Retours sur une campagne

A quelques jours du second tour, je profite d’une interview de Christine Boutin sur Atlantico pour faire quelques petits « retours » sur cette campagne présidentielle.

Le journaliste d’Atlantico a interrogé Madame Boutin sur un sondage qui chiffre à 27% le nombre de jeunes catholiques ayant voté pour Marine Le Pen. Il n’est pas aisé de répondre à cette question. Elle avance comme hypothèse : « De façon générale, la génération montante a une exigence sur les principes sociétaux beaucoup plus importante qu’il y a dix ou quinze ans. » et elle ajoute : « pour ces jeunes l’expression politique du premier tour et en particulier chez Nicolas Sarkozy n’a pas été perçue comme suffisamment exigeante par rapport aux principes fondamentaux véhiculés par Jean-Paul II et Benoît XVI. (…)D’autre part – et je le dis en tant que Présidente du Parti chrétien-démocrate (PCD) – je pense que c’est une incompréhension par rapport aux postures de Nicolas Sarkozy qui sont pourtant très claires. Moi-même, j’ai été candidate à l’élection présidentielle, et j’ai été très exigeante sur ces principes sociétaux. Or, Nicolas Sarkozy les a repris dans l’article publié dans le Figaro Magazine et depuis, je suis tous ces meetings et il n’y pas de place pour l’ambiguïté. Au dernier meeting tenu à Clermont-Ferrand, il a parlé de la valeur sacrée de la vie, des questions que l’on se pose autour de la mort, notamment avec l’euthanasie, et a rappelé son opposition au mariage homosexuel etc. »

Personnellement, j’adhère en grande partie à cette hypothèse. Nous autres catholiques sommes « taraudés » depuis longtemps par les questions sociétales. Nous vivons une époque ou les partis politiques n’ont pas peur de reprendre des revendications sociétales qui sont à l’encontre de l’enseignement de l’Eglise. Euthanasie, homoparentalité, mariage gay, et tout ce qui touche à l’avortement… Nous avons là différentes visions du monde et de l’Homme qui se font face : l’anthropologie chrétienne d’un coté et de l’autre, de nouvelles idées, issues d’autres familles de pensée souvent athées ou déistes…Nous pensons par exemple à certains points de vue issus des études sur le genre, le fameux gender…

Une des grandes questions politiques de notre temps est : « Quelle société voulons-nous » ? Cette question a été rappelée par l’Eglise qui est en France a travers le document de la Conférence des évêques, et le livre du Cardinal Vingt-Trois. SAJE Prod l’a d’ailleurs très bien mis en image.

Bien entendue, cette question de société ne se limite pas aux sujets que j’ai évoqués plus haut. La conférence des évêques nous le rappelle avec beaucoup de justesse en mentionnant treize points… La doctrine sociale de l’Eglise ne s’arrête donc pas aux questions touchant à la vie, à la famille et à l’éducation…Même si ces trois points sont fondamentaux et qualifiés de « non-négociables ».

Mais cette réflexion sur les tendances de vote de catholiques nous amène au sujet du climat de cette campagne électorale. Ambiance tendue, diabolisation de l’un et de l’autre candidat, affaires qui remontent, propos frisant la diffamation… Mais aussi résignation, « vote barrage », l’enthousiasme n’a guère été dans les cœurs…

Côté catholique, la blogosphère et les réseaux sociaux ont été en ébullition. Quel vote sera le plus cohérent avec ma foi ? Telle a été la question que nous nous sommes tous posés. Le groupe Votons cohérent a fixé des conditions et envisage le vote blanc si elles ne sont pas respectées. D’autres ont opté pour « le moindre mal » en choisissant Nicolas Sarkozy ou encore François Bayrou. Certains ont préféré Le Pen. Le courant des Poissons roses, désireux d’entrer au Parti Socialiste, a envoyé un message à François Hollande qui mérite d’être lu et étudié. Ce très beau texte aborde les questions sociétales avec beaucoup de vérité sans jamais tomber dans la caricature… Sébastien Gros, proche collaborateur de Manuel Valls a répondu à ce texte…négativement. Ce qui nous montre l’importance des questions sociétales au sein du PS.

A titre personnel, vous le savez, j’ai fait le choix de Nicolas Sarkozy. Quand Christine Boutin a décidé de suivre le Président-candidat,  j’ai tout de suite justifié cela en parlant du « Choix de la raison ». J’en suis toujours convaincu. Je crois que les chrétiens doivent être présents dans les grandes coalitions gouvernementales, que ce soit à droite avec le PCD ou à gauche avec le courant des Poissons roses… Bien entendu je n’oublie pas les autres partis. Il faut que nous soyons partout, mais nous serons plus efficaces dans des « grands ensembles ».

Ce que j’exprime est ma conviction… Mais je ne l’impose à personne. Les propos tenus sur mon blog n’engagent que moi. Quand je reprends les textes de l’Eglise, c’est pour tenter de nourrir un discernement…Celui-ci n’a pas été aisé et surtout, cette campagne a été gagnée par de nombreuses discussions autour de la notion de points non-négociables. J’ai donc écrit plusieurs articles sur le sujet afin d’apporter un éclairage supplémentaire.

Parfois, je l’avoue, j’ai été très sévère avec les partisans du vote blanc… Mon but n’est pas de les stigmatiser, et s’ils ont été blessés je leur demande pardon. Mais cette démarche du vote blanc pose de nombreuses questions quand à la conséquence du vote…or je reste convaincu qu’en votant pour le « moins mauvais » on peut éviter une catastrophe supplémentaire.

Au nom de mes convictions j’ai posé ce choix que j’assume pleinement. J’ai défendu cette position en conscience, et d’autres chrétiens ont défendu une autre position, également en conscience.

C’est leur droit, je le respecte.

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Votons responsable !

Les catholiques français tentent leur retour en politique, c’est bien… Nous avons vu précédemment différentes initiatives de laïcs catholiques et différentes prises de positions d’évêques français. Ca bouge ! Mais est-ce suffisant ? 

Une grande partie des déclarations épiscopales et certaines initiatives laïques sont centrées sur la notion de Principes non-négociables, communément surnommés les « PNN ». 

Je ne tiens pas à remettre en cause ces principes car je les ai défendu précédemment et je suis convaincu de leurs bien fondés car ils touchent l’essentiel : la personne humaine. 

Néanmoins une question se pose : mettre systématiquement en avant le discours de Benoît XVI de 2006 et ses trois PNN est-il pertinent ? Je me permets de répondre : non. Pourquoi ? 

Limiter le discernement pour les prochaines élections à seulement trois points est une très mauvaise idée car cela revient à faire une fixation sur seulement trois aspects de la doctrine sociale de l’Eglise… Or cette doctrine est plus vaste, plus riche que seulement trois interdits. Elle vise à construire la civilisation de l’amour, non a donner des cartons rouges aux candidats. 

Si, au lieu du discours de 2006, avait été mis en avant la note doctrinale du 24 novembre 2002, nous aurions eu une approche différente de la campagne. Celle-ci nous appelle certes au refus du compromis, mais elle nous invite aussi à faire de la politique et à tout faire pour éviter la catastrophe…Et surtout elle n’énumère pas que trois PNN, mais une liste bien plus longue…et non exhaustive. 

N’as t’on pas tronqué la doctrine sociale avec ces trois points ? J’ai bien peur que oui. D’autant que c’est la pensée du Pape lui-même qui se trouve élaguée. Le discours de 2006 n’est qu’un bref texte s’adressant a des parlementaires. La note de 2002 concerne toute l’Eglise et est un document long et précis sur toute la vie politique. Nous ne pouvons comprendre le discours de 2006 qu’en le mettant en perspective de la note de 2002. La conférence des évêques de France l’a bien compris en réalisant son excellent document. 

La conséquence de cela est qu’au nom de la « cohérence », certains se permettent d’appeler à…voter blanc. Cela malgré le risque qu’un François Hollande défenseur de l’euthanasie, du mariage homo, de l’homoparentalité et adversaire de l’école libre ne l’emporte… 

Le candidat socialiste a beaucoup de chance d’emporter le scrutin, Nicolas Sarkozy, malgré ses nombreux défauts, est le seul qui puisse encore le battre… Et surtout, son programme est le moins mortifère. 

Le minimum de responsabilité serait de faire barrage à Hollande ! Mais non… Au nom des mains pures ils ne veulent pas toucher au bulletin Sarko. 

« Ils avaient les mains pures, mais ils n’avaient pas de main. » 

Mais pourquoi un tel acharnement a ne pas vouloir voter Sarkozy (ne fut-ce qu’au second tour) alors que le plus « pro-mort » des candidats risque de l’emporter ?

Dans leur argumentaire ils répondent que le vote des autres n’entraîne pas leur responsabilité… Drapés dans leur habit blanc vont-il aller jusqu’à dire : « Je m’en lave les mains, cela n’incombe que la responsabilité des autres, pas la mienne ! ». Moralement un tel propos est insoutenable…et absurde car en refusant de cautionner un candidat ils font passer le pire… 

Quelle tête feront-ils quand le prochain gouvernement socialiste aura fait passer la loi sur l’euthanasie ? 

Quelle tête feront-ils quand tomberons les chiffres annuels des vieillards et des malades ayant reçu une injection léthale ? 

Quelle tête feront-ils quand, dans la mairie de leur ville, seront célébrés des mariages homos ? 

Quelle tête feront-ils quand des enfants seront adoptés par des couples gays ? 

Il ne faudra pas qu’ils se plaignent…Car en votant blanc, ces électeurs (essentiellement de droite) auront ouvert un boulevard à Hollande… 

Eh oui, la première des cohérences est d’être responsable des conséquences de ses actes.

Vous avez dit non-négociables ? (3)

Etre catholique et citoyen n’est pas une sinécure. Différentes personnalités, différents mouvements se réclamant de la foi chrétienne sont actifs sur le terrain politique et ils vivent différemment la campagne présidentielle et le cas de conscience qu’elle implique. Nous voyons apparaître différentes stratégies pour tenter de mettre en œuvre la doctrine sociale de l’Eglise sans bafouer les points non-négociables… Stratégies que l’on peut toujours discuter tant du point de vue de la cohérence que du point de vue de l’efficacité.  Lire la suite

Saint François et Mister Bayrou

François Bayrou est un personnage curieux. Certains aiment parler du « mystère Bayrou ». Mystère n’est pas le mot juste. Malgré le flou qui entoure parfois ses prises de position, malgré l’ambigüité de ses positionnements, François Bayrou n’est pas un mystère. Il est juste un paradoxe. Lire la suite