#RadioLondres Les carottes ne sont pas cuites… Je répète… Les carottes ne sont pas cuites.

Les présidentielles de 2012, malgré leur cruel manque d’intérêt, ont vu apparaître un amusant petit jeu : #RadioLondres sur Twitter. Il s’agit d’un habile subterfuge pour contourner l’interdiction de faire campagne les 21 et 22 avril. 

Un jeu bien sympathique et intelligent puisqu’il fait référence à une belle page d’Histoire : les messages codés que la France Libre envoyait à la Résistance intérieure. Dans tous les films de guerre, qu’il s’agisse du Jour le plus long, de l’Armée des ombres ou même… Papy fait de la Résistance, nous entendons ces mystérieuses annonces : « Les sanglots longs des violons », « Jean a de grandes moustaches » ou encore… « Le cuisinier secoue les nouilles ». Le dernier n’est pas une blague… 

Mais Radio Londres ne se limitait pas à l’information codée. Il s’agissait avant tout de contrer la désinformation nazie et d’encourager la Résistance française. Une contre-propagande très moderne qui a souvent pris la forme d’opérations comme la « campagne des V »…V comme victoire ! Radio Londres appelait les français à « taguer » des V un peu partout pour harceler les Allemands. Une guerre psychologique, qui a servi à stimuler les résistants. La guerre ne se fait pas que par les armes… 

Radio Londres, connues aussi pour son « jingle » : quatre coups, comme l’ouverture de la 5eme de Beethoven. 3 coups courts et un long ce qui signifie en Morse : V. Ces hommes courageux croyaient en la victoire. 

La principale voix de Radio Londres n’était autre que Maurice Schumann. Il était le porte-parole officiel de la Résistance extérieure, ce qui lui valut le surnom de « Voix de la France Libre ». Schumann était un fervent Démocrate chrétien qui devint, à la Libération, le premier Président du MRP. Ce grand homme était aussi Gaulliste car il fit le choix de suivre le Général sous la Veme République… Il renouait ainsi avec le chef de la France Libre. 

Nous autres chrétiens en politique devrions nous inspirer de Maurice Schumann et de ses amis Démocrates chrétiens. Ils n’ont pas eu peur de se lever alors que tout semblait perdu. 1940 semblait être le triomphe du Nazisme sur la démocratie, du paganisme sur la foi chrétienne… Qui aurait imaginé que quatre ans plus tard la France serait libérée, la démocratie restaurée et la Démocratie chrétienne constituée en un très grand parti de gouvernement : le MRP. 

La nouvelle mode de Radio Londres est intéressante car c’est mieux qu’un Hashtag de plus sur Twitter. Radio Londres nous rappelle que lorsque tout le monde croyait que nous étions perdus, il y avait encore des Hommes debout qui osaient dire : « La France a perdu une bataille, mais n’a pas perdu la guerre ». 

Après ce premier tour décevant osons tweeter : #RadioLondres Les carottes ne sont pas cuites…je répête…Les carottes ne sont pas cuites. 

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L’esprit des abîmes

L’esprit gaulois est friand des exceptions, surtout quand elles sont françaises. Se démarquer du commun des nations est sans doute à l’origine de grandes fiertés … mais aussi de funestes désastres. C’est ce que m’inspire la situation des catholiques français dans notre vie politique…et qu’illustre, malgré lui, le brillant Ambrogio Riva dans son terrible texte « L’Esprit du Ralliement »

Quelle belle plume ! Dommage qu’elle serve à dénigrer la plus grande occasion perdue des catholiques de France : le Ralliement de 1892. 

Oui c’est dommage ! Le Ralliement a peu été suivi par des catholiques trop sclérosés dans la Contre-Révolution, trop divisés entre différentes factions, et trop frileux devant les urnes. 

Qu’ont-ils imaginé pour diaboliser la courageuse décision de Léon XIII ? Certains parlaient d’obscures conspirations, forcément maçonniques, ayant substitué un sosie en tablier en lieu et place du souverain pontife… L’épouvantable description du Cardinal Rampolla que nous donne Riva est hélas dans la même veine…Cent-vingt ans plus tard nous voyons que cette attitude conspirationniste perdure…il faut croire que justifier le rejet d’une décision papale par la fable d’un secrétaire d’état franc-maçon est la meilleure recette pour soulager une conscience ultramontaine en désaccord avec Rome… 

Mais quand verrons-nous le Ralliement tel qu’il est : une décision de bon sens. 

Si les catholiques s’étaient massivement ralliés, ils auraient raflé la majorité du Parlement sans grandes peines… Et nous aurions échappé à la crise anticléricale qui a précédé 1905 et, peut-être, une monarchie constitutionnelle aurait été instaurée… Riva reconnaît que c’était le plan du Pape, mais il oublie de mentionner que l’échec de ce plan est dû…au refus du Ralliement par les cathos français ! 

Au lieu de ça qu’avons-nous eu ? Une division des catholiques. Un grand nombre est resté enfermé dans un monarchisme contre-révolutionnaire avec une grande pratique de l’abstention. D’autres ont rejoins différents courants nationalistes pendant que quelques-uns tentaient de vivre pleinement le Ralliement par la Démocratie chrétienne… que Riva qualifie d’abîme… 

Mais, dans cette histoire, quelle attitude nous plonge dans un abîme ? Certainement pas la Démocratie chrétienne qui a voulu évangéliser la République et faire entrer la France dans une nouvelle ère. Non, ceux qui ont poussé les cathos dans le silence des abysses sont ceux qui, en refusant tout compromis avec le monde moderne, se sont bouchés les yeux et les oreilles devant le message du Pape. 

En refusant la République ils ont renoncé au pouvoir en le laissant aux anticléricaux. En refusant leur siècle ils ont hérité de la marginalisation des catholiques. La Démocratie chrétienne est née en France…Mais elle n’y a pas prospéré. Seul le Gaullisme a été un intermède chrétien…Mais les cathos les plus droitiers (et certains de gauche) ont vite conspué le Général. 

Dans les autres pays nous n’avons pas eu une telle situation : En Italie, les catholiques ont mis en place, en 1945, la République. La Démocratie chrétienne a régné pendant cinquante ans, elle a reconstruit le pays après la catastrophe fasciste. Son fondateur, de Gasperri est en cour de béatification. Malgré une fin désastreuse avec Andreotti et l’opération Mani Pulite, la DC a eu un bilan plus qu’honorable et son influence culturelle demeure en Italie : les catholiques continuent de participer au pouvoir et ce sont eux qui sont les plus représentés dans le gouvernement Monti. Les catholiques italiens sont dans leur siècle, ils n’ont pas peur de la politique ni du pouvoir…Et ça marche ! 

Nous pourrions dire la même chose de l’Allemagne avec la CDU, de l’Espagne avec le PP, des Etats-Unis où ils sont présents historiquement au Parti Démocrate et plus récemment au Parti Républicain…la liste des pays où les cathos sont en phase avec les réalités politiques est longue, mais la France n’en fait pas partie. Nous préférons appeler à voter blanc, à nous abstenir ou parfois nous enfermer dans l’extrême droite au nom d’une lecture ultra réductrice des « PNN », ou de quelques rêveries contre-révolutionnaires… Quelle pathétique exception française… 

L’abîme, c’est le dénie de la réalité, pas la Démocratie chrétienne ! 

Il serait grand temps que nous le comprenions à cette heure où, une fois de plus, les chrétiens se divisent et s’éloignent du pouvoir…en ouvrant involontairement un boulevard à une gauche acquise aux « nouvelles mœurs ».

Votons responsable !

Les catholiques français tentent leur retour en politique, c’est bien… Nous avons vu précédemment différentes initiatives de laïcs catholiques et différentes prises de positions d’évêques français. Ca bouge ! Mais est-ce suffisant ? 

Une grande partie des déclarations épiscopales et certaines initiatives laïques sont centrées sur la notion de Principes non-négociables, communément surnommés les « PNN ». 

Je ne tiens pas à remettre en cause ces principes car je les ai défendu précédemment et je suis convaincu de leurs bien fondés car ils touchent l’essentiel : la personne humaine. 

Néanmoins une question se pose : mettre systématiquement en avant le discours de Benoît XVI de 2006 et ses trois PNN est-il pertinent ? Je me permets de répondre : non. Pourquoi ? 

Limiter le discernement pour les prochaines élections à seulement trois points est une très mauvaise idée car cela revient à faire une fixation sur seulement trois aspects de la doctrine sociale de l’Eglise… Or cette doctrine est plus vaste, plus riche que seulement trois interdits. Elle vise à construire la civilisation de l’amour, non a donner des cartons rouges aux candidats. 

Si, au lieu du discours de 2006, avait été mis en avant la note doctrinale du 24 novembre 2002, nous aurions eu une approche différente de la campagne. Celle-ci nous appelle certes au refus du compromis, mais elle nous invite aussi à faire de la politique et à tout faire pour éviter la catastrophe…Et surtout elle n’énumère pas que trois PNN, mais une liste bien plus longue…et non exhaustive. 

N’as t’on pas tronqué la doctrine sociale avec ces trois points ? J’ai bien peur que oui. D’autant que c’est la pensée du Pape lui-même qui se trouve élaguée. Le discours de 2006 n’est qu’un bref texte s’adressant a des parlementaires. La note de 2002 concerne toute l’Eglise et est un document long et précis sur toute la vie politique. Nous ne pouvons comprendre le discours de 2006 qu’en le mettant en perspective de la note de 2002. La conférence des évêques de France l’a bien compris en réalisant son excellent document. 

La conséquence de cela est qu’au nom de la « cohérence », certains se permettent d’appeler à…voter blanc. Cela malgré le risque qu’un François Hollande défenseur de l’euthanasie, du mariage homo, de l’homoparentalité et adversaire de l’école libre ne l’emporte… 

Le candidat socialiste a beaucoup de chance d’emporter le scrutin, Nicolas Sarkozy, malgré ses nombreux défauts, est le seul qui puisse encore le battre… Et surtout, son programme est le moins mortifère. 

Le minimum de responsabilité serait de faire barrage à Hollande ! Mais non… Au nom des mains pures ils ne veulent pas toucher au bulletin Sarko. 

« Ils avaient les mains pures, mais ils n’avaient pas de main. » 

Mais pourquoi un tel acharnement a ne pas vouloir voter Sarkozy (ne fut-ce qu’au second tour) alors que le plus « pro-mort » des candidats risque de l’emporter ?

Dans leur argumentaire ils répondent que le vote des autres n’entraîne pas leur responsabilité… Drapés dans leur habit blanc vont-il aller jusqu’à dire : « Je m’en lave les mains, cela n’incombe que la responsabilité des autres, pas la mienne ! ». Moralement un tel propos est insoutenable…et absurde car en refusant de cautionner un candidat ils font passer le pire… 

Quelle tête feront-ils quand le prochain gouvernement socialiste aura fait passer la loi sur l’euthanasie ? 

Quelle tête feront-ils quand tomberons les chiffres annuels des vieillards et des malades ayant reçu une injection léthale ? 

Quelle tête feront-ils quand, dans la mairie de leur ville, seront célébrés des mariages homos ? 

Quelle tête feront-ils quand des enfants seront adoptés par des couples gays ? 

Il ne faudra pas qu’ils se plaignent…Car en votant blanc, ces électeurs (essentiellement de droite) auront ouvert un boulevard à Hollande… 

Eh oui, la première des cohérences est d’être responsable des conséquences de ses actes.

Elire le Président au suffrage universel direct a-t-il un sens ?

En ces temps de campagne électorale s’enfonçant chaque jour dans l’absence cruelle d’intérêt, tentons de soulever une question taboue : Elire le Président au suffrage universel direct a-t-il un sens ?

Cette question est taboue (ou presque) car elle est très rarement évoquée dans les médias. Peu de gens en parlent comme s’il s’agissait de quelque chose d’impensable. Et pourtant, je reste convaincu que cette élection pose problème… Lire la suite

Mgr Rey parle des présidentielles.

Les élections présidentielles de 2012, malgré des campagnes médiocres, ont révélé un phénomène original : le retour des catholiques dans la scène politique. Des fidèles laïcs, mais aussi le clergé, ont décidé de parler dans cette campagne électorale. Nous passons d’une discrète action « en chrétien » à un discours « en tant que chrétien ». 

Nous pouvons citer différentes interventions : le document de la Conférence des évêques de France du 3 octobre 2011, le livre « Quelle société voulons-nous ? » de Mgr Vingt-Trois, la vidéo réalisée par SAJE prod… Mais aussi en dehors du cadre ecclésial, au sein de la société civile : la Fraternité des Chrétiens Indignés. Dans les partis politiques, différentes organisations de laïcs (distinctement de l’Eglise bien sur) : les Poissons roses au PS, le PCD à droite. Enfin, hors tout cadre : le mouvement « Votons cohérent ». 

En un mot : ça bouge ! C’est très positif. Mais je souhaiterais revenir sur une déclaration : celle de Monseigneur Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon en date du 29 mars dernier.  Lire la suite

Toulouse, Le Pen et les principes non-négociables

L’affaire des tueries de Montauban et de Toulouse rassemble tous les ingrédients pour une colossale polémique à un mois du premier tour des présidentielles. Des meurtres odieux, touchant des points extrêmement sensibles et chargés en émotion : l’antisémitisme, l’islamisme, l’enfance… 

Les premières pistes concernant des militaires d’extrême droite ont été écarté et, aujourd’hui, l’identité du tueur a été révélé : un certain Mohammed Merah qui se déclare « proche d’Al Quaïda »

Marine Le Pen a immédiatement réagit en reprochant aux autres candidats à l’Elysée d’avoir accusé l’extrême droite. Elle se pose en victime et riposte en brandissant ses deux sujets favoris : l’islamisme et la sécurité. 

Il est à craindre un embrasement du débat public comme le craint Authueil sur son blog. Marine Le Pen a trouvé un argument de campagne rêvé, beaucoup plus marquant que la viande Halal. Elle a immédiatement proposé « Un référendum sur la question de la peine de mort et / ou de la perpétuité réelle ». 

Le Front national est partisan de la peine de mort depuis toujours, nous le savons. Dans cette polémique naissante deux questions se posent : est-il raisonnable de lancer le débat sur la peine capitale après un tel choc émotionnel ? La politique est une discipline rationnelle qui a besoin de sérénité, de calme, de temps. Jouer sur les émotions comme le fait Mme Le Pen revient à prendre le risque de poser un débat politique sur une base instable, incontrôlable.  

La deuxième question concerne la conscience chrétienne. Un candidat qui prône la peine de mort respecte t’il les « principes non-négociables » mis en avant par l’Eglise ? La réponse est non. Dans la note doctrinale du 24 novembre 2002, le Cardinal Ratzinger souligne que la défense de la vie de la conception à la mort naturelle est un principe non-négociable. Benoît XVI a rappelé cela dans le discours du 30 mars 2006. Le 30 novembre 2011, le Pape a adressé à la Communauté Sant’Egidio un message les exhortant à militer pour l’abolition de la peine de mort dans le monde. 

Enfin, le catéchisme de l’Eglise catholique, limite la possibilité de recours à la peine de mort à l’extrême…Bien que cette sentence ne soit pas interdite par le texte (pour des raisons de défense légitime), il est clairement dit : « Aujourd’hui, en effet, étant donné les possibilités dont l’Etat dispose pour réprimer efficacement le crime en rendant incapable de nuire celui qui l’a commis, sans lui enlever définitivement la possibilité de se repentir, les cas d’absolue nécessité de supprimer le coupable sont désormais assez rares, sinon même pratiquement inexistant. » (CEC § 2267). 

La France a les moyens techniques de garder un assassin derrière les barreaux pour le restant de ses jours. Bien sur, beaucoup de criminels sont sortis de prison et ont récidivé, l’affaire Anne-Lorraine Schmidt est un triste exemple des limites de notre système judiciaire. Néanmoins la solution n’est pas dans la peine de mort qui ajouterait un meurtre à d’autres meurtres. Un vrai débat sur les peines incompressibles et la perpétuité réelle serait salutaire…Mais que ce débat n’ait pas lieu juste après une telle tragédie.

L’Agneau immolé et le Veau d’or

Notre époque troublée par la crise économique et financière émet des signes qu’il est bon de relever. Les conférences de carême qui se déroulent en ce moment à Notre Dame de Paris en sont un exemple frappant : L’Eglise de France n’a pas eu peur de prendre des intervenants tenant un discours critique, voire même de rupture, avec le néolibéralisme… 

La conférence du 11 mars, animée par le jésuite Gaël Giraud et par le Président de l’Autorité de Marchés financiers, Jean-Pierre Jouyet, est particulièrement éloquente…et salutaire ! Je ne compte pas vous la résumer, je vous recommande de la lire en intégralité sur le site des conférences de carême, néanmoins il y a un point que je trouve important…essentiel même tant il revêt une dimension « prophétique » : la comparaison entre notre époque mondialisée, libre-échangiste, consumériste, productiviste, voire même scientiste et l’idolâtrie du Veau d’or à laquelle se sont livrés les Hébreux dans le désert en attendant que Moïse ne redescende  du Sinaï. Lire la suite

Vous avez dit non-négociables ? (3)

Etre catholique et citoyen n’est pas une sinécure. Différentes personnalités, différents mouvements se réclamant de la foi chrétienne sont actifs sur le terrain politique et ils vivent différemment la campagne présidentielle et le cas de conscience qu’elle implique. Nous voyons apparaître différentes stratégies pour tenter de mettre en œuvre la doctrine sociale de l’Eglise sans bafouer les points non-négociables… Stratégies que l’on peut toujours discuter tant du point de vue de la cohérence que du point de vue de l’efficacité.  Lire la suite

Vous avez dit non-négociables ? (2)

Que faire ? La note doctrinale du 24 novembre 2002 appelle clairement les catholiques à refuser tout compromis allant à l’encontre des points non-négociables… Cela signifie t’il que les croyants doivent se retirer dans une tour d’ivoire, se couper du monde politique ? Non, l’Eglise nous appelle à nous opposer contre ce qui heurte nos principes.  Lire la suite

Vous avez dit non-négociables ? (1)

La campagne présidentielle a mis le monde catholique français en émoi… La plupart des chrétiens ne savent pas vers qui se tourner tant l’offre politique ne semble guère évangélique. Dans ce brouillard politique, nous avons avec nous quelques instruments de navigation : Outre une riche doctrine sociale, l’Eglise a défini des « points non-négociables ». Par définition, ces points sont des problématiques fondamentales sur lesquelles nous ne pouvons pas transiger… Ils sont formulés dans la note du 24 novembre 2002 du préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi de l’époque, un certain Joseph Ratzinger… Ce texte est essentiel, il résume une grande partie de la doctrine sociale de l’Eglise en nous donnant des clés pour comprendre et nous repérer dans la vie politique actuelle.  Lire la suite

Mélenchonia

Il est une humeur qui est à la mode en ces temps de crises : la mélancolie. Lars von Trier l’a mis en scène dans son dernier film intitulé Mélancholia. Un film à l’atmosphère de fin du monde où une petite planète va mettre un terme à l’humanité…un film ajusté au calendrier Maya qui nous annonce des joyeusetés pour la fin de l’année (je n’y crois pas si ça peut vous rassurer). 

Je n’ai pas vu ce film, salué par la critique certainement à raison, et je ne vais pas vous en parler… Simplement, cette mode de la « mélancholia » semble avoir pris une forme originale en cette campagne présidentielle. Cette forme est celle de la « Mélenchonia »…Oui vous avez bien lu, ce n’est pas une faute de frappe ou un quelconque « lapsus calami », j’ai bien écrit la « Mélenchonia ». Mais qu’elle est cet OVNI des humeurs ?  Lire la suite

Le choix de la raison

La politique a ce travers qui est celui d’être l’art du possible. Prisonniers de la réalité nous devons « faire avec » et trop souvent mettre de côté nos idéaux les plus nobles. 

Ce réalisme est celui de Christine Boutin, présidente du Part Chrétien-Démocrate, qui a annoncé hier soir qu’elle arrêtait la course àla présidentielle. Fautedes 500 signatures nécessaires, elle a choisi de changer de fusil d’épaule…En soutenant Nicolas Sarkozy. 

Stupeur chez certains, cris d’épouvante chez d’autres, joie chez quelques uns : elle se rallie à l’UMP ! 

Je vois déjà les commentaires fuser, les accusations de grands rigoureux abonder : compromission avec le pouvoir, quête d’un maroquin… Absurde ! Tout le travail de Christine Boutin, toute son œuvre politique a été au service d’une idée politique : la Démocratie chrétienne, et à quel prix ! Madame Boutin a été vilipendée, trainée dans la boue depuis 1998 et le débat sur le PACS. Nombre de ses alliés, de ses amis l’ont lâché car elle a eu des prises de position courageuses et à contre-courant. Ses choix, sa candidature aux présidentielles de 2002, la fondation du Forum des Républicains Sociaux devenu des années plus tard le Parti Chrétien-Démocrate va dans le sens de ses convictions humanistes et Démocrates-chrétiennes inchangées depuis le début de son engagement politique. 

Mais défendre des idées implique t’il de s’isoler, de ne s’allier avec personne, de refuser de travailler avec un gouvernement sous prétexte que nous ne sommes pas en accord avec lui à 100% ? 

Certains reprochent à Christine Boutin d’avoir travaillé avec l’UMP et de remettre ça à nouveau…comme si elle aurait été une « grande dame de la politique » si elle avait boudé le gouvernement au nom de la pureté politique… Absurde ! Que vaut cette soi-disant pureté si elle n’est qu’impuissance ! 

Non : le but de la politique est de construire quelque chose, or construire implique de participer au pouvoir et participer au pouvoir implique de savoir quelles sont nos priorités. Or pour le PCD la priorité est aux valeurs ! 

Nicolas Sarkozy et François Hollande ont tous les deux le mérite d’avoir tenu un discours clair sur la question des valeurs. 

Le candidat socialiste est favorable au mariage homosexuel, à l’homoparentalité et est prêt à légaliser l’euthanasie. A cela s’ajoute une forme de laïcisme exacerbé… Les valeurs ne sont donc pas au rendez-vous, en revanche les nouvelles mœurs tiennent le haut du pavé…

 Le Président sortant défend l’inverse. Lors de son interview au Figaro Magazine il a affirmé son opposition à l’euthanasie, au mariage gay et à l’adoption par les couples homos. Il donne donc des garanties sur ce sujet. 

Bien entendu l’harmonie n’est pas parfaite, il existe des points de divergence mais il est objectivement préférable que Nicolas Sarkozy soit réélu. Nous ne pouvons pas prendre le risque de mettre François Hollande à l’Elysée… 

La question qui se pose est : Sarkozy ou Hollande ? Les autres candidats, même s’ils font de beaux scores, n’ont aucune chance de parvenir au pouvoir… Il ne faut donc pas se tromper et au moins limiter les dégâts. 

Je comprends ceux qui sont tentés d’aller à la pêche devant le peu d’intérêt de cette campagne électorale. Sur Twitter il y a eu récemment une brève discussion sur ce sujet et j’ai émis quelques tentations la dessus…Mais non, il faut voter et voter utile pour éviter au pays une catastrophe. 

Bien entendu cela ne fait pas de moi un Sarkozyste pur et dur. Il y a des choses que je n’approuve pas dans ses idées… Mais sur les questions économiques Hollande ne changera rien : il est aussi libéral que Sarkozy, aussi prisonnier du dogme de la croissance que lui, aussi partisan de l’austérité que lui… En revanche, il sera désastreux sur les questions de société. 

Donc oui Christine Boutin a fait le bon choix : le choix de la raison.

Epatant Monseigneur Léonard

Mgr André-Joseph Léonard, archevêque de Malines-Bruxelles, a une réputation de « conservateur » qui fait qu’il a été à maintes reprises vilipendé et même entarté (si, si) par de prétendus « progressistes ». 

Mais qu’est-ce que ce conservatisme que certains lui reprochent ? Tout simplement sa fidélité à Rome, son opposition aux « nouvelles mœurs » et une certaine liberté de parole. 

Pour la messe de minuit, Mgr Léonard en effet exercé cette liberté de parole avec une homélie qui en a surpris plus d’un. Le journal La Libre Belgique a rapporté cet évènement. Voici les extraits les plus significatifs.  Lire la suite

Saint François et Mister Bayrou

François Bayrou est un personnage curieux. Certains aiment parler du « mystère Bayrou ». Mystère n’est pas le mot juste. Malgré le flou qui entoure parfois ses prises de position, malgré l’ambigüité de ses positionnements, François Bayrou n’est pas un mystère. Il est juste un paradoxe. Lire la suite

Christine Boutin : la candidate des SDF. Magnificat !

Christine Boutin est soutenue par les SDF de « l’Itinérant ». Ce journal en vente par les sans-abris s’est engagé à soutenir la présidente du PCD dans sa recherche des 500 signatures pour sa candidature aux présidentielles. Il a été posté aux 36 000 maires de France. Un symbole très fort : Christine est la candidate des plus démunis. Et ils la défendent bien en mettant en avant qu’elle a donné de sa personne pour les aider.  Lire la suite

Faits d’hiver

Le printemps arabe amorcé au début de l’année 2011 avait été accueilli très favorablement par l’opinion publique française. Les journalistes parlaient de chutes des tyrans, d’avènement de la démocratie… Propos tenus avec une certaine naïveté. 

L’espoir fait vivre ! Cette attitude optimiste a conduit la France, et d’autres pays occidentaux, à soutenir ces révolutions. Les anciens amis de la France qu’étaient ces potentats ont été lâchés par la République et les rebelles ont été encensés. L’exemple le plus flagrant est celui de la Libye où nous sommes allés jusqu’à attaquer le régime du colonel Kadhafi. 

Mais voila, le printemps arabe a eu des conséquences inattendues. Déjà au mois d’aout, des voix discordantes annonçaient un retour des islamistes. En Libye, certaines organisations djihadistes proches d’Al-Qaïda, faisaient parties du Conseil national de transition (CNT). Malgré la discrétion des médias sur ce sujet, certains journalistes évoquaient ce sujet. J’ai rédigé un papier la dessus. 

Deux mois plus tard, les choses sont beaucoup plus claires : le printemps arabe est suivi de l’hiver islamiste. La presse commence à le reconnaître, enfin !  Lire la suite

Lettre ouverte à mon frère chrétien libéral (économique bien sur).

Cher frère, 
Comme tu le sais, la « lettre à mon frère » est à la mode. Bon nombre de bloggeurs se sont livrés à cet exercice, et après moultes hésitations j’ai décidé d’en écrire une. Une lettre à toi, cher frère dans l’Eglise qui défend le libéralisme économique avec autant d’énergie que tu défends « Notre-Seigneur-Jésus-Christ », « Notre-Saint-Père-le-Pape-Benoît-XVI » ou « La-Vie-à-naître ». 

 

Tu n’es pas un « tiède », loin s’en faut, et je suis le premier à t’en féliciter. J’admire même ton courage avec tes prises de position à rebours d’une société qui ne demande qu’à mieux connaître le Christ. 

 

Mais, cher frère, saurais-tu que le libéralisme économique ne se confond pas avec la Doctrine sociale de l’Eglise ? Car quand je lis certains de tes blogs favoris, j’ai l’impression que notre Pape serait un néo-libéral convaincu et un ardent défenseur du capitalisme… 

 

Mieux encore : la note du Conseil Pontifical Justice et Paix serait un texte ne remettant pas en cause le néo-libéralisme ! Ou pire : certains de tes sbires vont jusqu’à prétendre que Justice et Paix ne serait qu’une petite officine, obscure, loin du Pape et (comble du vice) infiltrée par des crypto-marxistes ! 

 

Cher frère : tes amis libéraux seraient-ils paniqués au point de se contredire ? Au point de nier l’évidence : le Saint Siège n’est pas libéral. 

 

Relisons ensemble un passage clés de ce grand texte : « Mais qu’est-ce qui a donc poussé le monde dans cette direction aussi problématique, pour la paix également ? Avant tout un libéralisme économique sans règles ni contrôles. Il s’agit d’une idéologie, d’une forme d’  « apriorisme » économique qui prétend tirer de la théorie les lois de fonctionnement du marché et celles dites lois du capitalisme, en en exaspérant certains aspects. » Oui tu lis bien : la cause de la crise est bien un  « libéralisme économique sans règles ni contrôles ». Et son auteur est sévère avec cette idéologie car il lui attribue la cause de la crise. Pas moins !

 

Le Vatican appelle à la régulation, à des institutions financières supranationales, à une taxe sur les transactions financières…On est loin de la main invisible d’Adam Smith !

 

Frère néo-libéral, le Saint Siège est dur avec ton idéologie…reconnais-le au moins. Alors évidemment tu vas me répondre que le Pape est nul en économie et qu’il devrait se contenter de faire de la morale sexuelle et de traiter des questions fondamentales: la capote, l’avortement, l’euthanasie, les homos etc…

 

Pourtant tu le sais : Quand on défend la vie, on la défend à 100%. Pas que les bébés, mais aussi leurs parents qui se font licencier parce que leur usine se fait délocaliser en Chine néolibérale populaire. Et puis les parents Chinois qui dans leur nouvelle usine venant d’Europe se feront exploiter employer 60 heures par semaine pour une poignée de Yuan. Tu aimerais bosser dans ses conditions ? Bien sur que non cher frère.

 

Alors tu me diras sans doute : Frère Charles, tu es de gauche ! Qui a donc nettoyé ta cervelle à la lessive Saint Marx ? Ah la la, mon fréro, la politique ce n’est pas si simple. Il n’y a pas les cocos d’un côté et les libéraux de l’autre. Le bien commun ce n’est pas une histoire d’idéologie.

 

Eh oui, parfois je lis que ce n’est pas la faute du marché mais celle des Etats. Que c’est la faute des marchés et pas celle des Etats… C’est pas moi : c’est lui. Frère mais c’est un argument de cour de récrée ! Il y a énormément de responsables dans cette crise. Les banques qui ont spéculé sans limite, les Etats qui ont fait sauter ces limites, et incités les particuliers à s’endetter. Les gouvernements qui ont fait gonfler cette fichu dette. Les spéculateurs qui ont joué comme d’autres jouent à la roulette. Et j’en oublie un paquet !

 

La vraie question n’est pas « qui est le salaud qui nous a mis dedans », mais plutôt comment en sommes nous arrivé là et que faut-il faire pour s’en sortir ! OUI, que faut-il faire !?! Car il faut agir et en premier ceux qui sont responsables du bien commun : les Etats.

 

J’entends tes cris de douleur quand j’ai prononcé ce mot que tu ne supportes pas : Etat. Pardonne-moi, je ne veux pas te faire de mal. Mais accepte le, il faut réguler le marché. Je ne parle pas de dirigisme, ni de collectivisme, juste de régulation. Pas d’idéologie, juste du bon sens. La régulation ne remet pas en question la liberté économique, celle de monter sa boite, de gagner sa vie, de vendre, d’acheter, d’échanger. Elle est juste là pour éviter que l’excès de liberté des uns réduise en esclavage les autres, c’est tout.

 

Tu sais cher frère que ce casino mondial qui nous met tous dans la m… provoque chez moi l’indignation. Eh oui, je suis un chrétien indigné. Et honnêtement, quand je vois les ravages de cette idéologie, je me dis qu’il y a vraiment de quoi.

 

Allez cher frère, indignons-nous en famille !

Le manifeste des Chrétiens Indignés : à diffuser très largement !

Les Chrétiens Indignés de France communiquent ! Leur manifeste est reproduit ci-dessous. J’adhère entièrement à leur démarche. Faisons circuler ce document important.


Petit groupe de lecteurs du blog de Patrice de Plunkett (http://plunkett.hautetfort.com), venus d’horizons différents, d’âges, de situations familiale et professionnelle très variées, nous avons en commun notre foi, notre appartenance à l’Eglise catholique et nos convictions sociales et politiques. Profondément interpelés par la crise qui traverse notre époque, nous nous interrogeons sur nos responsabilités et celle de notre entourage chrétien. 


Notre premier acte d’engagement consiste à prendre la parole.  


Nous associons notre voix à celle de tous ceux qui dénoncent depuis si longtemps le système économique néo-libéral qui régit économies et sociétés depuis près de trente ans. Disciples du Christ, nous ne craignons pas d’exprimer notre révolte contre un ordre profondément anti-évangélique dont les conséquences désastreuses ne peuvent plus être contestées. Ainsi :


Comme catholiques nourris depuis plus d’un siècle par une doctrine sociale généreuse, ambitieuse et crédible, pouvons-nous encore défendre un système économique qui ignore, méprise ou nie les valeurs humaines essentielles: la protection des plus faibles, la solidarité, les relations désintéressées, le don gratuit, le sens du renoncement, le dévouement à la collectivité ? Toutes ces valeurs ne sont-elles pas au cœur de l’exigence évangélique ?


Destinataires d’une création extraordinairement féconde, dont nous sommes regardés et désignés par notre Dieu comme les intendants prudents, pouvons-nous laisser se poursuivre les atteintes irréversibles dont elle fait l’objet sans protester avec indignation, et sans nous-mêmes montrer l’exemple par un comportement irréprochable ?


Héritiers d’un humanisme bimillénaire qui enracine toute notre tradition sociale et politique dans une très haute conception de la personne humaine, pouvons-nous ignorer plus longtemps que le  matérialisme assumé et agressif sous le régime duquel nous vivons renvoie de notre humanité une image déformée et enlaidie ? 


L’appartenance au Christ est une force totale qui ne laisse de côté aucun des aspects de la vie des hommes. Or il existe un vaste champ de transformation sociale largement ignoré des chrétiens, qui trop souvent ignorent que les actuels enjeux politiques vont bien au-delà des nécessaires questions éthiques (défense de la vie…). Oserons-nous reconnaître que le constat des injustices criantes  qui affectent les populations fragiles de notre terre, et les transgressions contre l’homme et la nature dont nous sommes chaque jour les témoins, sont un appel à transformer les structures mêmes de nos sociétés, et pas simplement à en corriger les effets désastreux ? Le paradigme libéral non seulement ne marche pas, mais il est indigne de l’homme. C’est notre responsabilité de chrétiens que d’affirmer cela, et de proposer un autre modèle conforme aux exigences de l’Evangile. 


Membres du groupe, nous nous regardons comme les premiers destinataires de cet appel, car le sentiment d’urgence qui nous saisit se heurte d’abord aux limites et aux contradictions de nos propres existences et à la modestie de nos moyens. Nous brûlons simplement de voir les chrétiens se mobiliser sur ces thèmes, et devenir une force généreuse de changement social. 


Que pouvons-nous faire ? 


1-    D’abord, tous nous convertir, et regarder enfin le monde qui nous entoure avec lucidité. Il nous faut faire le constat courageux que nous ne pouvons plus continuer à vivre comme nous le faisons, ni ignorer que le paradigme libéral sur lequel nos vies sont construites n’est pas durable et conduit l’humanité à sa perte. Il nous faut bien comprendre que tout se tient, et qu’il n’y a qu’une seule et même crise : elle est à la fois financière, économique, écologique, politique, morale et spirituelle. C’est la crise d’une humanité qui a perdu son chemin et simplement compromis ses chances de survie en ayant oublié les raisons de vivre. 


2-    Cette conversion entamée, il nous faut changer notre style de vie quotidienne, en vivant personnellement et en promouvant autour de nous une écologie complète et pleinement humaine. Nous pensons en effet que refonder notre société passe d’abord par l’adoption d’un mode de vie simple et respectueux de notre environnement, social et naturel. Changer de vie, c’est renoncer avec fermeté aux logiques de « croissance », d’accaparement et de consommation sans discernement qui caractérisent le mode de vie occidental et choisir, au nom de l’idéal de vie chrétien, de mener une existence sobre et joyeuse centrée sur l’essentiel. 


C’est ainsi que nous, membres de ce groupe, avons entamé dans notre vie personnelle et familiale ce changement nécessaire. Et c’est sans arrogance, mais déterminés à faire réfléchir et à mobiliser notre entourage, que nous vous en proposons le témoignage. Dans l’annexe à ce document, chacun des membres du groupe a accepté de résumer ce qu’il a changé dans sa vie, et pourquoi il l’a fait. Ces témoignages s’adressent à tous ceux qui se demandent quoi faire. En vous partageant ces facettes renouvelées de nos vies quotidiennes, nous affirmons que l’enjeu spirituel de nos existences ne peut être séparé de son enjeu social et collectif : être chrétien, c’est vivre différemment. Et au-delà des enjeux personnels et familiaux, changer nos vies maintenant, c’est déjà rendre possible la coexistence fraternelle des peuples de cette terre, tâche à laquelle nous chrétiens devons hardiment participer en luttant contre ce qui la menace et en défendant ce qui la rend possible.   


3-    Enfin à une plus large échelle, nous devons activement participer à promouvoir tout ce qui autour de nous oriente les hommes vers un avenir nouveau ! Disons-le pêle-mêle : des entreprises à taille humaine soucieuses de leur enracinement dans la société ; des échanges économiques libres mais subordonnés à des règles de solidarité impératives et débarrassés des artifices de la finance dématérialisée ; un mode de vie sobre, proche de la nature, de ses rythmes et des limites qu’elle nous impose, et qui, sans avoir peur de nous répéter, tourne définitivement le dos au modèle consumériste ; toutes les initiatives politiques qui tendent à faire vivre une conception renouvelée du bien commun, entendu dans une acception universelle, capable d’embrasser le sort des peuples proches ou lointains qui subiront directement ou indirectement les choix que nous faisons pour nous-mêmes ; etc. L’Eglise catholique nous adresse depuis quelques années de messages de plus en plus pressants qui sont autant d’appels à nous engager. Citons :



  • La Conférence des évêques de France, dans un document[1] écrit début 2011 : « L’économie libérale dérégulée nous offre comme seul horizon la consommation de toujours plus de biens matériels. La vacuité et la dangerosité d’un tel projet de société sont évidentes : il épuise la planète, réduit l’homme à un rôle de producteur/consommateur et mine la confiance indispensable à toute vie commune. […] Lorsque notre bonheur dépend uniquement des biens que nous possédons, alors les pauvres et les migrants deviennent des menaces et les mesures de sécurité supplantent les mesures de solidarité. »

  • Le Conseil Pontifical « Justice et Paix », qui écrivait[2] en octobre 2011 : « En libérant son imagination, l’homme libère son existence. Il est possible, grâce à un engagement d’imagination communautaire[3], de transformer non seulement les institutions, mais aussi les styles de vie, et de susciter un avenir meilleur pour tous les peuples. »

  • Benoît XVI lui-même, par exemple dans son message pour la Paix le 1er janvier 2010 : « Il est donc sage d’opérer une révision profonde et perspicace   du modèle de développement […]. L’état de santé écologique de la planète l’exige; la crise culturelle et morale de l’homme le requiert aussi et plus encore, crise dont les symptômes sont évidents depuis un certain temps partout dans le monde. […] Les situations de crise qu’elle traverse actuellement […] obligent à repenser le cheminement commun des hommes. Elles contraignent, en particulier, à adopter une manière de vivre basée sur la sobriété et la solidarité, avec de nouvelles règles et des formes d’engagement s’appuyant avec confiance et avec courage sur les expériences positives faites et rejetant avec décision celles qui sont négatives. »[4] 

Ainsi nous pourrons ouvrir en grand nos fenêtres sur le monde avec confiance et générosité, entendre l’appel à la justice qui résonne avec retentissement d’un bout à l’autre de notre terre, et laisser agir en nous l’Esprit de don qui attend notre engagement pour se manifester. 


Notre petit groupe est encore en construction, et nous ne savons pas encore quelle direction nous prendrons. Si vous souhaiter vous joindre à nous, ou simplement vous tenir au courant de ce que nous devenons, faites-le savoir en nous écrivant sur : chretiensindignonsnous@yahoo.fr 





[1] Grandir dans la crise, document de la Conférence des évêques de France – Conseil Famille et Société,  Paris, Bayard Cerf Fleurus/Mame, 2011



[2] Pour une réforme du système financier et monétaire international dans la perspective d’une autorité publique à compétence universelle, Conseil pontifical « Justice et Paix », Cité du Vatican, 2011



[3] En italique dans le texte



[4] Si tu veux la paix, protège la création, Message de sa Sainteté Benoît XVI pour la célébration de la journée mondiale de la paix, 1er janvier 2010

Le Pape et l’Autorité publique universelle : un document choc.

Le 24 octobre, le Conseil pontifical Justice et Paix a publié un document très attendu : Pour une réforme du système financier et monétaire international dans la perspective d’une autorité publique à compétence universelle. Il s’agit d’une proposition du Saint Siège dans le cadre de la lutte contre la crise financière.

Le texte n’est pas de la main de Benoît XVI mais il a son entière approbation. Justice et Paix parle au nom du Pape sur les questions politiques et sociales. Ce dicastère est dirigé par le Cardinal Peter Turkson, prélat d’origine Ghanéenne. Il est notamment connu pour ses critiques envers la multinationale Monsanto…

Ce texte est très intéressant car il s’inscrit dans la suite de l’encyclique Caritas in Veritate. Le Pape appelait déjà à la création d’une Autorité publique à compétence universelle pour le gouvernement mondial de la finance. Le document de Justice et Paix développe cette question.

Il est difficile de résumer en quelques lignes une note de treize pages. Je vais donc évoquer quelques points.

Ce document part de la crise actuelle, qui est non seulement économique mais qui est susceptible d’avoir des conséquences sur la paix. Il tente d’apporter une explication à cette situation :

« Mais qu’est-ce qui a donc poussé le monde dans cette direction aussi problématique, pour la paix également ? Avant tout un libéralisme économique sans règles ni contrôles. Il s’agit d’une idéologie, d’une forme d’  « apriorisme » économique qui prétend tirer de la théorie les lois de fonctionnement du marché et celles dites lois du capitalisme, en en exaspérant certains aspects. »

La traduction n’est pas très belle, mais le contenu est clair. La cause du problème est l’ultralibéralisme, cette idéologie qui refuse toute régulation du marché y compris au niveau mondial. Certains esprits chagrins diront peut-être que cela ne vise pas le libéralisme mais l’absence de réglementation…Non, le texte est clair et son auteur insiste à plusieurs reprises sur « l’idéologie néolibérale ». Donc ne faisons pas dire au Saint Siège ce qu’il ne dit pas.

Le texte développe donc sur les ravages du néolibéralisme et des idéologies liées : l’utilitarisme (ce qui est utile à l’individu, est utile à la communauté), et la technocratie (les solutions sont exclusivement techniques). Le bien de tous ne passe pas que par ce qui est utile à chacun, le Saint siège vient ajouter à cela un principe de solidarité. Quant à la technique, elle ne peut répondre à tous les problèmes, au contraire il y a avant tout une question éthique : cette crise est surtout une crise morale.

Solidarité, éthique, régulation de l’économie mondiale, cela ne peut avoir lieu que dans le cadre d’une autorité publique mondiale dont le but est de servir le bien commun.

Vaste programme ! Justice et paix qualifie cette autorité de supranationale (ce qui va faire hurler nos souverainistes, fussent-ils de bons catholiques).

Son objet ? « Elle a pour but de favoriser l’existence de systèmes monétaires et financiers efficients et efficaces, c’est-à-dire de marchés libres et stables, disciplinés par un ordonnancement juridique approprié, fonctionnels au développement durable et au progrès social de tous, et s’inspirant des valeurs de la charité et de la vérité. »

Nous sommes loin de l’ultralibéralisme. Il s’agit donc d’une autorité garantissant un échange commercial libre mais régulé, organisé, permettant le progrès social des peuples et dans le respect de la création. Nous sommes loin de la « main invisible » d’Adam Smith !

Evidemment cela ne se fera pas d’un coup et le texte développe les différentes phases de constitution de l’autorité.

Ce n’est pas non plus une organisation aplatissant les cultures, un totalitarisme mondial : « Une Institution supranationale, expression d’une « communauté des nations » ne pourra exister longtemps, si, (…) les diversités des pays ne seront pas reconnues ou pleinement respectées ». L’unité mondiale ne peut se faire que dans la diversité, et dans le respect du principe de subsidiarité comme le précise le texte plus loin.

Principe de subsidiarité mais aussi principe de solidarité entre les Etats, la société civile mondiale et l’Autorité publique universelle.

Le Saint Siège reconnait le long chemin pour parvenir à un tel « gouvernement mondial » (le mot figure dans le texte), et il propose qu’il soit mis en place à partir de l’ONU qui serait réformée.

« Le fruit de ces réformes devrait être une plus grande capacité dans l’adoption des politiques et des choix contraignants parce qu’orientés vers la réalisation du bien commun local, régional et mondial. »

Contraignants : ce gouvernement mondial n’est pas « international » mais « supranational ». La seule institution comparable à ce projet est l’Union Européenne, dont le droit communautaire prime sur le droit national. Tout comme l’Europe unie, l’autorité mondiale se fera par le multilatéralisme. Le Vatican explique clairement qu’il faut passer de la gouvernance mondiale, de forme intergouvernementale, au gouvernement mondial, multilatéral avec une institution supranationale.

Il fait référence à une solidarité fiscale mondiale. Cela implique donc des taxes mondiales, ressources propres de l’autorité universelle pour constituer une réserve financière mondiale et instruments de régulation économique. Ces taxes toucheraient les transactions financières.

Critiquant intelligemment le système financier actuel et les faiblesses des instances actuelles, le document appelle à la création d’une banque centrale mondiale conçue sur le modèle des banques centrales nationales.

En conclusion le texte reconnait les vices mais aussi les aspects positifs de la mondialisation. Le monde s’unifie, les peuples coopèrent entre eux. Mais cela doit être organisé afin que surgisse un état de droit mondial.

« Seul un esprit de concorde, qui surmonte les divisions et les conflits, permettra à l’humanité d’être vraiment une seule famille, jusqu’à concevoir un monde nouveau avec la constitution d’une Autorité publique mondiale, au service du bien commun. » 

Alors : Utopie ou projet réaliste ?

C’est difficile à dire, mais il faut espérer qu’il soit réaliste. Nous ne pouvons pas en rester là. Ce libre-échange sans la moindre régulation ruine nos économies, fait plonger dans la misère des millions de famille, détruit des emplois par les délocalisations et réduit en esclavage les travailleurs du sud. Soit la mondialisation est maitrisée par une Autorité mondiale, soit les Etats devront se protéger par des politiques de protectionnisme ne serait-ce qu’au niveau régional. L’idée d’Arnaud Montebourg n’est pas insensée bien au contraire.

Donc il nous faut soit une Autorité mondiale digne de ce nom, soit une politique de démondialisation.

Indignons-nous de ce Casino mondial et faisons circuler ce document révolutionnaire !

Indignons-nous encore et toujours !

Défendons le Christ ! Tel est le mot d’ordre, pour ne pas dire le cri de guerre, des nouveaux croisés. Cela a pris la forme de prières collectives dans le but de perturber les représentations de pièces de théâtres blasphématoires. Où la prière est utilisée comme un moyen de pression…on est loin de ce qu’elle est réellement : l’union à Dieu. 


D’autres combattants sont allés plus loin : ils ont balancé de l’huile de vidange sur les spectateurs… ils ont fini au poste de police. 


Vous connaissez mon avis : ces individus font du tort à l’Eglise. Ils donnent une image réactionnaire et même néo-fasciste (certaines organisations présentes se revendiquent du fascisme) de la foi chrétienne…tout ce qu’elle n’est pas ! 


Ce comportement m’indigne. Oui ! Je suis indigné que des catholiques se comportent comme ça ! Non seulement ils bafouent l’Evangile en faisant le contraire de ce que dit le Christ mais en plus ils font une publicité énorme pour ces spectacles. Leur producteur doit se réjouir de cette propagande ! 


Cela veut-il dire qu’il ne faut pas défendre le Christ ? 


Bien sur que non ! Mais tout dépend par ce que l’on entend par « défendre le Christ ». 


Je l’ai déjà dit précédemment, agresser des spectateurs, utiliser la prière comme une arme ne sont pas des attitudes conformes à l’Evangile…en faisant cela on ne défend pas le Christ : on le crucifie ! 


Défendre le Christ, c’est défendre le pauvre. Car Jésus nous l’a dit : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Car j’avais faim et vous m’avez donné à manger, j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venu jusqu’à moi !’ Alors les justes lui répondront : ‘Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? Tu avais donc faim et nous t’avons nourri ? Tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? Tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? Tu étais nu et nous t’avons habillé ? Tu étais malade ou en prison…quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?’ Et le Roi leur répondra : ‘Amen, je vous le dis, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » Mt 25, 34-40.  


Au contraire quand Pierre a voulu « défendre » Jésus physiquement, le Christ lui répondu : « Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée » Mt 26, 52. 


Eh oui : défendre le Christ ce n’est pas partir en croisade (elles ont toutes été des échecs) mais venir en aide au pauvre qui est comme le Christ sur terre. 


La cause des pauvres, la cause de la justice sociale…Ce ne sont pas des spectacles stupides, que tout le monde aura oublié dans deux mois, qui doivent nous indigner ! Mais c’est plutôt ce système financier pervers qui ruine des millions de familles ! 


Oui ! Les Indignés, que certains cathos d’extrême droite détestent, sont plus proches des Evangiles que les Godefroy de Bouillon du Théâtre de la Ville ! 


Alors chrétiens, Indignons-nous ! Suivons l’exemple des Protest Chaplains, ces jeunes chrétiens épiscopaliens New Yorkais qui ont rejoint le mouvement Occupy Wall Street ! 


Ne nous laissons pas intimider par ceux qui assimilent les Indignés aux extrémistes qui ont saccagés une église et agressés des fidèles. Ce n’étaient pas les Indignés mais les « Black blocs », ils n’ont pas de lien avec le mouvement qui est par nature non-violent.  


Mais il est vrai que cette confusion avantage beaucoup de gens… 


Indignons-nous !

Indignons-nous ! Mais avec qui ?

« Indignez-vous » est devenu le mot le plus porteur politiquement depuis la sortie du pamphlet de Stéphane Hessel. 

Ce texte a connu une surprenante postérité : un grand mouvement spontané est apparu et a pris le nom « Les indignés ». 

Important succès, on les retrouve dans de nombreuses villes Européennes. 

Mais qui sont les Indignés ? Un mouvement hétéroclite, composé en grande partie de jeunes d’extrême gauche, mais pas seulement : de nombreux chrétiens ont manifesté le vœu de rejoindre le mouvement. 

Et on peut comprendre cela. Le capitalisme de 2011 est une catastrophe. La mondialisation libérale crée des chômeurs au Nord et des esclaves au Sud. La spéculation a ruiné des milliers de travailleurs. Et les gouvernements renflouent aveuglément les banques sans leur demander de comptes… absurde ! 

La démocratie connait une très grave crise car elle donne le sentiment d’être complètement inféodée au pouvoir financier. 

C’est normal d’être indigné, il faut l’être. Surtout quand on est chrétien ! Le néolibéralisme n’a rien de compatible avec la foi chrétienne ! 

Mais voila, se pose un gros problème : avec qui s’indigner ? 

Le mouvement des Indignés a connu quelques débordements très regrettables. En Italie, une Eglise a été saccagée. En Espagne, quelques jeunes pèlerins des JMJ ont été agressés… 

Les Indignés seraient-ils antichrétiens ? 

Il est devenu évident que le mouvement n’est pas sans lien avec les organisations de gauche et d’extrême gauche. En Espagne les blessures de la guerre civile sont encore vives et Jose Luis Zapatero a un rapport très conflictuel avec le catholicisme… 

Dans le reste de l’Europe, gauchisme et Eglise ne font pas forcément bon ménage. J’en ai personnellement fait l’amère expérience : des jeunes de gauche avec qui j’étais proche sur des questions concrètes ont refusé tout échange parce que j’étais chrétien…De la haine à l’état pur, ça fait peur. 

C’est stupide : nous sommes souvent très proches sur le plan politique…Mais une ligne de démarcation invisible nous sépare. 

La vie politique française est dominée par cette opposition. Les catholiques les plus attachés à Rome sont majoritairement à droite. Les « nouvelles mœurs » sont défendues par la quasi-totalité de la gauche alors qu’elles mettent du temps à s’imposer en face…Pourtant la droite libérale a un positionnement économique guère catholique…c’est certain. 

Autre exemple, cette fois-ci plus historique : la Démocratie-chrétienne française avait envisagé la formation d’un grand parti politique au Centre gauche. Un « parti travailliste » regroupant les démocrates-chrétiens et les socialistes…Ce projet est né au sein de la Résistance avec notamment Gilbert Dru. Il a échoué à la Libération. Pourquoi ? La gauche peinait à s’allier avec les catholiques et cela malgré la grande fraternité de la résistance. La gauche est fondamentalement laïque, lui demander une telle fusion est contre son identité. L’Union sacré n’existe qu’en temps de guerre. De vraies et belles amitiés ont existé, mais à la Libération la politique a repris ses droits et dès 1944 le PCF faisait des coups très bas à de Gaulle et au MRP… 

Jean Lecanuet a retenté l’expérience dans les années 1960. Il avait même pour cela obtenu un rendez-vous avec le Grand Maître du Grand Orient (ça ne s’invente pas…). Que lui a dit le premier des Frères ? « Nous ne pouvons concevoir un parti où cohabiteraient ceux qui vont à la messe et ceux qui n’y vont pas ». L’homme au tablier avait au moins le mérite d’être clair… Cet échec n’a pas découragé Lecanuet qui a éliminé la référence chrétienne du MRP… Sur ces expériences malheureuses Pierre Pflimlin avait dit à Lecanuet : « N’êtes vous pas lassé de vous faire éconduire comme un amoureux qui s’obstinerait à courir après une belle qui ne s’intéresse pas à lui ».  

Pourquoi courir après la gauche ? 

Je crois honnêtement qu’avant de chercher à se lier avec les non-croyants, il faut d’abord que les chrétiens s’affirment. 

OUI : il faut d’abord reconstruire une authentique Démocratie-chrétienne ! 

OUI nous devons nous indigner. Nous devons passer à l’action ! Mais en assumant très clairement notre identité chrétienne. 

Vivons la Doctrine sociale de l’Eglise, aidons les plus pauvres, rebâtissons la Démocratie chrétienne de Frédéric Ozanam ! 

Si nous sommes vraiment nous-mêmes, ce n’est pas nous qui irons vers les autres Indignés…ce sont eux qui viendront à nous ! 

Indignons-nous…Mais en chrétien !

Faut-il désespérer de la politique ? Patrice de Plunkett apporte quelques éléments de réponse.

Notre ami journaliste Patrice de Plunkett est intervenu vendredi 7 octobre aux Etats Généraux du Christianisme sur le thème d’actualité « Faut-il désespérer de la politique ? » 

Voici le texte intégral de sa conférence sur son blog : plunkett.hautetfort.com.

Question difficile tant la situation actuelle ne nous incite guère à l’espérance. Crise économique, remise en question de la protection sociale, mondialisation libérale, échecs des hommes politiques, l’heure n’est pas à l’optimisme. 

Plunkett ne tombe pas dans les deux écueils qui guettent l’observateur chrétien : il n’y a ni angélisme, illusion béate d’un lendemain qui chante, ni pessimisme, fantasme sinistre d’un naufrage de notre civilisation. Il est réaliste, il reconnaît les graves injustices de notre temps : l’impunité des banquiers responsables de la crise, l’absence de remise en question des politiques actuelles…et pourtant il est plein d’espérance car il croit en une possible action des chrétiens. Mais pas des chrétiens seuls, car il considère comme possible et souhaitable l’alliance des croyants et des non-croyants. Alliance forgée autour de la doctrine sociale de l’Eglise, qui, rappelle t’il, ne s’adresse pas qu’aux seuls catholiques. 

Rendre l’espérance aux citoyens…Vaste programme qui passe par une remise en cause complète du système économique. Celui-ci est dans une impasse et il ne peut plus en sortir. Cette crise est historique et marque la fin d’un monde. Il ne faut pas que les chrétiens  « loupent le coche », car prendre ce tournant est la seule manière de rendre du sens à la politique. 

Patrice de Plunkett n’a pas peur d’avoir un discours « radical » qui ferait d’un socialiste soutenant François Hollande un bon centriste… 

En cela il se démarque aussi d’une certaine culture catholique française…Et il l’assume ! 

En effet on peut se poser la question : Pourquoi une grande partie des catholiques français se reconnaissent dans la droite ? Pourquoi les catholiques pratiquants, les plus fidèles à Rome, sont ancrés sur l’hémisphère droit de l’échiquier politique au point de se demander : Peut-on être catholique et de gauche ? Ce à quoi ils répondent souvent : bien sur que non ! La gauche étant pour eux un « axe du mal »… 

Cela est amusant car le blogueur catholique Koztoujours se moque souvent de la gauche et de son côté moralisateur en la surnommant « le camp du bien ». C’est vrai que les socialistes ont tendance au manichéisme…Mais la droite catho aussi ! Eh oui cher ami, nous retrouvons la même structure mentale de chaque côté du Rubicon politique… 

Patrice de Plunkett se moque de cette dualité et je suis entièrement d’accord avec lui. Ce clivage est stupide ! Mais hélas il est réel et il conditionne bien des comportements. 

Il y a des catholiques à gauche, mais soit on les voit peu, soit ils prennent trop souvent des postures « libérales ». Ils se disent « loin des dogmes » (en assimilant la morale sexuelle à un dogme ce qu’elle n’est pas), sont souvent loin de l’Eglise sur les questions bioéthiques et aiment se distancier de Rome…C’est dommage et c’est aussi à cause de cela que le PS est majoritairement, voire totalement, rallié aux nouvelles mœurs…eh oui, si il y a eu quatre-vingt députés de droite pour protester contre le gender dans les manuels scolaires c’est à cause du poids des catholiques au sein de l’électorat UMP… 

Mais pourquoi les cathos de droite ne protestent que contre le gender et pas contre la mondialisation libérale ? Pourquoi la bioéthique, la famille, l’école privée sont les seuls sujets où on entend les cathos ? La doctrine sociale de l’Eglise ne concerne pas que ces sujets, il y en beaucoup d’autres. Honnêtement, les propositions d’Arnaud Montebourg sur la démondialisation, le système bancaire et l’économie en général sont plus proches de l’enseignement de l’Eglise que l’essentiel du programme de Nicolas Sarkozy ! 

Bien évidemment Montebourg est rallié aux nouvelles mœurs…et là, les catholiques bloquent. Moi aussi je l’avoue ! Je rêve d’une sorte d’hybride entre Christine Boutin et le grand Arnaud ! Nous aurions là une vraie, puissante et belle Démocratie chrétienne. Une DC digne d’Ozanam et du MRP tel qu’il était en 1945 (après il s’est coupé de De Gaulle et s’est vautré dans l’Atlantisme…catastrophe historique). 

Ah si tous les chrétiens s’unissaient…Mais pas seulement, il faut aussi s’allier aux non-croyants. Je suis bien d’accord avec Patrice de Plunkett quand il dit : « Et cette lutte, il faudra la mener au coude à coude : croyants et incroyants, parce que la réalité est la même pour tout le monde. » Le seul bémol que je ferais : avant de s’allier avec les autres, commençons par affirmer nos choix politiques en tant chrétien. Faisons revivre la Démocratie chrétienne, j’insiste encore la dessus, pour qu’elle soit, enfin, fidèle à elle-même ! Faisons sauter ce maudit clivage droite-gauche, osons employer ces gros mots que la droite ne supporte pas : démondialisation, nationalisation des banques, osons refuser le libéralisme que se soit celui des nouvelles mœurs ou celui de l’économie !

Ensuite, une fois affermi et construite, la Démocratie chrétienne pourra s’allier avec d’autres courants pour bâtir ce nouveau monde.

Pour les chrétiens, l’heure est historique. Le capitalisme tardif est au bord de l’implosion. Notre système économique va mourir. Tous les indicateurs sont au rouge et sur les écrans d’ordinateur des économistes nous voyons ceci :

 Nous avons donc le choix : où nous décidons de conserver ce système en bon « conservateur » tout en rejetant les nouvelles mœurs pour garder un minimum de morale (ce qui confond éthique chrétienne et posture moralisatrice…une catastrophe).

Soit nous décidons d’accueillir et de construire un nouveau monde, celui de la civilisation de l’amour. Il implique de changer de système économique, et de renoncer à ce funeste libéralisme (tant financier que social).

Les chrétiens ont une pensée exceptionnelle. Nous avons eu, et avons encore, des philosophes, des économistes, des exemples prestigieux. Tout les courants de l’économie de communion, de l’anarchisme eucharistique (mot horrible pour un patron de droite), du commerce équitable et j’en passe, sont une matière première fantastique pour une action politique durable et efficace. Mettons-les en avant, invitons ces personnalités dans nos paroisses. Ce que dit Patrice de Plunkett sur les colloques catholiques est tristement vrai…continuons comme ça et l’Eglise finira au cimetière avec ce système économique vérolé !!!! 

N’ayons pas peur d’être nous-mêmes ! C’est le seul moyen de ne pas désespérer de la politique.

Borloo confus de la confusion

Borloo jette l’éponge ! C’est fini, il ne se présentera pas aux présidentielles. Il vient de l’annoncer au journal de Claire Chazal. Il le justifie ainsi : « Les conditions ne sont pas réunies pour fédérer les centres, et je ne veux pas ajouter de la confusion à la confusion ».


Il reconnait l’échec du rassemblement du centre. Confusion, le mot est bon pour qualifier la situation du centre aujourd’hui. Le centre est éparpillé, les leaders centristes sont très bas dans les sondages. L’ARES n’a pas créée de dynamique, le grand mouvement n’est pas au rendez-vous. Trop de divisions, trop de conflits, pas assez de cohésion, rien n’est ajusté.


Pourquoi ?


On ne peut comprendre la crise du centrisme que si on remonte un petit peu dans le temps. En 2007, François Bayrou a obtenu 18,57% des voix. Un score impressionnant gagné après des années de travail. Sa première présidentielle lui avait value 6,84%, et une subite notoriété due à une gifle providentielle…


Bayrou a réalisé ce travail de longue haleine (huit ans d’action après sa refondation de l’ancienne UDF en 1999) grâce à un positionnement original. Il s’est systématiquement démarqué du RPR, puis de l’UMP. Une démarcation forte, souvent houleuse. Il refusait tout compromis avec les gouvernements de droite. Parallèlement, il bénéficiait d’une structure partisane importante : jusqu’à trente députés, un important groupe de sénateurs (l’Union Centriste) et une dizaine de députés Européens. Sans compter un maillage important de collectivités territoriales et un réseau de militants motivés. « L’UDF de Bayrou » avait une organisation, un leader incontesté et connu, ainsi qu’un discours clair : sur l’Europe, la décentralisation, la dette (déjà et avant tout le monde…)… Ce « Centre », malgré ses faiblesses évidentes (c’était un petit parti), existait et il avait une cohérence.


L’UDF Bayrouiste a atteint son apogée en 2007, au soir du Premier tour des présidentielles. 18,57%, mais le désert est venu tout de suite après.


Faire le choix d’une opposition frontale et totale à l’UMP de Nicolas Sarkozy n’est pas sans risque. C’est même du « quitte ou double » : ou on gagne l’élection, ou on perd (même avec un résultat très élevé) et là, le naufrage est total. Les députés Bayrouistes ont été confrontés à un terrible cas de conscience lors de législatives qui ont suivi. Ou ils lâchaient Bayrou pour rejoindre la majorité présidentielle, ou ils persistaient et ils avaient un candidat UMP en face d’eux…Dilemme ! Les députés risquaient gros !


La grande majorité d’entre eux n’ont pas pris ce risque. « Ils sont allé à la soupe » a déclaré ensuite le leader déchu avec beaucoup d’amertume.


L’UDF a disparu ce jour là. Bayrou a fondé son « Mouvement Démocrate », le Modem. Les députés pro-Sarkozy, ont construit un parti autour du groupe UDF à l’Assemblée nationale et de son président Hervé Morin : le Nouveau Centre. Une organisation politique conçue en quatrième vitesse et qui, très vite, a eu comme crédo de « rassembler les centres ». Il y en avait besoin, car les anciens de l’UDF n’étaient pas tous chez Morin. Un grand nombre sont allés au Parti Radical, d’autres on fait cavalier seul et de nouvelles formations ont été créées par la suite : l’Alliance centriste de Jean Arthuis, en grande partie constituée des sénateurs centristes ; Avenir démocrate de Jean-Marie Cavada avec quelques députés européens.


Le centre était donc éclaté. Le Modem était un leader sans parti. Le Nouveau Centre et les autres formations étaient des partis sans leader.


Et les idées ? Bayrou en a. Les autres, on ne les connait pas, on n’en parle jamais et elles n’apparaissent même pas dans l’intitulé de leurs partis.


Vous savez ce qu’il pense Hervé Morin ? Personne ne le sait. C’est quoi le Nouveau Centre ? Des libéraux ? Des Démocrates chrétiens ? Des laïcs ? des Sociaux-démocrates ? Nous n’en savons rien.


Mais une seule chose est claire : c’est le « Centre-droit ». Ils ne regardent pas vers la gauche, seulement vers Sarkozy. Réalisme ? Sans doute, car la position de Bayrou est, hélas, intenable. Mais c’est la seule qui permet à un centre d’exister lors d’une présidentielle.


En regardant vers la droite, les « sarko-centristes » on fait le choix (ou subit ?) de disparaître. Ils sont devenus comme le Parti Radical de Gauche : un réseau d’élus réunis dans le satellite d’un parti de gouvernement.


Le centre va mal car il ne sait pas où il en est :



  • Satellite de l’UMP ? Donc cela implique une absence de candidats au présidentielles, ou bien un candidat de « premier tour » qui se contente de « témoigner » de sa famille de pensée.

  • Rival de l’UMP ? Cela revient à faire un Modem sans Bayrou…Mais il y a déjà Bayrou ! Malgré sa déshérence actuelle, le célèbre Pyrénéen est le seul centriste anti-sarko réellement crédible ! Comment peut-on être du Nouveau Centre ou du Parti Radical et chercher ensuite à reproduire les expériences du Modem…absurde ! Les électeurs n’y comprendraient rien !

Jean-Louis Borloo a justement commis cette dernière erreur. Membre de l’UMP et de sa composante, le Parti Radical, depuis 2002, il est l’homme du système. Il ne s’est jamais opposé à son parti. Il a été membre de différents gouvernements de Nicolas Sarkozy.


Or le voila qui part en guerre contre le Président de la République ! Et son projet de candidature visait le deuxième tour !


Borloo se prend pour Bayrou ! Absurde !


Comment peut-on rassembler des formations centristes anti-Bayrou en se prenant pour le béarnais ?


L’incohérence n’a jamais rassemblé. Comme il  le dit lui-même cela ne fait qu’ajouter de la confusion à la confusion…


Il en est confus et il renonce. C’est bien sa seule décision cohérente.

Sénat rose

Il a basculé ! Enfin, le Sénat a connu l’alternance politique ! 

Joie à gauche, panique à droite, la Haute-assemblée comprend désormais une courte (deux voix) majorité socialo-communiste (et consorts). 

Vous me connaissez, je ne suis pas un inconditionnel dela gauche. Maisce n’est pas ça qui me fera pousser des cris d’orfraies ! Bien au contraire ! Le Sénat vient de prouver qu’il était une institution démocratique ! 

C’est déjà un début car la chambre haute est sans doute l’institution la plus mal comprise de la République ? Pourquoi ? Mais parce que tout le monde lui donne une définition qui ne lui correspond pas, ou que l’on cherche à tout prix à le réformer pour tenter de l’avoir à sa botte ! 

Regardons de plus près la Haute-assemblée : Au soir de la victoire, François Hollande disait que c’était une défaite pour la droite et la première étape de la victoire de la gauche… 

Beaux propos démagogiques, si le Sénat à basculé ce n’est pas à cause de l’humeur des grands électeurs…Mais parce que les collectivités sont, petit à petit, devenus majoritairement socialistes. Les dernières régionales ont été un tsunami rose, les cantonales ont donnés au PS de nouveaux départements, et les municipales avaient vu de nombreuses communes devenir socialistes. C’est un glissement en plusieurs étapes, le Sénat étant la dernière. 

Mais le Sénat reflète des victoires électorales précédentes et liées au travail des candidats locaux…Son basculement n’a donc absolument rien à voir avec la politique nationale actuelle ! Les grands électeurs n’ont pas voté en fonction de Nicolas Sarkozy mais en fonction d’élus de terrain choisis sur des problématiques locales… 

Car c’est là le cœur du sujet : le Sénat représente les collectivités territoriales (et l’Assemblée des français établis hors de France). Mais beaucoup d’hommes politiques ne semblent pas le comprendre… 

Je me rappelle d’un débat politique, il y a de nombreuses années, où la question de la réforme du Sénat avait été avancée. Nous étions pendant les années Jospin, ce dernier souhaitait une chambre haute plus « représentative ». La gauche se plaignait d’une assemblée éternellement à droite, ne pouvant connaître l’alternance politique. C’était sans doute révélateur d’un défaitisme des socialistes devant leurs difficultés à s’implanter dans le monde rural…Et donc, dans ce débat le Sénat était présenté par la gauche comme une chambre de notables. 

Mais le plus pathétique venait d’Alain Madelin : avec moult effets de manche il avait dit « le Sénat est une chambre de sagesse ! », ce à quoi Jean-Noël Jeanneney (PRG) a répondu : « Monsieur Madelin, la sagesse est-elle de droite ». Un point pour Jeanneney ! Quelle idée de dire une telle absurdité, le Sénat serait donc une chambre de sagesse et l’Assemblée nationale une chambre de folie ? 

Evidemment, le Sénat n’est pas un « Conseil des sages » comme on pourrait le voir dans certains récits mythologiques. La Rome antique est loin de tout cela et d’ailleurs le Sénat Romain n’était guère enclin à la vertu et à la tempérance…C’était davantage une assemblée d’aristocrates dans le style de la Chambre des Lords (l’hérédité en moins). 

Et d’ailleurs qu’est ce que la  sagesse ? Est-ce une élection qui va décider si on est sage où si on l’est pas ? 

Le Sénat n’est pas un conseil de vieux notables de droite, ce n’est pas ce que dit la constitution. Carc’est là le plus important : si vous voulez connaître cette institution n’écoutez pas les hommes politiques, regardez le texte constitutionnel : « Il assure la représentation des collectivités territoriales de la République.» C’est tout ! Qu’il soit de droite ou de gauche c’est l’affaire des collectivités locales ! Aux partis de travailler le terrain !

Bien sur on peut discuter de son mode de fonctionnement. Il a ses vertus : une certaine distance des tumultes de la vie politique et médiatique. Ses faiblesses : représente-t-il efficacement les collectivités ? Pas si sur… 

Je ne suis pas contre une réforme du Sénat. Pourquoi ne pas s’inspirer d’un modèle très efficace : le Bundesrat Allemand. La chambre haute d’outre Rhin, Conseil fédéral en français, représente les Länder. La représentation est parfaite parce que les conseillers fédéraux sont des membres des exécutifs des états fédérés mandatés par les gouvernements locaux. Ils ont donc un mandat impératif et sont la voix de leur Land. 

Un tel modèle ne peut-être transposable parfaitement chez nous car l’Allemagne est un Etat fédéral. Néanmoins il serait de bon ton de s’en inspirer. Pourquoi ne pas faire du Sénat un « Conseil des Territoires » ? Il comprendrait tous les Présidents de régions, les maires des cents plus grandes villes et des conseillers élus par les communes, ou intercommunalités, rurales. Chaque représentant aurait un nombre de voix plus ou moins important selonla collectivité. Ainsiles régions et les villes seraient directement consultées pour le vote dela loi. Lesélus ruraux auraient un contact direct avec leur conseillers et peut-être même le pouvoir de le révoquer si son travail parlementaire ne satisfait pas ces messieurs (et dames)…Mais là, ça impliquerait de revenir sur l’interdiction du mandat impératif qui figure dans la constitution… C’est un autre débat !

Troy, Barack et Benoît

Il est mort. Troy Davis a été exécuté. Malgré les doutes, malgré les rétractations de sept témoins sur neuf, Troy Davis a été mis à mort par injection létale. 


Troy Davis, un américain noir de Géorgie condamné pour le meurtre d’un policier a pourtant crié son innocence jusqu’au bout. Mais le gouverneur de Géorgie a refusé de le gracier. 


Cette exécution a choqué le monde entier. Trop de doutes sur sa culpabilité, l’Amérique prenait le risque de tuer un innocent. 


Devant l’attente de Troy Davis dans le couloir de la mort, tout le monde attendait la réaction de Barack Obama. Lui, le Président noir que l’on présentait comme la réalisation du rêve de Martin Luther King allait-il réagir devant cette terrifiante injustice ? 


Il n’en a rien été. Le locataire dela Maison Blanches’est contenté de dire que cette question relevait de la compétence du gouverneur de Géorgie… Ce n’est donc pas son affaire, il s’en lave les mains… 


Ponce Pilate n’aurait pas fait mieux… Bien sur, d’un point de vue juridique, cela n’est pas de la compétence du Président des Etats-Unis. Mais « quid » de sa conscience ? Ne pouvait-il pas tenter quelque chose, un mot, un message au gouverneur de Géorgie ? Non, rien, juste un froid communiqué de son cabinet où il se drape derrière le droit constitutionnel. 


Je n’ai jamais été un laudateur de Barack Obama. Quand il a été élu, l’Obamania qui a déferlé en France avait tout d’une stupidité. Ce n’est pas parce qu’il est le premier Président de couleur qu’il sera forcément un saint. Lui donner le Prix Nobel de la Paix avant qu’il ait donné des résultats a aussi été une sottise… 


Si l’on excepte sa réforme de l’Assurance maladie, son bilan n’est guère brillant. Et la mort d’Oussama Ben Laden n’est pas un évènement glorieux : tuer quelqu’un sans jugement, sans aucune traces et en faisant disparaître le corps n’est pas digne du « leader de la démocratie ». Le monde a perdu l’occasion d’avoir le procès du plus grand crime contre l’humanité du début du XXIème siècle. Les Etats-Unis n’ont pas pu démontrer qu’ils étaient supérieurs aux terroristes…Non, parce qu’ils ont préféré la méthode du règlement de compte à celle du procès équitable, la soif de vengeance au devoir de justice. 


C’est répugnant. Obama n’est pas un grand chef d’état. Je préfère mille fois son adversaire John McCain qui s’était élevé au Sénat contre l’usage de la torture… 


La peine de mort est une horreur. Tuer quelqu’un froidement au nom de la loi est une abomination. Albert Camus disait : « En tant que meurtre prémédité, la peine de mort est le crime le plus scandaleux qui soit ». C’est un meurtre d’état, injustifié car un criminel peut-être gardé en prison et mis hors d’état de nuire sans avoir besoin de le tuer. 


On ne répare pas un meurtre par un autre meurtre : justifier cela est de la barbarie, un appétit de sang masqué derrière d’hypocrites discours sur la justice. 


Le Vatican a compté parmi les opposants à cette exécution. « Nous ne pouvons décider si la peine est méritée ou non, mais nous pouvons simplement lancer un appel : nous souhaitons que le système pénitentiaire puisse faire tout son possible pour épargner la vie et viser à la conversion et à la transformation de la personne », a dit le cardinal ghanéen Peter Turkson, président du conseil pontifical Justice et Paix sur Radio Vatican. Le nonce apostolique aux Etats-Unis est intervenu directement auprès des autorités en faveur de Davis. Cette action s’est faite au nom de Benoît XVI lui-même. 


Cela nous rappelle que Jean-Paul II, lors d’un voyage aux USA, avait qualifié la peine de mort de « cruelle et inutile »


Mais voila, malgré ces propos clairs du Saint Siège, des individus se disant catholiques défendent bec et ongles la peine capitale. Un funeste blog, extrêmement visité, à salué l’exécution de Troy Davis. Ils ont défendu sa culpabilité et justifié sa mise à mort en détournant le contenu du catéchisme de l’Eglise catholique…tout en omettant de signaler les protestations du Vatican. 


Comme mon ami Patrice de Plunkett je ne donnerai pas le nom de ce site. Vous le reconnaitrez certainement. Mais une telle malhonnêteté intellectuelle doit être dénoncée. Elle fait un tort monstrueux à l’Eglise. 


Un innocent exécuté, un homme d’état se lavant les mains, des pseudo-croyants se réjouissant du meurtre…ça ne vous rappelle rien ?

La fête du slip.

Le sexe fait vendre : Vieille formule de marketing remarquablement suivie par la télévision et les médias. 

Elle est maintenant appliquée par les militants un poil provocateur du mouvement Ecole dépouillée. Eh oui, après les rugbymen, ce sont les professeurs qui posent nus. A poil pour dénoncer une école selon eux dépouillée de ses moyens !

Une provocation qui marche bien puisque la presse s’est empressée de parler d’eux…Ils n’ont pas de vêtements, mais des idées ! 

Je vais vous avouer quelque chose : j’envie leurs élèves ! Parole de galopin turbulent : on aurait jasé dans la cour de récré si on avait vu notre prof de maths se mettre à poil sur Internet ! Imaginez les fous rires continuels des lycéens en pleine leçon sur les sinus et les cosinus… 

Car il y a une chose que ces professeurs sortant tout droit du jardin d’Eden ont oublié : Le rire d’un collégien est capable, a lui seul, d’anéantir l’autorité d’un enseignant…Cette fois-ci l’école n’est pas seulement dépouillée comme le regrette ces syndicalistes, mais elle est ridiculisée. 

Bien sur j’entends leur contestation, légitime, sur le manque de moyens de l’éducation nationale. L’école est dépouillée, les programmes scolaires sont saccagés : on fabrique des jeunes qui, à la sortie du lycée, ne sauront plus si ils seront un homme ou une femme et ne connaîtrons pas l’histoire de leurs pays…Merci Luc Châtel ! Votre passage aura laissé des souvenirs… 

Mais tout de même : se foutre à poil… Evidemment, vous me rétorquerez, les photos sont décentes, et même esthétiquement assez réussies, je ne dis pas le contraire…Mais j’entends déjà les rires de leurs élèves. 

Quand j’étais étudiant, avec mes copains nous étions les champions de la dérision. Tous les profs avaient un sobriquet, le moindre détail de leur physique ou de leur personnalité ne nous échappait pas…Je me rappelle de leurs pantalons trop courts, de certaines braguettes ouvertes, de quelques cours somnambuliques, ou encore de  timbres de voix pathétiques que j’imitais pour amuser mes facétieux camarades…Evidement, quand à la fac de Droit j’ai découvert le génialissime site Les fakes de LoBo et que j’ai appris à me servir de photoshop…Il y a eu des dégâts ! 

Dernière anecdote avant de conclure : dans la fac où j’étais, des copains avaient effacé des lettres de peinture de la pancarte annonçant la « Salle des professeurs ». Ils avaient petit à petit enlevé le P, le R, puis le O et enfin le URS…Cela avait donné : Salle de Fesse… Cette farce était sans doute prémonitoire des agissements de nos enseignants en tenu d’Adam et Eve.

DSK : pas de confession mais une conspiration.

Que faisiez-vous dimanche soir ? 13.4 millions de français répondent : devant le journal de Claire Chazal pour regarder l’interview « come back » de DSK. Pas moi ! J’ai préféré passer un moment avec des amis. Je me suis donc contenté d’une vision en différé sur le net et des commentaires de la presse. 

Un record, prévisible, d’audience. Une aubaine pour TF1 ! Et pour DSK aussi : Claire Chazal est une bonne amie d’Anne Sinclair, il ne prenait donc aucun risque. A cela s’ajoute, une préparation en béton par des professionnels dela communication. DSK a bien organisé sa soirée « confession » comme les médias l’on qualifié. Mais était-ce une confession ? Il n’a rien avoué, rien regretté. Une « contrition imparfaite » dirait un théologien. Et j’ajouterais même une anticontrition tant cette entrevue ne contenait ni aveu, ni remord. Il n’a fait que se justifier en affirmant qu’il n’y avait aucune preuve. 

En revanche, il agité la théorie du complot…DSK se prendrait-il pour JFK ? En faisant allusion à un coup monté, il se présente en victime d’un ennemi invisible qui lui aurait tendu un piège avec la complicité du groupe Accor et avec de nombreux relais médiatiques comme l’Express qu’il qualifie de tabloïd. Et voila une belle théorie de complot comme les Américains les aiment ! Un « Waterbraguette » sauce FMI ! On passe du feuilleton de l’été style « Les Experts » au film de la rentrée genre « X-Files » ! 

Evidemment tout ceci est absurde. Le conspirationnisme est une aberration, le produit d’esprits perturbés. Bien sur, cette affaire est tombée exactement au plus mauvais moment pour lui (et au meilleur pour ses adversaires). Mais si DSK n’était pas un pervers sexuel, un malade de la libido, est-ce qu’un tel évènement aurait pu avoir lieu ? 

Personne ne nie la boulimie sexuelle de Dominique Strauss-Kahn. Personne n’a nié le « contact physique » entre la femme de chambre et l’ex-directeur du FMI. 

La seule véritable question est le consentement de la relation. Dans son article : DSK, du viol en zone grise, Koztoujours évoque ce sujet et l’ambigüité que cela implique. Vous connaissez déjà mon opinion : je ne crois pas en l’innocence de cet homme. 

Et ce n’est pas avec une abracadabrantesque thèse conspirationniste (sans preuve évidemment) que je vais changer d’avis.

Par-delà Ben Laden et Breivik : vivre ensemble après le 11 septembre.

Coexister. C’est le nom d’une association promouvant, et vivant, le dialogue interreligieux. Elle a été fondée à Paris le 11 septembre 2003 par des jeunes chrétiens, juifs et musulmans. Son but est d’œuvrer pour la paix en montrant que les fidèles des trois religions monothéistes peuvent vivre ensemble dans la paix. 

Vivre ensemble…Depuis le 11 septembre 2001, la machine infernale du choc des civilisations semble enclenchée. Al-Quaïda a déclaré la guerre à la civilisation occidentale, et certains « chrétiens » (croyants ou pas) répondent à cette guerre par des provocations. Le « Coran burning day » aux Etats-Unis, les « apéros saucisson pinards » en France, ou pire : la folie meurtrière d’Oslo, par Anders Behring Breivik. 

Peut-on encore vivre ensemble ? Les partisans du dialogue interreligieux et les artisans de paix disent que oui. Mais d’autres sensibilités, plus radicales, soutiennent que non. Je n’apprécie pas beaucoup l’attitude de ces derniers, qui refusent toute rencontre avec le musulman. Mais cette attitude mortifère est hélas présente dans notre pays, et il faut en parler. 

L’obsession de l’Islam 

Dans un de ses articles, le blogueur Koztoujours a employé une formule originale : l’Islamobsession. C’est cette curieuse manie qu’ont certains extrémistes de voir partout les signes de l’invasion de la France par des hordes sarrasines. 

L’obsession de l’Islam connaît un public varié : Les plus connus sont des catholiques traditionnalistes qui se retrouvent dans des organisations très actives sur le net. Pas besoin de leur faire de la publicité, leurs sites sont déjà suffisamment connus. Mais il y a aussi les laïcistes de Riposte laïque et les néo-païens du « Bloc identitaire »…Ces traditionnalistes ont de curieux alliés.

Tous évoquent régulièrement l’Islam comme étant une menace pour la France et ils agitent le spectre d’une France devenue une République Islamique dans un horizon plus ou moins proche. Ce futur fantasmé porte le nom « d’Eurabia », contraction d’Europe et d’Arabie. Cette idée circule dans toute l’Europe mais aussi aux Etats-Unis.

Le tueur d’Oslo, Anders Behring Breivik est l’archétype de l’Islamobsédé. Il incarne mieux que tout autre cette violence extrême générée par la phobie de l’Islam. Certains disent qu’il est une exception du fait qu’il serait fou… Sur sa santé mentale, les psychiatres sont partagés. Il est certain que cette froideur, cette absence de remord et ces propos étranges indiquent qu’il a pris quelques distances avec la réalité. Maisce personnage a de nombreux supporters…Faites l’expérience sur Facebook en tapant « Breivik ». Vous tomberez sur un grand nombre de pages condamnant l’assassin d’Utoya, mais vous trouverez aussi cette page. Elle est favorable au sinistre norvégien… Je vous averti : ça fait froid dans le dos. Breivik est montré en héros, ses crimes sont justifiés voire même encouragés.

Toujours au sujet de l’affaire norvégienne, des propos effrayants ont été tenus en France par des membres du Front National. Le tueur est comparé à Charles Martel et à un héros de l’Occident…

Mais cela ne s’arrête pas à des soutiens à Breivik. D’autres individus ne cachent pas leur souhait de participer directement au choc des civilisations. La presse a évoqué cette semaine cette invraisemblable, mais véridique, appel au meurtre sur une page Facebook. Un message laconique : «Égorger les musulmans à la place des moutons. » Le message appelle à des meurtres pour la fête de l’Aïd, le 6 novembre prochain. Ca se passe de commentaire.

Enfin, l’émission de France 2 « Les infiltrés » a défrayé la chronique il y a un an en filmant de l’intérieur une organisation d’extrême droite à Bordeaux : Dies Irae. Les images, les propos sont effrayants. Violence, haine, ce groupuscule va jusqu’à préparer une milice armée sur le modèle des organisations paramilitaires américaines. Regardez cette émission, vous trouverez tous les ingrédients de la plus glauque obsession de l’Islam. Le péril musulman revient dans la bouche de certains comme une idée fixe. Ces individus justifient la plus horrible violence pour lutter contre une prétendue « invasion ». C’est quasiment pathologique : une obsession…

Voici l’émission : http://youtu.be/FSOGYCSI0bE

Comme le dit le journaliste : ils rêvent de guerre civile et s’y préparent…

D’autres Breivik existent. Ils sont peut-être moins fous que lui car ils n’oseront pas prendre le risque d’une vie passée en prison. Mais ils sont là et nous ne sommes pas à l’abri d’attaques terroristes de ce genre.

Mais les antimusulmans le savent-ils : Ils ont beaucoup plus de points commun avec les terroristes islamistes que de divergences…Regardons leur mécanisme de plus près.

Islamistes et Islamophobes : même combat ?

Nous trouvons chez les obsédés de l’Islam un raisonnement proche de celui des islamistes. Paradoxalement, les catholiques traditionnalistes islamobsédés ont rigoureusement la même structure mentale que les suppôts de Ben Laden. On peut faire un parallèle comparable en remplaçant les tradis par les laïcistes ou les néo-païens. Mais nous limiterons notre analyse aux catholiques réactionnaires.

Pourquoi dire qu’il y a identité de structure mentale ? Etudions leurs principaux traits de caractère les uns après les autres :

Leurs angoisses sont étrangement symétriques :

  • Pour Al-Quaïda : La crainte d’un monde musulman occidentalisé.
  • Pour les islamobsédés : Un Occident islamisé, « l’Eurabia ».

Leur refus du monde contemporain au profit d’un passé glorifié :

  • Le monde musulman est trop moderne pour Al-Quaïda : certaines dictatures Arabes sont trop laïques, trop libérales ou au contraire trop socialistes (cas de la Libye de Kadhafi).
  • L’Occident renie ses valeurs pour les chrétiens intégristes. Eux aussi considèrent que les Etats occidentaux sont trop laïcs, trop libéraux ou, pour certains, trop socialistes.

Leur même condamnation d’un hypothétique « ennemi de l’intérieur » :

  • Pour Al-Quaïda les dirigeants Arabes sont liés de près ou de loin aux Etats-Unis. Ce sont non seulement des apostats, mais aussi des gouvernements serviles et soumis à l’Occident.
  • Les chrétiens intégristes condamnent clairement les démocraties occidentales car elles sont jugées trop molles avec l’Islam. Ils agitent le spectre de « l’Allahïcité », une laïcité favorable à l’Islam selon eux. Ils évoquent aussi la notion de Dhimmitude, la soumission des chrétiens dans un monde islamisé. Pour eux : nos démocraties ont des mentalités de Dhimmis.

Un même rejet du multiculturalisme :

  • La vulgate islamiste ne tolère aucune forme de dialogue avec les autres religions. Leur discours est clair : il faut chasser les infidèles de la terre d’Islam. L’origine d’Al-Quaïda remonte à l’installation des bases Américaines dans le Golfe Persique : un sacrilège à leurs yeux.
  • Les islamobsédés ont la phobie du métissage. Il n’est pas rare que les discours racistes cohabitent avec l’islamophobie. Enfin, Breivik avait une haine farouche de la société multiculturelle. De plus, ils rejettent catégoriquement le dialogue interreligieux. La rencontre d’Assise de 1986 est généralement pour eux un scandale.

Un même projet politique : Le règne de la forme politique de leur religion sur un immense territoire perdu ou tombé dans la décadence :

  • La restauration du Califat pour Al-Quaïda.
  • Reconquérir la chrétienté, pour les chrétiens islamophobes. Le nom de certaines de leurs organisations en témoigne.

A noter sur ce dernier point : ces deux idéologies sont des nostalgies d’un empire perdu. Le Califat a disparu en 1918, l’essentiel du monde musulman est sous influence occidentale depuis lors (influence politique ou même seulement culturelle). De même, la notion de chrétienté a été balayée depuis la Révolution française et ses suites.

Une même vision noire du monde :

  • Al-Quaïda ne cultive aucune forme d’espérance.
  • Quand on regarde les sites et les blogs des obsédés d’l’Islam, on se demande si leurs auteurs ne sont pas de profonds dépressifs…Que des mauvaises nouvelles, aucune espérance…

Une culture de l’ennemi :

  • Tous les islamistes, a fortiori Al-Quaïda, entretiennent l’idée d’une lutte contre un ennemi juré, un « Grand Satan » : L’Occident avec les USA comme leader et Israël en poste avancé au Proche-Orient.
  • Les réseaux antimusulmans ont tous un adversaire qui revient sans cesse dans leur discours : l’Islam. Discutez avec un Islamobsédé, il ne restera pas trois minutes sans vous parler du « péril islamique ».

Il est bon de préciser que cette culture de l’ennemi est entretenue par des théories conspirationnistes. Pour les Islamobsédés, les démocraties trop molles avec l’Islam le sont à cause d’un complot des Francs-maçons. Pour les islamistes, une conspiration juive dirige l’occident. Il n’est pas rare de trouver des négationnistes parmi eux. Le gouvernement Iranien a d’ailleurs organisé des rencontres internationales négationnistes.

Oui…mais, m’objecterez-vous, les intégristes chrétiens n’ont pas envoyé d’avions contre les Tours géantes de Dubaï…C’est vrai, il y a beaucoup moins de terrorisme occidental que de terrorisme islamiste. Mais, hélas, nous avons aussi nos folies meurtrières, et avec les obsédés de l’Islam tout est possible. Les milices comme Dies irae se préparent pour une hypothétique guerre civile…Céderont-ils à l’impatience ? Espérons que non.

Sortir du choc des civilisations pour vivre ensemble.

La réalité ne ressemble en rien à celle décrite par les islamobsédés ni par celle des islamistes. Ce sont des raisonnements de désespérés devant un monde en mutation qu’ils n’acceptent pas. La chrétienté n’existe plus, le califat non plus…Pour eux c’est inacceptable !

Le choc des civilisations n’est pas inéluctable et il n’est pas souhaitable. La majorité des musulmans et des chrétiens ne demandent qu’à avoir une vie normale.

Il y a de vraies questions qui se posent avec le développement de l’Islam en France, mais ce n’est pas avec des obsessions morbides que nous régleront le problème, loin de là.

Le dialogue interreligieux, une laïcité bien vécue (n’ayant aucun rapport avec celle de 1905), la reconnaissance de l’identité de chacun sont des éléments pouvant construire un vivre ensemble durable car ils s’appuient sur des réalités.

Mais tout cela nécessite une réflexion de fond sur la laïcité. Ce sera l’objet d’un prochain article.