implanté se développe normalement dans l’utérus de la mère, les autres n’ont plus leur utilité et ils sont retirés du projet parental initial… dans l’attente d’un éventuel nouveau projet qui ne viendra peut-être jamais. La procréation médicalement assistée produit ainsi des milliers d’embryons « surnuméraires » : des êtres humains congelés, maintenus hors du temps.

On peut se demander s’il ne serait pas mieux de changer les méthodes de PMA : ne pourrions-nous pas féconder un embryon à la fois, pour chaque tentative de fécondation ? En Allemagne la loi est très restrictive et elle ne permet pas la production d’embryons surnuméraires.

Subordonner la vie d’un embryon a un principe aussi arbitraire que le « projet parental » est d’une imprudence inconsidérée. Cela donne à la volonté humaine un pouvoir sur la vie et laisse la porte ouverte aux pires dérives. Je ne demande pas au gouvernement de croire mordicus que l’embryon est une personne dès sa conception. Mais, au moins, qu’il considère qu’il ne sait pas quand, exactement, la vie commence et donc, dans le doute et par prudence, qu’il protège cet embryon dès le début de sa vie.

Ce qui serait un bel acte d’écologie humaine au même titre que ses deux autres positions sur les OGM et le gaz de schiste.

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6 réflexions au sujet de « Gaz de schiste, OGM et embryons »

  1. Un bémol tout de même: les positions gouvernementales (pour une fois sages) sur les OGM et le gaz de schiste ne relèvent du « principe » (sic) de précaution que par poncif journalistique. En effet, les risques pointés du doigt par les écologistes se sont bel et bien concrétisés là où ces technologies ont été mises en oeuvre en dépit de leurs mises en garde, et les conséquences sont déjà là, non plus hypothétiques, mais bien réelles.
    Cela dit, le fait que les soi-disant Cassandre aient vu leur pronostic confirmé sur ces deux dossiers devrait précisément inciter les décideurs à les écouter un peu plus sur le troisième (et d’autres…), au lieu de se laisser bercer (ou berner) par les lénifiants apôtres d’un soi-disant « progrès ».

    • Merci ton commentaire et cette précision très pertinente. En effet, les risques et autres effets néfastes du gaz de schistes et des OGM sont nombreux, et prouvés, et je n’ai effleuré qu’une partie du problème (il faudrait plusieurs articles sur ces sujets).

      Je dois ajouter aussi que si le gouvernement est (pour le moment) contre le gaz de schiste et les OGM, c’est parce que l’opinion publique a, en partie, été sensibilisée la dessus. Ainsi le gouvernement n’agit que par peur de l’opinion et non par conviction (on sait que le gouvernement en a cure de l’écologie). Par contre, l’opinion publique n’étant pas majoritairement convaincu par la nécessité de protéger l’embryon, le gouvernement peut donc les livrer sans vergogne aux lobbies pharmaceutiques.

      • Je ne suis pas convaincu que l’information ait à voir là-dedans. Qui nous a informés des dangers des OGM et du gaz de schiste avant même qu’ils ne se concrétisent et a ainsi suscité le rejet des citoyens a priori, avant même que les faits ne leur donnent raison ? Des ONG, non pas des organismes de l’Etat. Et en face, point n’est besoin de rappeler la puissance inouïe des lobbys du genre Monsanto et consorts, ou des pétroliers. Les mêmes causes auraient pu produire les mêmes effets…
        J’ai peur que le public ne soit tout à fait informé des conséquences qu’aura cette loi sur l’embryon – malgré le travail de sape pour déconsidérer tout argumentaire émis par une instance chrétienne, même si d’autres tout à fait laïques tiennent le même discours. Il sait. Mais elles lui plaisent, ces conséquences. Il accepte, parce que contrairement à celles de l’emploi massif des OGM, il les juge bonnes pour son nombril. Les OGM menacent sa santé. Tripatouiller un embryon est censé détruire l’embryon, cad un Autre, donc, quelqu’un dont il se contre-tamponne, au profit de sa petite santé, ou de lui livrer un bébé-objet parfait. Donc, ça lui convient très bien !
        Et c’est ça le plus grave, j’en ai peur. Le citoyen moderne n’a plus d’autre point de mire que son intérêt matériel immédiat. Lorsqu’une démarche écologique est le meilleur moyen de servir celui-ci, il y adhère, et on le croit converti, mais ce n’est qu’une convergence d’intérêts temporaire et par hasard. Et si le même citoyen estime que sur un autre sujet, c’est une posture anti-écologique qui servira le mieux son Saint nombril, alors il l’adoptera sans avoir le moins du monde un sentiment d’incohérence. On pourrait tester cette hypothèse en faisant courir le bruit qu’en fait, il n’y aurait pas de gaz de schiste en France, sauf en Guyane : je parie que toute la métropole retournerait sa veste et estimerait que ça ne coûte rien de faire des essais.

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