Bien commun et tentation communautaire

La défense du mariage entre un homme et une femme, la protection de la vie, sont-elles des causes qui n’intéressent que les chrétiens ? Le droit à la vie est-il un dogme religieux, révélé, échappant à tout raisonnement et sa défense seulement dû à la foi de quelques croyants ? Le mariage monogame et hétérosexuel n’est-il qu’une institution religieuse, ne s’appuyant que sur des textes sacrés et des traditions cultuelles ?

La réponse est non. Défendre toute vie humaine, ainsi que la famille naturelle est au contraire l’acte le plus humain, le plus rationnel qui soit. Nous ne sommes pas dans le domaine de la théologie mais dans celui du bon sens…même si celui-ci n’est pas toujours suivi…

Deux personnalités ont évoqué ces questions aujourd’hui. Guillaume de Prémare, sur Urgence-com-catho, nous explique que « Le mariage n’est pas le bien propre des catholiques, c’est le bien commun de toute la Cité. »

Sur le droit à la vie, Patrice de Plunkett nous a donné un bel exemple de bon sens a travers un très beau texte de Marcel Pagnol, véritable icône de la République laïque. Dans cet extrait de l’eau des collines, Pagnol nous décrit Sparte, cité pratiquant allégrement l’infanticide au nom d’un eugénisme collectiviste et militariste. Le non-croyant Pagnol nous donne-là des arguments en faveur de l’accueil de la vie, pleins de bon sens et de justesse.

Voici le texte :

<< Un soir d’hiver, à la campagne, devant de flamboyantes bûches, je pensais tout à coup à Sparte, à ses lois, à ses mœurs, à son idéal… Lorsqu’un enfant naissait, une commission d’experts venait donc l’examiner, dans la chambre même de l’accouchée… Quant aux enfants « réformés » par ce « conseil de révision », les vieux sages les emportaient sous le bras, et allaient les jeter dans un gouffre voisin, qui s’appelait le Barathre. Finalement, cette race si belle, et si soigneusement épurée, que nous a-t-elle laissée ? Des noms de rois, auteurs de lois aussi sévères qu’un règlement pénitentiaire, des noms de généraux, dont les armées ne dépassèrent jamais les effectifs d’un régiment, des noms de batailles, dont la plus célèbre est le glorieux désastre des Thermopyles, et les murs effondrés d’une petite ville. Ces pierres éparses sous des ronces ne cachaient pas une Vénus, un Discobole, une Victoire ailée… Au centre d’un paysage quelconque, ces ruines anonymes ne sont pas dominées par un lumineux Parthénon, haut dans le ciel sur une Acropole, mais accroupies dans l’ombre au bord d’un trou. Ces hommes furent des Grecs de la grande époque, à deux pas d’Athènes, mère de l’intelligence et des arts. Pourquoi leur héritage est-il si misérable ? C’est parce qu’ils ont sacrifié leurs poètes, leurs philosophes, leurs peintres, leurs architectes, leurs sculpteurs ; c’est parce qu’ils ont peut-être précipité sur les rocs aigus, au fond du Barathre, un petit bossu qui était Esope, ou le bébé aveugle qui eût chanté à travers les siècles les Dieux et la gloire de leur patrie… Et parmi les trop pâles petites filles qui tournoyèrent un instant, frêles papillons blancs, à travers la nuit verticale du gouffre, il y avait peut-être les mères ou les aïeules de leur Phidias, de leur Sophocle, de leur Aristote ou de leur Platon ; car toute vie est un mystère, et nul ne sait qui porte le message ; ni les passants, ni le messager. >>

La cause de la vie et du mariage « traditionnel » peuvent être défendu aussi bien par les chrétiens que par des « laïcs » non-croyants. Dans les deux cas, il s’agit de la promotion du bien commun. Mais au-delà de cette question de bon sens, il est un écueil que les chrétiens feraient mieux d’éviter : le repli communautaire autour d’une cause. La conséquence est simple : cette cause commune, conforme au bien commun, prendrait le visage d’un intérêt catégoriel. Le droit à la vie ressemblerait un tabou au sens religieux du terme, ne touchant que les chrétiens. Même chose pour le mariage et la famille qui ne serait qu’une affaire de « cathos »… Guillaume de Prémare le décrit très bien : « Défendre (le mariage) derrière des bannières catholiques contribuerait à le vider de sa substance commune et ferait tomber les promoteurs du bien commun dans un piège dialectique redoutable : apparaîtrait comme promotion du bien commun – sous le vocable rhétorique d’égalité des droits – une revendication catégorielle ; et comme revendication communautaire la promotion de ce bien commun qu’est le mariage. Les leaders d’opinion catholiques ont une responsabilité : celle d’éloigner la perspective d’un combat communautaire pour se mettre au service de la Cité. »

Servir le bien commun en évitant l’écueil communautariste : C’est le défi des chrétiens pour ces prochaines années.

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2 réflexions au sujet de « Bien commun et tentation communautaire »

  1. Si nous n’avons pas la charité, si nous n’avons pas confiance en l’action de l’Esprit au point de stigmatiser au nom de nos traditions, je crois que nous avons perdu et quelque part trahi le message.

    « Voyez comme ils s’aiment !
    À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour entre vous. »
    – Jean 13. 35

    Donc plutôt que de nous « mobiliser » (ce n’est pas une guerre), de vitupérer, d’abaisser, de discrimer, de théoriser…commençons par montrer en quoi le mariage chrétien, catholique est une vocation profonde, un engagement spirituel de deux personnes partant de l’amour de Dieu…plutôt qu’un simple et froid contrat passé entre individus, devant un officier d’état civil qui le validera après avoir lu les trois articles réglementaires…

    « Celui qui aime Dieu aime aussi son frère. »
    – 1 Jean 4. 21

    Même celui qui fait un truc qui peut nous blesser, un truc qui nous fait peur, un truc qui ne nous parait ni normal, ni naturel. Hommes (et femmes) de peu de foi, ayez confiance en l’Esprit, ayez confiance en l’Eglise et ses sacrements ! Juger et manifester ne fera pas de vous de meilleurs chrétiens. La fréquentation régulière de l’Eucharistie, la prière quotidienne par l’oraison, la louange, le chapelet, l’utilisation du sacrement de réconciliation, par contre…

  2. Ping : Revue de presse : Fêtes, méditation, société, unité, blog Catho… « Lemessin

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