Le mystère de la réforme de l’Eglise

Il y a longtemps que je désire écrire un article sur l’Eglise et les déboires qu’elle rencontre avec l’affaire Vatileaks. Je n’ai pas l’âme d’un vaticaniste et commenter cette sombre histoire, dont on ne sait pas si elle est un pétard mouillé ou une affaire d’état, ne m’a pas semblé opportun.

Mais je reviens sur la question de l’Eglise et de ses difficultés en rebondissant sur un débat qui a eu lieu aujourd’hui même sur le Réseau social. Jonas Tree a publié un texte très intéressant où elle témoigne de sa catholicité. J’ai mis ce texte sur mon profil avec en exergue cet extrait qui m’a beaucoup touché : « Plutôt que de rejeter les enseignements de l’église, je demande dans la prière la force de pouvoir m’y conformer toujours plus car je suis convaincue qu’ils donnent la vie et je remercie le Seigneur de m’accompagner fidèlement. »

Ce passage est important, car il illustre la foi en l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique. L’enseignement de l’Eglise ne se discute pas aussi facilement que celui d’une autre institution, terrestre cette fois-ci. Bien entendu une telle assertion peut surprendre, choquer. C’est ce qui c’est produit.

En effet, il est difficile d’entrer en plein accord avec le magistère. Certains points peuvent surprendre. Nous pouvons, personnellement, être dans des situations difficiles où nous nous sentons mal-à-l’aise vis-à-vis de l’enseignement de l’Eglise. Le fonctionnement de l’Eglise peut aussi interroger. L’affaire Vatileaks a mis à nu des désaccords et des dysfonctionnements qui existent au sein d’une Curie Romaine qui peine à se réformer. Dans cette discussion sur le Réseau social, j’ai soutenu un point de vue. Le voici retranscrit avec quelques modifications (indispensables en mode blog) :

 « La question de la discussion du fonctionnement de l’Eglise est complexe. Tous les saints ne se sont pas posés en contradicteurs du magistère, et ceux qui l’ont fait ont su se soumettre à l’autorité ecclésiale…c’est une réalité. St François d’Assise est le meilleur exemple. Ozanam, qui s’est ramassé quelques volées de bois vert, aussi. Bien sûr, il y a des choses à réformer dans l’Eglise : la Curie Romaine, la situation des divorcés remariés (dans une certaine limite bien sur) et d’autres choses encore. Bien sûr l’Eglise évolue. Celle d’aujourd’hui est bien différente de celle du XIXème siècle. L’âge du Syllabus est loin derrière nous. Les papes depuis Léon XIII ont fait évoluer beaucoup de choses. Vatican II a été un grand pas en avant. Jean Paul II a sorti la papauté des murs du Vatican. Benoît XVI a eu le courage d’aborder de front des sujets qui pourrissaient (comme des cadavres) dans les placards romains… Sans doute qu’il y a des choses à dénoncer, des choses qui nous retournent le ventre, des choses à changer… Mais il y a un grave écueil à éviter : la révolte. Or trop souvent dans les critiques envers l’Eglise (Golias et Cie) je vois une révolte malsaine. De plus, je pense qu’il y a des spécialistes de ces sujets qui sont plus à même que beaucoup d’entre nous à travailler ces questions. Je ne suis ni théologien, ni canoniste, je ne peux donc pas formuler un avis suffisamment éclairé sur de graves sujets qui touchent l’Eglise. Mon opinion sera toujours limitée par cette carence…mieux vaut en prendre conscience. Donc que nous reste-t-il à faire ? Vivre notre vie de chrétien c’est-à-dire répondre à notre appel à la sainteté…et c’est peut-être là la clé de tout. Car ces crises, ces problèmes que connait l’Eglise, d’où viennent-ils ? Du cœur de l’homme. Donc oui, le vrai progrès ne peut se faire que dans les cœurs et d’abord par le sien. Pour conclure, Georges Bernanos a écrit un beau texte où il compare Saint François d’Assise et Luther. Il rappelle que les deux étaient sans doute aussi choqués par les abus de l’Eglise de l’époque. Mais les deux ont pris deux chemins différents. Bernanos a conclu par cette phrase : l’Eglise n’a pas besoin de réformateurs, mais de saints. »

J’ai ensuite diffusé le texte de Georges Bernanos, un long extrait de Frère Martin. Je garde personnellement cette conviction : le cœur de l’Eglise est le cœur de ses fidèles. C’est là où s’opère la transformation de l’Eglise, mais aussi de la société toute entière. Mais là aussi il y a un écueil à éviter. Au contraire de la révolte, qui risque de produire des fruits de divisions et de conflit, nous pouvons sombrer dans une forme de quiétisme. C’est ce qu’un ami à souligné sur Twitter alors que je tweetais cette citation de Bernanos : « L’Eglise n’a pas besoin de critiques, mais d’artistes… L’Eglise n’a pas besoin de réformateurs, mais de saints. »

Cette citation isolée peut en effet être mal interprétée…et selon cet ami, elle a été récupérée dans le passé afin de justifier une sorte de statu quo dans le fonctionnement de l’Eglise. Cela n’est guère étonnant et le caractère « saint » de l’Eglise peut servir d’alibi pour toutes sortes de choses…bien humaines. Georges Bernanos dit tout autre chose :

« On ne réforme l’Eglise qu’en souffrant pour elle, on ne réforme l’Eglise visible qu’en souffrant pour l’Eglise invisible. On ne réforme les vices de l’Eglise qu’en prodiguant l’exemple de ses vertus les plus héroïques. Il est possible que saint François d’Assise n’ait pas été moins révolté que Luther par la débauche et la simonie des prélats.

Il est même certain qu’il en a plus cruellement souffert, car sa nature était bien différente de celle du moine de Weimar. Mais il n’a pas défié l’iniquité… il s’est jeté dans la pauvreté… Au lieu d’essayer d’arracher à l’Eglise les biens mal acquis, il l’a comblée de trésors invisibles, et sous la douce main de ce mendiant le tas d’or et de luxure s’est mis à fleurir comme une haie d’avril… L’Eglise n’a pas besoin de critiques, mais d’artistes… L’Eglise n’a pas besoin de réformateurs, mais de saints. »

Il n’appelle pas à une forme de pieu conservatisme, permettant de laisser la situation en l’état pourvu qu’il y ait des mystiques qui sauvent des âmes…Mais au contraire, Bernanos nous livre dans ce texte une réflexion sur ce qu’est une réelle réforme de l’Eglise…et il évoque les crises terribles que l’Eglise a connues. Crises épouvantables qui feraient passer Vatileaks pour un ridicule incident… L’Eglise a bien failli disparaître des milliers de fois.

L’Eglise a surmonté ces épreuves. Les différents réformateurs qui ont tenté de « révolutionner » l’institution avec des moyens bien humains ont échoué. Schismes, hérésies ont toutes été le produit de ces révoltes très humaines… Bernanos le dit bien : « Qui prétend réformer l’Eglise par ces moyens, par les mêmes moyens qu’on réforme une société temporelle, non seulement échoue dans son entreprise, mais finit infailliblement par se trouver hors de l’Eglise… avant que personne ait pris la peine de l’en exclure… » L’Histoire confirme ses propos : les grands hérétiques, les schismatiques étaient tous des super-réformateurs qui se sont très vite coupés de l’Eglise…tout démontre qu’une réforme ecclésiale est différente d’une réforme temporelle.

Aujourd’hui nous avons aussi des questionnements. Ils sont moins violents qu’au temps de Saint François ou de Luther, mais les problèmes existent. L’organisation de la Curie Romaine, la gestion des biens de l’Eglise en sont des exemples. Des réformes seront nécessaires…Et seuls des saints pourront apporter ces solutions.

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10 réflexions au sujet de « Le mystère de la réforme de l’Eglise »

  1. Ta reprise de cette discussion est fort intéressante.

    Sans connaître la citation complète, j’imaginais bien que Bernanos ne visait pas l’inertie sous couvert de sainteté. Aussi c’est bien son interprétation (ou plutôt sa mésinterprétation basée sur cette citation tronquée, ou sur une idée du même genre) que je critiquais.

    Effectivement la réforme de l’Eglise ne doit pas être menée comme une réforme politique, sur la mise en application d’une idéologie par un leader charismatique. Elle doit l’être, comme le fait BXVI dans les affaires de pédophilie, par la pénitence et la réconciliation.

    Cela ne veut pas dire qu’une réforme « administrative » soit dénuée d’intérêt : pour reprendre l’exemple de la pédophilie, on va bientôt connaître l’analyse par la congrégation pour la doctrine de la foi des réponses des conférences épiscopales à la lettre du Cardinal Levada datée du 3/5/2011, leur demandant d’expliciter les mesures concrètes prises pour lutter contre ce fléau.

    Cette action de type administrative vient pleinement en soutien de l’action spirituelle de BXVI. Elle ne doit pas être reniée ou dénigrée comme telle.

    • Entièrement de ton avis. Une démarche fondamentalement spirituelle n’exclut pas des réformes ou des mesures administratives, manageriales ou autres. Je dirais même que ces mesures très concrètes (comme l’exemple que tu donnes) sont fécondées par la dimension spirituelle du travail des hommes d’église et par leur possible (du moins je l’espère) sainteté.

  2. J’approuve tout à fait ton choix de citer Bernanos, sur ces questions.
    Cela me rappelle un article intitulé « L’honneur français » (publié dans « Français si vous saviez ») dans lequel il avait rappelé la différence théologique entre le corps et l’âme de l’Eglise : « Un chrétien baptisé peut remplir extérieurement tous ses devoirs, passer ainsi pour un paroissien modèle et n’appartenir cependant qu’au corps de l’Eglise. Tandis qu’un pauvre diable d’incroyant de bonne foi qui ne tire pas sa casquette au passage du Saint Sacrement peut appartenir à l’âme de l’Eglise par ce mouvement profond du cœur qui nous accorde au Divin ».
    A nous d’appartenir au corps et à l’âme…sachant que l’âme peut soulager le corps.

  3. Ping : Une Eglise pauvre, pour les pauvres | Rue de Vaugirard

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