Toulouse, Le Pen et les principes non-négociables

L’affaire des tueries de Montauban et de Toulouse rassemble tous les ingrédients pour une colossale polémique à un mois du premier tour des présidentielles. Des meurtres odieux, touchant des points extrêmement sensibles et chargés en émotion : l’antisémitisme, l’islamisme, l’enfance… 

Les premières pistes concernant des militaires d’extrême droite ont été écarté et, aujourd’hui, l’identité du tueur a été révélé : un certain Mohammed Merah qui se déclare « proche d’Al Quaïda »

Marine Le Pen a immédiatement réagit en reprochant aux autres candidats à l’Elysée d’avoir accusé l’extrême droite. Elle se pose en victime et riposte en brandissant ses deux sujets favoris : l’islamisme et la sécurité. 

Il est à craindre un embrasement du débat public comme le craint Authueil sur son blog. Marine Le Pen a trouvé un argument de campagne rêvé, beaucoup plus marquant que la viande Halal. Elle a immédiatement proposé « Un référendum sur la question de la peine de mort et / ou de la perpétuité réelle ». 

Le Front national est partisan de la peine de mort depuis toujours, nous le savons. Dans cette polémique naissante deux questions se posent : est-il raisonnable de lancer le débat sur la peine capitale après un tel choc émotionnel ? La politique est une discipline rationnelle qui a besoin de sérénité, de calme, de temps. Jouer sur les émotions comme le fait Mme Le Pen revient à prendre le risque de poser un débat politique sur une base instable, incontrôlable.  

La deuxième question concerne la conscience chrétienne. Un candidat qui prône la peine de mort respecte t’il les « principes non-négociables » mis en avant par l’Eglise ? La réponse est non. Dans la note doctrinale du 24 novembre 2002, le Cardinal Ratzinger souligne que la défense de la vie de la conception à la mort naturelle est un principe non-négociable. Benoît XVI a rappelé cela dans le discours du 30 mars 2006. Le 30 novembre 2011, le Pape a adressé à la Communauté Sant’Egidio un message les exhortant à militer pour l’abolition de la peine de mort dans le monde. 

Enfin, le catéchisme de l’Eglise catholique, limite la possibilité de recours à la peine de mort à l’extrême…Bien que cette sentence ne soit pas interdite par le texte (pour des raisons de défense légitime), il est clairement dit : « Aujourd’hui, en effet, étant donné les possibilités dont l’Etat dispose pour réprimer efficacement le crime en rendant incapable de nuire celui qui l’a commis, sans lui enlever définitivement la possibilité de se repentir, les cas d’absolue nécessité de supprimer le coupable sont désormais assez rares, sinon même pratiquement inexistant. » (CEC § 2267). 

La France a les moyens techniques de garder un assassin derrière les barreaux pour le restant de ses jours. Bien sur, beaucoup de criminels sont sortis de prison et ont récidivé, l’affaire Anne-Lorraine Schmidt est un triste exemple des limites de notre système judiciaire. Néanmoins la solution n’est pas dans la peine de mort qui ajouterait un meurtre à d’autres meurtres. Un vrai débat sur les peines incompressibles et la perpétuité réelle serait salutaire…Mais que ce débat n’ait pas lieu juste après une telle tragédie.

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