Au cénacle

Veni creator spiritus… En chantant l’appel à l’Esprit Saint, les cardinaux entrent dans la chapelle Sixtine pour y rester enfermés à clés, « cum clave », ce qui est le sens de « conclave ».

Au conclave, les cardinaux sont comme les apôtres enfermés dans le cénacle à Jérusalem. Les premiers disciples étaient enfermés, coupés du monde. Jésus était monté aux cieux quelques jours avant, il leur avait promis la venue de l’Esprit. Confiant dans les paroles du Seigneur, ils ont prié et ont attendu.

Le conclave est un nouveau cénacle où les cardinaux prient pour que l’Esprit Saint descende sur eux. Le conclave est le lieu du mystère de l’Eglise : divine et humaine à la fois. L’Esprit Saint vient sur des hommes libres. Il participe à l’élection sans s’imposer. L’élection du pape est le fait d’une décision toute humaine : sur des critères terrestres, les cardinaux désigneront le successeur de Pierre. Ils choisiront le pape selon son profil théologique, sa personnalité, son âge, sa santé, les langues qu’il connaît etc. Mais ils demanderont à l’Esprit Saint de féconder cette réflexion, de leur inspirer la bonne décision, le bon critère de vote. C’est une élection à la fois humaine et divine, tout comme l’est l’Eglise : institution humaine et corps mystique du Christ. Et comme l’est Jésus : vrai homme et vrai Dieu. Comme l’est l’eucharistie : pain fabriqué par des hommes et corps du Christ. Comme l’est la Bible : texte écrit par des hommes et véritable parole de Dieu.

Les portes de la chapelle Sixtine sont maintenant fermées. Les cardinaux sont invisibles, coupés du monde. L’Eglise retient son souffle pour que l’Esprit souffle. Nous nous tenons derrière la porte pour les porter dans la prière.

Tous les jours de ce conclave nous allons attendre, fébrilement ou pas, la fumée blanche.

Tous les jours de ce conclave nous pourrons participer à cet évènement en priant pour un cardinal en particulier ou pour tous les électeurs.

Tous les jours de ce conclave, nous ferons un acte de foi et d’espérance : le prochain pape sera le nôtre, le bon, la Pierre sur laquelle repose l’Eglise.

Veni creator spiritus

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La renonciation de Benoît

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Benoît XVI a abdiqué. La nouvelle a fait l’effet d’une bombe. Personne ne s’y attendait. Même si un tel acte est canoniquement possible, cela ne s’était jamais vu depuis le Moyen-âge.

Benoît XVI a brisé un tabou, celui du Pape-Roi qui règne jusqu’à sa mort comme tous les monarques de la Terre. Ce tabou est comparable à celui qu’ont pulvérisé les cardinaux en 1978 quand ils ont élu un pape non-italien, là aussi, une première depuis le Moyen-âge. Eh oui, les tabous tombent car l’Eglise change, pour toujours rester fidèle à elle-même, à sa vocation d’universalité. Elle change car elle n’est plus dirigée par un Prince Italien qui gouverne un petit Etat de la péninsule italienne (un quart de l’Italie actuelle). Depuis 1929 et les accords du Latran, les Etats pontificaux ont été réduit à 44 hectares : un Etat sans nation, un pur symbole qui garanti au Pape une indépendance politique. Il n’est plus un Prince d’Italie, sa fonction est redevenue spirituelle avant tout. Fini le Prince italien, il peut donc être de n’importe quelle nationalité. Fini le Pape-Roi, il peut donc prendre sa retraite comme n’importe quel évêque. Lors de son élection, Benoît XVI a d’ailleurs acté cette évolution par un petit geste presque passé inaperçu : sur son blason, il n’a pas mis de tiare, symbole du pouvoir temporel du Pape, mais il l’a remplacé par une mitre et un pallium. Ces deux symboles sont des attributs spirituels de la papauté.

Le conservateur Ratzinger n’est pas aussi réac que la presse le présente, bien au contraire ! Il a compris son époque, la place de l’Eglise dans le monde actuel, le rôle et le sens de la papauté aujourd’hui.

Tout son pontificat a été un dialogue avec le monde d’aujourd’hui. Tout son pontificat a été un message adressé à un monde en pleine mutation. Benoît XVI a parlé à un occident sans Dieu, à une Afrique mystique, et à un monde devenu village.

Il a appelé au développement intégral de l’Homme, dénoncé l’ultralibéralisme, appelé au respect de la création. Il a défendu la notion juridique de droit naturel devant un Occident acquis au positivisme juridique. Il a maintes fois dénoncé le relativisme dans un nouveau monde soumis au « dogme de l’antidogme »1. Son œuvre est dense, puissante et surtout inclassable : ni conservateur, ni progressiste, ou peut-être les deux à la fois, Benoît XVI est résolument catholique.

Benoît XVI a su parler au monde durant un pontificat marqué par de nombreuses tempêtes. Affaire Williamson, polémique de Ratisbonne, Vatileaks … Benoît XVI aura été un des papes les plus conspués et toujours très injustement. À la fois théologien génial, philosophe exceptionnel, il a su prendre des décisions courageuses : politique très sévère contre les prêtres pédophiles, reprise en main de la Légion du Christ, réforme des finances du Vatican… Sa fermeté exemplaire a marqué un tournant dans la gestion des affaires internes de l’Eglise. Pour cela, il a fait preuve de beaucoup de courage et d’une immense liberté. Son dernier geste illustre à la perfection ce courage et cette liberté.

Benoît XVI, malgré l’image réactionnaire qui lui a été affublée, est un pape d’aujourd’hui. Son message restera. Son humilité et son courage feront dates. L’œuvre de « l’humble ouvrier de la vigne du Seigneur » portera de nombreux fruits.

1 La formule est d’Alain Finkielkraut

L’écologie pour tous

Un des slogans de la Manif pour TousLe grand mouvement de la Manif pour tous serait-il le point de départ d’une révolution écologique ? Nous pouvons nous poser cette question car Tugdual Derville, un des membres du collectif Manif pour tous, a déclaré :

« Un mouvement “d’écologie humaine” est en train de se lever. » Et il précise : « Nous ne nous battons pas pour notre intérêt propre, mais pour défendre un bien précieux pour tous que nous n’aurions jamais imaginé menacé. Ce bien – le fait que tout être humain est issu de la complémentarité d’un homme et d’une femme – est une réalité qui vient de la nuit des temps. Propre à l’humanité, il est à l’origine de chacun d’entre nous. Or une loi prétend effacer cette réalité. (…) Je vois des similitudes entre ce mouvement et la naissance de l’écologie politique il y a quelques décennies. Au départ, ce fut la rencontre d’associations de défense de milieux naturels menacés et d’experts visionnaires faisant émerger une question que l’on ne pensait pas avoir à se poser un jour : quelle Terre allons-nous laisser en héritage aux générations futures ? À l’époque, beaucoup de chrétiens[1] faisaient d’ailleurs partie de l’aventure. Il est stupéfiant que ceux qui, actuellement, prétendent incarner l’écologie aient oublié ce qui fait l’essence de l’humanité et soient aux antipodes de notre préoccupation. Pourquoi passer sous silence le repère le plus naturel qui soit : que tout enfant vient d’un homme et d’une femme ? La protection des plus vulnérables devrait s’effacer devant la toute-puissance ! »

Tugdual Derville s’interroge devant le positionnement d’Europe-Ecologie-les-Verts (EELV) : comment peut-on défendre, en même temps, l’écologie et un mariage « pour tous » qui permet de créer des filiations fictives ? Pire : EELV défend la procréation médicalement assistée (PMA) qui « fabrique » des enfants coupés de leurs filiations à grands renforts de prouesses biotechnologiques… Les Verts seraient-ils en pleine contradiction ? Lire la suite

L’écologie est un humanisme

Le changement climatique est un sujet polémique qui ne manque jamais de déchaîner les passions. La raison en est simple : les enjeux sont colossaux et l’Homme est pointé du doigt comme étant le responsable d’une catastrophe annoncée depuis longtemps… 

Tibor Skardannelli a écrit, sur Tak.fr, un intéressant article sur le sujet : Climat, le soleil fait tâche. Excellent papier… avec lequel j’ai quelques divergences qu’il me pardonnera j’en suis convaincu.  Lire la suite

Le mystère de la réforme de l’Eglise

Il y a longtemps que je désire écrire un article sur l’Eglise et les déboires qu’elle rencontre avec l’affaire Vatileaks. Je n’ai pas l’âme d’un vaticaniste et commenter cette sombre histoire, dont on ne sait pas si elle est un pétard mouillé ou une affaire d’état, ne m’a pas semblé opportun.

Mais je reviens sur la question de l’Eglise et de ses difficultés en rebondissant sur un débat qui a eu lieu aujourd’hui même sur le Réseau social. Jonas Tree a publié un texte très intéressant où elle témoigne de sa catholicité. J’ai mis ce texte sur mon profil avec en exergue cet extrait qui m’a beaucoup touché : « Plutôt que de rejeter les enseignements de l’église, je demande dans la prière la force de pouvoir m’y conformer toujours plus car je suis convaincue qu’ils donnent la vie et je remercie le Seigneur de m’accompagner fidèlement. »

Ce passage est important, car il illustre la foi en l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique. L’enseignement de l’Eglise ne se discute pas aussi facilement que celui d’une autre institution, terrestre cette fois-ci. Bien entendu une telle assertion peut surprendre, choquer. C’est ce qui c’est produit. Lire la suite

Votons responsable !

Les catholiques français tentent leur retour en politique, c’est bien… Nous avons vu précédemment différentes initiatives de laïcs catholiques et différentes prises de positions d’évêques français. Ca bouge ! Mais est-ce suffisant ? 

Une grande partie des déclarations épiscopales et certaines initiatives laïques sont centrées sur la notion de Principes non-négociables, communément surnommés les « PNN ». 

Je ne tiens pas à remettre en cause ces principes car je les ai défendu précédemment et je suis convaincu de leurs bien fondés car ils touchent l’essentiel : la personne humaine. 

Néanmoins une question se pose : mettre systématiquement en avant le discours de Benoît XVI de 2006 et ses trois PNN est-il pertinent ? Je me permets de répondre : non. Pourquoi ? 

Limiter le discernement pour les prochaines élections à seulement trois points est une très mauvaise idée car cela revient à faire une fixation sur seulement trois aspects de la doctrine sociale de l’Eglise… Or cette doctrine est plus vaste, plus riche que seulement trois interdits. Elle vise à construire la civilisation de l’amour, non a donner des cartons rouges aux candidats. 

Si, au lieu du discours de 2006, avait été mis en avant la note doctrinale du 24 novembre 2002, nous aurions eu une approche différente de la campagne. Celle-ci nous appelle certes au refus du compromis, mais elle nous invite aussi à faire de la politique et à tout faire pour éviter la catastrophe…Et surtout elle n’énumère pas que trois PNN, mais une liste bien plus longue…et non exhaustive. 

N’as t’on pas tronqué la doctrine sociale avec ces trois points ? J’ai bien peur que oui. D’autant que c’est la pensée du Pape lui-même qui se trouve élaguée. Le discours de 2006 n’est qu’un bref texte s’adressant a des parlementaires. La note de 2002 concerne toute l’Eglise et est un document long et précis sur toute la vie politique. Nous ne pouvons comprendre le discours de 2006 qu’en le mettant en perspective de la note de 2002. La conférence des évêques de France l’a bien compris en réalisant son excellent document. 

La conséquence de cela est qu’au nom de la « cohérence », certains se permettent d’appeler à…voter blanc. Cela malgré le risque qu’un François Hollande défenseur de l’euthanasie, du mariage homo, de l’homoparentalité et adversaire de l’école libre ne l’emporte… 

Le candidat socialiste a beaucoup de chance d’emporter le scrutin, Nicolas Sarkozy, malgré ses nombreux défauts, est le seul qui puisse encore le battre… Et surtout, son programme est le moins mortifère. 

Le minimum de responsabilité serait de faire barrage à Hollande ! Mais non… Au nom des mains pures ils ne veulent pas toucher au bulletin Sarko. 

« Ils avaient les mains pures, mais ils n’avaient pas de main. » 

Mais pourquoi un tel acharnement a ne pas vouloir voter Sarkozy (ne fut-ce qu’au second tour) alors que le plus « pro-mort » des candidats risque de l’emporter ?

Dans leur argumentaire ils répondent que le vote des autres n’entraîne pas leur responsabilité… Drapés dans leur habit blanc vont-il aller jusqu’à dire : « Je m’en lave les mains, cela n’incombe que la responsabilité des autres, pas la mienne ! ». Moralement un tel propos est insoutenable…et absurde car en refusant de cautionner un candidat ils font passer le pire… 

Quelle tête feront-ils quand le prochain gouvernement socialiste aura fait passer la loi sur l’euthanasie ? 

Quelle tête feront-ils quand tomberons les chiffres annuels des vieillards et des malades ayant reçu une injection léthale ? 

Quelle tête feront-ils quand, dans la mairie de leur ville, seront célébrés des mariages homos ? 

Quelle tête feront-ils quand des enfants seront adoptés par des couples gays ? 

Il ne faudra pas qu’ils se plaignent…Car en votant blanc, ces électeurs (essentiellement de droite) auront ouvert un boulevard à Hollande… 

Eh oui, la première des cohérences est d’être responsable des conséquences de ses actes.

Mgr Rey parle des présidentielles.

Les élections présidentielles de 2012, malgré des campagnes médiocres, ont révélé un phénomène original : le retour des catholiques dans la scène politique. Des fidèles laïcs, mais aussi le clergé, ont décidé de parler dans cette campagne électorale. Nous passons d’une discrète action « en chrétien » à un discours « en tant que chrétien ». 

Nous pouvons citer différentes interventions : le document de la Conférence des évêques de France du 3 octobre 2011, le livre « Quelle société voulons-nous ? » de Mgr Vingt-Trois, la vidéo réalisée par SAJE prod… Mais aussi en dehors du cadre ecclésial, au sein de la société civile : la Fraternité des Chrétiens Indignés. Dans les partis politiques, différentes organisations de laïcs (distinctement de l’Eglise bien sur) : les Poissons roses au PS, le PCD à droite. Enfin, hors tout cadre : le mouvement « Votons cohérent ». 

En un mot : ça bouge ! C’est très positif. Mais je souhaiterais revenir sur une déclaration : celle de Monseigneur Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon en date du 29 mars dernier.  Lire la suite

Vous avez dit non-négociables ? (3)

Etre catholique et citoyen n’est pas une sinécure. Différentes personnalités, différents mouvements se réclamant de la foi chrétienne sont actifs sur le terrain politique et ils vivent différemment la campagne présidentielle et le cas de conscience qu’elle implique. Nous voyons apparaître différentes stratégies pour tenter de mettre en œuvre la doctrine sociale de l’Eglise sans bafouer les points non-négociables… Stratégies que l’on peut toujours discuter tant du point de vue de la cohérence que du point de vue de l’efficacité.  Lire la suite

Vous avez dit non-négociables ? (2)

Que faire ? La note doctrinale du 24 novembre 2002 appelle clairement les catholiques à refuser tout compromis allant à l’encontre des points non-négociables… Cela signifie t’il que les croyants doivent se retirer dans une tour d’ivoire, se couper du monde politique ? Non, l’Eglise nous appelle à nous opposer contre ce qui heurte nos principes.  Lire la suite

Vous avez dit non-négociables ? (1)

La campagne présidentielle a mis le monde catholique français en émoi… La plupart des chrétiens ne savent pas vers qui se tourner tant l’offre politique ne semble guère évangélique. Dans ce brouillard politique, nous avons avec nous quelques instruments de navigation : Outre une riche doctrine sociale, l’Eglise a défini des « points non-négociables ». Par définition, ces points sont des problématiques fondamentales sur lesquelles nous ne pouvons pas transiger… Ils sont formulés dans la note du 24 novembre 2002 du préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi de l’époque, un certain Joseph Ratzinger… Ce texte est essentiel, il résume une grande partie de la doctrine sociale de l’Eglise en nous donnant des clés pour comprendre et nous repérer dans la vie politique actuelle.  Lire la suite

Epatant Monseigneur Léonard

Mgr André-Joseph Léonard, archevêque de Malines-Bruxelles, a une réputation de « conservateur » qui fait qu’il a été à maintes reprises vilipendé et même entarté (si, si) par de prétendus « progressistes ». 

Mais qu’est-ce que ce conservatisme que certains lui reprochent ? Tout simplement sa fidélité à Rome, son opposition aux « nouvelles mœurs » et une certaine liberté de parole. 

Pour la messe de minuit, Mgr Léonard en effet exercé cette liberté de parole avec une homélie qui en a surpris plus d’un. Le journal La Libre Belgique a rapporté cet évènement. Voici les extraits les plus significatifs.  Lire la suite

Indigné et chrétien

Il y a déjà quelques temps, différents sites (dont le mien) ont diffusé le manifeste des chrétiens indignés. Le mouvement a pris de l’ampleur, de nombreuses personnes convaincues par l’appel à la sobriété du manifeste ont contacté les référents. 

Cette fois-ci, les chrétiens indignés ont publié un très beau site Internet. Très beau car bien conçu mais aussi agrémenté des très belles peintures contemporaines de Véronique Van Eetvelde. Lire la suite

Lettre ouverte à mon frère chrétien libéral (économique bien sur).

Cher frère, 
Comme tu le sais, la « lettre à mon frère » est à la mode. Bon nombre de bloggeurs se sont livrés à cet exercice, et après moultes hésitations j’ai décidé d’en écrire une. Une lettre à toi, cher frère dans l’Eglise qui défend le libéralisme économique avec autant d’énergie que tu défends « Notre-Seigneur-Jésus-Christ », « Notre-Saint-Père-le-Pape-Benoît-XVI » ou « La-Vie-à-naître ». 

 

Tu n’es pas un « tiède », loin s’en faut, et je suis le premier à t’en féliciter. J’admire même ton courage avec tes prises de position à rebours d’une société qui ne demande qu’à mieux connaître le Christ. 

 

Mais, cher frère, saurais-tu que le libéralisme économique ne se confond pas avec la Doctrine sociale de l’Eglise ? Car quand je lis certains de tes blogs favoris, j’ai l’impression que notre Pape serait un néo-libéral convaincu et un ardent défenseur du capitalisme… 

 

Mieux encore : la note du Conseil Pontifical Justice et Paix serait un texte ne remettant pas en cause le néo-libéralisme ! Ou pire : certains de tes sbires vont jusqu’à prétendre que Justice et Paix ne serait qu’une petite officine, obscure, loin du Pape et (comble du vice) infiltrée par des crypto-marxistes ! 

 

Cher frère : tes amis libéraux seraient-ils paniqués au point de se contredire ? Au point de nier l’évidence : le Saint Siège n’est pas libéral. 

 

Relisons ensemble un passage clés de ce grand texte : « Mais qu’est-ce qui a donc poussé le monde dans cette direction aussi problématique, pour la paix également ? Avant tout un libéralisme économique sans règles ni contrôles. Il s’agit d’une idéologie, d’une forme d’  « apriorisme » économique qui prétend tirer de la théorie les lois de fonctionnement du marché et celles dites lois du capitalisme, en en exaspérant certains aspects. » Oui tu lis bien : la cause de la crise est bien un  « libéralisme économique sans règles ni contrôles ». Et son auteur est sévère avec cette idéologie car il lui attribue la cause de la crise. Pas moins !

 

Le Vatican appelle à la régulation, à des institutions financières supranationales, à une taxe sur les transactions financières…On est loin de la main invisible d’Adam Smith !

 

Frère néo-libéral, le Saint Siège est dur avec ton idéologie…reconnais-le au moins. Alors évidemment tu vas me répondre que le Pape est nul en économie et qu’il devrait se contenter de faire de la morale sexuelle et de traiter des questions fondamentales: la capote, l’avortement, l’euthanasie, les homos etc…

 

Pourtant tu le sais : Quand on défend la vie, on la défend à 100%. Pas que les bébés, mais aussi leurs parents qui se font licencier parce que leur usine se fait délocaliser en Chine néolibérale populaire. Et puis les parents Chinois qui dans leur nouvelle usine venant d’Europe se feront exploiter employer 60 heures par semaine pour une poignée de Yuan. Tu aimerais bosser dans ses conditions ? Bien sur que non cher frère.

 

Alors tu me diras sans doute : Frère Charles, tu es de gauche ! Qui a donc nettoyé ta cervelle à la lessive Saint Marx ? Ah la la, mon fréro, la politique ce n’est pas si simple. Il n’y a pas les cocos d’un côté et les libéraux de l’autre. Le bien commun ce n’est pas une histoire d’idéologie.

 

Eh oui, parfois je lis que ce n’est pas la faute du marché mais celle des Etats. Que c’est la faute des marchés et pas celle des Etats… C’est pas moi : c’est lui. Frère mais c’est un argument de cour de récrée ! Il y a énormément de responsables dans cette crise. Les banques qui ont spéculé sans limite, les Etats qui ont fait sauter ces limites, et incités les particuliers à s’endetter. Les gouvernements qui ont fait gonfler cette fichu dette. Les spéculateurs qui ont joué comme d’autres jouent à la roulette. Et j’en oublie un paquet !

 

La vraie question n’est pas « qui est le salaud qui nous a mis dedans », mais plutôt comment en sommes nous arrivé là et que faut-il faire pour s’en sortir ! OUI, que faut-il faire !?! Car il faut agir et en premier ceux qui sont responsables du bien commun : les Etats.

 

J’entends tes cris de douleur quand j’ai prononcé ce mot que tu ne supportes pas : Etat. Pardonne-moi, je ne veux pas te faire de mal. Mais accepte le, il faut réguler le marché. Je ne parle pas de dirigisme, ni de collectivisme, juste de régulation. Pas d’idéologie, juste du bon sens. La régulation ne remet pas en question la liberté économique, celle de monter sa boite, de gagner sa vie, de vendre, d’acheter, d’échanger. Elle est juste là pour éviter que l’excès de liberté des uns réduise en esclavage les autres, c’est tout.

 

Tu sais cher frère que ce casino mondial qui nous met tous dans la m… provoque chez moi l’indignation. Eh oui, je suis un chrétien indigné. Et honnêtement, quand je vois les ravages de cette idéologie, je me dis qu’il y a vraiment de quoi.

 

Allez cher frère, indignons-nous en famille !

De l’état de siège à l’esprit d’Assise

Paris a vu ces jours-ci certains évènements pas très glorieux pour « les cathos ». Le théâtre de la Ville, où était joué la pièce de Romeo Castellucci « Sur le concept du visage du fils de Dieu », a été littéralement pris d’assaut par des manifestants chrétiens. 

Vous connaissez mon point de vue sur cette pièce et sur la réaction à avoir. Je n’ai pas changé ma position. Je ne jette de pierres à personne. Ces gens ont certainement un amour sincère pour le Christ. Mais je n’aime pas la violence qui se dégage de cet évènement. Des prières chantées comme des cris de guerre, des actes physiques (jet d’œufs, d’huile de vidange sur le public) et pour finir l’atmosphère délétère du débat qui a suivi… Sur Facebook  j’ai été insulté très violemment par un jeune de ces mouvements. 

J’ai été tenté de vous reproduire les lignes que ce jeune homme (il a 19 ans) m’a envoyé…Mais non, ça ne sert à rien. Ces insultes vulgaires, sales, haineuses n’ont pas à être divulguées. Cela n’est hélas guère surprenant, regardez le site internet d’un de leurs mouvements (celui dont le nom figure sur la banderole), vous verrez qu’il n’ a rien de catholique. Juste du nationalisme, la nostalgie du 6 février 1934 (ils en fêtent l’anniversaire…) et puis…quelques claquements de bottes. 

Avec ces gens nous voyons se dessiner une mentalité : celle de l’état de siège. Ils sont terrés dans leur citadelle, refusant le monde tel qu’il est. De temps à autre ils font une sortie, âpre et violente, sans concession pour le monde moderne qu’ils exècrent.

 Mais l’actualité ne se résume pas à ces pathétiques exactions. Il y a un vrai évènement, un évènement mondial : le 25eme anniversaire de la rencontre d’Assise ! 

Il y a 25 ans, le Pape Jean-Paul II accueillait les dignitaires de presque toutes les religions du monde. Par cette rencontre était amorcé le dialogue interreligieux. Les chefs spirituels priaient ensembles pour la paix. Evènement extraordinaire et message puissant délivré au monde moderne qui assimile trop souvent foi et violence. 

NON, la religion n’est pas la guerre ! Bien au contraire le fait religieux est dans la nature de l’homme et peut être porteur de paix. 

Cette année Benoît XVI a décidé d’élargir encore la rencontre : toute les religions sont représentées, mais aussi des intellectuels athées comme Julia Kristeva. 

Mais pourquoi Assise ? 

Parce que cette rencontre est illuminée par le personnage de Saint François d’Assise. C’est lui qui a tenté le premier dialogue interreligieux de l’histoire en tentant un dialogue avec le sultan d’Egypte Al-Kamel. Chose impensable à l’époque. François était un homme de paix et de dialogue, il refusait la violence… 

L’Esprit d’Assise, le dialogue avec l’autre, celui qui est différent, qui parfois est considéré comme un ennemi ou au moins comme un rival. Voila qui est à l’opposé de l’esprit d’état de siège de nos chers croisés… 

Vivons l’Esprit d’Assise ! Quand quelque chose nous choque, au lieu d’agresser son auteur, allons plutôt lui parler. Tous le monde en sortira grandit !

Le Pape et l’Autorité publique universelle : un document choc.

Le 24 octobre, le Conseil pontifical Justice et Paix a publié un document très attendu : Pour une réforme du système financier et monétaire international dans la perspective d’une autorité publique à compétence universelle. Il s’agit d’une proposition du Saint Siège dans le cadre de la lutte contre la crise financière.

Le texte n’est pas de la main de Benoît XVI mais il a son entière approbation. Justice et Paix parle au nom du Pape sur les questions politiques et sociales. Ce dicastère est dirigé par le Cardinal Peter Turkson, prélat d’origine Ghanéenne. Il est notamment connu pour ses critiques envers la multinationale Monsanto…

Ce texte est très intéressant car il s’inscrit dans la suite de l’encyclique Caritas in Veritate. Le Pape appelait déjà à la création d’une Autorité publique à compétence universelle pour le gouvernement mondial de la finance. Le document de Justice et Paix développe cette question.

Il est difficile de résumer en quelques lignes une note de treize pages. Je vais donc évoquer quelques points.

Ce document part de la crise actuelle, qui est non seulement économique mais qui est susceptible d’avoir des conséquences sur la paix. Il tente d’apporter une explication à cette situation :

« Mais qu’est-ce qui a donc poussé le monde dans cette direction aussi problématique, pour la paix également ? Avant tout un libéralisme économique sans règles ni contrôles. Il s’agit d’une idéologie, d’une forme d’  « apriorisme » économique qui prétend tirer de la théorie les lois de fonctionnement du marché et celles dites lois du capitalisme, en en exaspérant certains aspects. »

La traduction n’est pas très belle, mais le contenu est clair. La cause du problème est l’ultralibéralisme, cette idéologie qui refuse toute régulation du marché y compris au niveau mondial. Certains esprits chagrins diront peut-être que cela ne vise pas le libéralisme mais l’absence de réglementation…Non, le texte est clair et son auteur insiste à plusieurs reprises sur « l’idéologie néolibérale ». Donc ne faisons pas dire au Saint Siège ce qu’il ne dit pas.

Le texte développe donc sur les ravages du néolibéralisme et des idéologies liées : l’utilitarisme (ce qui est utile à l’individu, est utile à la communauté), et la technocratie (les solutions sont exclusivement techniques). Le bien de tous ne passe pas que par ce qui est utile à chacun, le Saint siège vient ajouter à cela un principe de solidarité. Quant à la technique, elle ne peut répondre à tous les problèmes, au contraire il y a avant tout une question éthique : cette crise est surtout une crise morale.

Solidarité, éthique, régulation de l’économie mondiale, cela ne peut avoir lieu que dans le cadre d’une autorité publique mondiale dont le but est de servir le bien commun.

Vaste programme ! Justice et paix qualifie cette autorité de supranationale (ce qui va faire hurler nos souverainistes, fussent-ils de bons catholiques).

Son objet ? « Elle a pour but de favoriser l’existence de systèmes monétaires et financiers efficients et efficaces, c’est-à-dire de marchés libres et stables, disciplinés par un ordonnancement juridique approprié, fonctionnels au développement durable et au progrès social de tous, et s’inspirant des valeurs de la charité et de la vérité. »

Nous sommes loin de l’ultralibéralisme. Il s’agit donc d’une autorité garantissant un échange commercial libre mais régulé, organisé, permettant le progrès social des peuples et dans le respect de la création. Nous sommes loin de la « main invisible » d’Adam Smith !

Evidemment cela ne se fera pas d’un coup et le texte développe les différentes phases de constitution de l’autorité.

Ce n’est pas non plus une organisation aplatissant les cultures, un totalitarisme mondial : « Une Institution supranationale, expression d’une « communauté des nations » ne pourra exister longtemps, si, (…) les diversités des pays ne seront pas reconnues ou pleinement respectées ». L’unité mondiale ne peut se faire que dans la diversité, et dans le respect du principe de subsidiarité comme le précise le texte plus loin.

Principe de subsidiarité mais aussi principe de solidarité entre les Etats, la société civile mondiale et l’Autorité publique universelle.

Le Saint Siège reconnait le long chemin pour parvenir à un tel « gouvernement mondial » (le mot figure dans le texte), et il propose qu’il soit mis en place à partir de l’ONU qui serait réformée.

« Le fruit de ces réformes devrait être une plus grande capacité dans l’adoption des politiques et des choix contraignants parce qu’orientés vers la réalisation du bien commun local, régional et mondial. »

Contraignants : ce gouvernement mondial n’est pas « international » mais « supranational ». La seule institution comparable à ce projet est l’Union Européenne, dont le droit communautaire prime sur le droit national. Tout comme l’Europe unie, l’autorité mondiale se fera par le multilatéralisme. Le Vatican explique clairement qu’il faut passer de la gouvernance mondiale, de forme intergouvernementale, au gouvernement mondial, multilatéral avec une institution supranationale.

Il fait référence à une solidarité fiscale mondiale. Cela implique donc des taxes mondiales, ressources propres de l’autorité universelle pour constituer une réserve financière mondiale et instruments de régulation économique. Ces taxes toucheraient les transactions financières.

Critiquant intelligemment le système financier actuel et les faiblesses des instances actuelles, le document appelle à la création d’une banque centrale mondiale conçue sur le modèle des banques centrales nationales.

En conclusion le texte reconnait les vices mais aussi les aspects positifs de la mondialisation. Le monde s’unifie, les peuples coopèrent entre eux. Mais cela doit être organisé afin que surgisse un état de droit mondial.

« Seul un esprit de concorde, qui surmonte les divisions et les conflits, permettra à l’humanité d’être vraiment une seule famille, jusqu’à concevoir un monde nouveau avec la constitution d’une Autorité publique mondiale, au service du bien commun. » 

Alors : Utopie ou projet réaliste ?

C’est difficile à dire, mais il faut espérer qu’il soit réaliste. Nous ne pouvons pas en rester là. Ce libre-échange sans la moindre régulation ruine nos économies, fait plonger dans la misère des millions de famille, détruit des emplois par les délocalisations et réduit en esclavage les travailleurs du sud. Soit la mondialisation est maitrisée par une Autorité mondiale, soit les Etats devront se protéger par des politiques de protectionnisme ne serait-ce qu’au niveau régional. L’idée d’Arnaud Montebourg n’est pas insensée bien au contraire.

Donc il nous faut soit une Autorité mondiale digne de ce nom, soit une politique de démondialisation.

Indignons-nous de ce Casino mondial et faisons circuler ce document révolutionnaire !