Pour en finir avec le Gang des Lyonnais ! (2)

Mais qu’est-ce que le Gang des Lyonnais ? La réalité s’éloigne un peu de la version très romancée du film « Les Lyonnais ». 

Avant tout, le Gang des Lyonnais est une des organisations criminelles les plus importantes de l’histoire du grand banditisme. Spécialisé dans des vols à main armée d’une efficacité redoutable (militaire selon les spécialistes), le gang a commis de nombreux hold-up de 1967 à 1977. 

Il est resté célèbre pour avoir réalisé le plus gros « casse » de l’après-guerre : le braquage de l’hôtel des postes de Strasbourg le 30 juin 1971. Un coup qui leur rapportera près de 12 millions de francs ! Une somme colossale pour l’époque ! Un casse préparé méthodiquement, scientifiquement même, avec une répétition générale : le braquage de noël 1970 contre la poste de Chambéry. 

Le Gang a commis de nombreux autres braquages, tous très efficaces, précis, et sans violence. Ce ne sont pas les braquages qui constituent la part glauque des Lyonnais, même si un vol reste un vol… 

Non, c’est tout le reste : Enlèvements, assassinats, règlements de comptes sont ou seraient (des mystères demeurent) imputés au fameux gang. Et cela sans compter la présence d’un surprenant commanditaire : le Service d’action civique, le S.A.C, sorte de police parallèle du pouvoir en place et du parti gaulliste… 

Gangsters et barbouzes 

Le Gang aurait été dirigé par Edmond Vidal dit Momon, le héros du film de Marchal. Sur ce point il n’y a guère de certitudes tant le commandement à évolué au gré des arrivées. En revanche nous sommes certains de la composition de l’équipe : parmi eux Jean Augé dit « Le parrain », sans doute la vraie tête du gang,  Johanny Chavel et Pierre Pourrat, dit « Le Docteur », Nicolas Caclamano dit « Nick le Grec », Guy Reynaud dit « Le Dingue », Pierre Rémond dit « Nonoeil », Louis Guillaud dit « La Carpe », Jacques Grangeon ou encore Jean-Pierre Marin. Une liste non-exhaustive tant le gang était important. 

Ca sent bon le cinéma d’Audiard tous ces tontons avec leurs sobriquets ! Sauf que leurs activités diminuent tout de suite leur capital sympathie.  

Eh oui, en plus de leurs innombrables casses, ils ont été à l’origine de l’enlèvement d’un enfant : Christophe Mérieux, neuf ans, héritier d’un des plus grandes familles lyonnaises, propriétaire des laboratoires Mérieux. Les gangsters ont rapidement rendu l’enfant contre une rançon de 20 millions de francs. Louis « La Carpe » a été le maitre de l’opération, et il a fini arrêté par la police qui a reconnu sa voix au téléphone… Un comble pour un type comparé à une carpe ! 

Enlever un enfant de neuf ans…et Marchal fait de ces lâches des hommes d’honneur. 

Mais ce gang était en lien avec le S.A.C, et cette organisation est vraisemblablement commanditaire de la majeure partie des casses à commencer par celui de Strasbourg. Eh oui, les gangsters Lyonnais étaient aussi des barbouzes, voués aux basses œuvres que des hommes politiques respectables ne voulaient pas faire…Quelles hommes politiques ? Pas tous évidemment ! Quelques uns, des noms circulent mais chuuut… 

Le S.A.C était à l’origine le service d’ordre très musclé du mouvement gaulliste. Il a compté parmi ses dirigeants Charles Pasqua. C’était une époque où la vie politique était beaucoup plus violente et donc ses méthodes étaient très « sportives ». Très vite, le S.A.C a été comparé à une police parallèle. De nombreux témoins font état de l’intimidation que créait cette officine sur la police et la justice. Au moindre souci, ils présentaient leur carte de membre qui était une imitation des cartes tricolores de la Police. Le S.A.C a été à l’origine de nombreuses exactions passées sous silence notamment pendant la guerre d’Algérie : séquestrations, tortures, menaces… de la basse police. Et oui pour faire des mauvais coups, le pouvoir en place préfère faire appel à des structures parallèle, en dehors de l’Etat. Et ces réseaux ont souvent des liens avec la pègre. Le S.A.C entre parfaitement dans ce schéma. 

Le chef de l’officine en région lyonnaise n’était autre que Jean Augé dit le Parrain ou encore « Jeannot la Cuillère » (il aimait cet instrument pour torturer ses victimes…). Il était une des têtes (si ce n’est la tête) du milieu lyonnais et a été le mentor d’Edmond Vidal lui-même. 

Les mauvais coups du S.A.C et de ces gangsters/barbouzes restent encore très mystérieux. Certains sont connus, d’autres suspectés et quelques uns ne sont que des hypothèses, mais dans tous les cas, nous rejoignons la part d’ombre de la Vème République. 

Le fait le plus avéré est celui du « casse de Strasbourg ». Sur les 12 millions de francs, la majeure partie est allée au S.A.C qui s’en est servie pour financer l’UDR, le parti gaulliste. Le reste du magot a été partagé entre les huit braqueurs, dont Edmond Vidal. 

D’autres braquages ont aussi servi au S.A.C, mais là où le mystère s’épaissit concerne les assassinats et les morts suspectes. La Justice n’a jamais pu faire la lumière sur certaines affaires impliquant le S.A.C et le Gang des Lyonnais. On peut citer par exemple la célèbre affaire Robert Boulin. Mais la plus marquante est celle de l’assassinat du Juge Renaud. 

Le Juge Renaud était l’adversaire du Gang des Lyonnais et du S.A.C. C’est lui qui les traquait et les a en grande partie découverts. Yves Boisset en a tiré un film en 1977 : « Le juge Fayard, dit le Sheriff » avec Patrick Dewaere dans le rôle titre. Ce film est l’antithèse de celui d’Olivier Marchal. Le héros c’est le juge, et le Gang ce sont les salauds. 

Le Juge Renaud gênait. Le milieu Lyonnais voulait sa peau et il l’a eu : il a été assassiné le 3 juillet 1975 devant son domicile. On n’a jamais retrouvé ses assassins. Seulement des pistes sérieuses, des indices solides…et un aveu post-mortem : Louis la Carpe (décidément très bavard) reconnait avoir été un des assassins. Une affaire bien couverte, étouffée… 

Les proches du Juge Renaud reprochent à Olivier Marchal de ne pas avoir évoqué ce sujet dans le film. C’est en effet regrettable. 

Pour tenter de rétablir la vérité, Francis Renaud, le fils du juge Renaud vient de publier un livre : Justice pour le juge Renaud, avec en sous-titre : Victime du gang des Lyonnais ? Ce livre est une réponse au film. 

Mieux vaut lire ce livre et pourquoi pas se repasser le film d’Yves Boisset que regarder le film d’Olivier Marchal. Il y a quelque chose d’indécent de faire d’Edmond Vidal un homme d’honneur en occultant soigneusement l’assassinat d’un magistrat et les œuvres de basse police du Gang des Lyonnais.

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