Les expériences démocrates chrétiennes françaises jusqu’en 1940 (1)

La Démocratie-chrétienne française a connu une histoire complexe pleine de paradoxes, d’échecs, mais aussi de personnalités passionnantes. 

Nous avons vu précédemment différents épisodes de cette histoire riche et contrastée : 1830, 1848, le pontificat de Léon XIII. Cette fois-ci nous allons aborder une phase plus longue : La période allant de la publication en 1902 de l’encyclique Graves de Communi, à la défaite de 1940. Elle illustre parfaitement les contradictions de cette famille de pensée. 

Pendant toutes ces années, les démocrates-chrétiens français ont été divisés, ont parfois été rappelés à l’ordre par le Pape, et n’ont jamais dépassé 4% de vote et trente députés. Ils n’ont quasiment pas participés aux gouvernements de la IIIème République (sauf à de rares exceptions). La DC a donc été une force politique mineure, alors que de nombreux intellectuels en étaient proche set que ses idées étaient souvent bien reçues.  Lire la suite

Léon XIII et la « deuxième » Démocratie-chrétienne

Léon XIII dans la presse françaiseAprès l’échec de la IIème République, la Démocratie-chrétienne française est entrée dans une forme de désert. Le Second Empire instauré en 1852 a mis en place un régime autoritaire qui a étouffé toute initiative. Les anciens démocrates-chrétiens étaient sous surveillance, même l’apolitique Société de Saint Vincent de Paul était surveillée par le régime. Frédéric Ozanam, mort de maladie en 1853 n’a pas pu continuer sa réflexion sur les institutions et le catholicisme en France a connu une pente intransigeante avec Louis Veuillot et son journal l’Univers. Lire la suite

1848 : L’Ere nouvelle et la « première » Démocratie chrétienne

Il est une date fondamentale, voire fondatrice de la Démocratie chrétienne : 1848. La Révolution de 1848 est une des grandes pages de l’Histoire de France. Mal connue, surement mal-aimée, c’est sans doute la seule révolution où l’Eglise n’a pas été vilipendée. Les prêtres bénissaient les arbres de la liberté, des hommes proches de la foi chrétienne ou se disant ouvertement catholiques comptaient parmi les révolutionnaires.  Lire la suite

Les origines de la Démocratie-chrétienne : L’Avenir en 1830.

La Démocratie chrétienne est née avec l’époque contemporaine, ou plutôt elle en est la conséquence. Son point de départ reconnu par les historiens est l’année 1830 avec le journal l’Avenir, fondé par l’abbé Gerbet et avec comme figure dominante l’abbé Félicité de la Mennais dit « Lamennais » ou encore « Monsieur Féli ». Point de départ ? Oui, mais pas sous la forme d’un parti constitué, ni d’un corpus doctrinal. C’est davantage l’apparition d’idées démocrates chrétiennes.  Lire la suite

Définir la Démocratie-chrétienne

Pour une première partie sur la Démocratie-chrétienne il faut commencer par l’essentiel : de quoi s’agit-il ? 

Question plus difficile à répondre qu’il n’y parait tant l’engagement des chrétiens en politique a pris maintes formes différentes. Toutes ces initiatives, bien que chrétiennes, ne sont pas toutes « Démocrates-chrétiennes ».  Lire la suite

Et si on parlait de la Démocratie-chrétienne ?

Robert Schuman, une grande figure Démocrate chrétienneLa Démocratie-chrétienne est une famille de pensée en plein renouveau avec l’action du Parti Chrétien Démocrate de Christine Boutin. Bien que ce soit un petit parti, il est l’héritier d’une importante tradition politique. 

Pourquoi en parler aujourd’hui ? Cette famille a tenté de faire vivre la doctrine sociale de l’Eglise au sein de la Cité sans pour autant être un parti confessionnel. De nombreux chrétiens ont désiré apporter le message de l’Evangile au cœur de la vie politique. Leurs expériences doivent être étudiées et réfléchies. Bien sur la Démocratie-chrétienne n’a aucun monopole. De nombreux autres courants ont compté ou ont été fondés par des chrétiens. Certains ont même été en franche opposition avec les mouvements Démo-chrétiens… Mais la Démocratie-chrétienne a été la famille de pensée la plus importante et celle qui se référait le plus expressément à la doctrine sociale de l’Eglise. 

Je vais donc tenter d’aborder en plusieurs articles quelques questions autour de la Démocratie-chrétienne : Sa définition, son origine, l’histoire de son plus grand parti en France : le Mouvement Républicain Populaire. Sur ce mouvement, nous verrons sa fondation, et les raisons de son échec. Enfin nous étudierons les relations entre Gaullisme et Démocratie-chrétienne et nous verrons si cette famille de pensée a encore une pertinence au XXIème siècle. 

Rendez-vous très vite pour le premier article de ce parcours.

Epatant Monseigneur Léonard

Mgr André-Joseph Léonard, archevêque de Malines-Bruxelles, a une réputation de « conservateur » qui fait qu’il a été à maintes reprises vilipendé et même entarté (si, si) par de prétendus « progressistes ». 

Mais qu’est-ce que ce conservatisme que certains lui reprochent ? Tout simplement sa fidélité à Rome, son opposition aux « nouvelles mœurs » et une certaine liberté de parole. 

Pour la messe de minuit, Mgr Léonard en effet exercé cette liberté de parole avec une homélie qui en a surpris plus d’un. Le journal La Libre Belgique a rapporté cet évènement. Voici les extraits les plus significatifs.  Lire la suite

L’Empereur-Dieu et le Christ-Roi

 « En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre -
ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. »
L’Evangile de la nuit de Noël, tiré de Luc, commence ainsi. 

Ce passage est troublant, et Luc à visé juste en utilisant les mots dont il s’est servi. Marie et Joseph quittent Nazareth pour Bethléem à cause du recensement impérial. Ce qui conduira Marie à mettre Jésus au monde dans cette petite étable. Le recensement n’est pas qu’un évènement qui a providentiellement permis à Marie de Nazareth d’accoucher à Bethléem et ainsi accomplir la prophétie de Michée. Non, Luc va plus loin. Lire la suite

Indigné et chrétien

Il y a déjà quelques temps, différents sites (dont le mien) ont diffusé le manifeste des chrétiens indignés. Le mouvement a pris de l’ampleur, de nombreuses personnes convaincues par l’appel à la sobriété du manifeste ont contacté les référents. 

Cette fois-ci, les chrétiens indignés ont publié un très beau site Internet. Très beau car bien conçu mais aussi agrémenté des très belles peintures contemporaines de Véronique Van Eetvelde. Lire la suite

Louis Farrakhan en Haïti : que penser d’un tel « ami » ?

Louis Farrakhan, le leader du mouvement « la Nation de l’Islam » vient de terminer un voyage « officiel » de cinq jours en Haïti. Du 10 au 15 décembre, Louis Farrakhan a fait l’objet d’honneurs « hauts de gamme », presque comparables à un chef d’état (seule l’absence du Président Martelly limite la comparaison). 

Une telle visite peut surprendre et susciter des interrogations :la Nation de l’Islam (N.O.I) est une organisation religieuse au passé trouble, complexe, contesté. Louis Farrakhan lui-même a une histoire mouvementée, et certains l’ont accusé de complicité dans l’assassinat de Malcolm X, un des fondateurs de la N.O.I… La vérité reste un mystère mais le doute subsiste. Lire la suite

De l’art ou du cochon ?

Samedi soir, en allant voir un film au MK2 Beaubourg avec un ami, je discutais d’un des sujets du moment : la veillée du 8 décembre à Notre-Dame de Paris. Discussion intéressante et contradictoire sur la contestation de Golgota PicNic, l’intérêt d’une vénération de la Couronne d’épines en réponse à la christianophobie, la pertinence d’un néologisme comme « christianophobie »…Bref, on continuait dans les rues de Paris les sempiternels débats de ces derniers temps. 

Conversation qui fût arrêtée par une vision surprenante…Rassurez-vous je n’ai pas eu d’apparition ! Mon regard a seulement croisé une immense affiche posée sur la façade (ou plutôt les tubulures) du Centre Georges Pompidou (voir photo). Elle représente le Président Pompidou, et une citation de ce grand homme : « L’art doit discuter, doit contester, doit protester. » Je l’avoue cette citation m’a laissé pantois…Et aussi elle m’a réjouit le cœur : enfin je tenais un élément du débat concernant Golgota PicNic : la question de l’art contemporain subventionné.  Lire la suite

Saint François et Mister Bayrou

François Bayrou est un personnage curieux. Certains aiment parler du « mystère Bayrou ». Mystère n’est pas le mot juste. Malgré le flou qui entoure parfois ses prises de position, malgré l’ambigüité de ses positionnements, François Bayrou n’est pas un mystère. Il est juste un paradoxe. Lire la suite

Christine Boutin : la candidate des SDF. Magnificat !

Christine Boutin est soutenue par les SDF de « l’Itinérant ». Ce journal en vente par les sans-abris s’est engagé à soutenir la présidente du PCD dans sa recherche des 500 signatures pour sa candidature aux présidentielles. Il a été posté aux 36 000 maires de France. Un symbole très fort : Christine est la candidate des plus démunis. Et ils la défendent bien en mettant en avant qu’elle a donné de sa personne pour les aider.  Lire la suite

Pour en finir avec le Gang des Lyonnais ! (2)

Mais qu’est-ce que le Gang des Lyonnais ? La réalité s’éloigne un peu de la version très romancée du film « Les Lyonnais ». 

Avant tout, le Gang des Lyonnais est une des organisations criminelles les plus importantes de l’histoire du grand banditisme. Spécialisé dans des vols à main armée d’une efficacité redoutable (militaire selon les spécialistes), le gang a commis de nombreux hold-up de 1967 à 1977.  Lire la suite

Pour en finir avec le Gang des Lyonnais ! (1)

Le 30 novembre sort en salle le film « Les Lyonnais ». Réalisé par l’ancien flic Olivier Marchal, Les Lyonnais est un film de gangsters où Gérard Lanvin campe Edmond Vidal, un des truands de ce célèbre gang.

Je n’ai pas encore vu le film, mais sa couverture médiatique, la façon dont l’histoire est représentée peut surprendre voire agacer. Lire la suite

Faits d’hiver

Le printemps arabe amorcé au début de l’année 2011 avait été accueilli très favorablement par l’opinion publique française. Les journalistes parlaient de chutes des tyrans, d’avènement de la démocratie… Propos tenus avec une certaine naïveté. 

L’espoir fait vivre ! Cette attitude optimiste a conduit la France, et d’autres pays occidentaux, à soutenir ces révolutions. Les anciens amis de la France qu’étaient ces potentats ont été lâchés par la République et les rebelles ont été encensés. L’exemple le plus flagrant est celui de la Libye où nous sommes allés jusqu’à attaquer le régime du colonel Kadhafi. 

Mais voila, le printemps arabe a eu des conséquences inattendues. Déjà au mois d’aout, des voix discordantes annonçaient un retour des islamistes. En Libye, certaines organisations djihadistes proches d’Al-Qaïda, faisaient parties du Conseil national de transition (CNT). Malgré la discrétion des médias sur ce sujet, certains journalistes évoquaient ce sujet. J’ai rédigé un papier la dessus. 

Deux mois plus tard, les choses sont beaucoup plus claires : le printemps arabe est suivi de l’hiver islamiste. La presse commence à le reconnaître, enfin !  Lire la suite

Haïti : son Président, son Armée et sa souveraineté.

Vous vous en rappelez peut-être, mais le premier article de mon blog portait sur la crise gouvernementale qui sévissait en Haïti. Je connais bien ce pays. Des liens familiaux et plusieurs voyages font qu’Haïti est devenu pour moi une seconde patrie. 

Depuis la fin août, la situation a évolué dans la République des Tentes. Le Président Martelly est parvenu à un exploit politique : il a constitué un gouvernement. Alors que son parti Respons Payizan n’a qu’une petite poignée de parlementaires il est parvenu à convaincre la chambre des députés et le Sénat. 

Ce n’était pas gagné, les deux précédents Premier Ministres désignés ont été refusé par les chambres : Daniel Gérard Rouzier par les deux assemblées, Bernard Gousse par le Sénat. Nous l’avions vu précédemment, la constitution de 1987 est très rigide et nécessite la ratification par les deux chambres. La majorité des parlementaires est hostile au Président. Le Docteur Garry Conille a été ratifié à l’unanimité de la chambre des députés et le 4 octobre  par la majorité du Sénat. Il est donc un Premier Ministre de consensus. Ses qualités professionnelles ont été un argument de poids : Fonctionnaire onusien, il est surtout le chef du bureau de l’Envoyé spécial des Nations Unies pour la reconstruction d’Haïti : Bill Clinton. Il est donc l’homme de la reconstruction du pays. 

Ce profil a convaincu beaucoup de monde, il fait aussi grincer des dents. Certains le qualifient d’homme de la recolonisation… Cela est exagéré. Pourquoi ? Lire la suite

Du Christ-Roi au 8 décembre

Dimanche 20 novembre nous allons célébrer la fête du « Christ, Roi de l’univers ». Le « Christ-Roi » est une fête instaurée par le pape Pie XI en 1925 avec l’encyclique Quas primas

Cette fête est belle, pleine de sens, mais aussi souvent mal comprise et mal utilisée. Sur son blog, Patrice de Plunkett a diffusé un texte très riche du père Robert Culat. Qu’est-ce que la royauté sociale du Christ ?  Lire la suite

Après l’affaire Castellucci : les blogs et le devoir d’information.

La blogosphère chrétienne connaît souvent des épisodes remuant. Ce fut le cas lors de la polémique qui a touché la représentation à Paris de la pièce de théâtre : « Sur le concept du visage du Fils de Dieu » de Romeo Castellucci. « L’affaire Castellucci » comme il convient de l’appeler a suscitée de très vives passions. D’abord il y a eu des appels à « Défendre le Christ » de la part d’organisation très à droite comme Civitas ou le Renouveau Français (entre autre). Puis, de nombreux blogueurs et personnalités ont exprimé une opinion divergente appelant les chrétiens à raison garder. J’ai été dans cette deuxième catégorie. 

Une polémique est née de la confrontation des deux points de vue. Commentaires de blogs, pages Facebook, tweets, propos radiophoniques, le débat était houleux pour ne pas dire âpre et violent. Certains ont été copieusement insultés commeMyriam Picardqui s’est fait maltraitée sur une station de radio se revendiquant de la bienséance… J’ai moi-même été malmené sur mon mur Facebook et j’ai même reçu un mél d’insulte très violent d’un petit jeune de 19 ans… 

Cette polémique terrible a été suivie d’une autre vague de discussion (plus soft que la précédente). En effet, un troisième point de vue est apparu qui ne concerne pas la pièce en elle-même : Certains blogueurs ont regretté que les divisions des chrétiens aient été étalées sur la place publique. Affirmant que « nous ne sommes pas seuls », ils semblaient déplorer les réactions à l’encontre des groupes extrémistes qui ont attaquéla pièce. Nonpour défendre Civitas, ils n’ont pas d’accointance avec eux, mais pour condamner ces divisions. 

J’avoue que ces déclarations m’ont laissé perplexe. Ils disent une vérité : les divisions font du tort à l’Eglise. Le Christ nous a appelés à l’unité. Je suis d’accord la dessus. 

Mais malgré tout je ne parviens pas à souscrire à ce discours. Pourquoi ? Lire la suite

Lettre ouverte à mon frère chrétien libéral (économique bien sur).

Cher frère, 
Comme tu le sais, la « lettre à mon frère » est à la mode. Bon nombre de bloggeurs se sont livrés à cet exercice, et après moultes hésitations j’ai décidé d’en écrire une. Une lettre à toi, cher frère dans l’Eglise qui défend le libéralisme économique avec autant d’énergie que tu défends « Notre-Seigneur-Jésus-Christ », « Notre-Saint-Père-le-Pape-Benoît-XVI » ou « La-Vie-à-naître ». 

 

Tu n’es pas un « tiède », loin s’en faut, et je suis le premier à t’en féliciter. J’admire même ton courage avec tes prises de position à rebours d’une société qui ne demande qu’à mieux connaître le Christ. 

 

Mais, cher frère, saurais-tu que le libéralisme économique ne se confond pas avec la Doctrine sociale de l’Eglise ? Car quand je lis certains de tes blogs favoris, j’ai l’impression que notre Pape serait un néo-libéral convaincu et un ardent défenseur du capitalisme… 

 

Mieux encore : la note du Conseil Pontifical Justice et Paix serait un texte ne remettant pas en cause le néo-libéralisme ! Ou pire : certains de tes sbires vont jusqu’à prétendre que Justice et Paix ne serait qu’une petite officine, obscure, loin du Pape et (comble du vice) infiltrée par des crypto-marxistes ! 

 

Cher frère : tes amis libéraux seraient-ils paniqués au point de se contredire ? Au point de nier l’évidence : le Saint Siège n’est pas libéral. 

 

Relisons ensemble un passage clés de ce grand texte : « Mais qu’est-ce qui a donc poussé le monde dans cette direction aussi problématique, pour la paix également ? Avant tout un libéralisme économique sans règles ni contrôles. Il s’agit d’une idéologie, d’une forme d’  « apriorisme » économique qui prétend tirer de la théorie les lois de fonctionnement du marché et celles dites lois du capitalisme, en en exaspérant certains aspects. » Oui tu lis bien : la cause de la crise est bien un  « libéralisme économique sans règles ni contrôles ». Et son auteur est sévère avec cette idéologie car il lui attribue la cause de la crise. Pas moins !

 

Le Vatican appelle à la régulation, à des institutions financières supranationales, à une taxe sur les transactions financières…On est loin de la main invisible d’Adam Smith !

 

Frère néo-libéral, le Saint Siège est dur avec ton idéologie…reconnais-le au moins. Alors évidemment tu vas me répondre que le Pape est nul en économie et qu’il devrait se contenter de faire de la morale sexuelle et de traiter des questions fondamentales: la capote, l’avortement, l’euthanasie, les homos etc…

 

Pourtant tu le sais : Quand on défend la vie, on la défend à 100%. Pas que les bébés, mais aussi leurs parents qui se font licencier parce que leur usine se fait délocaliser en Chine néolibérale populaire. Et puis les parents Chinois qui dans leur nouvelle usine venant d’Europe se feront exploiter employer 60 heures par semaine pour une poignée de Yuan. Tu aimerais bosser dans ses conditions ? Bien sur que non cher frère.

 

Alors tu me diras sans doute : Frère Charles, tu es de gauche ! Qui a donc nettoyé ta cervelle à la lessive Saint Marx ? Ah la la, mon fréro, la politique ce n’est pas si simple. Il n’y a pas les cocos d’un côté et les libéraux de l’autre. Le bien commun ce n’est pas une histoire d’idéologie.

 

Eh oui, parfois je lis que ce n’est pas la faute du marché mais celle des Etats. Que c’est la faute des marchés et pas celle des Etats… C’est pas moi : c’est lui. Frère mais c’est un argument de cour de récrée ! Il y a énormément de responsables dans cette crise. Les banques qui ont spéculé sans limite, les Etats qui ont fait sauter ces limites, et incités les particuliers à s’endetter. Les gouvernements qui ont fait gonfler cette fichu dette. Les spéculateurs qui ont joué comme d’autres jouent à la roulette. Et j’en oublie un paquet !

 

La vraie question n’est pas « qui est le salaud qui nous a mis dedans », mais plutôt comment en sommes nous arrivé là et que faut-il faire pour s’en sortir ! OUI, que faut-il faire !?! Car il faut agir et en premier ceux qui sont responsables du bien commun : les Etats.

 

J’entends tes cris de douleur quand j’ai prononcé ce mot que tu ne supportes pas : Etat. Pardonne-moi, je ne veux pas te faire de mal. Mais accepte le, il faut réguler le marché. Je ne parle pas de dirigisme, ni de collectivisme, juste de régulation. Pas d’idéologie, juste du bon sens. La régulation ne remet pas en question la liberté économique, celle de monter sa boite, de gagner sa vie, de vendre, d’acheter, d’échanger. Elle est juste là pour éviter que l’excès de liberté des uns réduise en esclavage les autres, c’est tout.

 

Tu sais cher frère que ce casino mondial qui nous met tous dans la m… provoque chez moi l’indignation. Eh oui, je suis un chrétien indigné. Et honnêtement, quand je vois les ravages de cette idéologie, je me dis qu’il y a vraiment de quoi.

 

Allez cher frère, indignons-nous en famille !

Le manifeste des Chrétiens Indignés : à diffuser très largement !

Les Chrétiens Indignés de France communiquent ! Leur manifeste est reproduit ci-dessous. J’adhère entièrement à leur démarche. Faisons circuler ce document important.


Petit groupe de lecteurs du blog de Patrice de Plunkett (http://plunkett.hautetfort.com), venus d’horizons différents, d’âges, de situations familiale et professionnelle très variées, nous avons en commun notre foi, notre appartenance à l’Eglise catholique et nos convictions sociales et politiques. Profondément interpelés par la crise qui traverse notre époque, nous nous interrogeons sur nos responsabilités et celle de notre entourage chrétien. 


Notre premier acte d’engagement consiste à prendre la parole.  


Nous associons notre voix à celle de tous ceux qui dénoncent depuis si longtemps le système économique néo-libéral qui régit économies et sociétés depuis près de trente ans. Disciples du Christ, nous ne craignons pas d’exprimer notre révolte contre un ordre profondément anti-évangélique dont les conséquences désastreuses ne peuvent plus être contestées. Ainsi :


Comme catholiques nourris depuis plus d’un siècle par une doctrine sociale généreuse, ambitieuse et crédible, pouvons-nous encore défendre un système économique qui ignore, méprise ou nie les valeurs humaines essentielles: la protection des plus faibles, la solidarité, les relations désintéressées, le don gratuit, le sens du renoncement, le dévouement à la collectivité ? Toutes ces valeurs ne sont-elles pas au cœur de l’exigence évangélique ?


Destinataires d’une création extraordinairement féconde, dont nous sommes regardés et désignés par notre Dieu comme les intendants prudents, pouvons-nous laisser se poursuivre les atteintes irréversibles dont elle fait l’objet sans protester avec indignation, et sans nous-mêmes montrer l’exemple par un comportement irréprochable ?


Héritiers d’un humanisme bimillénaire qui enracine toute notre tradition sociale et politique dans une très haute conception de la personne humaine, pouvons-nous ignorer plus longtemps que le  matérialisme assumé et agressif sous le régime duquel nous vivons renvoie de notre humanité une image déformée et enlaidie ? 


L’appartenance au Christ est une force totale qui ne laisse de côté aucun des aspects de la vie des hommes. Or il existe un vaste champ de transformation sociale largement ignoré des chrétiens, qui trop souvent ignorent que les actuels enjeux politiques vont bien au-delà des nécessaires questions éthiques (défense de la vie…). Oserons-nous reconnaître que le constat des injustices criantes  qui affectent les populations fragiles de notre terre, et les transgressions contre l’homme et la nature dont nous sommes chaque jour les témoins, sont un appel à transformer les structures mêmes de nos sociétés, et pas simplement à en corriger les effets désastreux ? Le paradigme libéral non seulement ne marche pas, mais il est indigne de l’homme. C’est notre responsabilité de chrétiens que d’affirmer cela, et de proposer un autre modèle conforme aux exigences de l’Evangile. 


Membres du groupe, nous nous regardons comme les premiers destinataires de cet appel, car le sentiment d’urgence qui nous saisit se heurte d’abord aux limites et aux contradictions de nos propres existences et à la modestie de nos moyens. Nous brûlons simplement de voir les chrétiens se mobiliser sur ces thèmes, et devenir une force généreuse de changement social. 


Que pouvons-nous faire ? 


1-    D’abord, tous nous convertir, et regarder enfin le monde qui nous entoure avec lucidité. Il nous faut faire le constat courageux que nous ne pouvons plus continuer à vivre comme nous le faisons, ni ignorer que le paradigme libéral sur lequel nos vies sont construites n’est pas durable et conduit l’humanité à sa perte. Il nous faut bien comprendre que tout se tient, et qu’il n’y a qu’une seule et même crise : elle est à la fois financière, économique, écologique, politique, morale et spirituelle. C’est la crise d’une humanité qui a perdu son chemin et simplement compromis ses chances de survie en ayant oublié les raisons de vivre. 


2-    Cette conversion entamée, il nous faut changer notre style de vie quotidienne, en vivant personnellement et en promouvant autour de nous une écologie complète et pleinement humaine. Nous pensons en effet que refonder notre société passe d’abord par l’adoption d’un mode de vie simple et respectueux de notre environnement, social et naturel. Changer de vie, c’est renoncer avec fermeté aux logiques de « croissance », d’accaparement et de consommation sans discernement qui caractérisent le mode de vie occidental et choisir, au nom de l’idéal de vie chrétien, de mener une existence sobre et joyeuse centrée sur l’essentiel. 


C’est ainsi que nous, membres de ce groupe, avons entamé dans notre vie personnelle et familiale ce changement nécessaire. Et c’est sans arrogance, mais déterminés à faire réfléchir et à mobiliser notre entourage, que nous vous en proposons le témoignage. Dans l’annexe à ce document, chacun des membres du groupe a accepté de résumer ce qu’il a changé dans sa vie, et pourquoi il l’a fait. Ces témoignages s’adressent à tous ceux qui se demandent quoi faire. En vous partageant ces facettes renouvelées de nos vies quotidiennes, nous affirmons que l’enjeu spirituel de nos existences ne peut être séparé de son enjeu social et collectif : être chrétien, c’est vivre différemment. Et au-delà des enjeux personnels et familiaux, changer nos vies maintenant, c’est déjà rendre possible la coexistence fraternelle des peuples de cette terre, tâche à laquelle nous chrétiens devons hardiment participer en luttant contre ce qui la menace et en défendant ce qui la rend possible.   


3-    Enfin à une plus large échelle, nous devons activement participer à promouvoir tout ce qui autour de nous oriente les hommes vers un avenir nouveau ! Disons-le pêle-mêle : des entreprises à taille humaine soucieuses de leur enracinement dans la société ; des échanges économiques libres mais subordonnés à des règles de solidarité impératives et débarrassés des artifices de la finance dématérialisée ; un mode de vie sobre, proche de la nature, de ses rythmes et des limites qu’elle nous impose, et qui, sans avoir peur de nous répéter, tourne définitivement le dos au modèle consumériste ; toutes les initiatives politiques qui tendent à faire vivre une conception renouvelée du bien commun, entendu dans une acception universelle, capable d’embrasser le sort des peuples proches ou lointains qui subiront directement ou indirectement les choix que nous faisons pour nous-mêmes ; etc. L’Eglise catholique nous adresse depuis quelques années de messages de plus en plus pressants qui sont autant d’appels à nous engager. Citons :



  • La Conférence des évêques de France, dans un document[1] écrit début 2011 : « L’économie libérale dérégulée nous offre comme seul horizon la consommation de toujours plus de biens matériels. La vacuité et la dangerosité d’un tel projet de société sont évidentes : il épuise la planète, réduit l’homme à un rôle de producteur/consommateur et mine la confiance indispensable à toute vie commune. […] Lorsque notre bonheur dépend uniquement des biens que nous possédons, alors les pauvres et les migrants deviennent des menaces et les mesures de sécurité supplantent les mesures de solidarité. »

  • Le Conseil Pontifical « Justice et Paix », qui écrivait[2] en octobre 2011 : « En libérant son imagination, l’homme libère son existence. Il est possible, grâce à un engagement d’imagination communautaire[3], de transformer non seulement les institutions, mais aussi les styles de vie, et de susciter un avenir meilleur pour tous les peuples. »

  • Benoît XVI lui-même, par exemple dans son message pour la Paix le 1er janvier 2010 : « Il est donc sage d’opérer une révision profonde et perspicace   du modèle de développement […]. L’état de santé écologique de la planète l’exige; la crise culturelle et morale de l’homme le requiert aussi et plus encore, crise dont les symptômes sont évidents depuis un certain temps partout dans le monde. […] Les situations de crise qu’elle traverse actuellement […] obligent à repenser le cheminement commun des hommes. Elles contraignent, en particulier, à adopter une manière de vivre basée sur la sobriété et la solidarité, avec de nouvelles règles et des formes d’engagement s’appuyant avec confiance et avec courage sur les expériences positives faites et rejetant avec décision celles qui sont négatives. »[4] 

Ainsi nous pourrons ouvrir en grand nos fenêtres sur le monde avec confiance et générosité, entendre l’appel à la justice qui résonne avec retentissement d’un bout à l’autre de notre terre, et laisser agir en nous l’Esprit de don qui attend notre engagement pour se manifester. 


Notre petit groupe est encore en construction, et nous ne savons pas encore quelle direction nous prendrons. Si vous souhaiter vous joindre à nous, ou simplement vous tenir au courant de ce que nous devenons, faites-le savoir en nous écrivant sur : chretiensindignonsnous@yahoo.fr 





[1] Grandir dans la crise, document de la Conférence des évêques de France – Conseil Famille et Société,  Paris, Bayard Cerf Fleurus/Mame, 2011



[2] Pour une réforme du système financier et monétaire international dans la perspective d’une autorité publique à compétence universelle, Conseil pontifical « Justice et Paix », Cité du Vatican, 2011



[3] En italique dans le texte



[4] Si tu veux la paix, protège la création, Message de sa Sainteté Benoît XVI pour la célébration de la journée mondiale de la paix, 1er janvier 2010

Christine et Laurent : Démocratie chrétienne ou droite sociale ?

Laurent Wauquiez, proche de Jacques Barrot, leader de la droite « sociale » a depuis quelques temps tenu des propos…surprenant. 

Il a dénoncé le « cancer de l’assistanat » sur la question du RSA et plus récemment il a proposé de donner la priorité aux travailleurs pour l’attribution des HLM…Et il continue de se reconnaître dans « la droite sociale ». On croit rêver ! 

Christine Boutin s’est à plusieurs reprises élevée contre de telles affirmations. Sa récente interview dans Nice matin évoque cela : 

« Pourquoi avez-vous répondu très vivement à Laurent Wauquiez patron de la droite sociale, qui a proposé de prioriser le logement social en direction de ceux qui travaillent ?

Comment Laurent Wauquiez peut-il se dire de la droite sociale et proposer de réserver les logements sociaux à ceux qui ont un emploi ? Il avait déjà parlé du cancer de l’assistanat, il fait un pas de plus. Mais que faites-vous des gens qui sont au chômage alors ? On les jette à la rue ?  On en fait des SDF ? Quelle honte ! Je me revendique de la droite sociale et humaine, et je dénie à quelqu’un qui a un tel propos de se dire tête de pont de la droite sociale ».

Tout est dit, comment peut-on se prévaloir de la droite sociale et dire ce genre de choses ? Et surtout qu’est-ce que la droite sociale ? La formule est floue, la définition inexistante. Elle regroupe des membres de l’UMP qui ont une « fibre sociale » … Et en effet, si le pôle social du parti du Président est favorable à de telles mesures antisociales alors tout est permis…

Mais voila, une droite sociale sans doctrine, sans ligne précise ne peut résister longtemps aux tentations démagogiques (car les propos de Wauquiez sont hélas de la démagogie à l’état brut) et aux désirs de l’UMP de récupérer l’électorat de Marine Le Pen.

C’est triste, Wauquiez avait tout d’un homme politique humaniste à la personnalité sympathique… Ce qui explique la stupeur d’un grand nombre devant ses propos sur « l’assistanat ».

Mme Boutin a entièrement raison d’être choquée. Cancer de l’assistanat ? Absurde ! Comment pouvez-vous vivre avec le RSA en région parisienne ? Déjà un très grand nombre de salariés au SMIC ne parviennent pas à se loger… Il y a des SDF qui travaillent, c’est une terrible réalité ! Dans un tel contexte, comment des chômeurs peuvent se loger décemment ? Comment des chômeurs souhaiteraient-ils rester dans une telle situation ? Et cela n’est pas qu’à Paris, en province le coût de l’immobilier et de la vie augmente.

Le seul cancer que connaît la société française est celui de la pauvreté, du chômage et de la crise du logement… Quelle est donc cette droite sociale qui ne comprend pas cela ?

Christine Boutin a raison car, je le crois de plus en plus, c’est elle qui représente le mieux la « droite sociale et humaniste ».

Pourquoi ?

Parce que le Parti Chrétien Démocrate, qu’elle a fondé, est le parti dela Démocratiechrétienne, une famille de pensée sociale et humaniste qui bénéficie d’une ligne idéologique claire, qui repose sur une histoire, un héritage intellectuel et spirituel solide. Frédéric Ozanam, Robert Schuman, mais aussi le philosophe Jacques Maritain comptent parmi les maîtres de cette famille. Ces hommes ont toujours défendu la cause des pauvres, de tous les pauvres. Ils se sont battus pour que notre société ait pour centre la personne humaine…La personne humaine, pas le travail élevé au rang d’idole, pas le productivisme qui stigmatise ceux qui sont les moins productifs.

La crise économique fait rage et la situation risque bien de s’aggraver. Ce n’est pas le moment d’être moins solidaire.

De l’état de siège à l’esprit d’Assise

Paris a vu ces jours-ci certains évènements pas très glorieux pour « les cathos ». Le théâtre de la Ville, où était joué la pièce de Romeo Castellucci « Sur le concept du visage du fils de Dieu », a été littéralement pris d’assaut par des manifestants chrétiens. 

Vous connaissez mon point de vue sur cette pièce et sur la réaction à avoir. Je n’ai pas changé ma position. Je ne jette de pierres à personne. Ces gens ont certainement un amour sincère pour le Christ. Mais je n’aime pas la violence qui se dégage de cet évènement. Des prières chantées comme des cris de guerre, des actes physiques (jet d’œufs, d’huile de vidange sur le public) et pour finir l’atmosphère délétère du débat qui a suivi… Sur Facebook  j’ai été insulté très violemment par un jeune de ces mouvements. 

J’ai été tenté de vous reproduire les lignes que ce jeune homme (il a 19 ans) m’a envoyé…Mais non, ça ne sert à rien. Ces insultes vulgaires, sales, haineuses n’ont pas à être divulguées. Cela n’est hélas guère surprenant, regardez le site internet d’un de leurs mouvements (celui dont le nom figure sur la banderole), vous verrez qu’il n’ a rien de catholique. Juste du nationalisme, la nostalgie du 6 février 1934 (ils en fêtent l’anniversaire…) et puis…quelques claquements de bottes. 

Avec ces gens nous voyons se dessiner une mentalité : celle de l’état de siège. Ils sont terrés dans leur citadelle, refusant le monde tel qu’il est. De temps à autre ils font une sortie, âpre et violente, sans concession pour le monde moderne qu’ils exècrent.

 Mais l’actualité ne se résume pas à ces pathétiques exactions. Il y a un vrai évènement, un évènement mondial : le 25eme anniversaire de la rencontre d’Assise ! 

Il y a 25 ans, le Pape Jean-Paul II accueillait les dignitaires de presque toutes les religions du monde. Par cette rencontre était amorcé le dialogue interreligieux. Les chefs spirituels priaient ensembles pour la paix. Evènement extraordinaire et message puissant délivré au monde moderne qui assimile trop souvent foi et violence. 

NON, la religion n’est pas la guerre ! Bien au contraire le fait religieux est dans la nature de l’homme et peut être porteur de paix. 

Cette année Benoît XVI a décidé d’élargir encore la rencontre : toute les religions sont représentées, mais aussi des intellectuels athées comme Julia Kristeva. 

Mais pourquoi Assise ? 

Parce que cette rencontre est illuminée par le personnage de Saint François d’Assise. C’est lui qui a tenté le premier dialogue interreligieux de l’histoire en tentant un dialogue avec le sultan d’Egypte Al-Kamel. Chose impensable à l’époque. François était un homme de paix et de dialogue, il refusait la violence… 

L’Esprit d’Assise, le dialogue avec l’autre, celui qui est différent, qui parfois est considéré comme un ennemi ou au moins comme un rival. Voila qui est à l’opposé de l’esprit d’état de siège de nos chers croisés… 

Vivons l’Esprit d’Assise ! Quand quelque chose nous choque, au lieu d’agresser son auteur, allons plutôt lui parler. Tous le monde en sortira grandit !

Le Pape et l’Autorité publique universelle : un document choc.

Le 24 octobre, le Conseil pontifical Justice et Paix a publié un document très attendu : Pour une réforme du système financier et monétaire international dans la perspective d’une autorité publique à compétence universelle. Il s’agit d’une proposition du Saint Siège dans le cadre de la lutte contre la crise financière.

Le texte n’est pas de la main de Benoît XVI mais il a son entière approbation. Justice et Paix parle au nom du Pape sur les questions politiques et sociales. Ce dicastère est dirigé par le Cardinal Peter Turkson, prélat d’origine Ghanéenne. Il est notamment connu pour ses critiques envers la multinationale Monsanto…

Ce texte est très intéressant car il s’inscrit dans la suite de l’encyclique Caritas in Veritate. Le Pape appelait déjà à la création d’une Autorité publique à compétence universelle pour le gouvernement mondial de la finance. Le document de Justice et Paix développe cette question.

Il est difficile de résumer en quelques lignes une note de treize pages. Je vais donc évoquer quelques points.

Ce document part de la crise actuelle, qui est non seulement économique mais qui est susceptible d’avoir des conséquences sur la paix. Il tente d’apporter une explication à cette situation :

« Mais qu’est-ce qui a donc poussé le monde dans cette direction aussi problématique, pour la paix également ? Avant tout un libéralisme économique sans règles ni contrôles. Il s’agit d’une idéologie, d’une forme d’  « apriorisme » économique qui prétend tirer de la théorie les lois de fonctionnement du marché et celles dites lois du capitalisme, en en exaspérant certains aspects. »

La traduction n’est pas très belle, mais le contenu est clair. La cause du problème est l’ultralibéralisme, cette idéologie qui refuse toute régulation du marché y compris au niveau mondial. Certains esprits chagrins diront peut-être que cela ne vise pas le libéralisme mais l’absence de réglementation…Non, le texte est clair et son auteur insiste à plusieurs reprises sur « l’idéologie néolibérale ». Donc ne faisons pas dire au Saint Siège ce qu’il ne dit pas.

Le texte développe donc sur les ravages du néolibéralisme et des idéologies liées : l’utilitarisme (ce qui est utile à l’individu, est utile à la communauté), et la technocratie (les solutions sont exclusivement techniques). Le bien de tous ne passe pas que par ce qui est utile à chacun, le Saint siège vient ajouter à cela un principe de solidarité. Quant à la technique, elle ne peut répondre à tous les problèmes, au contraire il y a avant tout une question éthique : cette crise est surtout une crise morale.

Solidarité, éthique, régulation de l’économie mondiale, cela ne peut avoir lieu que dans le cadre d’une autorité publique mondiale dont le but est de servir le bien commun.

Vaste programme ! Justice et paix qualifie cette autorité de supranationale (ce qui va faire hurler nos souverainistes, fussent-ils de bons catholiques).

Son objet ? « Elle a pour but de favoriser l’existence de systèmes monétaires et financiers efficients et efficaces, c’est-à-dire de marchés libres et stables, disciplinés par un ordonnancement juridique approprié, fonctionnels au développement durable et au progrès social de tous, et s’inspirant des valeurs de la charité et de la vérité. »

Nous sommes loin de l’ultralibéralisme. Il s’agit donc d’une autorité garantissant un échange commercial libre mais régulé, organisé, permettant le progrès social des peuples et dans le respect de la création. Nous sommes loin de la « main invisible » d’Adam Smith !

Evidemment cela ne se fera pas d’un coup et le texte développe les différentes phases de constitution de l’autorité.

Ce n’est pas non plus une organisation aplatissant les cultures, un totalitarisme mondial : « Une Institution supranationale, expression d’une « communauté des nations » ne pourra exister longtemps, si, (…) les diversités des pays ne seront pas reconnues ou pleinement respectées ». L’unité mondiale ne peut se faire que dans la diversité, et dans le respect du principe de subsidiarité comme le précise le texte plus loin.

Principe de subsidiarité mais aussi principe de solidarité entre les Etats, la société civile mondiale et l’Autorité publique universelle.

Le Saint Siège reconnait le long chemin pour parvenir à un tel « gouvernement mondial » (le mot figure dans le texte), et il propose qu’il soit mis en place à partir de l’ONU qui serait réformée.

« Le fruit de ces réformes devrait être une plus grande capacité dans l’adoption des politiques et des choix contraignants parce qu’orientés vers la réalisation du bien commun local, régional et mondial. »

Contraignants : ce gouvernement mondial n’est pas « international » mais « supranational ». La seule institution comparable à ce projet est l’Union Européenne, dont le droit communautaire prime sur le droit national. Tout comme l’Europe unie, l’autorité mondiale se fera par le multilatéralisme. Le Vatican explique clairement qu’il faut passer de la gouvernance mondiale, de forme intergouvernementale, au gouvernement mondial, multilatéral avec une institution supranationale.

Il fait référence à une solidarité fiscale mondiale. Cela implique donc des taxes mondiales, ressources propres de l’autorité universelle pour constituer une réserve financière mondiale et instruments de régulation économique. Ces taxes toucheraient les transactions financières.

Critiquant intelligemment le système financier actuel et les faiblesses des instances actuelles, le document appelle à la création d’une banque centrale mondiale conçue sur le modèle des banques centrales nationales.

En conclusion le texte reconnait les vices mais aussi les aspects positifs de la mondialisation. Le monde s’unifie, les peuples coopèrent entre eux. Mais cela doit être organisé afin que surgisse un état de droit mondial.

« Seul un esprit de concorde, qui surmonte les divisions et les conflits, permettra à l’humanité d’être vraiment une seule famille, jusqu’à concevoir un monde nouveau avec la constitution d’une Autorité publique mondiale, au service du bien commun. » 

Alors : Utopie ou projet réaliste ?

C’est difficile à dire, mais il faut espérer qu’il soit réaliste. Nous ne pouvons pas en rester là. Ce libre-échange sans la moindre régulation ruine nos économies, fait plonger dans la misère des millions de famille, détruit des emplois par les délocalisations et réduit en esclavage les travailleurs du sud. Soit la mondialisation est maitrisée par une Autorité mondiale, soit les Etats devront se protéger par des politiques de protectionnisme ne serait-ce qu’au niveau régional. L’idée d’Arnaud Montebourg n’est pas insensée bien au contraire.

Donc il nous faut soit une Autorité mondiale digne de ce nom, soit une politique de démondialisation.

Indignons-nous de ce Casino mondial et faisons circuler ce document révolutionnaire !

Indignons-nous encore et toujours !

Défendons le Christ ! Tel est le mot d’ordre, pour ne pas dire le cri de guerre, des nouveaux croisés. Cela a pris la forme de prières collectives dans le but de perturber les représentations de pièces de théâtres blasphématoires. Où la prière est utilisée comme un moyen de pression…on est loin de ce qu’elle est réellement : l’union à Dieu. 


D’autres combattants sont allés plus loin : ils ont balancé de l’huile de vidange sur les spectateurs… ils ont fini au poste de police. 


Vous connaissez mon avis : ces individus font du tort à l’Eglise. Ils donnent une image réactionnaire et même néo-fasciste (certaines organisations présentes se revendiquent du fascisme) de la foi chrétienne…tout ce qu’elle n’est pas ! 


Ce comportement m’indigne. Oui ! Je suis indigné que des catholiques se comportent comme ça ! Non seulement ils bafouent l’Evangile en faisant le contraire de ce que dit le Christ mais en plus ils font une publicité énorme pour ces spectacles. Leur producteur doit se réjouir de cette propagande ! 


Cela veut-il dire qu’il ne faut pas défendre le Christ ? 


Bien sur que non ! Mais tout dépend par ce que l’on entend par « défendre le Christ ». 


Je l’ai déjà dit précédemment, agresser des spectateurs, utiliser la prière comme une arme ne sont pas des attitudes conformes à l’Evangile…en faisant cela on ne défend pas le Christ : on le crucifie ! 


Défendre le Christ, c’est défendre le pauvre. Car Jésus nous l’a dit : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Car j’avais faim et vous m’avez donné à manger, j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venu jusqu’à moi !’ Alors les justes lui répondront : ‘Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? Tu avais donc faim et nous t’avons nourri ? Tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? Tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? Tu étais nu et nous t’avons habillé ? Tu étais malade ou en prison…quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?’ Et le Roi leur répondra : ‘Amen, je vous le dis, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » Mt 25, 34-40.  


Au contraire quand Pierre a voulu « défendre » Jésus physiquement, le Christ lui répondu : « Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée » Mt 26, 52. 


Eh oui : défendre le Christ ce n’est pas partir en croisade (elles ont toutes été des échecs) mais venir en aide au pauvre qui est comme le Christ sur terre. 


La cause des pauvres, la cause de la justice sociale…Ce ne sont pas des spectacles stupides, que tout le monde aura oublié dans deux mois, qui doivent nous indigner ! Mais c’est plutôt ce système financier pervers qui ruine des millions de familles ! 


Oui ! Les Indignés, que certains cathos d’extrême droite détestent, sont plus proches des Evangiles que les Godefroy de Bouillon du Théâtre de la Ville ! 


Alors chrétiens, Indignons-nous ! Suivons l’exemple des Protest Chaplains, ces jeunes chrétiens épiscopaliens New Yorkais qui ont rejoint le mouvement Occupy Wall Street ! 


Ne nous laissons pas intimider par ceux qui assimilent les Indignés aux extrémistes qui ont saccagés une église et agressés des fidèles. Ce n’étaient pas les Indignés mais les « Black blocs », ils n’ont pas de lien avec le mouvement qui est par nature non-violent.  


Mais il est vrai que cette confusion avantage beaucoup de gens… 


Indignons-nous !

Christianophobie : que faire ?

Christianophobie. Le mot sonne comme un titre de film d’horreur. Ca fait peur, ça glace le sang. Nous autres cathos français découvrons qu’il y a des gens qui ne nous aiment pas. Pire : il semblerait que nous sommes attaqués non pas sur nos travers sociologiques mais sur notre foi ! Golgotha Pic-nic, Sur le concept du visage de fils de Dieu sont deux pièces de théâtres particulièrement violentes contre la personne du Christ. A côté, Piss Christ d’Andrès Serrano fait figure de petit canular… 

C’est dur. Le Sauveur lui-même est agressé. Il semble que la Passion continue. Nous autres chrétiens, que devons nous faire ? C’est là que le bât blesse. Parmi les catholiques nous trouvons deux tendances majeures : 

-          L’une veut résister. Défendons le Christ ! Lancent-ils comme un cri de guerre. Ils décident de riposter par différents moyens. Pétitions, actions parla prière. Ils disent non. Mais souvent avec des moyens disproportionnés, des propos exagérés. L’Institut Civitas est à la pointe du combat. Certains évêques les soutiennent. Par exemple Mgr Aillet, l’évêque de Bayonne.

-          L’autre a un discours différent. Défendre Jésus bien sûr…Mais ils se questionnent. Le remède ne serait-il pas pire que le mal ? Ne faudrait-il pas tenter un dialogue avec les auteurs des blasphèmes. Le blogueur Koz est de ceux là. 

Mais alors que faire ?  

Riposter à tout prix n’est pas sans rappeler l’attitude de Saint Pierre au Mont des Oliviers. Devant l’arrestation de Jésus il brandit son épée et trancha l’oreille de Malchus, un des gardes du Temple. Mais Jésus réprimanda Pierre : « Qui attaque par l’épée, périra par l’épée » Jn 18.10-11. Et Jésus ramassa l’oreille coupée et la recolla sur la tête du soldat. La victime fait un ultime geste de charité envers celui qui est venu l’arrêter pour le mener vers un supplice infâme. 

Dans cette victimisation, dans ces déclarations souvent brutales, n’y a-t-il pas un peu de l’attitude de Pierre ? Déjà avant la Passion, Pierre avait dit à Jésus qu’il ne laissera personne lui faire de mal. Et Jésus lui répondit vertement : « Arrière Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des Hommes ! » Mc 8.32-33 Le Christ avait reconnu là l’Esprit du monde. 

Riposter à tout prix contre ces blasphèmes, n’est pas aussi succomber à l’Esprit du monde ? Pointer du doigt « les agissements de secrètes officines » n’est-ce pas tomber dans une mentalité conspirationniste ? Hélas une éminente personnalité de l’Eglise le fait en écrivant ceci à Civitas… C’est stupide, si ces officines sont secrètes comment le sait-il ? On est en plein enfantillage. 

Faire des scandales de ce genre n’est pas se comporter comme les musulmans ? Faut-il les imiter ? Nous ne sommes pas comme eux, nous nous professons l’amour véritable. Le Christ n’a rien à voir avec Mahomet, il n’a pas fait la guerre mais il a guérit un soldat venu l’arrêter et à pardonné à ses bourreaux. 

Chercher à tout prix à faire comme les musulmans n’est-ce pas une islamisation de notre foi ? Ce qui est un comble puisque les pires croisés sont également des « islamobsédés »… Mais nous l’avons vu précédemment, les islamobsédés ont la même structure mentale que les islamistes. 

Bien sur il faut défendre la foi comme l’on fait les apologètes dès le début du christianisme. Mais honnêtement, pousser des cris d’orfraie devant Piss Christ ou Golgotha Pic-nic, n’est-ce pas aussi faire de la publicité à ces conneries ? 

En communication il y a quelque chose qui est pire que toutes les polémiques, toutes les attaques et toutes les calomnies : l’indifférence. Ne pas parler d’un évènement, c’est tuer cet évènement. 

Alors je crois qu’il faut cesser de s’offusquer. Bien sur ces spectacles sont pitoyables mais les réactions brutales ne servent à rien. La proposition de Koz de tenter un dialogue, de faire preuve de pédagogie est beaucoup plus intelligente et efficace. Nous serons là dans une attitude plus proche de celles des apologètes que de celle de Pierre succombant à l’Esprit du monde…

Indignons-nous ! Mais avec qui ?

« Indignez-vous » est devenu le mot le plus porteur politiquement depuis la sortie du pamphlet de Stéphane Hessel. 

Ce texte a connu une surprenante postérité : un grand mouvement spontané est apparu et a pris le nom « Les indignés ». 

Important succès, on les retrouve dans de nombreuses villes Européennes. 

Mais qui sont les Indignés ? Un mouvement hétéroclite, composé en grande partie de jeunes d’extrême gauche, mais pas seulement : de nombreux chrétiens ont manifesté le vœu de rejoindre le mouvement. 

Et on peut comprendre cela. Le capitalisme de 2011 est une catastrophe. La mondialisation libérale crée des chômeurs au Nord et des esclaves au Sud. La spéculation a ruiné des milliers de travailleurs. Et les gouvernements renflouent aveuglément les banques sans leur demander de comptes… absurde ! 

La démocratie connait une très grave crise car elle donne le sentiment d’être complètement inféodée au pouvoir financier. 

C’est normal d’être indigné, il faut l’être. Surtout quand on est chrétien ! Le néolibéralisme n’a rien de compatible avec la foi chrétienne ! 

Mais voila, se pose un gros problème : avec qui s’indigner ? 

Le mouvement des Indignés a connu quelques débordements très regrettables. En Italie, une Eglise a été saccagée. En Espagne, quelques jeunes pèlerins des JMJ ont été agressés… 

Les Indignés seraient-ils antichrétiens ? 

Il est devenu évident que le mouvement n’est pas sans lien avec les organisations de gauche et d’extrême gauche. En Espagne les blessures de la guerre civile sont encore vives et Jose Luis Zapatero a un rapport très conflictuel avec le catholicisme… 

Dans le reste de l’Europe, gauchisme et Eglise ne font pas forcément bon ménage. J’en ai personnellement fait l’amère expérience : des jeunes de gauche avec qui j’étais proche sur des questions concrètes ont refusé tout échange parce que j’étais chrétien…De la haine à l’état pur, ça fait peur. 

C’est stupide : nous sommes souvent très proches sur le plan politique…Mais une ligne de démarcation invisible nous sépare. 

La vie politique française est dominée par cette opposition. Les catholiques les plus attachés à Rome sont majoritairement à droite. Les « nouvelles mœurs » sont défendues par la quasi-totalité de la gauche alors qu’elles mettent du temps à s’imposer en face…Pourtant la droite libérale a un positionnement économique guère catholique…c’est certain. 

Autre exemple, cette fois-ci plus historique : la Démocratie-chrétienne française avait envisagé la formation d’un grand parti politique au Centre gauche. Un « parti travailliste » regroupant les démocrates-chrétiens et les socialistes…Ce projet est né au sein de la Résistance avec notamment Gilbert Dru. Il a échoué à la Libération. Pourquoi ? La gauche peinait à s’allier avec les catholiques et cela malgré la grande fraternité de la résistance. La gauche est fondamentalement laïque, lui demander une telle fusion est contre son identité. L’Union sacré n’existe qu’en temps de guerre. De vraies et belles amitiés ont existé, mais à la Libération la politique a repris ses droits et dès 1944 le PCF faisait des coups très bas à de Gaulle et au MRP… 

Jean Lecanuet a retenté l’expérience dans les années 1960. Il avait même pour cela obtenu un rendez-vous avec le Grand Maître du Grand Orient (ça ne s’invente pas…). Que lui a dit le premier des Frères ? « Nous ne pouvons concevoir un parti où cohabiteraient ceux qui vont à la messe et ceux qui n’y vont pas ». L’homme au tablier avait au moins le mérite d’être clair… Cet échec n’a pas découragé Lecanuet qui a éliminé la référence chrétienne du MRP… Sur ces expériences malheureuses Pierre Pflimlin avait dit à Lecanuet : « N’êtes vous pas lassé de vous faire éconduire comme un amoureux qui s’obstinerait à courir après une belle qui ne s’intéresse pas à lui ».  

Pourquoi courir après la gauche ? 

Je crois honnêtement qu’avant de chercher à se lier avec les non-croyants, il faut d’abord que les chrétiens s’affirment. 

OUI : il faut d’abord reconstruire une authentique Démocratie-chrétienne ! 

OUI nous devons nous indigner. Nous devons passer à l’action ! Mais en assumant très clairement notre identité chrétienne. 

Vivons la Doctrine sociale de l’Eglise, aidons les plus pauvres, rebâtissons la Démocratie chrétienne de Frédéric Ozanam ! 

Si nous sommes vraiment nous-mêmes, ce n’est pas nous qui irons vers les autres Indignés…ce sont eux qui viendront à nous ! 

Indignons-nous…Mais en chrétien !

Faut-il désespérer de la politique ? Patrice de Plunkett apporte quelques éléments de réponse.

Notre ami journaliste Patrice de Plunkett est intervenu vendredi 7 octobre aux Etats Généraux du Christianisme sur le thème d’actualité « Faut-il désespérer de la politique ? » 

Voici le texte intégral de sa conférence sur son blog : plunkett.hautetfort.com.

Question difficile tant la situation actuelle ne nous incite guère à l’espérance. Crise économique, remise en question de la protection sociale, mondialisation libérale, échecs des hommes politiques, l’heure n’est pas à l’optimisme. 

Plunkett ne tombe pas dans les deux écueils qui guettent l’observateur chrétien : il n’y a ni angélisme, illusion béate d’un lendemain qui chante, ni pessimisme, fantasme sinistre d’un naufrage de notre civilisation. Il est réaliste, il reconnaît les graves injustices de notre temps : l’impunité des banquiers responsables de la crise, l’absence de remise en question des politiques actuelles…et pourtant il est plein d’espérance car il croit en une possible action des chrétiens. Mais pas des chrétiens seuls, car il considère comme possible et souhaitable l’alliance des croyants et des non-croyants. Alliance forgée autour de la doctrine sociale de l’Eglise, qui, rappelle t’il, ne s’adresse pas qu’aux seuls catholiques. 

Rendre l’espérance aux citoyens…Vaste programme qui passe par une remise en cause complète du système économique. Celui-ci est dans une impasse et il ne peut plus en sortir. Cette crise est historique et marque la fin d’un monde. Il ne faut pas que les chrétiens  « loupent le coche », car prendre ce tournant est la seule manière de rendre du sens à la politique. 

Patrice de Plunkett n’a pas peur d’avoir un discours « radical » qui ferait d’un socialiste soutenant François Hollande un bon centriste… 

En cela il se démarque aussi d’une certaine culture catholique française…Et il l’assume ! 

En effet on peut se poser la question : Pourquoi une grande partie des catholiques français se reconnaissent dans la droite ? Pourquoi les catholiques pratiquants, les plus fidèles à Rome, sont ancrés sur l’hémisphère droit de l’échiquier politique au point de se demander : Peut-on être catholique et de gauche ? Ce à quoi ils répondent souvent : bien sur que non ! La gauche étant pour eux un « axe du mal »… 

Cela est amusant car le blogueur catholique Koztoujours se moque souvent de la gauche et de son côté moralisateur en la surnommant « le camp du bien ». C’est vrai que les socialistes ont tendance au manichéisme…Mais la droite catho aussi ! Eh oui cher ami, nous retrouvons la même structure mentale de chaque côté du Rubicon politique… 

Patrice de Plunkett se moque de cette dualité et je suis entièrement d’accord avec lui. Ce clivage est stupide ! Mais hélas il est réel et il conditionne bien des comportements. 

Il y a des catholiques à gauche, mais soit on les voit peu, soit ils prennent trop souvent des postures « libérales ». Ils se disent « loin des dogmes » (en assimilant la morale sexuelle à un dogme ce qu’elle n’est pas), sont souvent loin de l’Eglise sur les questions bioéthiques et aiment se distancier de Rome…C’est dommage et c’est aussi à cause de cela que le PS est majoritairement, voire totalement, rallié aux nouvelles mœurs…eh oui, si il y a eu quatre-vingt députés de droite pour protester contre le gender dans les manuels scolaires c’est à cause du poids des catholiques au sein de l’électorat UMP… 

Mais pourquoi les cathos de droite ne protestent que contre le gender et pas contre la mondialisation libérale ? Pourquoi la bioéthique, la famille, l’école privée sont les seuls sujets où on entend les cathos ? La doctrine sociale de l’Eglise ne concerne pas que ces sujets, il y en beaucoup d’autres. Honnêtement, les propositions d’Arnaud Montebourg sur la démondialisation, le système bancaire et l’économie en général sont plus proches de l’enseignement de l’Eglise que l’essentiel du programme de Nicolas Sarkozy ! 

Bien évidemment Montebourg est rallié aux nouvelles mœurs…et là, les catholiques bloquent. Moi aussi je l’avoue ! Je rêve d’une sorte d’hybride entre Christine Boutin et le grand Arnaud ! Nous aurions là une vraie, puissante et belle Démocratie chrétienne. Une DC digne d’Ozanam et du MRP tel qu’il était en 1945 (après il s’est coupé de De Gaulle et s’est vautré dans l’Atlantisme…catastrophe historique). 

Ah si tous les chrétiens s’unissaient…Mais pas seulement, il faut aussi s’allier aux non-croyants. Je suis bien d’accord avec Patrice de Plunkett quand il dit : « Et cette lutte, il faudra la mener au coude à coude : croyants et incroyants, parce que la réalité est la même pour tout le monde. » Le seul bémol que je ferais : avant de s’allier avec les autres, commençons par affirmer nos choix politiques en tant chrétien. Faisons revivre la Démocratie chrétienne, j’insiste encore la dessus, pour qu’elle soit, enfin, fidèle à elle-même ! Faisons sauter ce maudit clivage droite-gauche, osons employer ces gros mots que la droite ne supporte pas : démondialisation, nationalisation des banques, osons refuser le libéralisme que se soit celui des nouvelles mœurs ou celui de l’économie !

Ensuite, une fois affermi et construite, la Démocratie chrétienne pourra s’allier avec d’autres courants pour bâtir ce nouveau monde.

Pour les chrétiens, l’heure est historique. Le capitalisme tardif est au bord de l’implosion. Notre système économique va mourir. Tous les indicateurs sont au rouge et sur les écrans d’ordinateur des économistes nous voyons ceci :

 Nous avons donc le choix : où nous décidons de conserver ce système en bon « conservateur » tout en rejetant les nouvelles mœurs pour garder un minimum de morale (ce qui confond éthique chrétienne et posture moralisatrice…une catastrophe).

Soit nous décidons d’accueillir et de construire un nouveau monde, celui de la civilisation de l’amour. Il implique de changer de système économique, et de renoncer à ce funeste libéralisme (tant financier que social).

Les chrétiens ont une pensée exceptionnelle. Nous avons eu, et avons encore, des philosophes, des économistes, des exemples prestigieux. Tout les courants de l’économie de communion, de l’anarchisme eucharistique (mot horrible pour un patron de droite), du commerce équitable et j’en passe, sont une matière première fantastique pour une action politique durable et efficace. Mettons-les en avant, invitons ces personnalités dans nos paroisses. Ce que dit Patrice de Plunkett sur les colloques catholiques est tristement vrai…continuons comme ça et l’Eglise finira au cimetière avec ce système économique vérolé !!!! 

N’ayons pas peur d’être nous-mêmes ! C’est le seul moyen de ne pas désespérer de la politique.

Christine, François et la Démocratie chrétienne

Samedi 8 octobre, Christine Boutin a inauguré son « Atelier de campagne » à Levallois-Perret. Inauguration qui fût aussi le lancement de sa campagne présidentielle. Dans son discours, elle a dit quelque chose qui m’a marqué et que la presse a tenu à souligner. Sans nommer François Bayrou (elle l’a désigne comme « le plus parisien des béarnais »), elle l’a attaqué fermement, voire durement, en disant : « Il se pare d’être un bâtisseur fiable. Il a surtout détruit. Il a détruit la démocratie chrétienne; il a détruit l’école, en l’abandonnant aux pédagogistes ; il a renié les valeurs permanentes qui ont fait la France, en se pliant aux règles du politiquement correct, que ce soit sur les questions de société ou sur la définition à donner au mot laïcité ». Ca casse…Et pourtant, je suis globalement d’accord avec elle, surtout avec sa première « accusation » : « Il a détruit la Démocratie chrétienne ». Cette assertion résume, à mes yeux, tout son propos. 

Oui, Bayrou à détruit la Démocratie chrétienne. Il l’a détruit au profit d’un « Centre » dénué de toute référence philosophique. Mais pourquoi ? Pour cela il faut remonter dans le temps. Remonter même avant François Bayrou, dans les années 1960 où le Mouvement Républicain Populaire disparaissait, notamment par le fait de Jean Lecanuet. 

La Démocratie chrétienne française a une longue histoire. Une histoire ponctuée d’échecs et de renaissances. Depuis ses origines avec Lamennais et surtout Frédéric Ozanam en 1848, elle n’a jamais connu de partis politiques puissants et connaissant une longévité comparable aux partis radicaux, communistes ou encore socialistes. La formation politique démocrate chrétienne la plus importante a été le Mouvement Républicain Populaire, fondé en 1944 et disparu en 1967. Son dernier leader, Jean Lecanuet, a clairement abandonné la référence démocrate chrétienne. Il a dirigé le MRP de 1963 à1965, a été candidat à la présidentielle de 1965 (où il a fait 15,57%), mais il a totalement occulté la ligne démocrate chrétienne. Il ambitionnait de rassembler les différentes formations « centristes » en un grand mouvement humaniste et en contestation avec le Général de Gaulle. Il a tenté des rapprochements avec les radicaux, les libéraux du CNI et des Républicains indépendants qui ont donné lieu à la création du Centre Démocrate, ancêtre de l’UDF. 

Lecanuet voulait ratisser large. Pour ne pas choquer les laïcs, libéraux, radicaux et démocrates-sociaux, il a supprimé le « chrétien » de démocrate-chrétien. Lecanuet avait même envisagé une alliance beaucoup plus vaste : il voulait fusionner avec l’aile droite de la SFIO (alors en crise). Mais il a été rattrapé par l’identité du MRP : les socialistes ne voulaient pas de « démocrates chrétiens », même quand ceux-ci se reniaient eux-mêmes. 

François Bayrou a le même raisonnement que Jean Lecanuet. Il refuse de se définir comme démocrate chrétien. Il dit toujours qu’il sépare ses convictions religieuses (qui sont réelles et profondes) et son travail politique. Une séparation stricte alors qu’en dirigeant l’UDF, puis le Modem il est l’héritier des mouvements issus du MRP. Il continue donc la déconstruction de la démocratie chrétienne qu’avait commencée Jean Lecanuet. 

Pourtant il y a des démocrates chrétiens au Modem, mais ils n’ont aucune visibilité à travers leur parti. 

Christine Boutin peut se permettre une telle sortie contre François Bayrou. En effet, elle dirige le seul mouvement se réclamant ouvertement de cette famille de pensée. Son intitulé, la référence à Robert Schuman, la défense des racines chrétiennes de l’Europe et de la France, la portée sociale de son programme, tout fait du Parti Chrétien-Démocrate le seul mouvement 100% Démocrate chrétien de l’échiquier politique français. 

La Démocratie-chrétienne connaît-elle une nouvelle jeunesse avec le PCD ? Il semblerait que la « politique de la terre brûlée » de Bayrou n’ait peut-être pas tout détruit…