#EGC : Le mariage gay, un changement de civilisation ?

Le mariage gay constitue-t-il une première étape vers un changement de civilisation ? Cette question importante sera discutée aux prochains Etats généraux du Christianisme du 12 au 14 octobre prochain à Strasbourg. L’avant-projet de loi sur le mariage pour tous, révélé en exclusivité par La Vie, permet d’apporter des éléments de réponse à cette question. Sans développer sur le contenu du projet, il faut préciser qu’il ne s’agit nullement d’un mariage gay qui serait une sorte de PACS amélioré distinct du mariage civil. Non, le projet est plus important car il entend modifier les articles du Code Civil sur le mariage pour l’étendre aux couples de même sexe. Il s’agit donc d’une profonde réforme du mariage et de la famille, non d’un « mariage bis ».

Le projet de loi est précédé d’un texte exposant sa raison d’être. Il explique que le mariage était une « Prérogative exclusive de l’église durant l’Ancien régime, le mariage civil, révocable et enregistré en mairie a été institué par la loi du 20 septembre 1792. Ce mariage laïc, qui pour l’essentiel transpose les règles du droit canon, n’a toutefois pas été défini par le code civil. » Arguments historiques à la clé, le gouvernement affirme que l’Etat s’est contenté de se substituer à l’Eglise pour encadrer un mariage civil directement inspiré du droit canon… Cet argument est fallacieux et révélateur d’une mutation sociétale très profonde.

Pourquoi est-il trompeur ? En réduisant le caractère hétérosexuel du mariage à l’application d’un dogme religieux, le gouvernement cherche clairement à éliminer toute opposition et tout débat. En effet, peut-on débattre d’un dogme dans une République laïque ? Non, car la laïcité implique que la loi soit élaborée à partir de la raison et non d’une vérité révélée. Mais le gouvernement semble oublier que le mariage monogame, hétérosexuel et stable n’est pas le fruit d’un dogme catholique. En effet, on le retrouve dans de nombreuses autres civilisations. En France, le mariage institué en 1792 puis refondé par Napoléon Bonaparte en 1804 ne s’inspirait nullement du Droit canon mais plutôt du  Droit romain. Le gouvernement avance donc un argument historique inventé de toute pièce. Le mariage civil actuel n’est pas non plus défendu uniquement par l’Eglise catholique. Nombreux sont les philosophes, psychiatres et autres intellectuels qui sont opposés au mariage pour tous et à l’homoparentalité. Sylviane Agacinski, philosophe socialiste et agnostique, a plusieurs fois manifesté son opposition à ces réformes. Son raisonnement n’a rien de religieux. Les personnalités catholiques qui s’expriment ne mentionnent ni la Bible, ni le magistère. Philippe Ariño, essayiste catholique et homosexuel le dit lui-même : « ce que les promoteurs du « mariage pour tous » ont du mal à comprendre, c’est que c’est juste humain de s’insurger contre les conséquences graves de certaines lois déconnectées du Réel, de certaines pratiques et manipulations génétiques qui concernent la vie et les êtres humains les plus fragiles. Cela relève du bon sens. » De même, le pédopsychiatre Vincent Rouyer avance de nombreux arguments scientifiques… point de religion là-dedans !

Le mariage civil n’est donc pas une question religieuse mais sociétale. Il est le cadre de la famille à laquelle il donne une base solide et durable.

L’autre aspect des motifs de ce projet de loi est le changement de civilisation. La référence au rôle de l’Eglise dans l’Ancien régime vise clairement à faire entrer cette réforme dans une « marche du progrès ». Fini les relents d’Ancien régime qui hantent çà et là notre Droit. Place à la nouveauté et au progrès ! La nouvelle société n’aura plus aucun aspect chrétien, les racines chrétiennes seront définitivement coupées. L’exposé des motifs le sous-entend bien tout en commettant l’erreur citée plus haut… Le projet présente le mariage civil comme crypto-chrétien pour mieux le discréditer et pour faire de sa réforme un acte de transformation de la société. Le mariage pour tous est donc un projet laïciste qui reflète une vision du monde désirant se démarquer de celle de l’Eglise. Le laïcisme creuse un peu plus le fossé entre la République à la française et l’Eglise… ce qui est bien dommage car la foi chrétienne s’accommode très bien du régime républicain et de la laïcité positive.

Le projet de loi donne une nouvelle définition du mariage et donc de la famille.  La cellule familiale ainsi réformée redéfinie totalement notre société. Il s’agit donc d’une étape de plus dans la grande mutation sociétale en cours, comme l’exposé des motifs le reconnait lui-même avec une étrange coquille dans le texte : « Une nouvelle étape paraît doit donc être franchie. »

Bien sûr, le projet de loi s’arrête là. Il refuse d’étendre la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples homos, et de légaliser la gestation pour autrui (GPA) comme le propose Esther Benbassa (EELV) dans son projet. Mais là encore ce n’est qu’une question de temps. Les revendications se font entendre, PMA et GPA seront les étapes suivantes…

Jusqu’où ira cette mutation ? Jacques Attali[1], a tranquillement envisagé la polygamie. La presse évoque parfois le « polyamour », les ménages à plusieurs et autres trouples. Ce dernier concept a eu les honneurs d’un article du Monde.

Tout semble possible car l’idéologie qui sous-tend ces réformes est libertaire : l’Homme est libre de tout faire pourvu qu’il le désire. Rien ne doit s’interposer au désir de l’Homme, rien… surtout pas la réalité ! Car c’est là que le bât blesse : l’idéologie libertaire, comme toutes les idéologies, vise à remodeler la réalité selon une vision du monde basée sur des représentations virtuelles. Philippe Ariño le dit bien : « Le problème est que nos amis « pro-mariage pour tous ceux qui le désirent » font le chemin contraire : ils veulent mettre le papier et la bonne intention avant le Réel. Ils inversent les choses parce qu’ils se prennent pour Dieu, un dieu athée égoïste qui installe la conscience individuelle humaine comme unique énonciatrice du bien et du mal, sans idée de transcendance pour le coup. »

Il est grand temps de revenir à la réalité.


[1] Emission Ce soir ou Jamais, France 3, 17 janvier 2012

Mélenchonia

Il est une humeur qui est à la mode en ces temps de crises : la mélancolie. Lars von Trier l’a mis en scène dans son dernier film intitulé Mélancholia. Un film à l’atmosphère de fin du monde où une petite planète va mettre un terme à l’humanité…un film ajusté au calendrier Maya qui nous annonce des joyeusetés pour la fin de l’année (je n’y crois pas si ça peut vous rassurer). 

Je n’ai pas vu ce film, salué par la critique certainement à raison, et je ne vais pas vous en parler… Simplement, cette mode de la « mélancholia » semble avoir pris une forme originale en cette campagne présidentielle. Cette forme est celle de la « Mélenchonia »…Oui vous avez bien lu, ce n’est pas une faute de frappe ou un quelconque « lapsus calami », j’ai bien écrit la « Mélenchonia ». Mais qu’elle est cet OVNI des humeurs ?  Lire la suite

Les expériences démocrates chrétiennes françaises jusqu’en 1940 (2)

La dissolution du Sillon en 1910 n’a pas arrêté l’enthousiasme de Marc Sangnier et des démocrates-chrétiens français. Même si cet épisode a été un coup dur, la demande de Pie X ne visait pas la notion de Démocratie-chrétienne. C’était avant tout un appel à la prudence et une remise en cause du mode de fonctionnement du mouvement : un système dirigé par des laïcs et où des prêtres se trouvaient sous leur direction… Lire la suite