L’alibi de l’homophobie

Manif LGBT« L’homosexualité perçue de manière positive par 90% des Français.» C’est la conclusion du sondage Ifop diffusé le 14 décembre par France Inter. Bien sûr ce n’est qu’un sondage, mais il a été effectué par un grand institut et commandé par une association gay. Il ne peut donc être soupçonné de manipulation en faveur d’organisations hostiles au lobby LGBT qui affirmeraient qu’il n’y a presque plus d’homophobie en France. Ce chiffre révèle une très nette évolution en faveur des personnes homosexuelles : en 1996, seuls 67% des sondés étaient de cet avis, et en 1986, 54%. Cette opinion favorable indique un net recul de l’homophobie, ce qui est une excellente nouvelle.

Nous pouvons comparer ce chiffre avec ceux concernant l’opinion vis à vis du mariage pour tous et de l’homoparentalité. Le plus récent est le sondage Ifop du 16 décembre : 60% des sondés sont pour l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe, et 46% sont favorables à l’adoption. Mais alors, pouvons-nous conclure que les 40% de sondés qui ne sont pas favorables au mariage pour tous, et que les 54% en désaccord avec la possibilité d’adopter sont de funestes homophobes ? Non, car si on en croit le premier sondage, qui dit que 90% des Français perçoivent l’homosexualité de manière positive, les 40% de personnes opposées au mariage pour tous, et les 54% qui sont opposés à l’adoption devraient être contenus dans les 10% qui ne perçoivent pas l’homosexualité de manière positive, si c’était le cas. 

Bien sûr, ce ne sont que des sondages, mais je tiens à souligner l’absence d’homophobie des opposants au mariage pour tous, parce que je sais que la démarche des manifestants du 17 novembre, et bientôt du 13 janvier, est aussi de manifester contre toute homophobie.

La société a bien évolué, l’Église catholique aussi. Jean Mercier, journaliste à La Vie, a écrit un passionnant article sur le regard des catholiques sur l’homosexualité. Je cite : « Le problème des catholiques est l’accusation d’homophobie, de la part d’une société civile qui ne comprend pas du tout la distinction que fait l’Église catholique entre son rejet du péché et son accueil du pécheur, distinction qui trouve son application concrète, pour les personnes concernées, dans l’espace confidentiel du confessionnal. Cette distinction étant devenue illisible, il était important que les catholiques se démarquent clairement de l’accusation d’homophobie, en affichant sinon leur homophilie, du moins leur refus de l’homophobie sous toutes ses formes. » Et il ajoute « Cet automne, en l’espace de quelques semaines, on a vu se multiplier les déclarations d’évêques contre le mariage gay, dont la plupart s’accompagnaient d’une condamnation explicite de l’homophobie (…) Jamais, de mémoire de catholique, on avait vu autant de hiérarques rappeler au même moment que le mépris envers les personnes homosexuelles est une chose grave. »

Mais bien au-delà de cela, nous voyons maintenant l’Église, les croyants (y compris les plus classiques) accepter de se faire bousculer par le témoignage de personnes homosexuelles. Jean Mercier (qu’il faudrait citer dix fois, je vous renvoie donc à son blog) parle longuement des nombreuses conférences et interventions de Philippe Ariño dans les paroisses, aumôneries et autres organisations catholiques. Son discours est vrai, profond, et il n’a pas peur d’employer les formules les plus fortes pour appuyer son témoignage.

Peut-on encore parler d’homophobie de la part des chrétiens et plus largement des opposants au mariage pour tous, loin d’être tous chrétiens ? Bien sûr que non. Nous sommes très nombreux à pouvoir en témoigner : ce n’est pas chez nous qu’un enfant sera rejeté de ses parents parce qu’il est homo. Ce ne sont pas des manifestants du 17 novembre qui empêcheront leurs enfants de jouer avec des bambins de familles homoparentales. Ce ne sont pas les opposants au mariage pour tous, qui militent aussi contre l’homophobie, qui éviteront un collègue gay ou une voisine lesbienne. Nous savons que l’homophobie existe, je suis bien conscient que nous ne vivons pas dans un monde parfait, mais il n’y a pas de raisons de penser que l’homophobie vienne forcément de nous.

Tout ostracisme envers des personnes homosexuelles est à bannir. Nous ne voulons plus de l’homophobie dans notre société. Mais nous voulons aussi que les enfants gardent des repères clairs, qu’ils sachent d’où ils viennent et donc que la filiation biologique soit préservée. Or, le projet de mariage pour tous, à la différence d’une alliance civile ou du PACS, impacte le droit de la filiation. Cela pose problème, et malgré tout l’amour et la bonne éducation qu’un couple homo pourra donner, cela ne réglera pas la problématique de la filiation. C’est une question touchant les droits de l’enfant, or ces droits sont justement menacés par une autre approche qui est celle du droit à l’enfant, comme si tout couple avait droit à avoir un enfant, même si cela est naturellement impossible. L’idée de droit à l’enfant ne concerne pas que les couples homosexuels : il s’agit d’une question beaucoup plus vaste touchant toutes les questions de bioéthique.

Mais dire cela est, malheureusement, considéré comme homophobe par des partisans du mariage pour tous. Le blogueur Jibitou a écrit un très bon article sur ce sujet où il nous expose une mécanique implacable : le mariage pour tous consacre l’égalité entre les personnes hétérosexuelles et homosexuelles ; si vous êtes contre le mariage pour tous, vous êtes contre l’égalité donc vous êtes homophobes. Inquiétant syllogisme mis en œuvre par de très nombreux partisans du projet. Jibitou cite l’exemple du journaliste Bruno Roger-Petit. Les autres exemples sont très nombreux : l’observatoire des déclarations homophobes sur Libération, où l’on trouve mélangées d’authentiques phrases homophobes et d’autres qui ne sont que des oppositions au projet de loi ou des réflexions sur ses conséquences possibles. Le tumblr hop-hop-hop homophobie recueille tout ce qu’il considère comme homophobe en faisant le même amalgame que Libération.

Le magazine LGBT Yagg a sans doute décroché la palme : il a lancé un sondage pour élire la pire déclaration homophobe de l’année. Ainsi nous trouvons « Non aux pédés, la famille c’est sacré», slogan à la manif de Civitas, qui est une vraie formule homophobe à côté de propos qui sont d’une nature totalement différente : «Si, bien sûr, on peut imaginer de mettre en place un statut d’union civile et de transférer les droits sur un statut d’union civile. Ça peut se faire.» Valérie Pécresse, députée UMP, à qui l’on fait remarquer qu’il ne sera pas possible de «démarier» les couples homosexuels … elle n’a fait qu’aborder une question juridique ; «Un papa, une maman, on ne ment pas aux enfants» d’Alliance Vita ; «Une famille, c’est un père et une mère» par Nicolas Sarkozy ; «Les politiques qui portent atteinte à la famille menacent la dignité humaine et l’avenir même de l’humanité.» par Benoît XVI qui était en tête des votes quand j’ai consulté la page… Nous pouvons nous demander en quoi ces formules qui ne font qu’exprimer une opinion contre le mariage pour tous sont homophobes ?

Adopter un raisonnement qui fait d’un opposant au mariage pour tous un sinistre homophobe revient à annihiler tout débat. Car il n’y a pas de débat à avoir avec des homophobes, l’homophobie étant condamnée par la loi. La suite logique est implacable : pas de débat possible, donc la loi ne peut qu’être adoptée. Peut-on encore parler de démocratie puisque les contradicteurs sont marqués du sceau de l’homophobie, et qu’il n’y a aucune discussion possible ?

Il faut couper court à un tel raisonnement car il est injuste puisque faux, et dangereux car antidémocratique.

Le 13 janvier je manifesterai à Paris contre le mariage pour tous et contre l’homophobie. En sachant que s’opposer à ce projet de loi n’est pas un acte homophobe, je manifesterai aussi pour défendre la démocratie et pour qu’il puisse y avoir un vrai débat dans notre pays.

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13 réflexions au sujet de « L’alibi de l’homophobie »

  1. Je suis moins enthousiaste que vous sur la distinction, traditionnelle dans l’Eglise catholique, entre le péché et le pécheur, que reprend Jean Mercier. Distinction qui conduit l’Eglise à proposer aux personnes homosexuelles de vivre, leur vie durant, dans la continence… J’ai cru comprendre que Philippe Arino y trouvait personnellement, un sens à sa vie. Dont acte ! Mais est-ce une raison pour l’imposer à tous ? Je crains, hélas, qu’il ne reste de fait une réelle homophobie dans l’Eglise catholique. Si des mouvements de laïcs chrétiens comme les Semaines sociales de France se sont prononcées contre le mariage pour tous mais également pour l’union civile (au sens de la proposition de l’Unaf) on voit bien que la conférence des évêques de France se contente d’être contre le projet de loi sans lui opposer la moindre alternative !

  2. Mr Poujol : l’Église propose également la continence avant le mariage, la fidélité durant le mariage, l’ouverture à la vie, le respect de l’intégrité sexuelle des enfants… Certaines personnes n’y trouvent pas leur compte : l’Église devrait donc cesser de les proposer ? En quoi l’Église devrait-elle adapter son discours en fonction « du sens » que les hommes y trouvent ?

    L’Église propose la vérité : elle ne l’impose jamais. Elle met les hommes devant des choix que personnes d’autres ne propose et qui se réalisent dans la liberté. Si l’Église avait un discours qui dépendait du sens que chacun y trouve, elle n’aurait tout simplement plus rien à proposer, parce que tous individuellement, nous pouvons être en contradiction avec ce qu’elle dit ou au contraire y trouver un vrai sens. Par contre, elle peut, au-delà du discours, appuyer de manière plus importante sur le sens du discours, et ce c’est ce qu’elle a commencé à faire.

    Le jour où l’Église aura commencé à adapter son discours en fonction de la capacité des hommes à le recevoir, elle aura commencé à disparaître, parce qu’elle tout simplement perdu son propre sens.

    La conférence des évêques de France ne propose pas d’alternatives, parce qu’il n’y a pas à en avoir. Le droit propose déjà aux individus, indépendamment de leur « orientation sexuelle » tous les outils juridiques nécessaires pour répondre aux préoccupations des personnes homosexuelles ayant la responsabilité d’enfants. Proposer une solution juridique spécifique, ce serait, d’une certaine manière, consacrer par le droit un état de fait, dont on sait qu’il n’est pas bon pour les enfants, ce qui revient au même que le mariage pour tous.

    L’Église ne propose donc pas d’alternative, parce qu’il n’y a pas besoin d’alternative…

  3. bonjour,
    merci de votre article, très intéressant.
    Toutefois, j’ai aussi réagi à l’article de Jean Mercier… et je crains toutefois un petit amalgame : le risque est toujours de réduire la personne à ses actes…
    Ce n’est pas parce que ce qu’il fait n’est pas bon que la personne est haïssable, mais ce n’est pas parce que ce qu’elle est est éminemment digne que tous ses actes sont bons.
    Donc… non à « l’homophobie ».
    et non à « l’homophilie »

  4. Le problème est que le 13 janvier, vous manifesterez aux côtés de vrais homophobes comme Civitas, qui se joint à cette manif, et qui invoqueront votre présence comme une adhésion à leurs idées.
    Quant au fait de refuser aux homosexuel le droit de se marier au nom du refus de l’homophobie… Disons que le message n’est pas très clair. Ni très cohérent.

    • Merci pour votre commentaire. Concernant Civitas c’est plus complexe. Se sont-ils joint à la manif du 13 janvier ? Ce n’est pas complétement certain quand on regarde les communiqués d’Alain Escada qui attaquent violemment Frigide Barjot, Xavier Bongibault et la démarche anti-homophobie de la manif. Eux-même ne se reconnaissent pas dans ce mouvement… D’autre part, si ils viennent, ils ne pourront brandir leur pancarte car ne seront utilisées que les pancartes officielles. Enfin, ils sont très minoritaires : les chiffres de la manif du 18 novembre étaient ridicules en comparaison de ceux du 17.
      Nous n’avons rien en commun avec Civitas : ni sur le fond, ni sur la forme. C’est clair tant de notre côté que du leur.

      Sur le refus de l’homophobie et le refus du mariage pour tous : oui, on peut refuser les deux. Le principal argument du refus du mariage pour tous est le problème de la filiation et la notion de droit à l’enfant vs droit de l’enfant. Je vous renvoi aux conférences d’Aude Mirkovic et au blog du juge Rosencveig. Quant au refus de l’homophobie, c’est tout aussi clair : toute stigmatisation, toute haine est un outrage à la dignité de la personne humaine. Je n’ai rien contre les homos, je les respecte. Mais le mariage pour tous implique un bouleversement du droit de la filiation et cela pose problème pour les enfants. Donc non, je ne peux être favorable au mariage pour tous… mais je suis favorable à un PaCS renforcé.

  5. Ping : L’alibi de l’homophobie | Fin de Vie | Scoop.it

  6. Dans ce cas, pourquoi les catholiques ne se sont jamais dressés aux côtés des homosexuels pour lutter contre les discriminations injustes ? Il suffit de regarder par exemple ce qui se passe en Afrique pour constater que les militants homosexuels qui luttent pour des choses aussi basiques que la décriminalisation ou la possibilité de vivre avec quelqu’un ne peuvent compter sur le soutien de l’Eglise : http://www.lifesitenews.com/news/nigerias-bishops-praise-ban-on-public-expression-of-homosexuality

    Quand à l’acceptation de l’homosexualité en Occident, il serait juste de rappeler que cette évolution n’est pas grâce à nous les catholiques…. Je suis donc un peu mal à l’aise face à cette auto-canonisation. 🙂

    • Cher Monsieur,

      vous ne pouvez demander à l’Eglise de s’occuper de toute la misère du monde, dans le sens où l’action qu’elle produit en Afrique est bien plus importante que de perdre son temps dans des manifestations. Chaque elle soigne plus du quart des malades du SIDA, et aide les plus démunis, loin de toute publicité.

      L’Eglise ne jugeant pas les hommes à travers leur orientation sexuelle, il est donc normal qu’elle n’ai pas pris par à ces mouvements, mouvements qui je le rappelle ont souvent été christianophobes

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