Le jour où Facebook s’est effondré.

La capuche d’un sweat relevée sur la tête, les yeux baissés vers le sol, un homme monte discrètement à l’arrière d’une limousine. Direction : un petit aéroport situé aux confins du Nevada à quelques heures de Palo Alto. De là, un avion l’emmène vers une destination inconnue de tous. Certains parlent d’une île du Pacifique, d’autres évoquent la Patagonie, les Bahamas…

Mark Zuckerberg est en fuite, il veut se faire oublier : Facebook vient de s’effondrer. 

A plus de 900 millions d’utilisateurs, il a décidé de faire coter son entreprise en bourse. Bien mal lui en a pris, le titre a chuté, chuté…Les ennuis ont commencé, les Anonymous en ont profité. Facebook a subi des attaques électroniques sans précédent. Les pirates étaient « Légions » et ils se sont trouvé un mystérieux leader : un pseudonymous appelé « Abaddon »… Suite à cette déroute les spéculateurs en ont profité.

La société a été déclarée en faillite et les autres sociétés du Web ont suivi Facebook dans sa descente aux enfers. Abaddon et Légion n’allaient pas s’arrêter là. Ils voulaient anéantir les sociétés qui régnaient sur le Web.

Les mystérieux mécanismes de la finance, de la spéculation, de la psychologie cybersociale, de l’activisme cyberpolitique ont eu raison du cybermonde. C’est tout l’Internet 2.0 qui a sombré…

Une panique générale a touché les internautes, dans les dernières heures du réseau social ils ont tenté de supprimer les données personnelles de leurs profils…ce qui a bloqué le système. Les tweets alarmistes ont fusé : « Dernier #FF avant la chute du sixième continent. » « Les #Mayas avaient raison », « #Zuckerberg m’a tuer » etc. Et Twitter a suivi le mouvement : coulé lui aussi, avec nombre d’autres sites et réseaux sociaux. Google et Yahoo ont peiné à survivre… Internet était revenu à sa situation d’avant Facebook.

« Le sixième continent a fini comme l’Atlantide » titre Le Monde, « La défaite du narcissisme » annonce La Croix. Une immense vague de solitude et de perte de reconnaissance a touché les utilisateurs de Facebook. Le nombre d’arrêt de maladie a été multiplié par trois, les médecins ont été débordés de consultations psychologiques. Le nouveau Président français est tout de suite intervenu. Descendant du TER qui le ramenait d’une visite officielle, il annonça à la presse une mesure pour pallier à cette « cyber crise » : la mise en place de la brigade d’intervention psychologique (BIP) joignable à tout moment.

La mort des réseaux sociaux a aussi été celle de la majorité des blogs : Hautetfort, WordPress, Blogspot et Overblog ont déposé le bilan un mois plus tard. Les blogueurs bricolèrent des sites sans hébergeur. S’accrochant à leur blog comme à un radeau, ils étaient devenus les naufragés de l’Atlantide 2.0.

Faisant tournoyer de la bière au fond de leur chope, l’air grave et les yeux hagards, les blogueurs cathos se sont réunis d’urgence dans la cave d’une taverne parisienne. L’ambiance était triste. Mais ils comprirent une chose : s’organiser en Fraternité d’internautes, se rencontrer « In Real Life » (IRL) les avait mis à l’abri de l’extinction des communautés virtuelles (WebCommunity). La cyber crise avait anéanti la plupart des communautés qui s’étaient constituées. Elles ne reposaient que sur des relations virtuelles et leurs membres ne se rencontraient pas, ne se téléphonaient pas, et ne pouvaient s’écrire…car ils n’avaient aucune autre coordonnée qu’un profil Facebook ou Twitter. Ces réseaux n’avaient donc de social…que le nom. Et le sixième continent n’était qu’une abstraction…Les blogueurs cathos avaient, involontairement, anticipé cette catastrophe en dressant une carte de France où était situé le lieu de résidence, ou la paroisse, des blogueurs. Ils étaient territorialisés dans le monde réel et non situés dans « un monde des idées » purement abstrait. Leurs rencontres régulières, ces liens en dehors des réseaux sociaux firent que ce « club » était une réalité sociale qui pouvait résister à cette catastrophe.

Peu après cette crise, la Conférence des Evêques de France publia le document « Grandir dans la CyberCrise ». Il peut être considéré comme la conclusion de cette catastrophe. Extraits :

« La cyber crise fût un évènement de vérité. Les réseaux sociaux sont construits sur l’échange d’information, le contact, la réciprocité, mais ces relations sont abstraites. Sans visage, sans contact réel, ces relations sont contrôlées par les différents interlocuteurs. Ils peuvent, à leur guise, donner d’eux l’image qu’ils souhaitent, et ainsi montrer un visage qui n’est pas conforme à la réalité. Inversement, ce type de rapport peut inciter à tout montrer de sa vie, sans préserver une indispensable intimité. Cette exhibition, en dehors des dangers qu’elle représente, peut recentrer la personne sur elle-même et ainsi la sortir d’une relation de don à une relation égocentrique invitant le plus grand nombre à poser son regard sur elle. » 

 « De telles relations peuvent être gagnées, voire même dominées, par un narcissisme qui peut les rendre malsaines. La cyber crise a ainsi permis aux internautes de modifier leurs relations avec leurs « amis » des réseaux sociaux. Si leur relation est authentique, réelle, la crise n’a pas pu l’affecter, au contraire elle s’en est trouvé renforcée par les rencontres « IRL » qui l’ont probablement suivi. Car une rencontre réelle, sincère est, souvent, poursuivie en dehors du réseau social, soit par une « IRL », soit par courrier, mél, téléphone, Skype. Une rencontre qui se cantonne à Facebook, sans aucune autre perspective, risque bien d’être superficielle. » 

« Il peut donc être opportun de vivre cette crise comme un appel à être plus présent dans le monde réel, plus incarné. Le monde ne connaît que cinq continents, mais ces continents sont les merveilles que Dieu nous a données. Le sixième continent n’existe pas. Le Net, malgré ses qualités exceptionnelles, avait pour vocation d’être un moyen de mieux communiquer et de mieux vivre dans ces cinq continents…et non d’être un univers à part entière. »

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6 réflexions au sujet de « Le jour où Facebook s’est effondré. »

  1. Ping : Le jour où Facebook s’est effondré. | Quand la Nouvelle est Bonne | Scoop.it

  2. Un grand bravo, Charles, pour cet excellent billet qui fait du bien à l’heure du Tout Facebook, et que je ne manquerait pas de faire circuler…

    Sans attendre ce type d’évènement, les évêques, en 2006, avaient déjà écrit un petit ouvrage pour remettre les choses à leur place sur la tendance au dévoilement de l’intimité auquel les médias se prête, la réflexion pouvant bien sûr s’élargir aux réseaux sociaux.

    http://www.eglise.catholique.fr/eglise-et-societe/medias/quand-les-medias-devoilent-lintime.html

    Bonne fête de Pentecôte !

  3. Ping : Je lis. Et je vis. | au bord de mon chemin

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