Mariage et PMA pour tous ? N’oublions pas de respecter la loi de bioéthique !

Le gouvernement aurait-il un trou de mémoire ? Dans sa détermination à vouloir étendre, sans débat public, le mariage aux couples de même sexe, ainsi que l’adoption et la procréation médicalement assistée (PMA), il a oublié un point essentiel. Lequel ? Celui-ci : l’article 46 de la loi du 7 juillet 2011 relative à la bioéthique dispose que « tout projet de réforme sur les problèmes éthiques et les questions de société soulevés par les progrès de la connaissance dans les domaines de la biologie, de la médecine et de la santé doit être précédé d’un débat public sous la forme d’états généraux. »

L’ouverture de la PMA pour les couples de femmes homosexuelles est une nouveauté, une question de société permise par les progrès de la science. Si on suit la lettre et l’esprit de la loi de 2011, le recours à des états généraux est donc obligatoire. Le gouvernement aurait-il oublié cette disposition légale au risque de voir son texte être en totale contradiction avec le reste du droit ?

Ce raisonnement peut s’étendre aussi au mariage et à l’adoption, tant ces sujets posent de grandes questions éthiques.

Le député Jean Leonetti a adopté ce raisonnement dans un communiqué de presse paru ce jour. Il développe les arguments cités plus haut et surtout, il les étend au mariage et à l’adoption. Il considère cette extension normale car le projet entend redéfinir des notions de « père » et de « mère », et aussi à cause de l’impact à l’encontre de la santé des enfants. Jean Leonetti a raison d’interpréter ainsi la loi de 2011 car le mariage pour tous et l’homoparentalité sont d’importantes questions de sociétés. Peut-on concevoir une réforme aussi essentielle sans états généraux, sans débat ?

Cette question du débat national n’est donc plus seulement un problème politique mais aussi une question juridique : si le projet de loi passe sans états généraux, il sera voté sans respecter la procédure de la loi de 2011… qui n’est qu’une loi ordinaire, donc au même niveau que la future loi dans la hiérarchie des normes. Alors, qu’en sera-t-il ? Le Conseil constitutionnel l’invalidera-t-il, inaugurant ainsi une jurisprudence originale ? Peut-être, car l’organisation d’un débat public pour une question de société aussi essentielle est un principe fondamental, inhérent à toute démocratie. Il serait donc logique que les sages du Palais royal reconnaissent cette règle, comme il se doit, ou que le gouvernement décide de respecter la loi.

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Suicide assisté : les effets psychologiques sur les proches

Dessin de Luc Tesson illustrateur pour Alliance Vita : http://www.alliancevita.org/

L’Université de Zurich a récemment publié dans la revue European psy[1], une étude sur les personnes ayant participé au suicide assisté d’un proche. 85 personnes ont été interrogées et suivies par les universitaires. Le résultat est accablant et a beaucoup circulé en Suisse : une personne sur quatre souffre de maladie psychique après avoir participé à un suicide assisté. 20% de syndrome de stress post-traumatique et 16% de dépression. Et oui, soulager une personne de la souffrance en l’aidant à mourir génère à son tour d’autres souffrances… Lire la suite

Le mariage civil est-il d’inspiration catholique ?

Le projet de loi sur le mariage pour tous, révélé en avant-première par La Vie, mentionne quelque chose de surprenant dans son « exposé des motifs ».

Il dit : « Ce mariage laïc, (…) pour l’essentiel transpose les règles du droit canon ». Cette affirmation est fausse : non, la première loi instituant un mariage civil en France n’est pas une transposition du droit canon. Pourquoi ? Rappelons d’abord quelques faits. Le mariage civil a été mis en place par deux lois votées le même jour, le 20 septembre 1792 : la loi organisant l’Etat civil et la loi sur le divorce. Ces deux lois sont les derniers textes votés par l’Assemblée législative. Depuis le 10 août 1792 le Roi est déposé. La monarchie constitutionnelle est mourante et le lendemain, 21 septembre, la première République de l’Histoire de France a été proclamée. Ces lois sont donc votées dans un contexte révolutionnaire très hostile à l’Eglise : dix jours plus tôt eut lieu le massacre de septembre où de nombreux prêtres réfractaires ont été exécutés. La constitution civile du clergé a été rejetée par Rome et la République qui suivi préféra un très déiste culte de l’Etre suprême à la religion catholique. De plus, la monarchie constitutionnelle en place avait une inspiration très libertaire, loin de la doctrine catholique.

Dans un tel climat anti-catholique, peut-on imaginer que le premier mariage civil soit d’inspiration chrétienne ? C’est difficilement concevable. Mais surtout, c’est le contenu de ces lois et la philosophie qui en constitue les soubassements qui démontrent cette non-transposition.

Les lois du 20 septembre obéissent aux dispositions de la Constitution de 1791, Titre II, article 7, qui définit le mariage comme un contrat : « La loi ne considère le mariage que comme contrat civil. » Le mariage n’est plus une institution mais un contrat organisant la vie commune, contrat passé devant l’autorité civile. Comme tout contrat, il peut être défait selon la volonté des parties à la différence du mariage religieux qui est indissoluble. Ce caractère révocable est dans l’esprit de cette constitution très libérale qui considère des engagements définitifs comme contraire aux droits naturels. En préambule ce texte dispose clairement : « La loi ne reconnaît plus ni voeux religieux, ni aucun autre engagement qui serait contraire aux droits naturels ou à la Constitution. » Outre la suppression définitive de tous les vœux monastiques et sacerdotaux, l’engagement indissoluble du mariage est lui aussi banni et considéré comme contraire aux droits naturels.

La particularité du mariage civil est donc sa révocabilité et la loi de 1792 allait beaucoup plus loin que le mariage civil actuel. Le divorce était possible pour faute de l’un des conjoints, par consentement mutuel, et par répudiation due à une incompatibilité d’humeur. La procédure était simple, il suffisait de se « démarier » en retournant devant le maire ! Le divorce n’est pas la seule caractéristique de cette loi de 1792. Le premier mariage civil autorisait la consanguinité. Ainsi, un oncle pouvait épouser sa nièce ! Alors que le droit canon interdisait ce type d’union ainsi que pour les cousins jusqu’au quatrième degré.

Ces dispositions révolutionnaires furent en partie supprimées en 1804 avec le Code civil de Napoléon Bonaparte. Celui-ci adopta une formule plus stable bien qu’ayant une inspiration étrangère au droit canon : le droit de la famille, tel que mis en place par le code Napoléon, est pour l’essentiel tiré du droit Romain. Le mariage civil de 1804 sera la base du mariage civil actuel, même si celui-ci a connu moultes modifications depuis : notion d’autorité parentale à la place de la puissance paternelle (loi du 4 juin 1970), divorce par consentement mutuel (loi du 11 juin 1975) etc. Et je ne mentionne pas les tentatives de supprimer le divorce et son rétablissement au gré des changements de régimes au XIXème siècle (il sera définitivement installé en 1884).

Le divorce, qui plus est très libéralisé comme en 1792, est la marque d’un mariage d’inspiration libérale et laïque. Le mariage religieux est tout autre. L’indissolubilité est la caractéristique du mariage chrétien : « on ne sépare pas ce que Dieu a uni (Mt 19-6)» selon les propos du Christ qui définissait l’interdiction de la répudiation. Il s’agit d’un des rares cas où Jésus parle du mariage et il parle justement de son refus du divorce, discours plus ferme que la loi juive qui autorisait la répudiation. Pour l’Eglise, le mariage est une institution naturelle voulue par Dieu. Bien qu’il repose sur le consentement des époux, il ne peut être défait par les Hommes car ce consentement est validé, béni, par Dieu lui-même.

Il est très surprenant que le gouvernement considère le mariage civil comme étant une transposition du droit canon. Une telle affirmation est non-seulement fausse mais absolument contradictoire avec le caractère libéral-libertaire du mariage pour tous. En effet, le mariage pour tous a la même inspiration libérale que la loi de 1792. Bien sûr, l’homosexualité n’était pas encore reconnue au XVIIIeme siècle. Elle était encore taboue et perçue comme anormale. Néanmoins, le soubassement idéologique est rigoureusement le même… Or, au lieu d’inscrire cette réforme dans une suite du mariage révolutionnaire, le gouvernement veut rompre avec l’héritage de 1792 en le percevant comme un mariage crypto-chrétien !

En nous faisant croire que le mariage civil est un résidu du droit canon, le gouvernement élimine toute possibilité de débat. Ainsi, les défenseurs du mariage hétérosexuel seraient de sinistres théocrates, nostalgiques d’une chrétienté où le code de droit canonique faisait office de code civil. Mais voilà, le mariage civil n’est pas catholique, et les opposants au mariage pour tous ne sont pas de sombres inquisiteurs. Le mariage est l’affaire de tous, ses défenseurs se rencontrent partout : nombreux psychiatres, philosophes, juristes, qu’ils soient croyants ou non, défendent la famille hétérosexuelle et monogame.

Un grand débat national doit donc avoir lieu.

#EGC : Le mariage gay, un changement de civilisation ?

Le mariage gay constitue-t-il une première étape vers un changement de civilisation ? Cette question importante sera discutée aux prochains Etats généraux du Christianisme du 12 au 14 octobre prochain à Strasbourg. L’avant-projet de loi sur le mariage pour tous, révélé en exclusivité par La Vie, permet d’apporter des éléments de réponse à cette question. Sans développer sur le contenu du projet, il faut préciser qu’il ne s’agit nullement d’un mariage gay qui serait une sorte de PACS amélioré distinct du mariage civil. Non, le projet est plus important car il entend modifier les articles du Code Civil sur le mariage pour l’étendre aux couples de même sexe. Il s’agit donc d’une profonde réforme du mariage et de la famille, non d’un « mariage bis ».

Le projet de loi est précédé d’un texte exposant sa raison d’être. Il explique que le mariage était une « Prérogative exclusive de l’église durant l’Ancien régime, le mariage civil, révocable et enregistré en mairie a été institué par la loi du 20 septembre 1792. Ce mariage laïc, qui pour l’essentiel transpose les règles du droit canon, n’a toutefois pas été défini par le code civil. » Arguments historiques à la clé, le gouvernement affirme que l’Etat s’est contenté de se substituer à l’Eglise pour encadrer un mariage civil directement inspiré du droit canon… Cet argument est fallacieux et révélateur d’une mutation sociétale très profonde.

Pourquoi est-il trompeur ? En réduisant le caractère hétérosexuel du mariage à l’application d’un dogme religieux, le gouvernement cherche clairement à éliminer toute opposition et tout débat. En effet, peut-on débattre d’un dogme dans une République laïque ? Non, car la laïcité implique que la loi soit élaborée à partir de la raison et non d’une vérité révélée. Mais le gouvernement semble oublier que le mariage monogame, hétérosexuel et stable n’est pas le fruit d’un dogme catholique. En effet, on le retrouve dans de nombreuses autres civilisations. En France, le mariage institué en 1792 puis refondé par Napoléon Bonaparte en 1804 ne s’inspirait nullement du Droit canon mais plutôt du  Droit romain. Le gouvernement avance donc un argument historique inventé de toute pièce. Le mariage civil actuel n’est pas non plus défendu uniquement par l’Eglise catholique. Nombreux sont les philosophes, psychiatres et autres intellectuels qui sont opposés au mariage pour tous et à l’homoparentalité. Sylviane Agacinski, philosophe socialiste et agnostique, a plusieurs fois manifesté son opposition à ces réformes. Son raisonnement n’a rien de religieux. Les personnalités catholiques qui s’expriment ne mentionnent ni la Bible, ni le magistère. Philippe Ariño, essayiste catholique et homosexuel le dit lui-même : « ce que les promoteurs du « mariage pour tous » ont du mal à comprendre, c’est que c’est juste humain de s’insurger contre les conséquences graves de certaines lois déconnectées du Réel, de certaines pratiques et manipulations génétiques qui concernent la vie et les êtres humains les plus fragiles. Cela relève du bon sens. » De même, le pédopsychiatre Vincent Rouyer avance de nombreux arguments scientifiques… point de religion là-dedans !

Le mariage civil n’est donc pas une question religieuse mais sociétale. Il est le cadre de la famille à laquelle il donne une base solide et durable.

L’autre aspect des motifs de ce projet de loi est le changement de civilisation. La référence au rôle de l’Eglise dans l’Ancien régime vise clairement à faire entrer cette réforme dans une « marche du progrès ». Fini les relents d’Ancien régime qui hantent çà et là notre Droit. Place à la nouveauté et au progrès ! La nouvelle société n’aura plus aucun aspect chrétien, les racines chrétiennes seront définitivement coupées. L’exposé des motifs le sous-entend bien tout en commettant l’erreur citée plus haut… Le projet présente le mariage civil comme crypto-chrétien pour mieux le discréditer et pour faire de sa réforme un acte de transformation de la société. Le mariage pour tous est donc un projet laïciste qui reflète une vision du monde désirant se démarquer de celle de l’Eglise. Le laïcisme creuse un peu plus le fossé entre la République à la française et l’Eglise… ce qui est bien dommage car la foi chrétienne s’accommode très bien du régime républicain et de la laïcité positive.

Le projet de loi donne une nouvelle définition du mariage et donc de la famille.  La cellule familiale ainsi réformée redéfinie totalement notre société. Il s’agit donc d’une étape de plus dans la grande mutation sociétale en cours, comme l’exposé des motifs le reconnait lui-même avec une étrange coquille dans le texte : « Une nouvelle étape paraît doit donc être franchie. »

Bien sûr, le projet de loi s’arrête là. Il refuse d’étendre la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples homos, et de légaliser la gestation pour autrui (GPA) comme le propose Esther Benbassa (EELV) dans son projet. Mais là encore ce n’est qu’une question de temps. Les revendications se font entendre, PMA et GPA seront les étapes suivantes…

Jusqu’où ira cette mutation ? Jacques Attali[1], a tranquillement envisagé la polygamie. La presse évoque parfois le « polyamour », les ménages à plusieurs et autres trouples. Ce dernier concept a eu les honneurs d’un article du Monde.

Tout semble possible car l’idéologie qui sous-tend ces réformes est libertaire : l’Homme est libre de tout faire pourvu qu’il le désire. Rien ne doit s’interposer au désir de l’Homme, rien… surtout pas la réalité ! Car c’est là que le bât blesse : l’idéologie libertaire, comme toutes les idéologies, vise à remodeler la réalité selon une vision du monde basée sur des représentations virtuelles. Philippe Ariño le dit bien : « Le problème est que nos amis « pro-mariage pour tous ceux qui le désirent » font le chemin contraire : ils veulent mettre le papier et la bonne intention avant le Réel. Ils inversent les choses parce qu’ils se prennent pour Dieu, un dieu athée égoïste qui installe la conscience individuelle humaine comme unique énonciatrice du bien et du mal, sans idée de transcendance pour le coup. »

Il est grand temps de revenir à la réalité.


[1] Emission Ce soir ou Jamais, France 3, 17 janvier 2012

Sexe et Eglise : « Tes amours sont plus délicieuses que le vin »

Colossale disputatio ! C’est la conclusion, provisoire, que je tire des débats qui ont agité la cathosphère ces derniers jours. La discussion est passionnante et elle a permis à des esprits brillants de s’exprimer. René Poujol vs Natalia Trouiller avec en prime Philippe Oswald, Pascal-Emmanuel Gobry et une myriade de commentateurs… et aussi de trolls qui ont fêté le 24 août dernier le 440eme anniversaire du massacre de la Saint Barthélémy par une reconstitution de l’évènement sur le Réseau social.

J’aimerais en venir au cœur du sujet de cette polémique : le sexe et l’Eglise. Soyons clair, je ne suis pas un expert ni en théologie, ni en psychologie et mon expérience de la vie est trop restreinte… Je ne peux donc vous livrer que mon ressenti de baptisé et d’homme. Lire la suite

La liberté de parole n’est pas négociable !

La récente polémique autour de la prière du 15 août a révélé de bien étranges comportements. J’ai relevé deux exemples qui, je vous l’accorde, ne sont ni exhaustifs ni nouveaux…Mais cela vaut la peine de les regarder de plus près, car ils mettent la démocratie en danger. Oui, en danger, et je pèse mes mots.

Les deux exemples sont le communiqué de presse de l’Union des familles laïques (UFAL), et celui de Jean-Luc Romero repris sur 20 minutes dans un article à la syntaxe approximative et très amusante. Lire la suite

L’écologie est un humanisme

Le changement climatique est un sujet polémique qui ne manque jamais de déchaîner les passions. La raison en est simple : les enjeux sont colossaux et l’Homme est pointé du doigt comme étant le responsable d’une catastrophe annoncée depuis longtemps… 

Tibor Skardannelli a écrit, sur Tak.fr, un intéressant article sur le sujet : Climat, le soleil fait tâche. Excellent papier… avec lequel j’ai quelques divergences qu’il me pardonnera j’en suis convaincu.  Lire la suite

Eglise et questions sociétales

Le blog « A la table des chrétiens de gauche » a récemment publié l’article de Jean-Louis Schlegel Questions de mœurs : quelle attitude politique de la part des catholiques ? Un texte intéressant qui pose la question de la réponse chrétienne à donner aux problématiques dites « de société » que nous rencontrons aujourd’hui.

Il n’est pas aisé de répondre à la question de l’attitude à adopter. Pourtant je pense que la réponse doit être à la hauteur du problème…et le problème est très important car il touche les fondements de notre société.

En effet, quelle est la portée de ces « questions de mœurs » ? L’euthanasie n’est-elle qu’un assouplissement, une tolérance permettant de donner la mort dans quelques cas exceptionnels ? L’homoparentalité n’est elle qu’une possibilité donnée à quelques couples gays, une exception à la règle de la famille traditionnelle au même titre qu’il existe des familles monoparentales ?

La réponse est non : ces deux problématiques ne sont pas anodines car elles sont les symptômes d’une profonde révolution, d’un changement radical de société, d’une « mutation métaphysique » comme le dit Michel Houellebecq. Les « questions de mœurs » sont en fait des questions « de société » et elles portent sur les fondements même d’une société humaine : qu’est-ce que l’Homme ? Quand et comment sa vie commence, se termine ? Dans quelle structure familiale le « petit d’homme » va-t-il naître, se construire ? Lire la suite

Suicide d’une société

Une révolution sociétale est en cours. Les réponses que nous apporterons aux différentes questions de société qui agitent le monde d’aujourd’hui façonneront la civilisation de demain…alors autant ne pas se tromper.

L’euthanasie est une de ces questions. Nystagmus l’a très bien abordé dans deux récents articles et je souhaiterais rebondir là-dessus. Je suis entièrement de son avis quand elle évoque la confusion entre liberté et droit de mourir. En effet, rien n’empêche une personne de se suicider… mais en aucun cas, mettre fin à ses jours est un droit de l’Homme qui devrait être garanti par les pouvoir publics.

Le suicide est une tragédie, un fléau et des associations, l’Etat, mettent en place des dispositifs de prévention du suicide…et ne pas venir en aide à un suicidaire tentant l’irréparable est une « omission à l’obligation de porter secours » sanctionnée par la loi.

Faire du suicide un « droit » revient à effectuer un retournement sociétal à 180 degrés. Imaginez un monde où se donner la mort serait un droit, un droit tel que nous pourrions demander l’assistance d’un tiers pour appuyer sur la détente… Un droit tel que celui qui oserait intervenir pour sauver la vie du suicidaire se trouverait derrière les barreaux… Nous aurions alors des « Magasins du suicide » qui fleuriraient partout, vendant des cordes, des pistolets à un coup, des barbituriques, le tout livré avec une réédition de « Suicide mode d’emploi ».

Science-fiction ? J’espère que oui, et pourtant, si nous ne faisons rien nous prendrons le chemin de cette société atroce. Je me rappelle de discussions, de « débats » avec de brillants étudiants en droit engagés au sein d’un parti du centre, il y a quelques années. Tous ces petits jeunes bardés de diplômes défendaient la dépénalisation de l’euthanasie…la majorité d’entre eux en était favorable. Leurs arguments ? Chacun fait ce qu’il veut de son propre corps, s’il veut mourir…c’est son droit ! J’étais outré, scandalisé et j’ai demandé à l’un des leurs : « Donc si quelqu’un veut se jeter d’un pont devant vous, vous ne ferez rien ? » réponse du jeune homme : « S’il veut vraiment mourir, je le laisserai plonger. » Voilà le genre de réflexion que l’on trouve dans ces « débats citoyens »…et ce n’est pas un cas isolé, loin de là !

Voulez-vous de ce monde où on laisse crever quelqu’un qui n’en peut plus… au nom de sa « liberté » ? Non, moi je n’en veux pas.

Faire du suicide un droit fondamental revient à ériger une statue au désespoir et à faire de la mélancolie un des piliers de notre société.

L’euthanasie marquera une étape majeure vers cette société du désespoir. Se donner la mort ne sera plus un tabou, mais un droit qui pourra, à l’avenir, être étendu.

Réagissons pendant qu’il est encore temps.

Inquisitio : un profond malaise

La nouvelle série de l’été de France 2, Inquisitio, suscite un grand malaise. J’ai pu la voir en avant première, et cela a confirmé le sentiment que j’ai eu à la vision des différents teasers et synopsis de ce programme. Sentiment que j’ai évoqué dans un article précédent. 

Le problème posé par cette « fiction » est profond. Elle nous présente une Eglise médiévale (1378) sombre, violente, perverse avec un cortège de prélats libidineux, corrompus, et une Sainte Inquisition cruelle, tuant et torturant systématiquement.

Le tableau est atroce. Il laisse paraître une Eglise où il n’y aurait rien de bon. L’Inquisition fait irrémédiablement penser à la Gestapo par l’antisémitisme de ses hommes, et la terreur qu’elle fait régner dans la société… et surtout dans les quartiers juifs. Quant au port de la rouelle par les Israélites, il évoque l’étoile jaune. Bref : nous avons là une atmosphère particulièrement anachronique où les chrétiens remplacent les nazis.

Nous n’avons pas le beau rôle…ça fait mal. Et la blessure est d’autant plus grave que l’Histoire n’est pas respectée.

Soyons justes : Ne justifions pas l’injustifiable

Bien entendu je ne vais pas justifier l’Inquisition, ni la torture, ni les bûchers et autres mises à mort. Une exécution est toujours une exécution de trop. Une torture est toujours quelque chose d’abominable en contradiction formelle avec l’Evangile. Pour le jubilé de l’an 2000, le Pape Jean-Paul II a mis en place la commission Mémoire et Réconciliation afin de procéder à une étude historique approfondie des épisodes les plus douloureux de notre histoire. Le Pape tenait à ce que toute la lumière soit faite sur nos heures les plus sombres…afin de pouvoir demander pardon à Dieu durant la cérémonie jubilaire du 12 mars 2000. Jean-Paul II appelait cela la « purification de la mémoire » afin que de telles horreurs ne se reproduisent plus. L’Inquisition, et l’antisémitisme chrétien ont donc été étudiés par cette commission. Les faits ont été reconnus et le pardon a été demandé.

Mais la vérité historique se doit d’être respectée. Déformer l’Histoire dans un sens qui diabolise les catholiques n’est pas correct et offensant : or Inquisitio collectionne les non-sens. Non-sens qui vont de détails comme des voyages de dominicains à cheval (ils se déplaçaient à pied par pauvreté), à des points essentiels comme des scènes de débauche de religieux (un pape partouzeur…), des exécutions systématiques, des tortures à répétition et surtout : de la diffamation autour de personnages ayant réellement existés. C’est sur ce dernier point que je compte insister.

Sainte Catherine de Sienne diffamée

Un des principaux personnages d’Inquisitio est Sainte Catherine de Sienne. Interprétée par Anne Brochet (la Roxane du Cyrano joué avec Gérard Depardieu), elle est présentée comme une fanatique, conspiratrice aux ordres du Pape de Rome Urbain VI pour combattre l’antipape d’Avignon Clément VII. Nous la voyons s’empaler les mains en public pour faire un miracle (qui semble être un tour de passe-passe à l’aide de potions) et surtout, elle est à l’origine d’horribles meurtres visant à inoculer la peste dans la population d’Avignon ! Eh oui vous lisez bien : Sainte Catherine de Sienne tente par tous les moyens d’inoculer la peste dans la population avignonnaise ! Cela dans le but de vaincre Clément VII (sans doute en le tuant par le fléau). Sainte Catherine serait donc la première terroriste de l’Histoire à utiliser des armes de destruction massive ! Bactériologiques en l’occurrence… Tout cela nous est représenté à renfort d’ambiances grand-guignolesques style « Fort Boyard », de personnages masqués façon Tim Burton, et de dialogues épouvantables comme « J’ai fait alliance avec le démon pour la gloire de Dieu ».

Evidemment tout cela est faux. Rien n’atteste que Sainte Catherine ait fait et dit de telles choses. De plus, en 1378 elle n’était pas à Avignon…C’est donc une pure invention.

Mais cette invention est grave car elle porte atteinte à l’image d’une sainte vénérée par des millions de catholiques. Sainte Catherine de Sienne est docteur de l’Eglise et co-patronne de l’Europe, la faire passer pour une fanatique comparable à Ben Laden est inacceptable. C’est non-seulement faux mais profondément malhonnête.

Je vous invite vraiment à découvrir Sainte Catherine de Sienne. Elle appelait au renouveau de l’Eglise, à son unité, ses Dialogues sont d’une très grande profondeur…nous sommes très loin du fanatisme, et son message est encore d’actualité. De plus, elle présente à la perfection le rôle essentiel qu’avaient, et ont toujours, les femmes dans l’Eglise. Elle était écoutée du Pape, des prélats et des princes…qui a dit que l’Eglise était misogyne ? L’Inquisition pour les nuls nous donne des informations intéressantes sur Sainte Catherine.

Et si on s’informait ?

De tels propos ne peuvent être diffusés à un très large public sans qu’il n’y ait aucune réaction. Il est bon que des gens se lèvent et disent « non » à ces mensonges. Et ce n’est pas seulement une affaire de chrétiens. L’Histoire appartient à tout le monde, et toute personne soucieuse de vérité historique peut être offusquée par ce genre d’émission. Mais j’ai l’intime conviction que cela passe principalement par l’information. N’ayons pas peur de nous documenter, de découvrir cette époque passionnante, et terrible, qu’était le XIVeme siècle. Faisons circuler des sites Internet qui diffusent des textes d’historiens sur ces évènements. Un excellent site vient d’être mis en place : l’Inquisition pour les nuls. Toutes les réponses aux questions posées par la série sont dessus.

L’historien Didier-le-Fur a aussi écrit un très bon livre qui répond point par point à Inquisitio : L’Inquisition en France. S’informer, répandre au maximum cette information, voici la meilleure réponse que nous pouvons faire à Inquisitio…et bien entendu dans un esprit de dialogue.

Nanar

Enfin, j’aimerais conclure avec une réalité à reconnaître : Inquisitio est un navet. Mal ficelé, ennuyeux à mourir, dénué d’humour (sauf par un involontaire second degré), violent, cruel, cette série a tout du feuilleton commercial mal fagoté. Les dialogues ridicules entreront certainement dans les annales et feront les joies de sites comme « Escale à Nanarland ». Et oui, cette saga de l’été est un ratage…

Je n’en dis pas plus, regardez plutôt la « véritable » bande annonce d’Inquisitio :

Le mystère de la réforme de l’Eglise

Il y a longtemps que je désire écrire un article sur l’Eglise et les déboires qu’elle rencontre avec l’affaire Vatileaks. Je n’ai pas l’âme d’un vaticaniste et commenter cette sombre histoire, dont on ne sait pas si elle est un pétard mouillé ou une affaire d’état, ne m’a pas semblé opportun.

Mais je reviens sur la question de l’Eglise et de ses difficultés en rebondissant sur un débat qui a eu lieu aujourd’hui même sur le Réseau social. Jonas Tree a publié un texte très intéressant où elle témoigne de sa catholicité. J’ai mis ce texte sur mon profil avec en exergue cet extrait qui m’a beaucoup touché : « Plutôt que de rejeter les enseignements de l’église, je demande dans la prière la force de pouvoir m’y conformer toujours plus car je suis convaincue qu’ils donnent la vie et je remercie le Seigneur de m’accompagner fidèlement. »

Ce passage est important, car il illustre la foi en l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique. L’enseignement de l’Eglise ne se discute pas aussi facilement que celui d’une autre institution, terrestre cette fois-ci. Bien entendu une telle assertion peut surprendre, choquer. C’est ce qui c’est produit. Lire la suite

Violence télégénique

Lundi soir je regardais France 2 juste avant le journal télévisé. Je suis rarement devant mon téléviseur et donc, pour la première fois, j’ai vu une bande-annonce qui est diffusée depuis quelques temps en heure de grande écoute : celle du prochain feuilleton de l’été de France Télévision, « Inquisitio ». 

Déferlement de violence, univers médiéval macabre et crépusculaire, dominicain borgne disant froidement « Démembre-le » à ses sbires qui tiennent ligoté un pauvre malheureux… En quelques minutes, le téléspectateur moyen a été abreuvé de violence atroce exposée avec complaisance…

Une violence diffusée en prime-time dans une bande-annonce. Les choses sont claires : on en appelle au goût du spectateur pour la cruauté en exhibant une barbarie sans fard faite de supplices et de meurtres…

Evidemment, le raccourci est encore fait entre le catholicisme et l’Inquisition…Cela me peine, mais je n’évoquerais pas ce sujet car je n’ai pas encore vu la série, je m’arrête donc à son « teaser ».

Inquisitio n’est pas un phénomène unique, la violence télévisuelle, même si elle n’est pas nouvelle, est en nette recrudescence. Les célèbres séries américaines Rome, The Tudors, Borgia, Spartacus Blood and sand sont des festivals de violence gratuite. Tout y passe : crucifixions, écartèlements, supplices de l’huile bouillante… Mais aussi violence sexuelle, Rome abonde de scènes de viols en tout genre. Malgré les qualités de ces séries (j’ai beaucoup aimé la figure de Thomas More dans The Tudors), certains passages sont difficilement soutenables car crus et filmés avec complaisance…une complaisance assumée si l’on en croit la jaquette des DVD de la saison 2 des Tudors : « Une saison avec encore plus de violence et de sexe » annonce le diffuseur fièrement par-dessus une photo où Anne Boleyn est dans une position…pas très protestante.

Et ça marche ! Ces séries violentes ont du succès. Si France 2 se lance dans ce genre de programme, c’est justement parce que le « gore » est une recette efficace pour avoir de l’audience…et dès le teaser on envoie ce message au public : ça va saigner ! Une garantie de pic d’audimat…

Mais pourquoi tant d’horreurs ont tant de succès ? Nous pouvons nous poser cette question car la fascination pour la violence ne s’arrête pas à la télévision, mais elle touche aussi le réel. La vidéo où Luka Rocco Magnotta découpe sa victime a fait le buzz sur Internet. Ce personnage atroce semble fasciner…tout comme la plupart des serial killer… Et les images de son forfait semblent attirer…ce qui n’est pas nouveau. Les combats de gladiateurs attiraient un vaste public sous l’Empire Romain. Les exécutions ont de tout temps eu lieu sous les cris de haine d’une foule en délire.

L’exemple le plus horrible a été celui de l’écartèlement d’un valet de Louis XV qui avait tenté de l’assassiner. Un récit épouvantable que Michel Foucault a repris pour son livre Surveiller et punir. Les documents rapportent que le public hurlait contre les bourreaux qui souffraient et hésitaient d’accomplir une telle besogne. On raconte que des dames étaient venues et avaient trouvé ce spectacle « plaisant », tout comme le célèbre libertin Casanova, de passage à Paris ce jour là…

En regardant à la télévision des personnages se faire écarteler, les téléspectateurs trouvent-ils cela « plaisant » ?

Certains doivent le penser en faisant conclure le teaser d’Inquisitio par un dominicain borgne ordonnant : « Démembre-le ! »

Sur le concept de « Président normal »

François Hollande est Président de la République depuis un mois. Le nouveau gouvernement s’installe et le nouveau chef de l’Etat nous a dévoilé le style de cette présidence : la « normalité ».

Le concept de « Président normal » est donc le leitmotiv de François Hollande. Annoncée lors de la campagne, martelée durant le débat en de pénibles anaphores, cette présidence normale pose question. Est-elle possible ? Est-elle conforme à l’essence de la fonction présidentielle ? Pourquoi un tel choix ?  Lire la suite

Nostalgie vincentienne

Un récent billet sur le blog de Dopamine, « une catho à l’hosto », m’a beaucoup interpellé. Il parle de la mort d’un SDF, Dimitri, qui venait souvent aux urgences de l’hôpital où elle est externe.

En lisant cet article, je me suis rappelé d’une activité que je faisais il y a quelques années. J’exerçais comme bénévole à la Société de Saint Vincent de Paul : j’étais un « vincentien » (prononcez « vincenssien »). Lire la suite

Le jour où Facebook s’est effondré.

La capuche d’un sweat relevée sur la tête, les yeux baissés vers le sol, un homme monte discrètement à l’arrière d’une limousine. Direction : un petit aéroport situé aux confins du Nevada à quelques heures de Palo Alto. De là, un avion l’emmène vers une destination inconnue de tous. Certains parlent d’une île du Pacifique, d’autres évoquent la Patagonie, les Bahamas…

Mark Zuckerberg est en fuite, il veut se faire oublier : Facebook vient de s’effondrer.  Lire la suite

Pour défendre Métronome, de Lorànt Deutsch.

« Le « Métronome » de Lorànt Deutsch, un livre idéologique ? » titre un article de la rubrique « culture » de Rue89 en date du 20 mai. Son auteur, Louis Lepron, s’en prend au livre à succès de Lorànt Deutsch en relayant des critiques d’historiens…Des critiques sur le contenu historique ? Oui, un peu, très peu même, car ce qui lui est reproché est moins certaines erreurs qu’une « vision de l’histoire, notamment « pro-royaliste », « anti-républicaine » et « anti-révolutionnaire ». Comme le dit clairement le titre de l’article : le sujet de la polémique est idéologique…

Louis Lepron n’a pas peur de s’attaquer à un ouvrage à grand succès (1.5 millions d’exemplaires vendus, une adaptation sur France 5, un salut unanime de la presse…), mais il prend le problème « par le mauvais bout de la raison » comme dirait Rouletabille. Pourquoi ? Lire la suite

Bien commun et tentation communautaire

La défense du mariage entre un homme et une femme, la protection de la vie, sont-elles des causes qui n’intéressent que les chrétiens ? Le droit à la vie est-il un dogme religieux, révélé, échappant à tout raisonnement et sa défense seulement dû à la foi de quelques croyants ? Le mariage monogame et hétérosexuel n’est-il qu’une institution religieuse, ne s’appuyant que sur des textes sacrés et des traditions cultuelles ?

La réponse est non. Défendre toute vie humaine, ainsi que la famille naturelle est au contraire l’acte le plus humain, le plus rationnel qui soit. Nous ne sommes pas dans le domaine de la théologie mais dans celui du bon sens…même si celui-ci n’est pas toujours suivi…

Deux personnalités ont évoqué ces questions aujourd’hui. Guillaume de Prémare, sur Urgence-com-catho, nous explique que « Le mariage n’est pas le bien propre des catholiques, c’est le bien commun de toute la Cité. »

Sur le droit à la vie, Patrice de Plunkett nous a donné un bel exemple de bon sens a travers un très beau texte de Marcel Pagnol, véritable icône de la République laïque. Dans cet extrait de l’eau des collines, Pagnol nous décrit Sparte, cité pratiquant allégrement l’infanticide au nom d’un eugénisme collectiviste et militariste. Le non-croyant Pagnol nous donne-là des arguments en faveur de l’accueil de la vie, pleins de bon sens et de justesse.

Voici le texte : Lire la suite

Quand un résistant chrétien parlait de Jeanne d’Arc

Aujourd’hui, deuxième dimanche de mai, nous fêtons sainte Jeanne d’Arc. Une figure émouvante, belle, célébrée dans l’histoire autant par les chrétiens que par de nombreux patriotes non-chrétiens. Hélas, elle a trop souvent été récupérée par des mouvements défendant des idées…très éloignées des siennes.

Je ne tiens pas à revenir sur l’exploitation de l’image, du symbole, de Jeanne. Je tiens juste à vous rapporter un très beau texte écrit par un jeune résistant catholique, Gilbert Dru, il y a soixante-dix ans, en mai 1942. Gilbert Dru était un des responsables de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) dans la région lyonnaise. Etudiant en lettres, il participa à la résistance au nom de sa foi et fut un des animateurs de la résistance chrétienne dans le Sud-est. Il était dans le groupe des « cahiers du témoignage chrétien », revue clandestine de résistance fondée en 1941 par le père Chaillet. Démocrate-chrétien convaincu, Dru a été un des inspirateurs du Mouvement républicain populaire. Il a été fusillé par les nazis le 27 juillet 1944, à Lyon sur la place Bellecour. Il avait 24 ans.

Gilbert Dru était outré de la récupération de Jeanne d’Arc par le régime de Vichy. Il décida d’écrire un texte très critique dans « les cahiers de notre jeunesse », revue officielle de la JEC. Cet article fut censuré…

Le voici : Lire la suite

Symbolique, politique…et polémiques

La vie politique est pleine de symboles. Les hommes politiques les utilisent souvent, avec calcul, finesse et parfois maladresse… Par définition, un symbole est un geste, un acte, un mot, une manifestation dans un lieu déterminé qui exprimera une signification très forte à un public « initié ». Dans la vie politique, le public initié est le peuple tout entier car ces symboles font référence à l’histoire et à la culture du pays. Il est donc possible de les comprendre.

Néanmoins, les commenter n’est pas toujours aisé, surtout quand certains évènements symboliques sont gagnés par des faits…qui créent la polémique. Polémiques non-voulues qui sont en elle-même chargées symboliquement puisque ces actes ou ces choix ont eu un écho disproportionné dans l’opinion publique.

La soirée du 6 mai est intéressante à analyser car elle regorge de symboles recherchés et non-recherchés. Lire la suite

Les législatives, c’est maintenant !

Hier soir, une page s’est tournée. Les Français ont désigné, à une très courte majorité, François Hollande à la Présidence de la République. L’heureux élu a été chaudement acclamé par ses supporters, tant à Tulle qu’à la Bastille et Nicolas Sarkozy a fait un beau discours, plein de retenue et de « fair play ». 

Mais, si la campagne présidentielle vient de s’achever, une autre vient de commencer : celle des élections législatives. 

Les législatives sont moins exposées médiatiquement, et pourtant elles sont peut-être plus importantes. En désignant les députés, les électeurs confirmeront ou infirmeront les orientations du locataire de l’Elysée. Mais aussi, la droite va connaître sa première campagne de l’après-Sarkozy… Dans un laps de temps très court, les anciens lieutenants de Sarko vont prendre des décisions stratégiques essentielles qui vont impacter, peut-être durablement, le visage de la droite et du centre-droit dans notre pays. 

L’enjeu est de taille : l’UMP continuera-t-elle le discours droitier de ces dernières semaines ? Marine Le Pen parviendra t’elle à s’allier l’aile droite de l’UMP pour mieux la faire exploser ? Le centre-droit se reconstituera t’il ? Ou plus simplement : que va devenir la droite ? 

Nous aurons les réponses à ces questions après les législatives. Pour le moment nous ne pouvons faire que des hypothèses et émettre des vœux. Pour ma part, je préfère me cantonner à la deuxième possibilité : les vœux. 

Je dois vous l’avouer, la perspective d’une droite éclatée, dont une aile serait absorbée dans un rassemblement bleu marine ne m’enthousiasme guère. Nous aurions un déséquilibre entre une droite extrême plus puissante que jamais et un centre-droit dispersé, désuni et privé de leader. Bien-sur, ce centre-droit pourrait en profiter pour s’unifier, se structurer et il se trouverait bien un ténor pour lui donner le « la ». Mais hélas il pèserait trop peu et  il serait contraint de s’allier avec cette super-droite…quitte à perdre certaines de ses valeurs. 

Non, je préfère une autre hypothèse. Une droite regardant davantage vers le Centre-droit, plus proche de ses valeurs historiques, en un mot : plus humaniste. Oui, plus humaniste, parce que la droite française, dans son histoire, n’est pas un mouvement populiste aux relents nationalistes et stigmatisant certaines catégories de la population. La droite française a pour figures tutélaires des hommes comme : le Général de Gaulle, Robert Schuman ou son homonyme Maurice Schumann, Georges Pompidou, Jacques Chaban-Delmas, Antoine Pinay, Joseph Fontanet, Pierre Pflimlin, Jean Lecanuet, Edmond Michelet, Louis Terrenoire, etc. 

Ce sont des hommes qui n’ont jamais défendu le repli sur soi, la peur de l’autre et la fin des libertés…Non, de Gaulle c’est la France Libre, la Résistance et les grandes avancées sociales de la Libération. Robert Schuman est le fondateur de la Communauté Européenne, apôtre de la paix et de l’amitié entre les peuples. Maurice Schumann était la « voix de la France Libre » et il devint après un  grand homme d’état. Jacques Chaban-Delmas était l’homme de la « Nouvelle société » en 1974. Tous étaient des hommes du rassemblement et de l’ouverture à l’autre.

Ils étaient aussi des hommes de la fermeté : ils n’acceptaient pas la compromission sur des valeurs essentielles. 

Gaullistes, démocrates-chrétiens, libéraux ou radicaux, tous avaient en commun d’être du centre-droit et de la droite. Aucun ne lorgnait vers un extrémisme diviseur. 

Il est à espérer que la droite se reconstruise autour de ses valeurs qui sont inscrit dans son « code génétique ». Retrouver ces familles de pensées en les reconstituant et en les fédérant pourrait être une belle solution. Un grand pôle gaulliste, un autre libéral, un démocrate-chrétien et un radical, pourraient se retrouver dans une grande confédération. Je rejoins la dessus l’opinion d’autres blogueurs (et amis) qui se sont exprimés récemment. L’UDF historique, qui était un puissant parti de gouvernement fédérant ces familles (sauf les gaullistes) donnait un poids politique considérable au centre-droit. Cette union est la grande absente de la vie politique française. Les petits partis qui se disputent son héritage, et le Modem qui dérive à gauche, ne sont pas parvenu à constituer le grand contrepoids centriste que l’UMP avait besoin. Le résultat s’est fait sentir : le sarkozysme a été aspiré par une force centrifuge qui a sans doute amené des voix frontistes au Président, mais a épouvanté l’électorat modéré… Une présidentielle se gagne au centre…et se perds aux extrémités. 

Bien sur, nous pouvons soutenir que l’écart entre les deux a été très faible. Mais il est à craindre qu’un tel raidissement du discours n’ait eu de funestes conséquences sur le long terme…car il n’est pas dans la tradition humaniste de la droite française. 

Lors des législatives une voix originale va s’élever : celle de la nouvelle démocratie-chrétienne. Le Parti Chrétien-Démocrate présente cent candidats à la députation. Nous pouvons citer Patrick Rougevin-Baville à Vendôme, dans le Loir-et-Cher, Hugues Foucault dans l’Indre, Geneviève Masson à Paris, Audrey Levavasseur en Seine-Saint-Denis, François Le Forestier dans la Sarthe, Gauthier Blin à Lyon, Daniel Lallemant en Lorraine mais aussi Franck Margain, Vice-Président du PCD et brillant économiste dans le XIIeme arrondissement de Paris. 

Egalement, dans le Rhône, Jean-François Debiol se présente en assumant son appartenance à la Démocratie-chrétienne. Candidat UMP« Droite sociale », il s’inscrit dans la tradition catholique sociale lyonnaise. 

Tous ces candidats sont des signes forts du retour de la Démocratie-chrétienne sur la scène politique. Ils incarnent une famille de pensée qui a toute sa place au sein d’une droite fidèle à son identité humaniste et patriotique. Tout le contraire d’une « droitisation » nationaliste et exclusive…

Retours sur une campagne

A quelques jours du second tour, je profite d’une interview de Christine Boutin sur Atlantico pour faire quelques petits « retours » sur cette campagne présidentielle.

Le journaliste d’Atlantico a interrogé Madame Boutin sur un sondage qui chiffre à 27% le nombre de jeunes catholiques ayant voté pour Marine Le Pen. Il n’est pas aisé de répondre à cette question. Elle avance comme hypothèse : « De façon générale, la génération montante a une exigence sur les principes sociétaux beaucoup plus importante qu’il y a dix ou quinze ans. » et elle ajoute : « pour ces jeunes l’expression politique du premier tour et en particulier chez Nicolas Sarkozy n’a pas été perçue comme suffisamment exigeante par rapport aux principes fondamentaux véhiculés par Jean-Paul II et Benoît XVI. (…)D’autre part – et je le dis en tant que Présidente du Parti chrétien-démocrate (PCD) – je pense que c’est une incompréhension par rapport aux postures de Nicolas Sarkozy qui sont pourtant très claires. Moi-même, j’ai été candidate à l’élection présidentielle, et j’ai été très exigeante sur ces principes sociétaux. Or, Nicolas Sarkozy les a repris dans l’article publié dans le Figaro Magazine et depuis, je suis tous ces meetings et il n’y pas de place pour l’ambiguïté. Au dernier meeting tenu à Clermont-Ferrand, il a parlé de la valeur sacrée de la vie, des questions que l’on se pose autour de la mort, notamment avec l’euthanasie, et a rappelé son opposition au mariage homosexuel etc. »

Personnellement, j’adhère en grande partie à cette hypothèse. Nous autres catholiques sommes « taraudés » depuis longtemps par les questions sociétales. Nous vivons une époque ou les partis politiques n’ont pas peur de reprendre des revendications sociétales qui sont à l’encontre de l’enseignement de l’Eglise. Euthanasie, homoparentalité, mariage gay, et tout ce qui touche à l’avortement… Nous avons là différentes visions du monde et de l’Homme qui se font face : l’anthropologie chrétienne d’un coté et de l’autre, de nouvelles idées, issues d’autres familles de pensée souvent athées ou déistes…Nous pensons par exemple à certains points de vue issus des études sur le genre, le fameux gender…

Une des grandes questions politiques de notre temps est : « Quelle société voulons-nous » ? Cette question a été rappelée par l’Eglise qui est en France a travers le document de la Conférence des évêques, et le livre du Cardinal Vingt-Trois. SAJE Prod l’a d’ailleurs très bien mis en image.

Bien entendue, cette question de société ne se limite pas aux sujets que j’ai évoqués plus haut. La conférence des évêques nous le rappelle avec beaucoup de justesse en mentionnant treize points… La doctrine sociale de l’Eglise ne s’arrête donc pas aux questions touchant à la vie, à la famille et à l’éducation…Même si ces trois points sont fondamentaux et qualifiés de « non-négociables ».

Mais cette réflexion sur les tendances de vote de catholiques nous amène au sujet du climat de cette campagne électorale. Ambiance tendue, diabolisation de l’un et de l’autre candidat, affaires qui remontent, propos frisant la diffamation… Mais aussi résignation, « vote barrage », l’enthousiasme n’a guère été dans les cœurs…

Côté catholique, la blogosphère et les réseaux sociaux ont été en ébullition. Quel vote sera le plus cohérent avec ma foi ? Telle a été la question que nous nous sommes tous posés. Le groupe Votons cohérent a fixé des conditions et envisage le vote blanc si elles ne sont pas respectées. D’autres ont opté pour « le moindre mal » en choisissant Nicolas Sarkozy ou encore François Bayrou. Certains ont préféré Le Pen. Le courant des Poissons roses, désireux d’entrer au Parti Socialiste, a envoyé un message à François Hollande qui mérite d’être lu et étudié. Ce très beau texte aborde les questions sociétales avec beaucoup de vérité sans jamais tomber dans la caricature… Sébastien Gros, proche collaborateur de Manuel Valls a répondu à ce texte…négativement. Ce qui nous montre l’importance des questions sociétales au sein du PS.

A titre personnel, vous le savez, j’ai fait le choix de Nicolas Sarkozy. Quand Christine Boutin a décidé de suivre le Président-candidat,  j’ai tout de suite justifié cela en parlant du « Choix de la raison ». J’en suis toujours convaincu. Je crois que les chrétiens doivent être présents dans les grandes coalitions gouvernementales, que ce soit à droite avec le PCD ou à gauche avec le courant des Poissons roses… Bien entendu je n’oublie pas les autres partis. Il faut que nous soyons partout, mais nous serons plus efficaces dans des « grands ensembles ».

Ce que j’exprime est ma conviction… Mais je ne l’impose à personne. Les propos tenus sur mon blog n’engagent que moi. Quand je reprends les textes de l’Eglise, c’est pour tenter de nourrir un discernement…Celui-ci n’a pas été aisé et surtout, cette campagne a été gagnée par de nombreuses discussions autour de la notion de points non-négociables. J’ai donc écrit plusieurs articles sur le sujet afin d’apporter un éclairage supplémentaire.

Parfois, je l’avoue, j’ai été très sévère avec les partisans du vote blanc… Mon but n’est pas de les stigmatiser, et s’ils ont été blessés je leur demande pardon. Mais cette démarche du vote blanc pose de nombreuses questions quand à la conséquence du vote…or je reste convaincu qu’en votant pour le « moins mauvais » on peut éviter une catastrophe supplémentaire.

Au nom de mes convictions j’ai posé ce choix que j’assume pleinement. J’ai défendu cette position en conscience, et d’autres chrétiens ont défendu une autre position, également en conscience.

C’est leur droit, je le respecte.

#RadioLondres Les carottes ne sont pas cuites… Je répète… Les carottes ne sont pas cuites.

Les présidentielles de 2012, malgré leur cruel manque d’intérêt, ont vu apparaître un amusant petit jeu : #RadioLondres sur Twitter. Il s’agit d’un habile subterfuge pour contourner l’interdiction de faire campagne les 21 et 22 avril. 

Un jeu bien sympathique et intelligent puisqu’il fait référence à une belle page d’Histoire : les messages codés que la France Libre envoyait à la Résistance intérieure. Dans tous les films de guerre, qu’il s’agisse du Jour le plus long, de l’Armée des ombres ou même… Papy fait de la Résistance, nous entendons ces mystérieuses annonces : « Les sanglots longs des violons », « Jean a de grandes moustaches » ou encore… « Le cuisinier secoue les nouilles ». Le dernier n’est pas une blague… 

Mais Radio Londres ne se limitait pas à l’information codée. Il s’agissait avant tout de contrer la désinformation nazie et d’encourager la Résistance française. Une contre-propagande très moderne qui a souvent pris la forme d’opérations comme la « campagne des V »…V comme victoire ! Radio Londres appelait les français à « taguer » des V un peu partout pour harceler les Allemands. Une guerre psychologique, qui a servi à stimuler les résistants. La guerre ne se fait pas que par les armes… 

Radio Londres, connues aussi pour son « jingle » : quatre coups, comme l’ouverture de la 5eme de Beethoven. 3 coups courts et un long ce qui signifie en Morse : V. Ces hommes courageux croyaient en la victoire. 

La principale voix de Radio Londres n’était autre que Maurice Schumann. Il était le porte-parole officiel de la Résistance extérieure, ce qui lui valut le surnom de « Voix de la France Libre ». Schumann était un fervent Démocrate chrétien qui devint, à la Libération, le premier Président du MRP. Ce grand homme était aussi Gaulliste car il fit le choix de suivre le Général sous la Veme République… Il renouait ainsi avec le chef de la France Libre. 

Nous autres chrétiens en politique devrions nous inspirer de Maurice Schumann et de ses amis Démocrates chrétiens. Ils n’ont pas eu peur de se lever alors que tout semblait perdu. 1940 semblait être le triomphe du Nazisme sur la démocratie, du paganisme sur la foi chrétienne… Qui aurait imaginé que quatre ans plus tard la France serait libérée, la démocratie restaurée et la Démocratie chrétienne constituée en un très grand parti de gouvernement : le MRP. 

La nouvelle mode de Radio Londres est intéressante car c’est mieux qu’un Hashtag de plus sur Twitter. Radio Londres nous rappelle que lorsque tout le monde croyait que nous étions perdus, il y avait encore des Hommes debout qui osaient dire : « La France a perdu une bataille, mais n’a pas perdu la guerre ». 

Après ce premier tour décevant osons tweeter : #RadioLondres Les carottes ne sont pas cuites…je répête…Les carottes ne sont pas cuites. 

L’esprit des abîmes

L’esprit gaulois est friand des exceptions, surtout quand elles sont françaises. Se démarquer du commun des nations est sans doute à l’origine de grandes fiertés … mais aussi de funestes désastres. C’est ce que m’inspire la situation des catholiques français dans notre vie politique…et qu’illustre, malgré lui, le brillant Ambrogio Riva dans son terrible texte « L’Esprit du Ralliement »

Quelle belle plume ! Dommage qu’elle serve à dénigrer la plus grande occasion perdue des catholiques de France : le Ralliement de 1892. 

Oui c’est dommage ! Le Ralliement a peu été suivi par des catholiques trop sclérosés dans la Contre-Révolution, trop divisés entre différentes factions, et trop frileux devant les urnes. 

Qu’ont-ils imaginé pour diaboliser la courageuse décision de Léon XIII ? Certains parlaient d’obscures conspirations, forcément maçonniques, ayant substitué un sosie en tablier en lieu et place du souverain pontife… L’épouvantable description du Cardinal Rampolla que nous donne Riva est hélas dans la même veine…Cent-vingt ans plus tard nous voyons que cette attitude conspirationniste perdure…il faut croire que justifier le rejet d’une décision papale par la fable d’un secrétaire d’état franc-maçon est la meilleure recette pour soulager une conscience ultramontaine en désaccord avec Rome… 

Mais quand verrons-nous le Ralliement tel qu’il est : une décision de bon sens. 

Si les catholiques s’étaient massivement ralliés, ils auraient raflé la majorité du Parlement sans grandes peines… Et nous aurions échappé à la crise anticléricale qui a précédé 1905 et, peut-être, une monarchie constitutionnelle aurait été instaurée… Riva reconnaît que c’était le plan du Pape, mais il oublie de mentionner que l’échec de ce plan est dû…au refus du Ralliement par les cathos français ! 

Au lieu de ça qu’avons-nous eu ? Une division des catholiques. Un grand nombre est resté enfermé dans un monarchisme contre-révolutionnaire avec une grande pratique de l’abstention. D’autres ont rejoins différents courants nationalistes pendant que quelques-uns tentaient de vivre pleinement le Ralliement par la Démocratie chrétienne… que Riva qualifie d’abîme… 

Mais, dans cette histoire, quelle attitude nous plonge dans un abîme ? Certainement pas la Démocratie chrétienne qui a voulu évangéliser la République et faire entrer la France dans une nouvelle ère. Non, ceux qui ont poussé les cathos dans le silence des abysses sont ceux qui, en refusant tout compromis avec le monde moderne, se sont bouchés les yeux et les oreilles devant le message du Pape. 

En refusant la République ils ont renoncé au pouvoir en le laissant aux anticléricaux. En refusant leur siècle ils ont hérité de la marginalisation des catholiques. La Démocratie chrétienne est née en France…Mais elle n’y a pas prospéré. Seul le Gaullisme a été un intermède chrétien…Mais les cathos les plus droitiers (et certains de gauche) ont vite conspué le Général. 

Dans les autres pays nous n’avons pas eu une telle situation : En Italie, les catholiques ont mis en place, en 1945, la République. La Démocratie chrétienne a régné pendant cinquante ans, elle a reconstruit le pays après la catastrophe fasciste. Son fondateur, de Gasperri est en cour de béatification. Malgré une fin désastreuse avec Andreotti et l’opération Mani Pulite, la DC a eu un bilan plus qu’honorable et son influence culturelle demeure en Italie : les catholiques continuent de participer au pouvoir et ce sont eux qui sont les plus représentés dans le gouvernement Monti. Les catholiques italiens sont dans leur siècle, ils n’ont pas peur de la politique ni du pouvoir…Et ça marche ! 

Nous pourrions dire la même chose de l’Allemagne avec la CDU, de l’Espagne avec le PP, des Etats-Unis où ils sont présents historiquement au Parti Démocrate et plus récemment au Parti Républicain…la liste des pays où les cathos sont en phase avec les réalités politiques est longue, mais la France n’en fait pas partie. Nous préférons appeler à voter blanc, à nous abstenir ou parfois nous enfermer dans l’extrême droite au nom d’une lecture ultra réductrice des « PNN », ou de quelques rêveries contre-révolutionnaires… Quelle pathétique exception française… 

L’abîme, c’est le dénie de la réalité, pas la Démocratie chrétienne ! 

Il serait grand temps que nous le comprenions à cette heure où, une fois de plus, les chrétiens se divisent et s’éloignent du pouvoir…en ouvrant involontairement un boulevard à une gauche acquise aux « nouvelles mœurs ».

Votons responsable !

Les catholiques français tentent leur retour en politique, c’est bien… Nous avons vu précédemment différentes initiatives de laïcs catholiques et différentes prises de positions d’évêques français. Ca bouge ! Mais est-ce suffisant ? 

Une grande partie des déclarations épiscopales et certaines initiatives laïques sont centrées sur la notion de Principes non-négociables, communément surnommés les « PNN ». 

Je ne tiens pas à remettre en cause ces principes car je les ai défendu précédemment et je suis convaincu de leurs bien fondés car ils touchent l’essentiel : la personne humaine. 

Néanmoins une question se pose : mettre systématiquement en avant le discours de Benoît XVI de 2006 et ses trois PNN est-il pertinent ? Je me permets de répondre : non. Pourquoi ? 

Limiter le discernement pour les prochaines élections à seulement trois points est une très mauvaise idée car cela revient à faire une fixation sur seulement trois aspects de la doctrine sociale de l’Eglise… Or cette doctrine est plus vaste, plus riche que seulement trois interdits. Elle vise à construire la civilisation de l’amour, non a donner des cartons rouges aux candidats. 

Si, au lieu du discours de 2006, avait été mis en avant la note doctrinale du 24 novembre 2002, nous aurions eu une approche différente de la campagne. Celle-ci nous appelle certes au refus du compromis, mais elle nous invite aussi à faire de la politique et à tout faire pour éviter la catastrophe…Et surtout elle n’énumère pas que trois PNN, mais une liste bien plus longue…et non exhaustive. 

N’as t’on pas tronqué la doctrine sociale avec ces trois points ? J’ai bien peur que oui. D’autant que c’est la pensée du Pape lui-même qui se trouve élaguée. Le discours de 2006 n’est qu’un bref texte s’adressant a des parlementaires. La note de 2002 concerne toute l’Eglise et est un document long et précis sur toute la vie politique. Nous ne pouvons comprendre le discours de 2006 qu’en le mettant en perspective de la note de 2002. La conférence des évêques de France l’a bien compris en réalisant son excellent document. 

La conséquence de cela est qu’au nom de la « cohérence », certains se permettent d’appeler à…voter blanc. Cela malgré le risque qu’un François Hollande défenseur de l’euthanasie, du mariage homo, de l’homoparentalité et adversaire de l’école libre ne l’emporte… 

Le candidat socialiste a beaucoup de chance d’emporter le scrutin, Nicolas Sarkozy, malgré ses nombreux défauts, est le seul qui puisse encore le battre… Et surtout, son programme est le moins mortifère. 

Le minimum de responsabilité serait de faire barrage à Hollande ! Mais non… Au nom des mains pures ils ne veulent pas toucher au bulletin Sarko. 

« Ils avaient les mains pures, mais ils n’avaient pas de main. » 

Mais pourquoi un tel acharnement a ne pas vouloir voter Sarkozy (ne fut-ce qu’au second tour) alors que le plus « pro-mort » des candidats risque de l’emporter ?

Dans leur argumentaire ils répondent que le vote des autres n’entraîne pas leur responsabilité… Drapés dans leur habit blanc vont-il aller jusqu’à dire : « Je m’en lave les mains, cela n’incombe que la responsabilité des autres, pas la mienne ! ». Moralement un tel propos est insoutenable…et absurde car en refusant de cautionner un candidat ils font passer le pire… 

Quelle tête feront-ils quand le prochain gouvernement socialiste aura fait passer la loi sur l’euthanasie ? 

Quelle tête feront-ils quand tomberons les chiffres annuels des vieillards et des malades ayant reçu une injection léthale ? 

Quelle tête feront-ils quand, dans la mairie de leur ville, seront célébrés des mariages homos ? 

Quelle tête feront-ils quand des enfants seront adoptés par des couples gays ? 

Il ne faudra pas qu’ils se plaignent…Car en votant blanc, ces électeurs (essentiellement de droite) auront ouvert un boulevard à Hollande… 

Eh oui, la première des cohérences est d’être responsable des conséquences de ses actes.

Elire le Président au suffrage universel direct a-t-il un sens ?

En ces temps de campagne électorale s’enfonçant chaque jour dans l’absence cruelle d’intérêt, tentons de soulever une question taboue : Elire le Président au suffrage universel direct a-t-il un sens ?

Cette question est taboue (ou presque) car elle est très rarement évoquée dans les médias. Peu de gens en parlent comme s’il s’agissait de quelque chose d’impensable. Et pourtant, je reste convaincu que cette élection pose problème… Lire la suite

La Démocratie-chrétienne aujourd’hui et demain

Le cycle sur la Démocratie-chrétienne aurait pu s’achever avec les articles sur la transformation du MRP en Centre démocrate par Jean Lecanuet. Les deux articles sur le gaullisme et cette famille politique aurait été des « spin-off » destinés à mieux comprendre l’échec du MRP. Ainsi, la Démocratie-chrétienne française serait resté dans le monde d’hier, conjuguée au passé et hantant, par de funestes remords, ses héritiers dispersés à l’UMP, au PCD, au Nouveau Centre et au Modem… 

Mais non, je tiens à conclure cette série par une ouverture sur l’avenir car la Démocratie-chrétienne française n’est pas morte avec le MRP. Plus que jamais, notre époque appelle au retour des chrétiens-démocrates.  Lire la suite

Mgr Rey parle des présidentielles.

Les élections présidentielles de 2012, malgré des campagnes médiocres, ont révélé un phénomène original : le retour des catholiques dans la scène politique. Des fidèles laïcs, mais aussi le clergé, ont décidé de parler dans cette campagne électorale. Nous passons d’une discrète action « en chrétien » à un discours « en tant que chrétien ». 

Nous pouvons citer différentes interventions : le document de la Conférence des évêques de France du 3 octobre 2011, le livre « Quelle société voulons-nous ? » de Mgr Vingt-Trois, la vidéo réalisée par SAJE prod… Mais aussi en dehors du cadre ecclésial, au sein de la société civile : la Fraternité des Chrétiens Indignés. Dans les partis politiques, différentes organisations de laïcs (distinctement de l’Eglise bien sur) : les Poissons roses au PS, le PCD à droite. Enfin, hors tout cadre : le mouvement « Votons cohérent ». 

En un mot : ça bouge ! C’est très positif. Mais je souhaiterais revenir sur une déclaration : celle de Monseigneur Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon en date du 29 mars dernier.  Lire la suite

De Gaulle était-il démocrate-chrétien ?

Peut-on voir en Charles de Gaulle un démocrate-chrétien ? La question peut paraître incongrue tant le MRP s’est enfoncé dans l’antigaullisme et a contribué à la légende noire faisant de De Gaulle un contre-révolutionnaire maurassien.

Pourtant la question mérite d’être posée car quelques chrétiens-démocrates ont vu en lui un des leurs, et certains auteurs ont relevé un grand nombre de liens de parenté entre le gaullisme et la démocratie-chrétienne. Nous l’avons vu précédemment, les liens entre ces deux familles furent passionnés, mélanges d’attraction et de répulsion, avec une réelle proximité idéologique mais aussi quelques points d’achoppements. Ces deux familles de pensées sont voisines et même cousines. Pour comprendre cette parenté il faut se pencher sur la personnalité et les idées du Général. Lire la suite

Toulouse, Le Pen et les principes non-négociables

L’affaire des tueries de Montauban et de Toulouse rassemble tous les ingrédients pour une colossale polémique à un mois du premier tour des présidentielles. Des meurtres odieux, touchant des points extrêmement sensibles et chargés en émotion : l’antisémitisme, l’islamisme, l’enfance… 

Les premières pistes concernant des militaires d’extrême droite ont été écarté et, aujourd’hui, l’identité du tueur a été révélé : un certain Mohammed Merah qui se déclare « proche d’Al Quaïda »

Marine Le Pen a immédiatement réagit en reprochant aux autres candidats à l’Elysée d’avoir accusé l’extrême droite. Elle se pose en victime et riposte en brandissant ses deux sujets favoris : l’islamisme et la sécurité. 

Il est à craindre un embrasement du débat public comme le craint Authueil sur son blog. Marine Le Pen a trouvé un argument de campagne rêvé, beaucoup plus marquant que la viande Halal. Elle a immédiatement proposé « Un référendum sur la question de la peine de mort et / ou de la perpétuité réelle ». 

Le Front national est partisan de la peine de mort depuis toujours, nous le savons. Dans cette polémique naissante deux questions se posent : est-il raisonnable de lancer le débat sur la peine capitale après un tel choc émotionnel ? La politique est une discipline rationnelle qui a besoin de sérénité, de calme, de temps. Jouer sur les émotions comme le fait Mme Le Pen revient à prendre le risque de poser un débat politique sur une base instable, incontrôlable.  

La deuxième question concerne la conscience chrétienne. Un candidat qui prône la peine de mort respecte t’il les « principes non-négociables » mis en avant par l’Eglise ? La réponse est non. Dans la note doctrinale du 24 novembre 2002, le Cardinal Ratzinger souligne que la défense de la vie de la conception à la mort naturelle est un principe non-négociable. Benoît XVI a rappelé cela dans le discours du 30 mars 2006. Le 30 novembre 2011, le Pape a adressé à la Communauté Sant’Egidio un message les exhortant à militer pour l’abolition de la peine de mort dans le monde. 

Enfin, le catéchisme de l’Eglise catholique, limite la possibilité de recours à la peine de mort à l’extrême…Bien que cette sentence ne soit pas interdite par le texte (pour des raisons de défense légitime), il est clairement dit : « Aujourd’hui, en effet, étant donné les possibilités dont l’Etat dispose pour réprimer efficacement le crime en rendant incapable de nuire celui qui l’a commis, sans lui enlever définitivement la possibilité de se repentir, les cas d’absolue nécessité de supprimer le coupable sont désormais assez rares, sinon même pratiquement inexistant. » (CEC § 2267). 

La France a les moyens techniques de garder un assassin derrière les barreaux pour le restant de ses jours. Bien sur, beaucoup de criminels sont sortis de prison et ont récidivé, l’affaire Anne-Lorraine Schmidt est un triste exemple des limites de notre système judiciaire. Néanmoins la solution n’est pas dans la peine de mort qui ajouterait un meurtre à d’autres meurtres. Un vrai débat sur les peines incompressibles et la perpétuité réelle serait salutaire…Mais que ce débat n’ait pas lieu juste après une telle tragédie.

Gaullisme et Démocratie-chrétienne

Les relations entre Gaullisme et Démocratie-chrétienne sont au centre de la question sur l’échec du MRP. Comme nous l’avons vu précédemment il y avait une réelle proximité entre le MRP et le Général de Gaulle. Mais alors, comment peut-on expliquer ces différentes ruptures qui ont perturbé les électeurs du MRP au point d’empêcher la formation en France d’une grande Démocratie-chrétienne comme en Allemagne et en Italie ? Joseph Fontanet, un grand démocrate-chrétien, cadre du MRP, ministre du Général lors de l’alliance entre celui-ci et le MRP en 1958, aétudié cette question et nous a laissé un texte très intéressant : « Gaullisme et Démocratie chrétienne » publié en 1976 dans les Etudes gaulliennes, puis dans France Forum. Après 1969, Fontanet a participé aux gouvernements Chaban-Delmas et Messmer. Il était favorable à l’alliance entre les centristes ex-MRP et les gaullistes, et il a soutenu la candidature de Jacques Chaban-Delmas aux présidentielles de 1974… à la différence de Jean Lecanuet, hostile aux gaullistes et partisan de Valéry Giscard d’Estaing. Avec un regard bienveillant, libre, il compare ces deux familles de pensées…et aborde la question de leurs divergences, mais aussi de leur proximité. Malgré des différences notables, Gaullisme et Démocratie-chrétienne sont, selon-lui, liés et complémentaires.  Lire la suite