Vous avez dit non-négociables ? (1)

La campagne présidentielle a mis le monde catholique français en émoi… La plupart des chrétiens ne savent pas vers qui se tourner tant l’offre politique ne semble guère évangélique. Dans ce brouillard politique, nous avons avec nous quelques instruments de navigation : Outre une riche doctrine sociale, l’Eglise a défini des « points non-négociables ». Par définition, ces points sont des problématiques fondamentales sur lesquelles nous ne pouvons pas transiger… Ils sont formulés dans la note du 24 novembre 2002 du préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi de l’époque, un certain Joseph Ratzinger… Ce texte est essentiel, il résume une grande partie de la doctrine sociale de l’Eglise en nous donnant des clés pour comprendre et nous repérer dans la vie politique actuelle. 

Que dit-il ? Le futur Benoît XVI nous met en garde contre une forme de relativisme moral qui nous pousserait à dire que tout se vaut, toutes les politiques se valent… 

« Si les chrétiens sont tenus « de reconnaître la légitime multiplicité et diversité des options temporelles », ils sont également appelés à s’opposer à une conception du pluralisme marquée par le relativisme moral, qui est nuisible pour la vie démocratique elle-même, celle-ci ayant besoin de fondements vrais et solides, c’est-à-dire de principes éthiques qui, en raison de leur nature et de leur rôle de fondement de la vie sociale, ne sont pas « négociables ». » 

Ces fondements de la vie en société, ces bases qui ne peuvent être remises en question, qu’elles sont elles ? Il nous en donne un aperçu…plus long que nous pourrions l’imaginer : 

« Tel est le cas des lois civiles en matière d’avortement et d’euthanasie (à ne pas confondre avec le renoncement à l’acharnement thérapeutique qui, même du point de vue moral, est légitime), qui doivent protéger le droit primordial à la vie, depuis sa conception jusqu’à sa fin naturelle. De la même manière, il faut rappeler le devoir de respecter et de protéger les droits de l’embryon humain. » 

C’est la liste que nous voyons habituellement…Mais le Cardinal ne s’arrête pas là : 

« De même, il faut préserver la protection et la promotion de la famille, fondée sur le mariage monogame entre personnes de sexe différent, et protégée dans son unité et sa stabilité, face aux lois modernes sur le divorce : aucune autre forme de vie commune ne peut en aucune manière lui être juridiquement assimilable, ni ne peut recevoir, en tant que telle, une reconnaissance légale. De même, la garantie de liberté d’éducation des enfants est un droit inaliénable des parents, reconnu entre autre par les Déclarations internationales des droits humains. » 

La question de la famille est essentielle, elle est la cellule de base de la société. Mais le futur Pape continue et il va plus loin : 

« Dans cette même ligne, il faut penser à la protection sociale des mineurs et à la libération des victimes des formes modernes d’esclavage (que l’on pense par exemple à la drogue et à l’exploitation de la prostitution). » 

La protection des enfants et adolescents contre toutes les menaces qui pèsent sur eux. On peut mentionner un exemple de protection sociale : l’interdiction du travail des enfants. Dans un pays comme le notre il est interdit depuis bien longtemps, mais bon nombre de produits de consommation ont été produits dans des pays du tiers monde par des mineurs… Cette question est peu soulevée dans la campagne présidentielle et c’est bien dommage. Joseph Ratzinger ajoute la « libération » des formes modernes d’esclavage…Il ne mâche pas ses mots pour qualifier la drogue et la prostitution : prenons garde aux discours politiques qui voudraient légaliser la drogue et la prostitution, ce sont aussi (et à juste titre) des points non-négociables. 

 « On ne peut exclure de cette liste le droit à la liberté religieuse et le développement dans le sens d’une économie qui soit au service de la personne et du bien commun, dans le respect de la justice sociale, du principe de solidarité humaine et de la subsidiarité, qui veut que « les droits de toutes les personnes, de toutes les familles et de tous les groupes, et que l’exercice de ces droits, soient reconnus ». Enfin, comment ne pas voir dans ces exemples le grand thème de la paix. » 

Sur ce dernier passage nous voyons des thématiques essentielles : liberté religieuse, subsidiarité, paix…Mais aussi le Cardinal nous rappelle le caractère essentiel d’un « développement dans le sens d’une économie qui soit au service de la personne et du bien commun, dans le respect de la justice sociale » : c’est fort ! L’économie au service de la personne et non pour le profit de quelques uns, et cela dans le respect de la justice sociale : ce sont aussi des points non-négociables ! 

Mais faut-il hiérarchiser ces points ? Le 30 mars 2006 dans son discours au congrès de Rome du Parti Populaire Européen Benoît XVI a mentionné trois points : la protection de la vie, la reconnaissance de la structure naturelle de la famille et la protection du droit des parents d’éduquer leurs enfants. Pourtant comme nous l’avons vu plus haut la liste est plus longue…faudrait-il en déduire qu’il existe une hiérarchie entre eux ? Le journaliste chrétien Gérard Leclerc, dans France Catholique du 27 février, nous rappelle que non : « L’Église, par la voix du magistère, loin d’être indifférente à ces autres aspects n’a cessé d’intervenir à leurs propos dans des textes de grande autorité, notamment les encycliques qui développent sa doctrine sociale. Sans cesse sur la justice sociale, sur la paix entre les nations, sur la faim dans le monde, les papes modernes ont formulé un jugement ecclésial. Serait-ce qu’il y aurait tout de même une hiérarchie dans l’ordre moral qui donnerait la priorité à certaines normes à l’encontre d’autres, qui seraient affectées d’une moindre qualification ? Ce n’est pas du tout ce qui ressort d’une réflexion d’ensemble quant à l’éclairage chrétien du domaine du politique. » 

Gérard Leclerc connait bien le sujet de la doctrine sociale de l’Eglise et son point de vue a du poids. 

La principale difficulté rencontrée par les catholiques est la mise en œuvre de ces points non-négociables. Comparez-le au programme des partis politiques et vous verrez qu’aucun d’entre eux ne les respecte. Alors que faire ?

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