Saint François et Mister Bayrou

François Bayrou est un personnage curieux. Certains aiment parler du « mystère Bayrou ». Mystère n’est pas le mot juste. Malgré le flou qui entoure parfois ses prises de position, malgré l’ambigüité de ses positionnements, François Bayrou n’est pas un mystère. Il est juste un paradoxe.

Bayrou est paradoxal car contradictoire. L’article de l’Express, Bayrou entre foi et loi, dépeint très bien le personnage même si certains aspects sont un peu trop accentués (le messianisme mégalomaniaque est caricatural). 

Le journaliste a en effet compris une part essentielle de la personnalité du président du Modem : sa foi. Une foi réelle, vivante, sincère, qui est le socle de sa vie. Mais alors vient le paradoxe : cette distinction entre sa vie publique et sa vie chrétienne. Il s’agit plus qu’une distinction : c’est une séparation, une ligne hermétique entre deux éléments fondamentaux de sa vie. 

Bien entendu il ne nie rien. Quand un journaliste l’interroge sur sa foi il répond à la question…Mais auparavant il prend toujours cette même précaution. Il prévient que ses convictions religieuses n’interagissent pas avec ses choix politiques. Très souvent, en disant cela, il fait un petit geste de sa main droite, comme si sa main mettait d’un côté l’un et d’un côté l’autre…Il sépare. 

Et pourtant qu’est-ce qu’il est profond quand il parle de spiritualité. Quand Benoît XVI est venu à Lourdes, il était présent. Un reporter est venu le voir. Tout de suite Bayrou à mis les choses au clair : « Je ne suis pas ici en tant qu’élu, mais en tant que pèlerin. » Puis on lui a demandé ce qu’il aimait dans ce lieu. Sa réponse a connu le prologue habituel, « C’est le chrétien qui parle et non l’homme politique » avec le même petit geste de la main. Et il a parlé de Marie qui parlait à Bernadette en Béarnais, il l’a cité dans le texte : « Que soua imaculata councepciou », il a mentionné qu’elle était appelée « Aquero » et en parlant, François avait des trémolos dans la voix, une émotion d’enfant…Je l’avoue j’ai été ému par ce beau témoignage… 

Mais ce n’est pas l’homme politique qui parle…Etrange dichotomie, Bayrou perdrait-il tous ses mandats politiques et partisans quand il parle de Marie ? Ce serait un nouveau miracle de Lourdes, ou bien un étrange pouvoir magique actionné par ce petit geste…La main de Bayrou serait encore plus efficace que la baguette d’Harry Potter ! 

Evidemment je plaisante (n’allez pas interpréter ce mystérieux geste comme un signal ésotérique, sa main exprime juste son propos), mais ce qui est bien réel est cette surprenante séparation. Et cela est d’autant plus problématique que cela vient d’un héritier de la Démocratie chrétienne… 

Le Démocratie chrétienne française a une longue histoire. Tumultueuse, complexe, riche, depuis la Monarchie de Juillet elle a connu de nombreux visages et une histoire en montagnes russes. Le plus grand parti démocrate chrétien que la France ait jamais connu a été le Mouvement républicain populaire (MRP). Il a connu une histoire forte : né de la Résistance, proche du Général de Gaulle, il était l’un des premiers partis de France àla Libération. Maisla rupture avec le Général en 1946 (sur fond de conflit lié à la ratification de la constitution dela IVème République) et la naissance dela Vème Républiqueont eu raison de ce parti. Celui qui a transformé cette formation Démocrate chrétienne en parti « centriste » sans la moindre référence spirituelle était Jean Lecanuet. Dernier dirigeant du MRP, il souhaitait construire un immense « centre » en opposition à De Gaulle, regroupant les sociaux-démocrates, les démocrates-chrétiens et les libéraux. Mais pour cela, il prit soin de gommer toute trace de la doctrine sociale chrétienne… Cette politique a achevé la démocratie chrétienne et a donné naissance au Centre démocrate, ancêtre du Centre des démocrates sociaux (CDS) et de l’UDF. 

Bayrou a très tôt travaillé au CDS aux côtés de Lecanuet. Il en est l’héritier et cette idée de séparation vient de là. Sciemment, il a continué le travail de sape de Lecanuet… 

François Bayrou, authentique Démocrate chrétien dans l’âme a-t-il conscience de la portée de ses actes ? Sait-il qu’il se renie lui-même ? 

Et il va loin. Il a des propos très ambigus sur la famille, l’homoparentalité. Sous prétexte de réalisme, il justifie une union homosexuelle et cultive l’équivoque sur l’adoption… 

François Bayrou n’aurait pas été le chrétien fervent qu’il est, on aurait compris ce positionnement… et cela n’aurait choqué personne ! Mais lui, le chrétien convaincu… pratiquant, priant, connaissant sa religion (il a une culture spirituelle encyclopédique) : il est le plus grand paradoxe de la vie politique française. 

Saint François et Mister Bayrou, le mystique et le politique, deux personnages différents dans un même homme… Une schizophrénie politique regrettable qui élimine toute crédibilité au personnage. 

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7 réflexions au sujet de « Saint François et Mister Bayrou »

  1. Je réagis comme curé : si François n’oublie pas qu’il est député quand il met des sous à la quête, c’est à dire qu’il peut en mettre beaucoup, c’est moins grave !
    Ok, je sors…

    Plus sérieusement, le coup où il a râlé contre le drapeau en berne pour la mort de JP II, c’est quand même stupide. Jean-Paul II a aidé à faire tomber le communisme parce qu’il était pape, pas parce qu’il était un polonais vivant hors de son pays…

    • LOL : En effet s’il donne en tant que député, il donnera plus qu’en tant que père de famille.

      D’accord avec l’histoire des drapeaux en berne. Il a voulu aller jusqu’au bout de sa démarche laïque (pour être en accord avec son électorat)…il s’est pris les pieds dans le tapis. Cette histoire l’a ridiculisé jusque dans ses rangs. Pour réparer ça il a dû faire un édito interminable dans « Démocratie info » (le journal interne de l’UDF) en éloge à JPII…Texte bavard intitulé « L’arbre et le fruit » où après avoir salué la grandeur du pape polonais il se justifiait sur les drapeaux… C’est pathétique de faire ainsi le grand écart.
      Et c’est dommage car il avait tout pour faire renaître une Démocratie chrétienne dans le coma depuis les années 1960…Il a loupé son rendez-vous avec l’histoire.

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  4. Le concept de démocratie chrétienne me laisse mal à l’aise. Quel est exactement l’intérêt de se réclamer comme chrétien (en tant que parti ou ligne politique), si ce n’est de tenter de rafler les électeurs ? Car finalement, le mécanisme qui se met en place est de ce dire « au moins il partage mes valeurs » (ce qui n’est pas nécessairement exact) pour les chrétiens, et de provoquer au mieux la dérision chez les autres.

    Être au pouvoir est un exercice difficile qui implique, nécessairement, de faire des choix qui vont trahir une partie de la population, une partie des valeurs. Peut-on faire ça alors qu’on s’est initialement réclamé de christianisme?

    On parle ici de foi et de pouvoir. L’idée seule de mettre les deux au même plan laisse entrevoir des dérives. En revanche, sa ligne de conduite, qui est de dire que l’inspiration (personnelle, mais comme son parti tient pour beaucoup au culte de sa personnalité…) vient de sa foi, mais que sa ligne politique n’engage que lui, me parait beaucoup plus sain. Car, quoi, faut-il qu’il y ait « christ » sur le bulletin de vote pour le mettre dans l’urne quand on est chrétien ? Et pour les autres, alors ?

    • La question est importante car elle touche à la question de l’unité de la personne. Le souci de Bayrou est cette ambivalence. Bayrou est un chrétien plus que fervent, qu’on le veuille ou non, qu’il le veuille ou non, ses convictions religieuses l’influencent. Nous sommes ce que nous sommes et on ne peut le nier sauf se nier soi-même.
      Sur la Démocratie-chrétienne, il s’agit avant tout d’une famille de pensée politique s’inspirant des valeurs chrétiennes. Ce n’est pas un « Parti catholique » car l’Eglise n’est pas un parti. Il y a des catholiques partout, et tant mieux, et dans d’autres mouvements des chrétiens s’organisent en reconnaissant leur source d’inspiration politique. C’est le cas des Poissons roses au PS.
      Je ne crois pas que se revendiquer chrétien permette de rafler des voix, au contraire c’est prendre un risque. Le parti de Boutin est très bas dans les sondages. Mais je reste convaincu qu’aujourd’hui le monde politique a besoin d’un témoignage fort, d’un témoignage chrétien. Nous autres chrétiens avons un message à délivrer au monde et dans cet univers ravagé qu’est la politique le témoignage de l’espérance et de la charité est indispensable.
      C’est sur qu’il est difficile d’être chrétien à 100%, mais il faut relever le défi, après tout nous avons des exemples de chrétiens en politques qui ont eu des vies de saints : Robert Schuman, Edmond Michelet, Alcide de Gasperi, Giorgio La Pira ou encore l’africain Julius Nyerere (socialiste !) font l’objet de procès en béatification. Frédéric Ozanam, qui est un des fondateurs de la DC, a déja été béatifié. C’est donc possible ! Tentons l’aventure et n’ayons pas peur d’être ce que nous sommes !

  5. Ping : Vous avez dit non-négociables ? (3) | Rue de Vaugirard, le blog de Charles Vaugirard.

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