Mgr Rey parle des présidentielles.

Les élections présidentielles de 2012, malgré des campagnes médiocres, ont révélé un phénomène original : le retour des catholiques dans la scène politique. Des fidèles laïcs, mais aussi le clergé, ont décidé de parler dans cette campagne électorale. Nous passons d’une discrète action « en chrétien » à un discours « en tant que chrétien ». 

Nous pouvons citer différentes interventions : le document de la Conférence des évêques de France du 3 octobre 2011, le livre « Quelle société voulons-nous ? » de Mgr Vingt-Trois, la vidéo réalisée par SAJE prod… Mais aussi en dehors du cadre ecclésial, au sein de la société civile : la Fraternité des Chrétiens Indignés. Dans les partis politiques, différentes organisations de laïcs (distinctement de l’Eglise bien sur) : les Poissons roses au PS, le PCD à droite. Enfin, hors tout cadre : le mouvement « Votons cohérent ». 

En un mot : ça bouge ! C’est très positif. Mais je souhaiterais revenir sur une déclaration : celle de Monseigneur Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon en date du 29 mars dernier.  Lire la suite

Le manifeste des Chrétiens Indignés : à diffuser très largement !

Les Chrétiens Indignés de France communiquent ! Leur manifeste est reproduit ci-dessous. J’adhère entièrement à leur démarche. Faisons circuler ce document important.


Petit groupe de lecteurs du blog de Patrice de Plunkett (http://plunkett.hautetfort.com), venus d’horizons différents, d’âges, de situations familiale et professionnelle très variées, nous avons en commun notre foi, notre appartenance à l’Eglise catholique et nos convictions sociales et politiques. Profondément interpelés par la crise qui traverse notre époque, nous nous interrogeons sur nos responsabilités et celle de notre entourage chrétien. 


Notre premier acte d’engagement consiste à prendre la parole.  


Nous associons notre voix à celle de tous ceux qui dénoncent depuis si longtemps le système économique néo-libéral qui régit économies et sociétés depuis près de trente ans. Disciples du Christ, nous ne craignons pas d’exprimer notre révolte contre un ordre profondément anti-évangélique dont les conséquences désastreuses ne peuvent plus être contestées. Ainsi :


Comme catholiques nourris depuis plus d’un siècle par une doctrine sociale généreuse, ambitieuse et crédible, pouvons-nous encore défendre un système économique qui ignore, méprise ou nie les valeurs humaines essentielles: la protection des plus faibles, la solidarité, les relations désintéressées, le don gratuit, le sens du renoncement, le dévouement à la collectivité ? Toutes ces valeurs ne sont-elles pas au cœur de l’exigence évangélique ?


Destinataires d’une création extraordinairement féconde, dont nous sommes regardés et désignés par notre Dieu comme les intendants prudents, pouvons-nous laisser se poursuivre les atteintes irréversibles dont elle fait l’objet sans protester avec indignation, et sans nous-mêmes montrer l’exemple par un comportement irréprochable ?


Héritiers d’un humanisme bimillénaire qui enracine toute notre tradition sociale et politique dans une très haute conception de la personne humaine, pouvons-nous ignorer plus longtemps que le  matérialisme assumé et agressif sous le régime duquel nous vivons renvoie de notre humanité une image déformée et enlaidie ? 


L’appartenance au Christ est une force totale qui ne laisse de côté aucun des aspects de la vie des hommes. Or il existe un vaste champ de transformation sociale largement ignoré des chrétiens, qui trop souvent ignorent que les actuels enjeux politiques vont bien au-delà des nécessaires questions éthiques (défense de la vie…). Oserons-nous reconnaître que le constat des injustices criantes  qui affectent les populations fragiles de notre terre, et les transgressions contre l’homme et la nature dont nous sommes chaque jour les témoins, sont un appel à transformer les structures mêmes de nos sociétés, et pas simplement à en corriger les effets désastreux ? Le paradigme libéral non seulement ne marche pas, mais il est indigne de l’homme. C’est notre responsabilité de chrétiens que d’affirmer cela, et de proposer un autre modèle conforme aux exigences de l’Evangile. 


Membres du groupe, nous nous regardons comme les premiers destinataires de cet appel, car le sentiment d’urgence qui nous saisit se heurte d’abord aux limites et aux contradictions de nos propres existences et à la modestie de nos moyens. Nous brûlons simplement de voir les chrétiens se mobiliser sur ces thèmes, et devenir une force généreuse de changement social. 


Que pouvons-nous faire ? 


1-    D’abord, tous nous convertir, et regarder enfin le monde qui nous entoure avec lucidité. Il nous faut faire le constat courageux que nous ne pouvons plus continuer à vivre comme nous le faisons, ni ignorer que le paradigme libéral sur lequel nos vies sont construites n’est pas durable et conduit l’humanité à sa perte. Il nous faut bien comprendre que tout se tient, et qu’il n’y a qu’une seule et même crise : elle est à la fois financière, économique, écologique, politique, morale et spirituelle. C’est la crise d’une humanité qui a perdu son chemin et simplement compromis ses chances de survie en ayant oublié les raisons de vivre. 


2-    Cette conversion entamée, il nous faut changer notre style de vie quotidienne, en vivant personnellement et en promouvant autour de nous une écologie complète et pleinement humaine. Nous pensons en effet que refonder notre société passe d’abord par l’adoption d’un mode de vie simple et respectueux de notre environnement, social et naturel. Changer de vie, c’est renoncer avec fermeté aux logiques de « croissance », d’accaparement et de consommation sans discernement qui caractérisent le mode de vie occidental et choisir, au nom de l’idéal de vie chrétien, de mener une existence sobre et joyeuse centrée sur l’essentiel. 


C’est ainsi que nous, membres de ce groupe, avons entamé dans notre vie personnelle et familiale ce changement nécessaire. Et c’est sans arrogance, mais déterminés à faire réfléchir et à mobiliser notre entourage, que nous vous en proposons le témoignage. Dans l’annexe à ce document, chacun des membres du groupe a accepté de résumer ce qu’il a changé dans sa vie, et pourquoi il l’a fait. Ces témoignages s’adressent à tous ceux qui se demandent quoi faire. En vous partageant ces facettes renouvelées de nos vies quotidiennes, nous affirmons que l’enjeu spirituel de nos existences ne peut être séparé de son enjeu social et collectif : être chrétien, c’est vivre différemment. Et au-delà des enjeux personnels et familiaux, changer nos vies maintenant, c’est déjà rendre possible la coexistence fraternelle des peuples de cette terre, tâche à laquelle nous chrétiens devons hardiment participer en luttant contre ce qui la menace et en défendant ce qui la rend possible.   


3-    Enfin à une plus large échelle, nous devons activement participer à promouvoir tout ce qui autour de nous oriente les hommes vers un avenir nouveau ! Disons-le pêle-mêle : des entreprises à taille humaine soucieuses de leur enracinement dans la société ; des échanges économiques libres mais subordonnés à des règles de solidarité impératives et débarrassés des artifices de la finance dématérialisée ; un mode de vie sobre, proche de la nature, de ses rythmes et des limites qu’elle nous impose, et qui, sans avoir peur de nous répéter, tourne définitivement le dos au modèle consumériste ; toutes les initiatives politiques qui tendent à faire vivre une conception renouvelée du bien commun, entendu dans une acception universelle, capable d’embrasser le sort des peuples proches ou lointains qui subiront directement ou indirectement les choix que nous faisons pour nous-mêmes ; etc. L’Eglise catholique nous adresse depuis quelques années de messages de plus en plus pressants qui sont autant d’appels à nous engager. Citons :



  • La Conférence des évêques de France, dans un document[1] écrit début 2011 : « L’économie libérale dérégulée nous offre comme seul horizon la consommation de toujours plus de biens matériels. La vacuité et la dangerosité d’un tel projet de société sont évidentes : il épuise la planète, réduit l’homme à un rôle de producteur/consommateur et mine la confiance indispensable à toute vie commune. […] Lorsque notre bonheur dépend uniquement des biens que nous possédons, alors les pauvres et les migrants deviennent des menaces et les mesures de sécurité supplantent les mesures de solidarité. »

  • Le Conseil Pontifical « Justice et Paix », qui écrivait[2] en octobre 2011 : « En libérant son imagination, l’homme libère son existence. Il est possible, grâce à un engagement d’imagination communautaire[3], de transformer non seulement les institutions, mais aussi les styles de vie, et de susciter un avenir meilleur pour tous les peuples. »

  • Benoît XVI lui-même, par exemple dans son message pour la Paix le 1er janvier 2010 : « Il est donc sage d’opérer une révision profonde et perspicace   du modèle de développement […]. L’état de santé écologique de la planète l’exige; la crise culturelle et morale de l’homme le requiert aussi et plus encore, crise dont les symptômes sont évidents depuis un certain temps partout dans le monde. […] Les situations de crise qu’elle traverse actuellement […] obligent à repenser le cheminement commun des hommes. Elles contraignent, en particulier, à adopter une manière de vivre basée sur la sobriété et la solidarité, avec de nouvelles règles et des formes d’engagement s’appuyant avec confiance et avec courage sur les expériences positives faites et rejetant avec décision celles qui sont négatives. »[4] 

Ainsi nous pourrons ouvrir en grand nos fenêtres sur le monde avec confiance et générosité, entendre l’appel à la justice qui résonne avec retentissement d’un bout à l’autre de notre terre, et laisser agir en nous l’Esprit de don qui attend notre engagement pour se manifester. 


Notre petit groupe est encore en construction, et nous ne savons pas encore quelle direction nous prendrons. Si vous souhaiter vous joindre à nous, ou simplement vous tenir au courant de ce que nous devenons, faites-le savoir en nous écrivant sur : chretiensindignonsnous@yahoo.fr 





[1] Grandir dans la crise, document de la Conférence des évêques de France – Conseil Famille et Société,  Paris, Bayard Cerf Fleurus/Mame, 2011



[2] Pour une réforme du système financier et monétaire international dans la perspective d’une autorité publique à compétence universelle, Conseil pontifical « Justice et Paix », Cité du Vatican, 2011



[3] En italique dans le texte



[4] Si tu veux la paix, protège la création, Message de sa Sainteté Benoît XVI pour la célébration de la journée mondiale de la paix, 1er janvier 2010

Troy, Barack et Benoît

Il est mort. Troy Davis a été exécuté. Malgré les doutes, malgré les rétractations de sept témoins sur neuf, Troy Davis a été mis à mort par injection létale. 


Troy Davis, un américain noir de Géorgie condamné pour le meurtre d’un policier a pourtant crié son innocence jusqu’au bout. Mais le gouverneur de Géorgie a refusé de le gracier. 


Cette exécution a choqué le monde entier. Trop de doutes sur sa culpabilité, l’Amérique prenait le risque de tuer un innocent. 


Devant l’attente de Troy Davis dans le couloir de la mort, tout le monde attendait la réaction de Barack Obama. Lui, le Président noir que l’on présentait comme la réalisation du rêve de Martin Luther King allait-il réagir devant cette terrifiante injustice ? 


Il n’en a rien été. Le locataire dela Maison Blanches’est contenté de dire que cette question relevait de la compétence du gouverneur de Géorgie… Ce n’est donc pas son affaire, il s’en lave les mains… 


Ponce Pilate n’aurait pas fait mieux… Bien sur, d’un point de vue juridique, cela n’est pas de la compétence du Président des Etats-Unis. Mais « quid » de sa conscience ? Ne pouvait-il pas tenter quelque chose, un mot, un message au gouverneur de Géorgie ? Non, rien, juste un froid communiqué de son cabinet où il se drape derrière le droit constitutionnel. 


Je n’ai jamais été un laudateur de Barack Obama. Quand il a été élu, l’Obamania qui a déferlé en France avait tout d’une stupidité. Ce n’est pas parce qu’il est le premier Président de couleur qu’il sera forcément un saint. Lui donner le Prix Nobel de la Paix avant qu’il ait donné des résultats a aussi été une sottise… 


Si l’on excepte sa réforme de l’Assurance maladie, son bilan n’est guère brillant. Et la mort d’Oussama Ben Laden n’est pas un évènement glorieux : tuer quelqu’un sans jugement, sans aucune traces et en faisant disparaître le corps n’est pas digne du « leader de la démocratie ». Le monde a perdu l’occasion d’avoir le procès du plus grand crime contre l’humanité du début du XXIème siècle. Les Etats-Unis n’ont pas pu démontrer qu’ils étaient supérieurs aux terroristes…Non, parce qu’ils ont préféré la méthode du règlement de compte à celle du procès équitable, la soif de vengeance au devoir de justice. 


C’est répugnant. Obama n’est pas un grand chef d’état. Je préfère mille fois son adversaire John McCain qui s’était élevé au Sénat contre l’usage de la torture… 


La peine de mort est une horreur. Tuer quelqu’un froidement au nom de la loi est une abomination. Albert Camus disait : “En tant que meurtre prémédité, la peine de mort est le crime le plus scandaleux qui soit”. C’est un meurtre d’état, injustifié car un criminel peut-être gardé en prison et mis hors d’état de nuire sans avoir besoin de le tuer. 


On ne répare pas un meurtre par un autre meurtre : justifier cela est de la barbarie, un appétit de sang masqué derrière d’hypocrites discours sur la justice. 


Le Vatican a compté parmi les opposants à cette exécution. “Nous ne pouvons décider si la peine est méritée ou non, mais nous pouvons simplement lancer un appel : nous souhaitons que le système pénitentiaire puisse faire tout son possible pour épargner la vie et viser à la conversion et à la transformation de la personne”, a dit le cardinal ghanéen Peter Turkson, président du conseil pontifical Justice et Paix sur Radio Vatican. Le nonce apostolique aux Etats-Unis est intervenu directement auprès des autorités en faveur de Davis. Cette action s’est faite au nom de Benoît XVI lui-même. 


Cela nous rappelle que Jean-Paul II, lors d’un voyage aux USA, avait qualifié la peine de mort de « cruelle et inutile »


Mais voila, malgré ces propos clairs du Saint Siège, des individus se disant catholiques défendent bec et ongles la peine capitale. Un funeste blog, extrêmement visité, à salué l’exécution de Troy Davis. Ils ont défendu sa culpabilité et justifié sa mise à mort en détournant le contenu du catéchisme de l’Eglise catholique…tout en omettant de signaler les protestations du Vatican. 


Comme mon ami Patrice de Plunkett je ne donnerai pas le nom de ce site. Vous le reconnaitrez certainement. Mais une telle malhonnêteté intellectuelle doit être dénoncée. Elle fait un tort monstrueux à l’Eglise. 


Un innocent exécuté, un homme d’état se lavant les mains, des pseudo-croyants se réjouissant du meurtre…ça ne vous rappelle rien ?