Conférences sur Frédéric Ozanam

Frédéric OzanamDans le cadre du bicentenaire de la naissance de Frédéric Ozanam, la Société de Saint Vincent de Paul m’a invité à donner des conférences sur la pensée politique de Frédéric Ozanam. C’est depuis les JMJ de 1997, où il a été béatifié, que je me suis pris d’affection pour lui. Certains ont leur saint préféré : beaucoup sont fans de Ste Thérèse, d’autres sont des inconditionnels de Pier-Giorgio Frassatti et je ne parle pas des groupies de Jean-Paul II… Pour moi, mon préféré c’est Frédéric Ozanam, un laïc qui a osé dire que la devise de la République était “l’avènement temporel de l’Evangile”.

Ozanam est l’un des fondateurs de la Société de Saint Vincent de Paul, l’un des précurseurs de la doctrine sociale de l’Eglise (dixit Jean-Paul II) et l’un des créateurs de la Démocratie chrétienne.

C’est sur ce dernier point que j’interviens dans deux conférences :

– ”La pensée politique de Frédéric Ozanam” à l’Académie de Macon, 41 rue Sigorgne 71000 Macon,  le 26 septembre à 19h.

– ”Frédéric Ozanam, inventeur de la Démocratie chrétienne ?” à la Maison de la Région, 61 La Canebière, 13001 Marseille, le 25 octobre à 10h. Cette conférence sera dans le cadre d’un colloque de deux journées où participeront aussi Charles Mercier, historien et maître de conférence à Bordeaux IV, et le Cardinal Peter Turckson, Président du Conseil Pontifical Justice et Paix.

Frédéric Ozanam mérite vraiment à être connu car il est proche de nous, tout comme son époque qui a des similitudes avec la nôtre. Ses écrits sont d’une grande richesse, que ce soient ses articles de journaux, ses cours à la Sorbonne ou ses lettres à sa fiancée. C’est un saint actuel, présent pour tous ceux qui veulent faire rimer citoyen et chrétien.

Frédéric Ozanam et la Révolution de 1848

Lamartine25fevrier1848Frédéric Ozanam a été un acteur de la révolution de 1848. Certes, il n’a pas joué un rôle politique de premier plan. Mais son influence sur les catholiques de son temps n’a pas été négligeable. L’Eglise a donc béatifié un « révolutionnaire » ! Ce qui tord le cou au cliché d’une Eglise conservatrice qui craint les changements et les révolutions… Regardons de plus près ce qui c’est passé. Lire la suite

Frédéric Ozanam et la politique

La liberté guidant le peupleLa question des idées politiques de Frédéric Ozanam est sans doute celle qui m’a le plus passionné. Certainement parce que ce sont par elles que j’ai découvert Ozanam aux JMJ de 1997 : un Pape, présenté comme dénonçant le capitalisme sauvage et ayant vaincu le communisme béatifiait un homme qui avait approuvé la révolution de 1848. L’Eglise élevait sur les autels un révolutionnaire ! Un bienheureux républicain ! Voilà qui est surprenant alors que les catholiques français du XIXème siècle étaient majoritairement royalistes et, qu’encore de nos jours, les cathos sont représentés comme de pieux conservateurs se méfiant du peuple… Image fausse, du moins en partie, complètement démolie par cette béatification de 1997. Voilà qui parlait au grand adolescent attiré par la gauche[1] que j’étais !

 Mais il est important de connaître son histoire. On ne s’improvise pas révolutionnaire et Ozanam a mis du temps avant de poser des choix essentiels. Nous l’avons vu précédemment, Ozanam a eu très vite des convictions et des engagements sociaux et caritatifs. En 1833 avec la Société de Saint Vincent de Paul, en 1839 avec son cour de Droit commercial où il annonce, avec un siècle d’avance, le contenu du code du travail. Dès 1831 il a eu un engagement intellectuel en dénonçant une des premières idéologies socialistes : le Saint-simonisme. Il avait seulement dix-huit ans.

 Mais concernant la politique, il n’a pas envisagé d’engagement avant 1848. Son cheminement s’est fait par étape. Lire la suite

Quand un résistant chrétien parlait de Jeanne d’Arc

Aujourd’hui, deuxième dimanche de mai, nous fêtons sainte Jeanne d’Arc. Une figure émouvante, belle, célébrée dans l’histoire autant par les chrétiens que par de nombreux patriotes non-chrétiens. Hélas, elle a trop souvent été récupérée par des mouvements défendant des idées…très éloignées des siennes.

Je ne tiens pas à revenir sur l’exploitation de l’image, du symbole, de Jeanne. Je tiens juste à vous rapporter un très beau texte écrit par un jeune résistant catholique, Gilbert Dru, il y a soixante-dix ans, en mai 1942. Gilbert Dru était un des responsables de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) dans la région lyonnaise. Etudiant en lettres, il participa à la résistance au nom de sa foi et fut un des animateurs de la résistance chrétienne dans le Sud-est. Il était dans le groupe des « cahiers du témoignage chrétien », revue clandestine de résistance fondée en 1941 par le père Chaillet. Démocrate-chrétien convaincu, Dru a été un des inspirateurs du Mouvement républicain populaire. Il a été fusillé par les nazis le 27 juillet 1944, à Lyon sur la place Bellecour. Il avait 24 ans.

Gilbert Dru était outré de la récupération de Jeanne d’Arc par le régime de Vichy. Il décida d’écrire un texte très critique dans « les cahiers de notre jeunesse », revue officielle de la JEC. Cet article fut censuré…

Le voici : Lire la suite

#RadioLondres Les carottes ne sont pas cuites… Je répète… Les carottes ne sont pas cuites.

Les présidentielles de 2012, malgré leur cruel manque d’intérêt, ont vu apparaître un amusant petit jeu : #RadioLondres sur Twitter. Il s’agit d’un habile subterfuge pour contourner l’interdiction de faire campagne les 21 et 22 avril. 

Un jeu bien sympathique et intelligent puisqu’il fait référence à une belle page d’Histoire : les messages codés que la France Libre envoyait à la Résistance intérieure. Dans tous les films de guerre, qu’il s’agisse du Jour le plus long, de l’Armée des ombres ou même… Papy fait de la Résistance, nous entendons ces mystérieuses annonces : « Les sanglots longs des violons », « Jean a de grandes moustaches » ou encore… « Le cuisinier secoue les nouilles ». Le dernier n’est pas une blague… 

Mais Radio Londres ne se limitait pas à l’information codée. Il s’agissait avant tout de contrer la désinformation nazie et d’encourager la Résistance française. Une contre-propagande très moderne qui a souvent pris la forme d’opérations comme la « campagne des V »…V comme victoire ! Radio Londres appelait les français à « taguer » des V un peu partout pour harceler les Allemands. Une guerre psychologique, qui a servi à stimuler les résistants. La guerre ne se fait pas que par les armes… 

Radio Londres, connues aussi pour son « jingle » : quatre coups, comme l’ouverture de la 5eme de Beethoven. 3 coups courts et un long ce qui signifie en Morse : V. Ces hommes courageux croyaient en la victoire. 

La principale voix de Radio Londres n’était autre que Maurice Schumann. Il était le porte-parole officiel de la Résistance extérieure, ce qui lui valut le surnom de « Voix de la France Libre ». Schumann était un fervent Démocrate chrétien qui devint, à la Libération, le premier Président du MRP. Ce grand homme était aussi Gaulliste car il fit le choix de suivre le Général sous la Veme République… Il renouait ainsi avec le chef de la France Libre. 

Nous autres chrétiens en politique devrions nous inspirer de Maurice Schumann et de ses amis Démocrates chrétiens. Ils n’ont pas eu peur de se lever alors que tout semblait perdu. 1940 semblait être le triomphe du Nazisme sur la démocratie, du paganisme sur la foi chrétienne… Qui aurait imaginé que quatre ans plus tard la France serait libérée, la démocratie restaurée et la Démocratie chrétienne constituée en un très grand parti de gouvernement : le MRP. 

La nouvelle mode de Radio Londres est intéressante car c’est mieux qu’un Hashtag de plus sur Twitter. Radio Londres nous rappelle que lorsque tout le monde croyait que nous étions perdus, il y avait encore des Hommes debout qui osaient dire : « La France a perdu une bataille, mais n’a pas perdu la guerre ». 

Après ce premier tour décevant osons tweeter : #RadioLondres Les carottes ne sont pas cuites…je répête…Les carottes ne sont pas cuites. 

L’esprit des abîmes

L’esprit gaulois est friand des exceptions, surtout quand elles sont françaises. Se démarquer du commun des nations est sans doute à l’origine de grandes fiertés … mais aussi de funestes désastres. C’est ce que m’inspire la situation des catholiques français dans notre vie politique…et qu’illustre, malgré lui, le brillant Ambrogio Riva dans son terrible texte « L’Esprit du Ralliement »

Quelle belle plume ! Dommage qu’elle serve à dénigrer la plus grande occasion perdue des catholiques de France : le Ralliement de 1892. 

Oui c’est dommage ! Le Ralliement a peu été suivi par des catholiques trop sclérosés dans la Contre-Révolution, trop divisés entre différentes factions, et trop frileux devant les urnes. 

Qu’ont-ils imaginé pour diaboliser la courageuse décision de Léon XIII ? Certains parlaient d’obscures conspirations, forcément maçonniques, ayant substitué un sosie en tablier en lieu et place du souverain pontife… L’épouvantable description du Cardinal Rampolla que nous donne Riva est hélas dans la même veine…Cent-vingt ans plus tard nous voyons que cette attitude conspirationniste perdure…il faut croire que justifier le rejet d’une décision papale par la fable d’un secrétaire d’état franc-maçon est la meilleure recette pour soulager une conscience ultramontaine en désaccord avec Rome… 

Mais quand verrons-nous le Ralliement tel qu’il est : une décision de bon sens. 

Si les catholiques s’étaient massivement ralliés, ils auraient raflé la majorité du Parlement sans grandes peines… Et nous aurions échappé à la crise anticléricale qui a précédé 1905 et, peut-être, une monarchie constitutionnelle aurait été instaurée… Riva reconnaît que c’était le plan du Pape, mais il oublie de mentionner que l’échec de ce plan est dû…au refus du Ralliement par les cathos français ! 

Au lieu de ça qu’avons-nous eu ? Une division des catholiques. Un grand nombre est resté enfermé dans un monarchisme contre-révolutionnaire avec une grande pratique de l’abstention. D’autres ont rejoins différents courants nationalistes pendant que quelques-uns tentaient de vivre pleinement le Ralliement par la Démocratie chrétienne… que Riva qualifie d’abîme… 

Mais, dans cette histoire, quelle attitude nous plonge dans un abîme ? Certainement pas la Démocratie chrétienne qui a voulu évangéliser la République et faire entrer la France dans une nouvelle ère. Non, ceux qui ont poussé les cathos dans le silence des abysses sont ceux qui, en refusant tout compromis avec le monde moderne, se sont bouchés les yeux et les oreilles devant le message du Pape. 

En refusant la République ils ont renoncé au pouvoir en le laissant aux anticléricaux. En refusant leur siècle ils ont hérité de la marginalisation des catholiques. La Démocratie chrétienne est née en France…Mais elle n’y a pas prospéré. Seul le Gaullisme a été un intermède chrétien…Mais les cathos les plus droitiers (et certains de gauche) ont vite conspué le Général. 

Dans les autres pays nous n’avons pas eu une telle situation : En Italie, les catholiques ont mis en place, en 1945, la République. La Démocratie chrétienne a régné pendant cinquante ans, elle a reconstruit le pays après la catastrophe fasciste. Son fondateur, de Gasperri est en cour de béatification. Malgré une fin désastreuse avec Andreotti et l’opération Mani Pulite, la DC a eu un bilan plus qu’honorable et son influence culturelle demeure en Italie : les catholiques continuent de participer au pouvoir et ce sont eux qui sont les plus représentés dans le gouvernement Monti. Les catholiques italiens sont dans leur siècle, ils n’ont pas peur de la politique ni du pouvoir…Et ça marche ! 

Nous pourrions dire la même chose de l’Allemagne avec la CDU, de l’Espagne avec le PP, des Etats-Unis où ils sont présents historiquement au Parti Démocrate et plus récemment au Parti Républicain…la liste des pays où les cathos sont en phase avec les réalités politiques est longue, mais la France n’en fait pas partie. Nous préférons appeler à voter blanc, à nous abstenir ou parfois nous enfermer dans l’extrême droite au nom d’une lecture ultra réductrice des « PNN », ou de quelques rêveries contre-révolutionnaires… Quelle pathétique exception française… 

L’abîme, c’est le dénie de la réalité, pas la Démocratie chrétienne ! 

Il serait grand temps que nous le comprenions à cette heure où, une fois de plus, les chrétiens se divisent et s’éloignent du pouvoir…en ouvrant involontairement un boulevard à une gauche acquise aux « nouvelles mœurs ».

La Démocratie-chrétienne aujourd’hui et demain

Le cycle sur la Démocratie-chrétienne aurait pu s’achever avec les articles sur la transformation du MRP en Centre démocrate par Jean Lecanuet. Les deux articles sur le gaullisme et cette famille politique aurait été des « spin-off » destinés à mieux comprendre l’échec du MRP. Ainsi, la Démocratie-chrétienne française serait resté dans le monde d’hier, conjuguée au passé et hantant, par de funestes remords, ses héritiers dispersés à l’UMP, au PCD, au Nouveau Centre et au Modem… 

Mais non, je tiens à conclure cette série par une ouverture sur l’avenir car la Démocratie-chrétienne française n’est pas morte avec le MRP. Plus que jamais, notre époque appelle au retour des chrétiens-démocrates.  Lire la suite

De Gaulle était-il démocrate-chrétien ?

Peut-on voir en Charles de Gaulle un démocrate-chrétien ? La question peut paraître incongrue tant le MRP s’est enfoncé dans l’antigaullisme et a contribué à la légende noire faisant de De Gaulle un contre-révolutionnaire maurassien.

Pourtant la question mérite d’être posée car quelques chrétiens-démocrates ont vu en lui un des leurs, et certains auteurs ont relevé un grand nombre de liens de parenté entre le gaullisme et la démocratie-chrétienne. Nous l’avons vu précédemment, les liens entre ces deux familles furent passionnés, mélanges d’attraction et de répulsion, avec une réelle proximité idéologique mais aussi quelques points d’achoppements. Ces deux familles de pensées sont voisines et même cousines. Pour comprendre cette parenté il faut se pencher sur la personnalité et les idées du Général. Lire la suite

Gaullisme et Démocratie-chrétienne

Les relations entre Gaullisme et Démocratie-chrétienne sont au centre de la question sur l’échec du MRP. Comme nous l’avons vu précédemment il y avait une réelle proximité entre le MRP et le Général de Gaulle. Mais alors, comment peut-on expliquer ces différentes ruptures qui ont perturbé les électeurs du MRP au point d’empêcher la formation en France d’une grande Démocratie-chrétienne comme en Allemagne et en Italie ? Joseph Fontanet, un grand démocrate-chrétien, cadre du MRP, ministre du Général lors de l’alliance entre celui-ci et le MRP en 1958, aétudié cette question et nous a laissé un texte très intéressant : « Gaullisme et Démocratie chrétienne » publié en 1976 dans les Etudes gaulliennes, puis dans France Forum. Après 1969, Fontanet a participé aux gouvernements Chaban-Delmas et Messmer. Il était favorable à l’alliance entre les centristes ex-MRP et les gaullistes, et il a soutenu la candidature de Jacques Chaban-Delmas aux présidentielles de 1974… à la différence de Jean Lecanuet, hostile aux gaullistes et partisan de Valéry Giscard d’Estaing. Avec un regard bienveillant, libre, il compare ces deux familles de pensées…et aborde la question de leurs divergences, mais aussi de leur proximité. Malgré des différences notables, Gaullisme et Démocratie-chrétienne sont, selon-lui, liés et complémentaires.  Lire la suite

De la Démocratie chrétienne au centrisme

1962 a été l’année de la deuxième rupture avec le gaullisme. Suite au départ des ministres démocrates-chrétiens du gouvernement Pompidou, le MRP a pu assumer plus ouvertement son antigaullisme… Ce qu’il ne s’est pas gêné de faire peu de temps après avec le referendum du 28 octobre 1962 sur l’élection du Président de la République au suffrage universel et les conditions de sa mise en place… Le MRP s’est opposé à cette réforme. Lire la suite

Le MRP et la Vème République

1958 a été l’année charnière qui a vu le Général de Gaulle revenir au pouvoir et la France se doter d’une nouvelle constitution. La IVème République est morte de son incapacité à gérer la crise algérienne…instabilité chronique, gouvernements souvent trop faibles, le « régime des partis » n’a pas pu faire face à un conflit algérien qui s’enlisait et qui était trop chargé d’émotion pour la population française. Je ne reviendrai pas sur ces évènements complexes, ici vous en avez un rapide aperçu.  

Le MRP a joué un rôle essentiel dans la crise de 1958 car l’avant dernier Président du Conseil de la IVème République était le républicain populaire Pierre Pflimlin. Ses Mémoires d’un Européen racontent avec talent la fin de ce régime, l’arrivée du Général au pouvoir et le retour du MRP auprès des gaullistes…jusqu’à la deuxième rupture de 1962… Lire la suite

La Démocratie chrétienne contre de Gaulle

Avec le référendum du 13 octobre 1946 sur la IVème République le MRP fut en désaccord avec le Général de Gaulle. Cet évènement fut une rupture…rupture consommée en 1947 par le refus du MRP de suivre de Gaulle dans la constitution du Rassemblement du Peuple Français (RPF).  Lire la suite

Le choix de la raison

La politique a ce travers qui est celui d’être l’art du possible. Prisonniers de la réalité nous devons « faire avec » et trop souvent mettre de côté nos idéaux les plus nobles. 

Ce réalisme est celui de Christine Boutin, présidente du Part Chrétien-Démocrate, qui a annoncé hier soir qu’elle arrêtait la course àla présidentielle. Fautedes 500 signatures nécessaires, elle a choisi de changer de fusil d’épaule…En soutenant Nicolas Sarkozy. 

Stupeur chez certains, cris d’épouvante chez d’autres, joie chez quelques uns : elle se rallie à l’UMP ! 

Je vois déjà les commentaires fuser, les accusations de grands rigoureux abonder : compromission avec le pouvoir, quête d’un maroquin… Absurde ! Tout le travail de Christine Boutin, toute son œuvre politique a été au service d’une idée politique : la Démocratie chrétienne, et à quel prix ! Madame Boutin a été vilipendée, trainée dans la boue depuis 1998 et le débat sur le PACS. Nombre de ses alliés, de ses amis l’ont lâché car elle a eu des prises de position courageuses et à contre-courant. Ses choix, sa candidature aux présidentielles de 2002, la fondation du Forum des Républicains Sociaux devenu des années plus tard le Parti Chrétien-Démocrate va dans le sens de ses convictions humanistes et Démocrates-chrétiennes inchangées depuis le début de son engagement politique. 

Mais défendre des idées implique t’il de s’isoler, de ne s’allier avec personne, de refuser de travailler avec un gouvernement sous prétexte que nous ne sommes pas en accord avec lui à 100% ? 

Certains reprochent à Christine Boutin d’avoir travaillé avec l’UMP et de remettre ça à nouveau…comme si elle aurait été une « grande dame de la politique » si elle avait boudé le gouvernement au nom de la pureté politique… Absurde ! Que vaut cette soi-disant pureté si elle n’est qu’impuissance ! 

Non : le but de la politique est de construire quelque chose, or construire implique de participer au pouvoir et participer au pouvoir implique de savoir quelles sont nos priorités. Or pour le PCD la priorité est aux valeurs ! 

Nicolas Sarkozy et François Hollande ont tous les deux le mérite d’avoir tenu un discours clair sur la question des valeurs. 

Le candidat socialiste est favorable au mariage homosexuel, à l’homoparentalité et est prêt à légaliser l’euthanasie. A cela s’ajoute une forme de laïcisme exacerbé… Les valeurs ne sont donc pas au rendez-vous, en revanche les nouvelles mœurs tiennent le haut du pavé…

 Le Président sortant défend l’inverse. Lors de son interview au Figaro Magazine il a affirmé son opposition à l’euthanasie, au mariage gay et à l’adoption par les couples homos. Il donne donc des garanties sur ce sujet. 

Bien entendu l’harmonie n’est pas parfaite, il existe des points de divergence mais il est objectivement préférable que Nicolas Sarkozy soit réélu. Nous ne pouvons pas prendre le risque de mettre François Hollande à l’Elysée… 

La question qui se pose est : Sarkozy ou Hollande ? Les autres candidats, même s’ils font de beaux scores, n’ont aucune chance de parvenir au pouvoir… Il ne faut donc pas se tromper et au moins limiter les dégâts. 

Je comprends ceux qui sont tentés d’aller à la pêche devant le peu d’intérêt de cette campagne électorale. Sur Twitter il y a eu récemment une brève discussion sur ce sujet et j’ai émis quelques tentations la dessus…Mais non, il faut voter et voter utile pour éviter au pays une catastrophe. 

Bien entendu cela ne fait pas de moi un Sarkozyste pur et dur. Il y a des choses que je n’approuve pas dans ses idées… Mais sur les questions économiques Hollande ne changera rien : il est aussi libéral que Sarkozy, aussi prisonnier du dogme de la croissance que lui, aussi partisan de l’austérité que lui… En revanche, il sera désastreux sur les questions de société. 

Donc oui Christine Boutin a fait le bon choix : le choix de la raison.

1944 : Quel mouvement construire ? Travaillisme ou Droite sociale ?

La Résistance a été le creuset dans lequel la Démocratie chrétienne française s’est raffermie, unifiée et développée. Mais une question essentielle s’est posée : Quel parti construire ? Où le situer politiquement ?  Lire la suite

Résistance et Démocratie-chrétienne

La deuxième guerre mondiale est une période charnière pour la Démocratie-chrétienne française. C’est au sein de la Résistance que les démocrates-chrétiens vont se rassembler et préparer la création d’un grand parti qui verra le jour à la Libération.  Lire la suite

Les expériences démocrates chrétiennes françaises jusqu’en 1940 (2)

La dissolution du Sillon en 1910 n’a pas arrêté l’enthousiasme de Marc Sangnier et des démocrates-chrétiens français. Même si cet épisode a été un coup dur, la demande de Pie X ne visait pas la notion de Démocratie-chrétienne. C’était avant tout un appel à la prudence et une remise en cause du mode de fonctionnement du mouvement : un système dirigé par des laïcs et où des prêtres se trouvaient sous leur direction… Lire la suite

Les expériences démocrates chrétiennes françaises jusqu’en 1940 (1)

La Démocratie-chrétienne française a connu une histoire complexe pleine de paradoxes, d’échecs, mais aussi de personnalités passionnantes. 

Nous avons vu précédemment différents épisodes de cette histoire riche et contrastée : 1830, 1848, le pontificat de Léon XIII. Cette fois-ci nous allons aborder une phase plus longue : La période allant de la publication en 1902 de l’encyclique Graves de Communi, à la défaite de 1940. Elle illustre parfaitement les contradictions de cette famille de pensée. 

Pendant toutes ces années, les démocrates-chrétiens français ont été divisés, ont parfois été rappelés à l’ordre par le Pape, et n’ont jamais dépassé 4% de vote et trente députés. Ils n’ont quasiment pas participés aux gouvernements de la IIIème République (sauf à de rares exceptions). La DC a donc été une force politique mineure, alors que de nombreux intellectuels en étaient proche set que ses idées étaient souvent bien reçues.  Lire la suite

Léon XIII et la « deuxième » Démocratie-chrétienne

Léon XIII dans la presse françaiseAprès l’échec de la IIème République, la Démocratie-chrétienne française est entrée dans une forme de désert. Le Second Empire instauré en 1852 a mis en place un régime autoritaire qui a étouffé toute initiative. Les anciens démocrates-chrétiens étaient sous surveillance, même l’apolitique Société de Saint Vincent de Paul était surveillée par le régime. Frédéric Ozanam, mort de maladie en 1853 n’a pas pu continuer sa réflexion sur les institutions et le catholicisme en France a connu une pente intransigeante avec Louis Veuillot et son journal l’Univers. Lire la suite

1848 : L’Ere nouvelle et la « première » Démocratie chrétienne

Il est une date fondamentale, voire fondatrice de la Démocratie chrétienne : 1848. La Révolution de 1848 est une des grandes pages de l’Histoire de France. Mal connue, surement mal-aimée, c’est sans doute la seule révolution où l’Eglise n’a pas été vilipendée. Les prêtres bénissaient les arbres de la liberté, des hommes proches de la foi chrétienne ou se disant ouvertement catholiques comptaient parmi les révolutionnaires.  Lire la suite

Les origines de la Démocratie-chrétienne : L’Avenir en 1830.

La Démocratie chrétienne est née avec l’époque contemporaine, ou plutôt elle en est la conséquence. Son point de départ reconnu par les historiens est l’année 1830 avec le journal l’Avenir, fondé par l’abbé Gerbet et avec comme figure dominante l’abbé Félicité de la Mennais dit « Lamennais » ou encore « Monsieur Féli ». Point de départ ? Oui, mais pas sous la forme d’un parti constitué, ni d’un corpus doctrinal. C’est davantage l’apparition d’idées démocrates chrétiennes.  Lire la suite

Définir la Démocratie-chrétienne

Pour une première partie sur la Démocratie-chrétienne il faut commencer par l’essentiel : de quoi s’agit-il ? 

Question plus difficile à répondre qu’il n’y parait tant l’engagement des chrétiens en politique a pris maintes formes différentes. Toutes ces initiatives, bien que chrétiennes, ne sont pas toutes « Démocrates-chrétiennes ».  Lire la suite

Et si on parlait de la Démocratie-chrétienne ?

Robert Schuman, une grande figure Démocrate chrétienneLa Démocratie-chrétienne est une famille de pensée en plein renouveau avec l’action du Parti Chrétien Démocrate de Christine Boutin. Bien que ce soit un petit parti, il est l’héritier d’une importante tradition politique. 

Pourquoi en parler aujourd’hui ? Cette famille a tenté de faire vivre la doctrine sociale de l’Eglise au sein de la Cité sans pour autant être un parti confessionnel. De nombreux chrétiens ont désiré apporter le message de l’Evangile au cœur de la vie politique. Leurs expériences doivent être étudiées et réfléchies. Bien sur la Démocratie-chrétienne n’a aucun monopole. De nombreux autres courants ont compté ou ont été fondés par des chrétiens. Certains ont même été en franche opposition avec les mouvements Démo-chrétiens… Mais la Démocratie-chrétienne a été la famille de pensée la plus importante et celle qui se référait le plus expressément à la doctrine sociale de l’Eglise. 

Je vais donc tenter d’aborder en plusieurs articles quelques questions autour de la Démocratie-chrétienne : Sa définition, son origine, l’histoire de son plus grand parti en France : le Mouvement Républicain Populaire. Sur ce mouvement, nous verrons sa fondation, et les raisons de son échec. Enfin nous étudierons les relations entre Gaullisme et Démocratie-chrétienne et nous verrons si cette famille de pensée a encore une pertinence au XXIème siècle. 

Rendez-vous très vite pour le premier article de ce parcours.

Christine Boutin : la candidate des SDF. Magnificat !

Christine Boutin est soutenue par les SDF de « l’Itinérant ». Ce journal en vente par les sans-abris s’est engagé à soutenir la présidente du PCD dans sa recherche des 500 signatures pour sa candidature aux présidentielles. Il a été posté aux 36 000 maires de France. Un symbole très fort : Christine est la candidate des plus démunis. Et ils la défendent bien en mettant en avant qu’elle a donné de sa personne pour les aider.  Lire la suite

Christine, François et la Démocratie chrétienne

Samedi 8 octobre, Christine Boutin a inauguré son « Atelier de campagne » à Levallois-Perret. Inauguration qui fût aussi le lancement de sa campagne présidentielle. Dans son discours, elle a dit quelque chose qui m’a marqué et que la presse a tenu à souligner. Sans nommer François Bayrou (elle l’a désigne comme « le plus parisien des béarnais »), elle l’a attaqué fermement, voire durement, en disant : « Il se pare d’être un bâtisseur fiable. Il a surtout détruit. Il a détruit la démocratie chrétienne; il a détruit l’école, en l’abandonnant aux pédagogistes ; il a renié les valeurs permanentes qui ont fait la France, en se pliant aux règles du politiquement correct, que ce soit sur les questions de société ou sur la définition à donner au mot laïcité ». Ca casse…Et pourtant, je suis globalement d’accord avec elle, surtout avec sa première « accusation » : « Il a détruit la Démocratie chrétienne ». Cette assertion résume, à mes yeux, tout son propos. 

Oui, Bayrou à détruit la Démocratie chrétienne. Il l’a détruit au profit d’un « Centre » dénué de toute référence philosophique. Mais pourquoi ? Pour cela il faut remonter dans le temps. Remonter même avant François Bayrou, dans les années 1960 où le Mouvement Républicain Populaire disparaissait, notamment par le fait de Jean Lecanuet. 

La Démocratie chrétienne française a une longue histoire. Une histoire ponctuée d’échecs et de renaissances. Depuis ses origines avec Lamennais et surtout Frédéric Ozanam en 1848, elle n’a jamais connu de partis politiques puissants et connaissant une longévité comparable aux partis radicaux, communistes ou encore socialistes. La formation politique démocrate chrétienne la plus importante a été le Mouvement Républicain Populaire, fondé en 1944 et disparu en 1967. Son dernier leader, Jean Lecanuet, a clairement abandonné la référence démocrate chrétienne. Il a dirigé le MRP de 1963 à1965, a été candidat à la présidentielle de 1965 (où il a fait 15,57%), mais il a totalement occulté la ligne démocrate chrétienne. Il ambitionnait de rassembler les différentes formations « centristes » en un grand mouvement humaniste et en contestation avec le Général de Gaulle. Il a tenté des rapprochements avec les radicaux, les libéraux du CNI et des Républicains indépendants qui ont donné lieu à la création du Centre Démocrate, ancêtre de l’UDF. 

Lecanuet voulait ratisser large. Pour ne pas choquer les laïcs, libéraux, radicaux et démocrates-sociaux, il a supprimé le « chrétien » de démocrate-chrétien. Lecanuet avait même envisagé une alliance beaucoup plus vaste : il voulait fusionner avec l’aile droite de la SFIO (alors en crise). Mais il a été rattrapé par l’identité du MRP : les socialistes ne voulaient pas de « démocrates chrétiens », même quand ceux-ci se reniaient eux-mêmes. 

François Bayrou a le même raisonnement que Jean Lecanuet. Il refuse de se définir comme démocrate chrétien. Il dit toujours qu’il sépare ses convictions religieuses (qui sont réelles et profondes) et son travail politique. Une séparation stricte alors qu’en dirigeant l’UDF, puis le Modem il est l’héritier des mouvements issus du MRP. Il continue donc la déconstruction de la démocratie chrétienne qu’avait commencée Jean Lecanuet. 

Pourtant il y a des démocrates chrétiens au Modem, mais ils n’ont aucune visibilité à travers leur parti. 

Christine Boutin peut se permettre une telle sortie contre François Bayrou. En effet, elle dirige le seul mouvement se réclamant ouvertement de cette famille de pensée. Son intitulé, la référence à Robert Schuman, la défense des racines chrétiennes de l’Europe et de la France, la portée sociale de son programme, tout fait du Parti Chrétien-Démocrate le seul mouvement 100% Démocrate chrétien de l’échiquier politique français. 

La Démocratie-chrétienne connaît-elle une nouvelle jeunesse avec le PCD ? Il semblerait que la « politique de la terre brûlée » de Bayrou n’ait peut-être pas tout détruit…

Frédéric Ozanam et la Démocratie chrétienne.

« J’ai cru et je crois toujours en la possibilité d’une démocratie chrétienne, je ne crois même qu’en cela en matière politique. » Disait Frédéric Ozanam lors de la Révolution de 1848. 

Cette citation est la première que j’ai lue d’Ozanam quand je l’ai découvert en 1997. Cette année là j’étais aux JMJ de Paris et Jean-Paul II venait de le béatifier à Notre Dame. J’avais 18 ans, j’allais entrer à la fac de Droit, et j’avais le cœur remplis d’idéaux. La découverte de Frédéric Ozanam a été pour moi la découverte de la Démocratie chrétienne. 

Bien entendu, Jean Paul II ne l’a pas béatifié parce qu’il était Démocrate chrétien. L’Eglise n’intervient pas en faveur de tel ou tel parti. Ozanam a été béatifié pour ses vertus héroïques, sa sainteté, et il a été présenté en exemple aux jeunes parce qu’il illustre parfaitement l’appel à construire la civilisation de l’amour. 

Sans revenir en détail sur sa vie (d’autres sites le font très bien), Ozanam a été au cœur des grandes mutations sociales, économiques et politiques du XIXème siècle. Né en 1813 et mort en 1853, il a vécu dans la France qu’ont décrit Victor Hugo et Honoré de Balzac. Le Paris des Misérables et de la Comédie humaine était celui d’Ozanam. Il était un intellectuel brillant. Docteur en droit puis docteur es lettres, il était au cœur de la pensée de l’époque. 

Et il a été confronté à une difficulté terrible : être catholique dans le monde moderne naissant. La république des idées n’était pas très favorable au catholicisme. Ses professeurs étaient le plus souvent athées, ou voltairiens. Le catholicisme était perçu comme appartenant à l’Ancien Régime. 

Défenseur de la foi, il était un infatigable avocat de l’Eglise…Mais sans tomber dans l’intransigeance ! 

Car voici la particularité d’Ozanam : il aimait l’Eglise, il avait une très grande foi, mais jamais il ne sombra dans la caricature ! Cela lui valut de nombreux ennemis. Les catholiques intransigeants, qui partaient en guerre contre le monde moderne ne l’appréciaient guères… 

Plusieurs de ses œuvres sont à méditer : La première a été la fondation de la Société de Saint Vincent de Paul. Ozanam a désiré vivre la charité en se rendant directement au domicile des plus démunis, ou dans la rue. Il y avait en lui un grand désir de cohérence. Etre chrétien impliquait la charité, le don de soi. Et il avait compris que défendre l’Eglise, promouvoir la foi ne pouvait se faire sans la charité. 

La deuxième initiative n’est pas sans lien avec la première, car son contact avec les plus démunis a inspiré ses choix politiques : Il a pris position en 1848 en faveur de la République au nom de l’idée qu’il se faisait de la démocratie : la Démocratie chrétienne. Cela peut en surprendre certains et en choquer d’autres…Mais  regardons la Démocratie chrétienne de plus près : 

Qu’est-ce que la Démocratie chrétienne ?

 La Démocratie chrétienne est une famille de pensée méconnue bien que très importante dans l’histoire des idées politiques. Elle est apparue lors de la première moitié du XIXème siècle, en France lors de la Révolution industrielle.

 Frédéric Ozanam est un de ses fondateurs. La Démocratie chrétienne a une origine assez complexe mais elle s’est pleinement constituée lors de la Révolution de 1848 avec le journal l’Ere nouvelle

La France était en mutation, l’ancienne monarchie des Bourbon avait été balayée en 1830 et ses défenseurs n’étaient plus du tout en phase avec leur temps. La Monarchie de Louis-Philippe 1er, tout en étant illégitime, s’était appuyée sur la haute bourgeoisie. Elle était en rupture totale avec le peuple qui quittait les campagnes pour s’installer dans les faubourgs des grandes villes. Une nouvelle classe sociale faisait son apparition : les ouvriers. Mal payés, aux conditions de travail catastrophiques, ils n’étaient pas écoutés par le pouvoir en place et étaient exploités par les richissimes bourgeois du capitalisme naissant. 

A cette même époque, Marx concevait le communisme et d’autres penseurs imaginaient le socialisme. Mais toutes ces idées étaient athées, matérialistes et Marx appelait à la lutte des classes. 

Ozanam et les premiers démocrates chrétiens ont compris l’enjeu de cette époque. Ils ont vu se préparer une terrible guerre sociale. Alors que Marx encourageait cette lutte, les démocrates chrétiens voulaient la Fraternité universelle. Réunir autour d’une même table riches et pauvres, patrons et ouvriers, pour construire un monde meilleur, contribuer au bien commun. Des salaires justes, de bonnes conditions de travail, permettre a chacun de vivre de son travail, voici les idéaux des démocrates chrétiens.

 Pourquoi la République ? Parce qu’en 1848, la monarchie de juillet s’était effondrée et que la monarchie légitime était devenue impossible. Les ultras avaient coupé les Bourbon de la modernité. Ozanamétait issue du légitimisme. Il était profondément attaché à la famille royale et donc il n’aimait guère Louis-Philippe, pas assez légitime à ses yeux. Il fallait donc, selon lui, se tourner vers le peuple et instituer la République. Verstout le peuple et donc une République s’appuyant sur le suffrage universel. Mais pas n’importe quelle république, une république chrétienne, construite selon les préceptes d’amour du prochain et de fraternité universelle. « La démocratie sera chrétienne ou ne sera pas. » Disait Ozanam. Une démocratie imprégnée des valeurs chrétiennes et non ballotée au gré des élans populaires. 

Les héritiers d’Ozanam

 La démocratie chrétienne connut une belle postérité. Elle se répandit dans le monde entier. De nombreux Etats ont eu à leur tête des dirigeants démocrates chrétiens : l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Belgique, mais aussi des démocraties d’Amérique latine. En France, elle resta un courant politique minoritaire jusqu’à la seconde guerre mondiale où une grande partie des cadres de la France Libre étaient démocrates chrétiens. Ce sont des grands noms de la Résistance : Pierre-Henri Teitgen, François de Menthon, Georges Bidault, Edmond Michelet, Louis Terrenoire etc. Ils ont fondé le Mouvement républicain populaire (MRP), qui devint à la Libération l’un des premiers partis de France. 

Le MRP était un parti du centre, proche du Général de Gaulle (jusqu’en 1946 où il se détourna de lui), et très attaché à la démocratie et aux réformes sociales. Le MRP a fortement contribué à la création de la Sécurité sociale, c’est une de ses grandes victoires. 

Robert Schuman était une des grandes figures du MRP et c’est lui qui a fait du MRP le parti dela construction Européenne.Avecles Démocrates chrétiens Allemand et Italiens, ils ont fondéla Communauté Européennedu Charbon et de l’Acier, origine de l’Union Européenne. 

C’est dans les années 1960 que le MRP a disparu. La concurrence du gaullisme (pourtant proche de la Démocratie chrétienne), le souhait de certains d’enlever l’étiquette chrétienne au profit d’un « centrisme » plus consensuel, a eu raison de la démocratie chrétienne à la française. 

Depuis lors, la France a de nombreux démocrates chrétiens disséminés dans de nombreux partis politiques (y compris à gauche), mais plus de parti démocrate-chrétien. 

La création du Parti Chrétien-Démocrate par Christine Boutin il y a deux ans, a permis à cette famille de pensée d’avoir une nouvelle visibilité. 

Ozanam a donc connu une très importante postérité, hélas souvent ignorée. A nous de faire connaître ses idées et surtout de les faire vivre.