Bien commun et tentation communautaire

La défense du mariage entre un homme et une femme, la protection de la vie, sont-elles des causes qui n’intéressent que les chrétiens ? Le droit à la vie est-il un dogme religieux, révélé, échappant à tout raisonnement et sa défense seulement dû à la foi de quelques croyants ? Le mariage monogame et hétérosexuel n’est-il qu’une institution religieuse, ne s’appuyant que sur des textes sacrés et des traditions cultuelles ?

La réponse est non. Défendre toute vie humaine, ainsi que la famille naturelle est au contraire l’acte le plus humain, le plus rationnel qui soit. Nous ne sommes pas dans le domaine de la théologie mais dans celui du bon sens…même si celui-ci n’est pas toujours suivi…

Deux personnalités ont évoqué ces questions aujourd’hui. Guillaume de Prémare, sur Urgence-com-catho, nous explique que « Le mariage n’est pas le bien propre des catholiques, c’est le bien commun de toute la Cité. »

Sur le droit à la vie, Patrice de Plunkett nous a donné un bel exemple de bon sens a travers un très beau texte de Marcel Pagnol, véritable icône de la République laïque. Dans cet extrait de l’eau des collines, Pagnol nous décrit Sparte, cité pratiquant allégrement l’infanticide au nom d’un eugénisme collectiviste et militariste. Le non-croyant Pagnol nous donne-là des arguments en faveur de l’accueil de la vie, pleins de bon sens et de justesse.

Voici le texte : Lire la suite

Vous avez dit non-négociables ? (3)

Etre catholique et citoyen n’est pas une sinécure. Différentes personnalités, différents mouvements se réclamant de la foi chrétienne sont actifs sur le terrain politique et ils vivent différemment la campagne présidentielle et le cas de conscience qu’elle implique. Nous voyons apparaître différentes stratégies pour tenter de mettre en œuvre la doctrine sociale de l’Eglise sans bafouer les points non-négociables… Stratégies que l’on peut toujours discuter tant du point de vue de la cohérence que du point de vue de l’efficacité.  Lire la suite

Indigné et chrétien

Il y a déjà quelques temps, différents sites (dont le mien) ont diffusé le manifeste des chrétiens indignés. Le mouvement a pris de l’ampleur, de nombreuses personnes convaincues par l’appel à la sobriété du manifeste ont contacté les référents. 

Cette fois-ci, les chrétiens indignés ont publié un très beau site Internet. Très beau car bien conçu mais aussi agrémenté des très belles peintures contemporaines de Véronique Van Eetvelde. Lire la suite

Faut-il désespérer de la politique ? Patrice de Plunkett apporte quelques éléments de réponse.

Notre ami journaliste Patrice de Plunkett est intervenu vendredi 7 octobre aux Etats Généraux du Christianisme sur le thème d’actualité « Faut-il désespérer de la politique ? » 

Voici le texte intégral de sa conférence sur son blog : plunkett.hautetfort.com.

Question difficile tant la situation actuelle ne nous incite guère à l’espérance. Crise économique, remise en question de la protection sociale, mondialisation libérale, échecs des hommes politiques, l’heure n’est pas à l’optimisme. 

Plunkett ne tombe pas dans les deux écueils qui guettent l’observateur chrétien : il n’y a ni angélisme, illusion béate d’un lendemain qui chante, ni pessimisme, fantasme sinistre d’un naufrage de notre civilisation. Il est réaliste, il reconnaît les graves injustices de notre temps : l’impunité des banquiers responsables de la crise, l’absence de remise en question des politiques actuelles…et pourtant il est plein d’espérance car il croit en une possible action des chrétiens. Mais pas des chrétiens seuls, car il considère comme possible et souhaitable l’alliance des croyants et des non-croyants. Alliance forgée autour de la doctrine sociale de l’Eglise, qui, rappelle t’il, ne s’adresse pas qu’aux seuls catholiques. 

Rendre l’espérance aux citoyens…Vaste programme qui passe par une remise en cause complète du système économique. Celui-ci est dans une impasse et il ne peut plus en sortir. Cette crise est historique et marque la fin d’un monde. Il ne faut pas que les chrétiens  « loupent le coche », car prendre ce tournant est la seule manière de rendre du sens à la politique. 

Patrice de Plunkett n’a pas peur d’avoir un discours « radical » qui ferait d’un socialiste soutenant François Hollande un bon centriste… 

En cela il se démarque aussi d’une certaine culture catholique française…Et il l’assume ! 

En effet on peut se poser la question : Pourquoi une grande partie des catholiques français se reconnaissent dans la droite ? Pourquoi les catholiques pratiquants, les plus fidèles à Rome, sont ancrés sur l’hémisphère droit de l’échiquier politique au point de se demander : Peut-on être catholique et de gauche ? Ce à quoi ils répondent souvent : bien sur que non ! La gauche étant pour eux un « axe du mal »… 

Cela est amusant car le blogueur catholique Koztoujours se moque souvent de la gauche et de son côté moralisateur en la surnommant « le camp du bien ». C’est vrai que les socialistes ont tendance au manichéisme…Mais la droite catho aussi ! Eh oui cher ami, nous retrouvons la même structure mentale de chaque côté du Rubicon politique… 

Patrice de Plunkett se moque de cette dualité et je suis entièrement d’accord avec lui. Ce clivage est stupide ! Mais hélas il est réel et il conditionne bien des comportements. 

Il y a des catholiques à gauche, mais soit on les voit peu, soit ils prennent trop souvent des postures « libérales ». Ils se disent « loin des dogmes » (en assimilant la morale sexuelle à un dogme ce qu’elle n’est pas), sont souvent loin de l’Eglise sur les questions bioéthiques et aiment se distancier de Rome…C’est dommage et c’est aussi à cause de cela que le PS est majoritairement, voire totalement, rallié aux nouvelles mœurs…eh oui, si il y a eu quatre-vingt députés de droite pour protester contre le gender dans les manuels scolaires c’est à cause du poids des catholiques au sein de l’électorat UMP… 

Mais pourquoi les cathos de droite ne protestent que contre le gender et pas contre la mondialisation libérale ? Pourquoi la bioéthique, la famille, l’école privée sont les seuls sujets où on entend les cathos ? La doctrine sociale de l’Eglise ne concerne pas que ces sujets, il y en beaucoup d’autres. Honnêtement, les propositions d’Arnaud Montebourg sur la démondialisation, le système bancaire et l’économie en général sont plus proches de l’enseignement de l’Eglise que l’essentiel du programme de Nicolas Sarkozy ! 

Bien évidemment Montebourg est rallié aux nouvelles mœurs…et là, les catholiques bloquent. Moi aussi je l’avoue ! Je rêve d’une sorte d’hybride entre Christine Boutin et le grand Arnaud ! Nous aurions là une vraie, puissante et belle Démocratie chrétienne. Une DC digne d’Ozanam et du MRP tel qu’il était en 1945 (après il s’est coupé de De Gaulle et s’est vautré dans l’Atlantisme…catastrophe historique). 

Ah si tous les chrétiens s’unissaient…Mais pas seulement, il faut aussi s’allier aux non-croyants. Je suis bien d’accord avec Patrice de Plunkett quand il dit : « Et cette lutte, il faudra la mener au coude à coude : croyants et incroyants, parce que la réalité est la même pour tout le monde. » Le seul bémol que je ferais : avant de s’allier avec les autres, commençons par affirmer nos choix politiques en tant chrétien. Faisons revivre la Démocratie chrétienne, j’insiste encore la dessus, pour qu’elle soit, enfin, fidèle à elle-même ! Faisons sauter ce maudit clivage droite-gauche, osons employer ces gros mots que la droite ne supporte pas : démondialisation, nationalisation des banques, osons refuser le libéralisme que se soit celui des nouvelles mœurs ou celui de l’économie !

Ensuite, une fois affermi et construite, la Démocratie chrétienne pourra s’allier avec d’autres courants pour bâtir ce nouveau monde.

Pour les chrétiens, l’heure est historique. Le capitalisme tardif est au bord de l’implosion. Notre système économique va mourir. Tous les indicateurs sont au rouge et sur les écrans d’ordinateur des économistes nous voyons ceci :

 Nous avons donc le choix : où nous décidons de conserver ce système en bon « conservateur » tout en rejetant les nouvelles mœurs pour garder un minimum de morale (ce qui confond éthique chrétienne et posture moralisatrice…une catastrophe).

Soit nous décidons d’accueillir et de construire un nouveau monde, celui de la civilisation de l’amour. Il implique de changer de système économique, et de renoncer à ce funeste libéralisme (tant financier que social).

Les chrétiens ont une pensée exceptionnelle. Nous avons eu, et avons encore, des philosophes, des économistes, des exemples prestigieux. Tout les courants de l’économie de communion, de l’anarchisme eucharistique (mot horrible pour un patron de droite), du commerce équitable et j’en passe, sont une matière première fantastique pour une action politique durable et efficace. Mettons-les en avant, invitons ces personnalités dans nos paroisses. Ce que dit Patrice de Plunkett sur les colloques catholiques est tristement vrai…continuons comme ça et l’Eglise finira au cimetière avec ce système économique vérolé !!!! 

N’ayons pas peur d’être nous-mêmes ! C’est le seul moyen de ne pas désespérer de la politique.

Mauvais genre…

L’idéologie du genre connaît un drôle de succès auprès des éditeurs de manuels scolaires. Belin, Hachette, Bordas, Hatier et le guère prophétique Nathan ont eu la curieuse idée d’insérer la doctrine du « gender » dans les livres portant sur les cours de Science de la Vie et de la Terre de Première. Bien étrange idée car la théorie du gender est tout sauf une doctrine scientifique. Nous sommes très loin de la biologie car cette théorie considère que les sexes ne sont pas des réalités physiques mais des constructions culturelles…On ne naît pas homme ou femme, mais on le devient ! Cette théorie justifie toutes les revendications dites « LGBT » (comme Lesbiennes, Gays, Bisexuelles, Transsexuelles) que sont par exemple l’homoparentalité, la reconnaissance du transsexualisme etc.  

Cette théorie opère une dissociation totale entre le corps et l’esprit de la personne. Un des manuels incriminés dit ceci : « le sexe biologique nous identifie mâle ou femelle mais ce n’est pas pour autant que nous pouvons nous qualifier de masculin ou de féminin. Cette identité sexuelle, construite tout au long de notre vie, dans une interaction constante entre le biologique et le contexte socioculturel, est pourtant décisive dans notre positionnement par rapport à l’autre. » Donc, selon eux, le genre de la personne n’est pas déterminé par son sexe physique. Il y a donc un sexe du corps et un sexe de l’esprit et c’est celui de l’esprit qui doit l’emporter. Pour les défenseurs du « gender », la culture détermine totalement le sexe de l’esprit (appelé « genre ») et cela dès l’enfance avec des codes couleurs (rose pour les filles, bleu pour les garçons), des activités et des jeux différenciés (poupées pour les filles, jeux de guerres pour les garçons). Ils sont donc opposés à toute culture établissant une différence entre les sexes puisque selon eux, ce système induit les inégalités hommes/femmes et empêche les personnes de choisir librement leur genre… 

La théorie du genre n’a rien de scientifique puisqu’elle n’est pas du tout reconnue par les biologistes. C’est une théorie défendue uniquement par certains psychologues, sociologues et quelques philosophes…Parler d’idéologie serait plus exacte tant le « genre » est éloigné d’une démarche rationnelle « académique » et au vue de l’énergie que mettent ses promoteurs à en propager le contenu. Inutile de préciser que cette idéologie est en dépit du bon sens car il dissocie totalement le corps de l’esprit…en psychiatrie cela s’appelle la schizophrénie, et concrètement un homme persuadé d’être une femme ne pourra jamais changer de corps. Là est toute la tragédie des transsexuels : leur opération est une mutilation, ils ne pourront jamais enfanter, ni ressentir du plaisir sexuel. La conséquence est le taux de suicide extrêmement élevé chez eux… Devons nous encourager de telles opérations ? Pour un médecin cela est contraire au Serment d’Hippocrate, pour un politique cela est un mensonge de plus… 

Enseigner aux lycéens la sexualité à travers la théorie du genre est clairement néfaste. L’adolescence est une période difficile, l’ado se construit, se rebelle pour parvenir a son existence propre et tous ses repères sont mis à mal par sa soif d’autonomie. Une éducation mal faite, de mauvaises rencontres et cela peut conduire à de terribles descentes aux enfers. Le nombre de suicide de jeunes est très élevé…Mettre la théorie du genre dans la tête d’un jeune qui n’est pas encore construit ne va pas l’aider, bien au contraire. 

Cette insertion dans les manuels scolaires a créé un tollé. L’Eglise catholique, l’enseignement libre, mais aussi des intellectuels chrétiens se sont élevés contre une telle démarche. 

L’opposition à cette insertion a suscité une réaction au sein de la majorité gouvernementale. Quatre-vingts députés pro gouvernement ont protesté auprès de Luc Chatel, Ministre de l’éducation nationale. La réponse de Luc Chatel ne s’est pas fait tarder :  »Ce n’est pas le ministre de l’Education qui exerce droit de vie et de mort sur un manuel », tout en niant que les manuels fasse l’apologie de la théorie du genre…  Voila une argumentation qui ne convainc personne, surtout pas Hervé Mariton, député UMP de la Drôme et signataire de la protestation : « La réaction du ministre montre qu’il n’a pas envie de prendre ses responsabilités, mais il ne peut pas y échapper et nous allons bien lui faire comprendre. Les éditeurs de manuels scolaires rédigent leurs ouvrages avec les indications et le contrôle du ministre. Et le ministre agit sous le contrôle du Parlement. »

Le bon sens semble davantage du côté d’Hervé Mariton, en décidant du contenu du programme, le ministre de l’éducation oriente les manuels scolaires. C’est évident…Il semblerait que Luc Chatel prenne les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages… 

Du côté de la gauche la réaction n’est pas surprenante : ils soutiennent les éditeurs de manuels scolaires. La gauche est le principal soutien de l’idéologie des « nouvelles mœurs » depuis qu’elle n’est plus capable d’assurer la justice sociale (voir ma note « Le parti des éléphants »)… 

Mais comment avons-nous pu en arriver là ? Ne plus savoir qu’est ce qu’un homme et une femme ? 

Patrice de Plunkett avance une explication : « Cependant, il est irréaliste d’en déduire que le masculin et le féminin en eux-mêmes n’existent pas. Cette déduction relève de l’idéologie hyper-individualiste, virtualiste, autiste, caractéristique de la société occidentale du capitalisme tardif : idéologie qui s’acharne à dissoudre tout ce qui relie la personne à des ensembles : le politique (la cité), la culture (le patrimoine), ou même la structure anthropologique fondatrice (l’identité sexuée). Dissolution qui laisse l’individu orphelin, déshérité, livré à ses fantasmes manipulés par tous les marketings. »

Et il ajoute encore :

« Alors comment se fait-il que la théorie du « genre », apothéose de l’artificiel, soit incorporée à des manuels de « sciences de la vie et de la terre »? Les manuels scolaires de 2011 ne voient pas cette contradiction. Myopie bien contemporaine : le virtuel remplace le concret, l’artifice remplace le réel, pour que la lucidité (le principe de réalité) ne puisse plus faire contrepoids aux « pulsions ». Il y a un lien entre les délires sur la condition humaine et les mécanismes économiques actuels. Et plus qu’un lien : une relation de cause à effet… Ce malaise dans la civilisation vient de la tyrannie du « marketing de toutes les pulsions », qui nous oblige à marcher sur la tête dans tous les domaines. » 

L’avancée de l’idéologie du genre semble donc être un signe de notre temps, de notre société hyper consumériste. Mais tout n’est pas perdu, loin de là. Nous pouvons nous réjouir de l’action de ces quatre-vingts députés ainsi que de la réaction de chrétiens engagés. Reste maintenant à continuer…