Vous avez dit non-négociables ? (2)

Que faire ? La note doctrinale du 24 novembre 2002 appelle clairement les catholiques à refuser tout compromis allant à l’encontre des points non-négociables… Cela signifie t’il que les croyants doivent se retirer dans une tour d’ivoire, se couper du monde politique ? Non, l’Eglise nous appelle à nous opposer contre ce qui heurte nos principes. 

« Dans la droite ligne de l’enseignement constant de l’Église, Jean-Paul II a maintes fois répété que ceux qui sont engagés directement dans les instances législatives ont « une obligation précise de s’opposer  à toute loi qui s’avère un attentat contre la vie humaine. Pour eux, comme pour tout catholique, il est impossible de participer à des campagnes d’opinion en faveur de telles lois, et il n’est permis à personne de les soutenir par son vote. » 

L’Eglise nous appelle à une objection de conscience : un député catholique ne peut voter pour une loi qui, par exemple, légaliserait l’euthanasie. Cette consigne est valable aussi pour tous les citoyens : en conscience nous ne pourrions voter pour un candidat aux présidentielles qui s’engagerait à faire passer une loi légalisant le suicide assisté, l’extension de l’avortement ou encore l’homoparentalité. 

Le raisonnement du Saint-Siège est limpide quand cela concerne des dispositions qui ne sont pas encore en place, des lois mortifères qui ne sont pas encore votées…Mais quand une loi est déjà en place depuis de longues années et que son abrogation est presque impossible ? C’est le cas en France avec la Loi Veil de 1975 autorisant l’avortement : actuellement, il est impossible de l’abroger. De plus, cette loi a fait l’objet d’ajouts : remboursement par la Sécurité sociale, extension du délai de dix à douze semaines… Aucun candidat ne propose son abrogation tant le « droit » à l’avortement est assis dans la culture française. 

La note du Cardinal Ratzinger de 2002 nous donne un élément de réponse : « Comme l’a enseigné Jean-Paul II dans l’encyclique Evangelium vitae à propos du cas où il ne serait pas possible d’éviter ou d’abroger totalement une loi permettant l’avortement déjà en vigueur ou mise au vote, cela n’empêche pas qu’« un parlementaire, dont l’opposition personnelle absolue à l’avortement serait manifeste et connue de tous, pourrait licitement apporter son soutien à des propositions destinées à limiter les préjudices d’une telle loi et à en diminuer ainsi les effets négatifs sur le plan de la culture et de la moralité publique. » 

Le cas du parlementaire dont parlent Jean-Paul II et le futur Benoît XVI peut être étendu aux citoyens appelés à se rendre aux urnes. Mais cela implique un soutien manifeste aux points non-négociables (qui ne se limitent pas à l’avortement…loin de là !) et une situation où il est possible de « limiter les dégâts » de la culture de mort… 

La campagne présidentielle de 2012 est le théâtre du difficile cas de conscience des catholiques français. Les différentes propositions en faveur de l’euthanasie, du mariage homosexuel, de l’homoparentalité, mais aussi les inquiétudes pour la paix avec la politique étrangère dans le monde arabo-musulman et ses conséquences pour la liberté religieuse, la surenchère laïque de certains prétendants à l’Elysée, l’extension du travail du dimanche… 

L’inventaire est loin d’être clos : la crise économique remet en cause un système construit autour du profit… Or, malgré des discours critiquant le néo-libéralisme, la France prend le chemin de l’austérité. Les politiques austères de nos voisins européens ne montrent guère de résultats et surtout engendrent des catastrophes sociales pour ne pas dire humanitaires (voir la Grèce avec sa jeunesse désespérée…). 

Aucun candidat ne respecte parfaitement les principes non-négociables, en revanche nous pouvons parfois en trouver quelques éléments chez l’un ou l’autre…Mais cela reste anecdotique. 

Devant ce cas de conscience, les laïcs catholiques ne restent pas les bras ballants. Différentes initiatives ont vu le jour et aussi…des débats contradictoires. 

A suivre

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5 réflexions au sujet de « Vous avez dit non-négociables ? (2) »

  1. Merci pour ces intéressants articles.

    Si j’en juge par vos billets, le choix devrait pourtant être rapidement fait, basés sur ces points non négociables. Et pourtant, pas si simple. En tant que catholique, je ne sais comment orienter mon vote (http://wp.me/pSbFg-mO) : c’est une grande interrogation pour moi.

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