François

FrancescoLa surprise est totale, la joie est immense. Surprise d’un pape aussi inattendu, joie d’avoir un pape et un pape simple, humble et priant.

Tout est surprise chez lui, tout, y compris le déroulement de son élection.

On s’attendait à un conclave long, de plus de six tours : il y en a eu cinq, ce qui est plutôt court.

On s’attendait à un pape jeune, sexagénaire ou au maximum de 72 ans (le papabile Scola). Il en a 76, soit deux petites années de moins que Benoît XVI à son élection.

On ne s’attendait pas à un jésuite, il n’y a eu aucun pape ignatien et une légende tenace (mais désormais morte) disait que ce n’est pas compatible avec la papauté. Il en est un.

On ne s’attendait pas à Jorge-Mario Bergoglio car une rumeur prétendait qu’il avait refusé d’être élu en 2005. Il serait pourtant bien parti, ayant peut-être eu beaucoup de voix. Mais il aurait eu une sorte de malaise indiquant une peur de sa charge, une expression sur le visage exprimant une angoisse, un refus, qui aurait dissuadé les cardinaux de voter pour lui aux tours suivants… est-ce vrai ? Nous n’en savons rien. Mais ce qui est sur est que cette histoire l’a éloigné de beaucoup de listes de papabile… Ce qui ne l’a pas empêché d’être élu. 

Enfin, on s’attendait à un Léon XIV, Paul VII, Jean XXIV ou Benoît XVII… Nous voici avec François ! Un nouveau nom dans l’histoire des papes, un nom plein de sens car il se réfère à Saint François d’Assise. C’est une surprise et elle en dit peut-être beaucoup sur notre nouveau pape : généralement, le choix du nom est une sorte de programme ou au moins une référence particulière pour le pape. Alors dans le cas de François la référence est la plus profonde qui soit. Saint François d’Assise est peut-être le plus grand saint de l’Histoire de l’Eglise… le plus grand saint parce que le plus petit, le plus humble de tous : il a choisi de vivre dans la pauvreté. Cette référence est-elle un programme pour le pape ? Dans son cas il est impossible de répondre actuellement, mais le symbole est très puissant, très grand, très profond.

Saint François est le saint de la pauvreté. Il a choisi d’être pauvre parmi les pauvres. Il embrassa un lépreux et vécu au service des plus misérables. Il est le saint de la charité et de l’humilité. Le message est fort : François est le premier pape de l’hémisphère sud, hémisphère de la pauvreté.

Saint François est le saint de la Création: il est le saint patron des écologistes ! Quel message, en ces temps de crise écologique !

Saint François a connu une Eglise en pleine crise, gangrénée par la corruption. Or, son œuvre a profondément bouleversée l’Eglise. Par sa sainteté, sans être un réformateur, il a renouvelé l’Eglise. Une réforme par la sainteté, la charité, l’humilité…

Saint François est le saint du dialogue. Il a discuté, dans la paix et la charité, avec un sultan qui était en guerre contre les chrétiens. Sans violence, il est allé lui parler. C’est devant cet exemple que Jean-Paul II a organisé la première rencontre interreligieuse à Assise. Beau message de paix !

Enfin, saint François est le saint de la vie intérieure. Profondément mystique, il a reçu les stigmates, saint François était un homme de prière.

Avec un tel nom, nous aurions, si c’est le but du pape, un magnifique programme. C’est bien parti. Il a commencé son pontificat d’une manière très originale : il a prié, et fait prier, pour son prédécesseur. Surtout, il a demandé à ce que l’on prie pour lui. Démarche spirituelle mais aussi d’humilité : il souhaite que le peuple de Dieu demande à Dieu de le bénir. Il manifeste par là qu’il a grandement besoin de nous. Cette prière était belle : un long temps de silence et un pape incliné, le visage vers le sol.

Nous avons vu le soir du 13 mars un pape simple, priant, attachant. Quand nous lisons sa biographie, nous voyons qu’il était un prêtre puis un évêque très proche des plus pauvres, des malades, des personnes loin de la foi… Il est connu pour être un  « homme de prière, qui fuit le paysage médiatique et mène une vie sobre et évangélique. » Il a une évidente sensibilité “franciscaine”, même s’il est d’un autre ordre religieux.

François est déjà surnommé dans les réseaux sociaux « le pape de la charité ». Nous accueillons sa venue avec joie !

Au cénacle

Veni creator spiritus… En chantant l’appel à l’Esprit Saint, les cardinaux entrent dans la chapelle Sixtine pour y rester enfermés à clés, « cum clave », ce qui est le sens de « conclave ».

Au conclave, les cardinaux sont comme les apôtres enfermés dans le cénacle à Jérusalem. Les premiers disciples étaient enfermés, coupés du monde. Jésus était monté aux cieux quelques jours avant, il leur avait promis la venue de l’Esprit. Confiant dans les paroles du Seigneur, ils ont prié et ont attendu.

Le conclave est un nouveau cénacle où les cardinaux prient pour que l’Esprit Saint descende sur eux. Le conclave est le lieu du mystère de l’Eglise : divine et humaine à la fois. L’Esprit Saint vient sur des hommes libres. Il participe à l’élection sans s’imposer. L’élection du pape est le fait d’une décision toute humaine : sur des critères terrestres, les cardinaux désigneront le successeur de Pierre. Ils choisiront le pape selon son profil théologique, sa personnalité, son âge, sa santé, les langues qu’il connaît etc. Mais ils demanderont à l’Esprit Saint de féconder cette réflexion, de leur inspirer la bonne décision, le bon critère de vote. C’est une élection à la fois humaine et divine, tout comme l’est l’Eglise : institution humaine et corps mystique du Christ. Et comme l’est Jésus : vrai homme et vrai Dieu. Comme l’est l’eucharistie : pain fabriqué par des hommes et corps du Christ. Comme l’est la Bible : texte écrit par des hommes et véritable parole de Dieu.

Les portes de la chapelle Sixtine sont maintenant fermées. Les cardinaux sont invisibles, coupés du monde. L’Eglise retient son souffle pour que l’Esprit souffle. Nous nous tenons derrière la porte pour les porter dans la prière.

Tous les jours de ce conclave nous allons attendre, fébrilement ou pas, la fumée blanche.

Tous les jours de ce conclave nous pourrons participer à cet évènement en priant pour un cardinal en particulier ou pour tous les électeurs.

Tous les jours de ce conclave, nous ferons un acte de foi et d’espérance : le prochain pape sera le nôtre, le bon, la Pierre sur laquelle repose l’Eglise.

Veni creator spiritus

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