Symbolique, politique…et polémiques

La vie politique est pleine de symboles. Les hommes politiques les utilisent souvent, avec calcul, finesse et parfois maladresse… Par définition, un symbole est un geste, un acte, un mot, une manifestation dans un lieu déterminé qui exprimera une signification très forte à un public « initié ». Dans la vie politique, le public initié est le peuple tout entier car ces symboles font référence à l’histoire et à la culture du pays. Il est donc possible de les comprendre.

Néanmoins, les commenter n’est pas toujours aisé, surtout quand certains évènements symboliques sont gagnés par des faits…qui créent la polémique. Polémiques non-voulues qui sont en elle-même chargées symboliquement puisque ces actes ou ces choix ont eu un écho disproportionné dans l’opinion publique.

La soirée du 6 mai est intéressante à analyser car elle regorge de symboles recherchés et non-recherchés. Lire la suite

Sénat rose

Il a basculé ! Enfin, le Sénat a connu l’alternance politique ! 

Joie à gauche, panique à droite, la Haute-assemblée comprend désormais une courte (deux voix) majorité socialo-communiste (et consorts). 

Vous me connaissez, je ne suis pas un inconditionnel dela gauche. Maisce n’est pas ça qui me fera pousser des cris d’orfraies ! Bien au contraire ! Le Sénat vient de prouver qu’il était une institution démocratique ! 

C’est déjà un début car la chambre haute est sans doute l’institution la plus mal comprise de la République ? Pourquoi ? Mais parce que tout le monde lui donne une définition qui ne lui correspond pas, ou que l’on cherche à tout prix à le réformer pour tenter de l’avoir à sa botte ! 

Regardons de plus près la Haute-assemblée : Au soir de la victoire, François Hollande disait que c’était une défaite pour la droite et la première étape de la victoire de la gauche… 

Beaux propos démagogiques, si le Sénat à basculé ce n’est pas à cause de l’humeur des grands électeurs…Mais parce que les collectivités sont, petit à petit, devenus majoritairement socialistes. Les dernières régionales ont été un tsunami rose, les cantonales ont donnés au PS de nouveaux départements, et les municipales avaient vu de nombreuses communes devenir socialistes. C’est un glissement en plusieurs étapes, le Sénat étant la dernière. 

Mais le Sénat reflète des victoires électorales précédentes et liées au travail des candidats locaux…Son basculement n’a donc absolument rien à voir avec la politique nationale actuelle ! Les grands électeurs n’ont pas voté en fonction de Nicolas Sarkozy mais en fonction d’élus de terrain choisis sur des problématiques locales… 

Car c’est là le cœur du sujet : le Sénat représente les collectivités territoriales (et l’Assemblée des français établis hors de France). Mais beaucoup d’hommes politiques ne semblent pas le comprendre… 

Je me rappelle d’un débat politique, il y a de nombreuses années, où la question de la réforme du Sénat avait été avancée. Nous étions pendant les années Jospin, ce dernier souhaitait une chambre haute plus « représentative ». La gauche se plaignait d’une assemblée éternellement à droite, ne pouvant connaître l’alternance politique. C’était sans doute révélateur d’un défaitisme des socialistes devant leurs difficultés à s’implanter dans le monde rural…Et donc, dans ce débat le Sénat était présenté par la gauche comme une chambre de notables. 

Mais le plus pathétique venait d’Alain Madelin : avec moult effets de manche il avait dit « le Sénat est une chambre de sagesse ! », ce à quoi Jean-Noël Jeanneney (PRG) a répondu : « Monsieur Madelin, la sagesse est-elle de droite ». Un point pour Jeanneney ! Quelle idée de dire une telle absurdité, le Sénat serait donc une chambre de sagesse et l’Assemblée nationale une chambre de folie ? 

Evidemment, le Sénat n’est pas un « Conseil des sages » comme on pourrait le voir dans certains récits mythologiques. La Rome antique est loin de tout cela et d’ailleurs le Sénat Romain n’était guère enclin à la vertu et à la tempérance…C’était davantage une assemblée d’aristocrates dans le style de la Chambre des Lords (l’hérédité en moins). 

Et d’ailleurs qu’est ce que la  sagesse ? Est-ce une élection qui va décider si on est sage où si on l’est pas ? 

Le Sénat n’est pas un conseil de vieux notables de droite, ce n’est pas ce que dit la constitution. Carc’est là le plus important : si vous voulez connaître cette institution n’écoutez pas les hommes politiques, regardez le texte constitutionnel : « Il assure la représentation des collectivités territoriales de la République.» C’est tout ! Qu’il soit de droite ou de gauche c’est l’affaire des collectivités locales ! Aux partis de travailler le terrain !

Bien sur on peut discuter de son mode de fonctionnement. Il a ses vertus : une certaine distance des tumultes de la vie politique et médiatique. Ses faiblesses : représente-t-il efficacement les collectivités ? Pas si sur… 

Je ne suis pas contre une réforme du Sénat. Pourquoi ne pas s’inspirer d’un modèle très efficace : le Bundesrat Allemand. La chambre haute d’outre Rhin, Conseil fédéral en français, représente les Länder. La représentation est parfaite parce que les conseillers fédéraux sont des membres des exécutifs des états fédérés mandatés par les gouvernements locaux. Ils ont donc un mandat impératif et sont la voix de leur Land. 

Un tel modèle ne peut-être transposable parfaitement chez nous car l’Allemagne est un Etat fédéral. Néanmoins il serait de bon ton de s’en inspirer. Pourquoi ne pas faire du Sénat un « Conseil des Territoires » ? Il comprendrait tous les Présidents de régions, les maires des cents plus grandes villes et des conseillers élus par les communes, ou intercommunalités, rurales. Chaque représentant aurait un nombre de voix plus ou moins important selonla collectivité. Ainsiles régions et les villes seraient directement consultées pour le vote dela loi. Lesélus ruraux auraient un contact direct avec leur conseillers et peut-être même le pouvoir de le révoquer si son travail parlementaire ne satisfait pas ces messieurs (et dames)…Mais là, ça impliquerait de revenir sur l’interdiction du mandat impératif qui figure dans la constitution… C’est un autre débat !

DSK : pas de confession mais une conspiration.

Que faisiez-vous dimanche soir ? 13.4 millions de français répondent : devant le journal de Claire Chazal pour regarder l’interview « come back » de DSK. Pas moi ! J’ai préféré passer un moment avec des amis. Je me suis donc contenté d’une vision en différé sur le net et des commentaires de la presse. 

Un record, prévisible, d’audience. Une aubaine pour TF1 ! Et pour DSK aussi : Claire Chazal est une bonne amie d’Anne Sinclair, il ne prenait donc aucun risque. A cela s’ajoute, une préparation en béton par des professionnels dela communication. DSK a bien organisé sa soirée « confession » comme les médias l’on qualifié. Mais était-ce une confession ? Il n’a rien avoué, rien regretté. Une « contrition imparfaite » dirait un théologien. Et j’ajouterais même une anticontrition tant cette entrevue ne contenait ni aveu, ni remord. Il n’a fait que se justifier en affirmant qu’il n’y avait aucune preuve. 

En revanche, il agité la théorie du complot…DSK se prendrait-il pour JFK ? En faisant allusion à un coup monté, il se présente en victime d’un ennemi invisible qui lui aurait tendu un piège avec la complicité du groupe Accor et avec de nombreux relais médiatiques comme l’Express qu’il qualifie de tabloïd. Et voila une belle théorie de complot comme les Américains les aiment ! Un « Waterbraguette » sauce FMI ! On passe du feuilleton de l’été style « Les Experts » au film de la rentrée genre « X-Files » ! 

Evidemment tout ceci est absurde. Le conspirationnisme est une aberration, le produit d’esprits perturbés. Bien sur, cette affaire est tombée exactement au plus mauvais moment pour lui (et au meilleur pour ses adversaires). Mais si DSK n’était pas un pervers sexuel, un malade de la libido, est-ce qu’un tel évènement aurait pu avoir lieu ? 

Personne ne nie la boulimie sexuelle de Dominique Strauss-Kahn. Personne n’a nié le « contact physique » entre la femme de chambre et l’ex-directeur du FMI. 

La seule véritable question est le consentement de la relation. Dans son article : DSK, du viol en zone grise, Koztoujours évoque ce sujet et l’ambigüité que cela implique. Vous connaissez déjà mon opinion : je ne crois pas en l’innocence de cet homme. 

Et ce n’est pas avec une abracadabrantesque thèse conspirationniste (sans preuve évidemment) que je vais changer d’avis.

Le parti des éléphants.

L’affaire DSK semble être close. Le procureur de NewYork, Cyrus Vance Jr à conclu l’affaire en abandonnant les poursuites. Le passé louche de Nafissatou Diallo semble avoir eu raison des arguments de celle-ci… Néanmoins de nombreuses zones d’ombres subsistent et toute cette histoire laisse un goût amer de déni de justice…

 « Que vous soyez puissant ou misérable, vous serez jugé blancs ou noirs » disait La Fontaine au XVIIème siècle. C’est toujours d’actualité, la femme de chambre africaine, immigrée, installée dans le pire quartier de New York, arrondissant peut-être ses fins de mois en se prostituant n’a pas pu se défendre contre un des hommes les plus puissants au monde. Le richissime Directeur du FMI contre la femme de chambre noire : les jeux étaient déjà joués.

 Sur le fond de l’affaire je ne reviendrai pas dessus. Le blogueur Koztoujours a rédigé un excellent article sur les « zones grises » du dossier : http://www.koztoujours.fr/?p=12868. Mais c’est surtout sur les amis de DSK que je souhaite parler.

 Il y a une contradiction monumentale dans cette affaire : nous avons un homme blanc, très riche, Européen, vivant dans les quartiers les plus huppés, dirigeant une puissante organisation internationale contre une femme noire, immigrée, prolétaire, vivant dans un quartier pauvre au milieu de jeunes désœuvrés.  Et cette affaire est une affaire où est en jeu la dignité d’une femme dans son corps, où sa liberté de disposer librement de son corps a été bafouée. Les féministes et les socialistes auraient dû prendre fait et cause pour Nafissatou Diallo. La Gauche a pour vocation de défendre le faible contre le fort, le pauvre contre le riche. Les droits des immigrés, la dignité de la femme et sa liberté (y compris sexuelle) font parti des grands combats de la gauche ! Et que voyons-nous ? Des éléphants du PS défendre un richissime blancs accusé de trousser une pauvre africaine… Une histoire d’abus de femmes de ménages digne des romans d’Emile Zola !

 Bien sûr tous n’ont pas défendus DSK. Tous ne se sont pas satisfaits de ce « non-lieu ». Michel Rocard a évoqué une « maladie », le mouvement Oser le Féminisme a, depuis le début, eut une attitude prudente rappelant qu’il ne fallait pas oublier la victime présumée…Mais l’attitude des « amis » de DSK, Martine Aubry en tête est choquante. Mme Aubry laisse très clairement ouverte la porte du PS à Strauss-Kahn et elle avait même envisagée une possibilité pour DSK de se présenter aux primaires…Une attitude contraire aux idées du PS.

 L’affaire DSK n’a pas été jugée, il y a juste eu un « abandon des poursuites » par Cyrus Vance. Nous ne saurons sans doute jamaisla vérité… Un doute subsistera toujours.

 En revanche, les doutes sur le PS n’existent plus : il n’est plus le parti de la justice sociale, mais celui des richissimes éléphants.