Pour défendre Métronome, de Lorànt Deutsch.

« Le « Métronome » de Lorànt Deutsch, un livre idéologique ? » titre un article de la rubrique « culture » de Rue89 en date du 20 mai. Son auteur, Louis Lepron, s’en prend au livre à succès de Lorànt Deutsch en relayant des critiques d’historiens…Des critiques sur le contenu historique ? Oui, un peu, très peu même, car ce qui lui est reproché est moins certaines erreurs qu’une « vision de l’histoire, notamment « pro-royaliste », « anti-républicaine » et « anti-révolutionnaire ». Comme le dit clairement le titre de l’article : le sujet de la polémique est idéologique…

Louis Lepron n’a pas peur de s’attaquer à un ouvrage à grand succès (1.5 millions d’exemplaires vendus, une adaptation sur France 5, un salut unanime de la presse…), mais il prend le problème « par le mauvais bout de la raison » comme dirait Rouletabille. Pourquoi ? Lire la suite

Bien commun et tentation communautaire

La défense du mariage entre un homme et une femme, la protection de la vie, sont-elles des causes qui n’intéressent que les chrétiens ? Le droit à la vie est-il un dogme religieux, révélé, échappant à tout raisonnement et sa défense seulement dû à la foi de quelques croyants ? Le mariage monogame et hétérosexuel n’est-il qu’une institution religieuse, ne s’appuyant que sur des textes sacrés et des traditions cultuelles ?

La réponse est non. Défendre toute vie humaine, ainsi que la famille naturelle est au contraire l’acte le plus humain, le plus rationnel qui soit. Nous ne sommes pas dans le domaine de la théologie mais dans celui du bon sens…même si celui-ci n’est pas toujours suivi…

Deux personnalités ont évoqué ces questions aujourd’hui. Guillaume de Prémare, sur Urgence-com-catho, nous explique que « Le mariage n’est pas le bien propre des catholiques, c’est le bien commun de toute la Cité. »

Sur le droit à la vie, Patrice de Plunkett nous a donné un bel exemple de bon sens a travers un très beau texte de Marcel Pagnol, véritable icône de la République laïque. Dans cet extrait de l’eau des collines, Pagnol nous décrit Sparte, cité pratiquant allégrement l’infanticide au nom d’un eugénisme collectiviste et militariste. Le non-croyant Pagnol nous donne-là des arguments en faveur de l’accueil de la vie, pleins de bon sens et de justesse.

Voici le texte : Lire la suite

Quand un résistant chrétien parlait de Jeanne d’Arc

Aujourd’hui, deuxième dimanche de mai, nous fêtons sainte Jeanne d’Arc. Une figure émouvante, belle, célébrée dans l’histoire autant par les chrétiens que par de nombreux patriotes non-chrétiens. Hélas, elle a trop souvent été récupérée par des mouvements défendant des idées…très éloignées des siennes.

Je ne tiens pas à revenir sur l’exploitation de l’image, du symbole, de Jeanne. Je tiens juste à vous rapporter un très beau texte écrit par un jeune résistant catholique, Gilbert Dru, il y a soixante-dix ans, en mai 1942. Gilbert Dru était un des responsables de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) dans la région lyonnaise. Etudiant en lettres, il participa à la résistance au nom de sa foi et fut un des animateurs de la résistance chrétienne dans le Sud-est. Il était dans le groupe des « cahiers du témoignage chrétien », revue clandestine de résistance fondée en 1941 par le père Chaillet. Démocrate-chrétien convaincu, Dru a été un des inspirateurs du Mouvement républicain populaire. Il a été fusillé par les nazis le 27 juillet 1944, à Lyon sur la place Bellecour. Il avait 24 ans.

Gilbert Dru était outré de la récupération de Jeanne d’Arc par le régime de Vichy. Il décida d’écrire un texte très critique dans « les cahiers de notre jeunesse », revue officielle de la JEC. Cet article fut censuré…

Le voici : Lire la suite

Mgr Rey parle des présidentielles.

Les élections présidentielles de 2012, malgré des campagnes médiocres, ont révélé un phénomène original : le retour des catholiques dans la scène politique. Des fidèles laïcs, mais aussi le clergé, ont décidé de parler dans cette campagne électorale. Nous passons d’une discrète action « en chrétien » à un discours « en tant que chrétien ». 

Nous pouvons citer différentes interventions : le document de la Conférence des évêques de France du 3 octobre 2011, le livre « Quelle société voulons-nous ? » de Mgr Vingt-Trois, la vidéo réalisée par SAJE prod… Mais aussi en dehors du cadre ecclésial, au sein de la société civile : la Fraternité des Chrétiens Indignés. Dans les partis politiques, différentes organisations de laïcs (distinctement de l’Eglise bien sur) : les Poissons roses au PS, le PCD à droite. Enfin, hors tout cadre : le mouvement « Votons cohérent ». 

En un mot : ça bouge ! C’est très positif. Mais je souhaiterais revenir sur une déclaration : celle de Monseigneur Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon en date du 29 mars dernier.  Lire la suite

L’Agneau immolé et le Veau d’or

Notre époque troublée par la crise économique et financière émet des signes qu’il est bon de relever. Les conférences de carême qui se déroulent en ce moment à Notre Dame de Paris en sont un exemple frappant : L’Eglise de France n’a pas eu peur de prendre des intervenants tenant un discours critique, voire même de rupture, avec le néolibéralisme… 

La conférence du 11 mars, animée par le jésuite Gaël Giraud et par le Président de l’Autorité de Marchés financiers, Jean-Pierre Jouyet, est particulièrement éloquente…et salutaire ! Je ne compte pas vous la résumer, je vous recommande de la lire en intégralité sur le site des conférences de carême, néanmoins il y a un point que je trouve important…essentiel même tant il revêt une dimension « prophétique » : la comparaison entre notre époque mondialisée, libre-échangiste, consumériste, productiviste, voire même scientiste et l’idolâtrie du Veau d’or à laquelle se sont livrés les Hébreux dans le désert en attendant que Moïse ne redescende  du Sinaï. Lire la suite

Vous avez dit non-négociables ? (3)

Etre catholique et citoyen n’est pas une sinécure. Différentes personnalités, différents mouvements se réclamant de la foi chrétienne sont actifs sur le terrain politique et ils vivent différemment la campagne présidentielle et le cas de conscience qu’elle implique. Nous voyons apparaître différentes stratégies pour tenter de mettre en œuvre la doctrine sociale de l’Eglise sans bafouer les points non-négociables… Stratégies que l’on peut toujours discuter tant du point de vue de la cohérence que du point de vue de l’efficacité.  Lire la suite

Vous avez dit non-négociables ? (2)

Que faire ? La note doctrinale du 24 novembre 2002 appelle clairement les catholiques à refuser tout compromis allant à l’encontre des points non-négociables… Cela signifie t’il que les croyants doivent se retirer dans une tour d’ivoire, se couper du monde politique ? Non, l’Eglise nous appelle à nous opposer contre ce qui heurte nos principes.  Lire la suite

Vous avez dit non-négociables ? (1)

La campagne présidentielle a mis le monde catholique français en émoi… La plupart des chrétiens ne savent pas vers qui se tourner tant l’offre politique ne semble guère évangélique. Dans ce brouillard politique, nous avons avec nous quelques instruments de navigation : Outre une riche doctrine sociale, l’Eglise a défini des « points non-négociables ». Par définition, ces points sont des problématiques fondamentales sur lesquelles nous ne pouvons pas transiger… Ils sont formulés dans la note du 24 novembre 2002 du préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi de l’époque, un certain Joseph Ratzinger… Ce texte est essentiel, il résume une grande partie de la doctrine sociale de l’Eglise en nous donnant des clés pour comprendre et nous repérer dans la vie politique actuelle.  Lire la suite

Epatant Monseigneur Léonard

Mgr André-Joseph Léonard, archevêque de Malines-Bruxelles, a une réputation de « conservateur » qui fait qu’il a été à maintes reprises vilipendé et même entarté (si, si) par de prétendus « progressistes ». 

Mais qu’est-ce que ce conservatisme que certains lui reprochent ? Tout simplement sa fidélité à Rome, son opposition aux « nouvelles mœurs » et une certaine liberté de parole. 

Pour la messe de minuit, Mgr Léonard en effet exercé cette liberté de parole avec une homélie qui en a surpris plus d’un. Le journal La Libre Belgique a rapporté cet évènement. Voici les extraits les plus significatifs.  Lire la suite

L’Empereur-Dieu et le Christ-Roi

 « En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre -
ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. »
L’Evangile de la nuit de Noël, tiré de Luc, commence ainsi. 

Ce passage est troublant, et Luc à visé juste en utilisant les mots dont il s’est servi. Marie et Joseph quittent Nazareth pour Bethléem à cause du recensement impérial. Ce qui conduira Marie à mettre Jésus au monde dans cette petite étable. Le recensement n’est pas qu’un évènement qui a providentiellement permis à Marie de Nazareth d’accoucher à Bethléem et ainsi accomplir la prophétie de Michée. Non, Luc va plus loin. Lire la suite

Du Christ-Roi au 8 décembre

Dimanche 20 novembre nous allons célébrer la fête du « Christ, Roi de l’univers ». Le « Christ-Roi » est une fête instaurée par le pape Pie XI en 1925 avec l’encyclique Quas primas

Cette fête est belle, pleine de sens, mais aussi souvent mal comprise et mal utilisée. Sur son blog, Patrice de Plunkett a diffusé un texte très riche du père Robert Culat. Qu’est-ce que la royauté sociale du Christ ?  Lire la suite

Après l’affaire Castellucci : les blogs et le devoir d’information.

La blogosphère chrétienne connaît souvent des épisodes remuant. Ce fut le cas lors de la polémique qui a touché la représentation à Paris de la pièce de théâtre : « Sur le concept du visage du Fils de Dieu » de Romeo Castellucci. « L’affaire Castellucci » comme il convient de l’appeler a suscitée de très vives passions. D’abord il y a eu des appels à « Défendre le Christ » de la part d’organisation très à droite comme Civitas ou le Renouveau Français (entre autre). Puis, de nombreux blogueurs et personnalités ont exprimé une opinion divergente appelant les chrétiens à raison garder. J’ai été dans cette deuxième catégorie. 

Une polémique est née de la confrontation des deux points de vue. Commentaires de blogs, pages Facebook, tweets, propos radiophoniques, le débat était houleux pour ne pas dire âpre et violent. Certains ont été copieusement insultés commeMyriam Picardqui s’est fait maltraitée sur une station de radio se revendiquant de la bienséance… J’ai moi-même été malmené sur mon mur Facebook et j’ai même reçu un mél d’insulte très violent d’un petit jeune de 19 ans… 

Cette polémique terrible a été suivie d’une autre vague de discussion (plus soft que la précédente). En effet, un troisième point de vue est apparu qui ne concerne pas la pièce en elle-même : Certains blogueurs ont regretté que les divisions des chrétiens aient été étalées sur la place publique. Affirmant que « nous ne sommes pas seuls », ils semblaient déplorer les réactions à l’encontre des groupes extrémistes qui ont attaquéla pièce. Nonpour défendre Civitas, ils n’ont pas d’accointance avec eux, mais pour condamner ces divisions. 

J’avoue que ces déclarations m’ont laissé perplexe. Ils disent une vérité : les divisions font du tort à l’Eglise. Le Christ nous a appelés à l’unité. Je suis d’accord la dessus. 

Mais malgré tout je ne parviens pas à souscrire à ce discours. Pourquoi ? Lire la suite

Lettre ouverte à mon frère chrétien libéral (économique bien sur).

Cher frère, 
Comme tu le sais, la « lettre à mon frère » est à la mode. Bon nombre de bloggeurs se sont livrés à cet exercice, et après moultes hésitations j’ai décidé d’en écrire une. Une lettre à toi, cher frère dans l’Eglise qui défend le libéralisme économique avec autant d’énergie que tu défends « Notre-Seigneur-Jésus-Christ », « Notre-Saint-Père-le-Pape-Benoît-XVI » ou « La-Vie-à-naître ». 

 

Tu n’es pas un « tiède », loin s’en faut, et je suis le premier à t’en féliciter. J’admire même ton courage avec tes prises de position à rebours d’une société qui ne demande qu’à mieux connaître le Christ. 

 

Mais, cher frère, saurais-tu que le libéralisme économique ne se confond pas avec la Doctrine sociale de l’Eglise ? Car quand je lis certains de tes blogs favoris, j’ai l’impression que notre Pape serait un néo-libéral convaincu et un ardent défenseur du capitalisme… 

 

Mieux encore : la note du Conseil Pontifical Justice et Paix serait un texte ne remettant pas en cause le néo-libéralisme ! Ou pire : certains de tes sbires vont jusqu’à prétendre que Justice et Paix ne serait qu’une petite officine, obscure, loin du Pape et (comble du vice) infiltrée par des crypto-marxistes ! 

 

Cher frère : tes amis libéraux seraient-ils paniqués au point de se contredire ? Au point de nier l’évidence : le Saint Siège n’est pas libéral. 

 

Relisons ensemble un passage clés de ce grand texte : « Mais qu’est-ce qui a donc poussé le monde dans cette direction aussi problématique, pour la paix également ? Avant tout un libéralisme économique sans règles ni contrôles. Il s’agit d’une idéologie, d’une forme d’  « apriorisme » économique qui prétend tirer de la théorie les lois de fonctionnement du marché et celles dites lois du capitalisme, en en exaspérant certains aspects. » Oui tu lis bien : la cause de la crise est bien un  « libéralisme économique sans règles ni contrôles ». Et son auteur est sévère avec cette idéologie car il lui attribue la cause de la crise. Pas moins !

 

Le Vatican appelle à la régulation, à des institutions financières supranationales, à une taxe sur les transactions financières…On est loin de la main invisible d’Adam Smith !

 

Frère néo-libéral, le Saint Siège est dur avec ton idéologie…reconnais-le au moins. Alors évidemment tu vas me répondre que le Pape est nul en économie et qu’il devrait se contenter de faire de la morale sexuelle et de traiter des questions fondamentales: la capote, l’avortement, l’euthanasie, les homos etc…

 

Pourtant tu le sais : Quand on défend la vie, on la défend à 100%. Pas que les bébés, mais aussi leurs parents qui se font licencier parce que leur usine se fait délocaliser en Chine néolibérale populaire. Et puis les parents Chinois qui dans leur nouvelle usine venant d’Europe se feront exploiter employer 60 heures par semaine pour une poignée de Yuan. Tu aimerais bosser dans ses conditions ? Bien sur que non cher frère.

 

Alors tu me diras sans doute : Frère Charles, tu es de gauche ! Qui a donc nettoyé ta cervelle à la lessive Saint Marx ? Ah la la, mon fréro, la politique ce n’est pas si simple. Il n’y a pas les cocos d’un côté et les libéraux de l’autre. Le bien commun ce n’est pas une histoire d’idéologie.

 

Eh oui, parfois je lis que ce n’est pas la faute du marché mais celle des Etats. Que c’est la faute des marchés et pas celle des Etats… C’est pas moi : c’est lui. Frère mais c’est un argument de cour de récrée ! Il y a énormément de responsables dans cette crise. Les banques qui ont spéculé sans limite, les Etats qui ont fait sauter ces limites, et incités les particuliers à s’endetter. Les gouvernements qui ont fait gonfler cette fichu dette. Les spéculateurs qui ont joué comme d’autres jouent à la roulette. Et j’en oublie un paquet !

 

La vraie question n’est pas « qui est le salaud qui nous a mis dedans », mais plutôt comment en sommes nous arrivé là et que faut-il faire pour s’en sortir ! OUI, que faut-il faire !?! Car il faut agir et en premier ceux qui sont responsables du bien commun : les Etats.

 

J’entends tes cris de douleur quand j’ai prononcé ce mot que tu ne supportes pas : Etat. Pardonne-moi, je ne veux pas te faire de mal. Mais accepte le, il faut réguler le marché. Je ne parle pas de dirigisme, ni de collectivisme, juste de régulation. Pas d’idéologie, juste du bon sens. La régulation ne remet pas en question la liberté économique, celle de monter sa boite, de gagner sa vie, de vendre, d’acheter, d’échanger. Elle est juste là pour éviter que l’excès de liberté des uns réduise en esclavage les autres, c’est tout.

 

Tu sais cher frère que ce casino mondial qui nous met tous dans la m… provoque chez moi l’indignation. Eh oui, je suis un chrétien indigné. Et honnêtement, quand je vois les ravages de cette idéologie, je me dis qu’il y a vraiment de quoi.

 

Allez cher frère, indignons-nous en famille !

Le manifeste des Chrétiens Indignés : à diffuser très largement !

Les Chrétiens Indignés de France communiquent ! Leur manifeste est reproduit ci-dessous. J’adhère entièrement à leur démarche. Faisons circuler ce document important.


Petit groupe de lecteurs du blog de Patrice de Plunkett (http://plunkett.hautetfort.com), venus d’horizons différents, d’âges, de situations familiale et professionnelle très variées, nous avons en commun notre foi, notre appartenance à l’Eglise catholique et nos convictions sociales et politiques. Profondément interpelés par la crise qui traverse notre époque, nous nous interrogeons sur nos responsabilités et celle de notre entourage chrétien. 


Notre premier acte d’engagement consiste à prendre la parole.  


Nous associons notre voix à celle de tous ceux qui dénoncent depuis si longtemps le système économique néo-libéral qui régit économies et sociétés depuis près de trente ans. Disciples du Christ, nous ne craignons pas d’exprimer notre révolte contre un ordre profondément anti-évangélique dont les conséquences désastreuses ne peuvent plus être contestées. Ainsi :


Comme catholiques nourris depuis plus d’un siècle par une doctrine sociale généreuse, ambitieuse et crédible, pouvons-nous encore défendre un système économique qui ignore, méprise ou nie les valeurs humaines essentielles: la protection des plus faibles, la solidarité, les relations désintéressées, le don gratuit, le sens du renoncement, le dévouement à la collectivité ? Toutes ces valeurs ne sont-elles pas au cœur de l’exigence évangélique ?


Destinataires d’une création extraordinairement féconde, dont nous sommes regardés et désignés par notre Dieu comme les intendants prudents, pouvons-nous laisser se poursuivre les atteintes irréversibles dont elle fait l’objet sans protester avec indignation, et sans nous-mêmes montrer l’exemple par un comportement irréprochable ?


Héritiers d’un humanisme bimillénaire qui enracine toute notre tradition sociale et politique dans une très haute conception de la personne humaine, pouvons-nous ignorer plus longtemps que le  matérialisme assumé et agressif sous le régime duquel nous vivons renvoie de notre humanité une image déformée et enlaidie ? 


L’appartenance au Christ est une force totale qui ne laisse de côté aucun des aspects de la vie des hommes. Or il existe un vaste champ de transformation sociale largement ignoré des chrétiens, qui trop souvent ignorent que les actuels enjeux politiques vont bien au-delà des nécessaires questions éthiques (défense de la vie…). Oserons-nous reconnaître que le constat des injustices criantes  qui affectent les populations fragiles de notre terre, et les transgressions contre l’homme et la nature dont nous sommes chaque jour les témoins, sont un appel à transformer les structures mêmes de nos sociétés, et pas simplement à en corriger les effets désastreux ? Le paradigme libéral non seulement ne marche pas, mais il est indigne de l’homme. C’est notre responsabilité de chrétiens que d’affirmer cela, et de proposer un autre modèle conforme aux exigences de l’Evangile. 


Membres du groupe, nous nous regardons comme les premiers destinataires de cet appel, car le sentiment d’urgence qui nous saisit se heurte d’abord aux limites et aux contradictions de nos propres existences et à la modestie de nos moyens. Nous brûlons simplement de voir les chrétiens se mobiliser sur ces thèmes, et devenir une force généreuse de changement social. 


Que pouvons-nous faire ? 


1-    D’abord, tous nous convertir, et regarder enfin le monde qui nous entoure avec lucidité. Il nous faut faire le constat courageux que nous ne pouvons plus continuer à vivre comme nous le faisons, ni ignorer que le paradigme libéral sur lequel nos vies sont construites n’est pas durable et conduit l’humanité à sa perte. Il nous faut bien comprendre que tout se tient, et qu’il n’y a qu’une seule et même crise : elle est à la fois financière, économique, écologique, politique, morale et spirituelle. C’est la crise d’une humanité qui a perdu son chemin et simplement compromis ses chances de survie en ayant oublié les raisons de vivre. 


2-    Cette conversion entamée, il nous faut changer notre style de vie quotidienne, en vivant personnellement et en promouvant autour de nous une écologie complète et pleinement humaine. Nous pensons en effet que refonder notre société passe d’abord par l’adoption d’un mode de vie simple et respectueux de notre environnement, social et naturel. Changer de vie, c’est renoncer avec fermeté aux logiques de « croissance », d’accaparement et de consommation sans discernement qui caractérisent le mode de vie occidental et choisir, au nom de l’idéal de vie chrétien, de mener une existence sobre et joyeuse centrée sur l’essentiel. 


C’est ainsi que nous, membres de ce groupe, avons entamé dans notre vie personnelle et familiale ce changement nécessaire. Et c’est sans arrogance, mais déterminés à faire réfléchir et à mobiliser notre entourage, que nous vous en proposons le témoignage. Dans l’annexe à ce document, chacun des membres du groupe a accepté de résumer ce qu’il a changé dans sa vie, et pourquoi il l’a fait. Ces témoignages s’adressent à tous ceux qui se demandent quoi faire. En vous partageant ces facettes renouvelées de nos vies quotidiennes, nous affirmons que l’enjeu spirituel de nos existences ne peut être séparé de son enjeu social et collectif : être chrétien, c’est vivre différemment. Et au-delà des enjeux personnels et familiaux, changer nos vies maintenant, c’est déjà rendre possible la coexistence fraternelle des peuples de cette terre, tâche à laquelle nous chrétiens devons hardiment participer en luttant contre ce qui la menace et en défendant ce qui la rend possible.   


3-    Enfin à une plus large échelle, nous devons activement participer à promouvoir tout ce qui autour de nous oriente les hommes vers un avenir nouveau ! Disons-le pêle-mêle : des entreprises à taille humaine soucieuses de leur enracinement dans la société ; des échanges économiques libres mais subordonnés à des règles de solidarité impératives et débarrassés des artifices de la finance dématérialisée ; un mode de vie sobre, proche de la nature, de ses rythmes et des limites qu’elle nous impose, et qui, sans avoir peur de nous répéter, tourne définitivement le dos au modèle consumériste ; toutes les initiatives politiques qui tendent à faire vivre une conception renouvelée du bien commun, entendu dans une acception universelle, capable d’embrasser le sort des peuples proches ou lointains qui subiront directement ou indirectement les choix que nous faisons pour nous-mêmes ; etc. L’Eglise catholique nous adresse depuis quelques années de messages de plus en plus pressants qui sont autant d’appels à nous engager. Citons :



  • La Conférence des évêques de France, dans un document[1] écrit début 2011 : « L’économie libérale dérégulée nous offre comme seul horizon la consommation de toujours plus de biens matériels. La vacuité et la dangerosité d’un tel projet de société sont évidentes : il épuise la planète, réduit l’homme à un rôle de producteur/consommateur et mine la confiance indispensable à toute vie commune. […] Lorsque notre bonheur dépend uniquement des biens que nous possédons, alors les pauvres et les migrants deviennent des menaces et les mesures de sécurité supplantent les mesures de solidarité. »

  • Le Conseil Pontifical « Justice et Paix », qui écrivait[2] en octobre 2011 : « En libérant son imagination, l’homme libère son existence. Il est possible, grâce à un engagement d’imagination communautaire[3], de transformer non seulement les institutions, mais aussi les styles de vie, et de susciter un avenir meilleur pour tous les peuples. »

  • Benoît XVI lui-même, par exemple dans son message pour la Paix le 1er janvier 2010 : « Il est donc sage d’opérer une révision profonde et perspicace   du modèle de développement […]. L’état de santé écologique de la planète l’exige; la crise culturelle et morale de l’homme le requiert aussi et plus encore, crise dont les symptômes sont évidents depuis un certain temps partout dans le monde. […] Les situations de crise qu’elle traverse actuellement […] obligent à repenser le cheminement commun des hommes. Elles contraignent, en particulier, à adopter une manière de vivre basée sur la sobriété et la solidarité, avec de nouvelles règles et des formes d’engagement s’appuyant avec confiance et avec courage sur les expériences positives faites et rejetant avec décision celles qui sont négatives. »[4] 

Ainsi nous pourrons ouvrir en grand nos fenêtres sur le monde avec confiance et générosité, entendre l’appel à la justice qui résonne avec retentissement d’un bout à l’autre de notre terre, et laisser agir en nous l’Esprit de don qui attend notre engagement pour se manifester. 


Notre petit groupe est encore en construction, et nous ne savons pas encore quelle direction nous prendrons. Si vous souhaiter vous joindre à nous, ou simplement vous tenir au courant de ce que nous devenons, faites-le savoir en nous écrivant sur : chretiensindignonsnous@yahoo.fr 





[1] Grandir dans la crise, document de la Conférence des évêques de France – Conseil Famille et Société,  Paris, Bayard Cerf Fleurus/Mame, 2011



[2] Pour une réforme du système financier et monétaire international dans la perspective d’une autorité publique à compétence universelle, Conseil pontifical « Justice et Paix », Cité du Vatican, 2011



[3] En italique dans le texte



[4] Si tu veux la paix, protège la création, Message de sa Sainteté Benoît XVI pour la célébration de la journée mondiale de la paix, 1er janvier 2010

De l’état de siège à l’esprit d’Assise

Paris a vu ces jours-ci certains évènements pas très glorieux pour « les cathos ». Le théâtre de la Ville, où était joué la pièce de Romeo Castellucci « Sur le concept du visage du fils de Dieu », a été littéralement pris d’assaut par des manifestants chrétiens. 

Vous connaissez mon point de vue sur cette pièce et sur la réaction à avoir. Je n’ai pas changé ma position. Je ne jette de pierres à personne. Ces gens ont certainement un amour sincère pour le Christ. Mais je n’aime pas la violence qui se dégage de cet évènement. Des prières chantées comme des cris de guerre, des actes physiques (jet d’œufs, d’huile de vidange sur le public) et pour finir l’atmosphère délétère du débat qui a suivi… Sur Facebook  j’ai été insulté très violemment par un jeune de ces mouvements. 

J’ai été tenté de vous reproduire les lignes que ce jeune homme (il a 19 ans) m’a envoyé…Mais non, ça ne sert à rien. Ces insultes vulgaires, sales, haineuses n’ont pas à être divulguées. Cela n’est hélas guère surprenant, regardez le site internet d’un de leurs mouvements (celui dont le nom figure sur la banderole), vous verrez qu’il n’ a rien de catholique. Juste du nationalisme, la nostalgie du 6 février 1934 (ils en fêtent l’anniversaire…) et puis…quelques claquements de bottes. 

Avec ces gens nous voyons se dessiner une mentalité : celle de l’état de siège. Ils sont terrés dans leur citadelle, refusant le monde tel qu’il est. De temps à autre ils font une sortie, âpre et violente, sans concession pour le monde moderne qu’ils exècrent.

 Mais l’actualité ne se résume pas à ces pathétiques exactions. Il y a un vrai évènement, un évènement mondial : le 25eme anniversaire de la rencontre d’Assise ! 

Il y a 25 ans, le Pape Jean-Paul II accueillait les dignitaires de presque toutes les religions du monde. Par cette rencontre était amorcé le dialogue interreligieux. Les chefs spirituels priaient ensembles pour la paix. Evènement extraordinaire et message puissant délivré au monde moderne qui assimile trop souvent foi et violence. 

NON, la religion n’est pas la guerre ! Bien au contraire le fait religieux est dans la nature de l’homme et peut être porteur de paix. 

Cette année Benoît XVI a décidé d’élargir encore la rencontre : toute les religions sont représentées, mais aussi des intellectuels athées comme Julia Kristeva. 

Mais pourquoi Assise ? 

Parce que cette rencontre est illuminée par le personnage de Saint François d’Assise. C’est lui qui a tenté le premier dialogue interreligieux de l’histoire en tentant un dialogue avec le sultan d’Egypte Al-Kamel. Chose impensable à l’époque. François était un homme de paix et de dialogue, il refusait la violence… 

L’Esprit d’Assise, le dialogue avec l’autre, celui qui est différent, qui parfois est considéré comme un ennemi ou au moins comme un rival. Voila qui est à l’opposé de l’esprit d’état de siège de nos chers croisés… 

Vivons l’Esprit d’Assise ! Quand quelque chose nous choque, au lieu d’agresser son auteur, allons plutôt lui parler. Tous le monde en sortira grandit !

Le Pape et l’Autorité publique universelle : un document choc.

Le 24 octobre, le Conseil pontifical Justice et Paix a publié un document très attendu : Pour une réforme du système financier et monétaire international dans la perspective d’une autorité publique à compétence universelle. Il s’agit d’une proposition du Saint Siège dans le cadre de la lutte contre la crise financière.

Le texte n’est pas de la main de Benoît XVI mais il a son entière approbation. Justice et Paix parle au nom du Pape sur les questions politiques et sociales. Ce dicastère est dirigé par le Cardinal Peter Turkson, prélat d’origine Ghanéenne. Il est notamment connu pour ses critiques envers la multinationale Monsanto…

Ce texte est très intéressant car il s’inscrit dans la suite de l’encyclique Caritas in Veritate. Le Pape appelait déjà à la création d’une Autorité publique à compétence universelle pour le gouvernement mondial de la finance. Le document de Justice et Paix développe cette question.

Il est difficile de résumer en quelques lignes une note de treize pages. Je vais donc évoquer quelques points.

Ce document part de la crise actuelle, qui est non seulement économique mais qui est susceptible d’avoir des conséquences sur la paix. Il tente d’apporter une explication à cette situation :

« Mais qu’est-ce qui a donc poussé le monde dans cette direction aussi problématique, pour la paix également ? Avant tout un libéralisme économique sans règles ni contrôles. Il s’agit d’une idéologie, d’une forme d’  « apriorisme » économique qui prétend tirer de la théorie les lois de fonctionnement du marché et celles dites lois du capitalisme, en en exaspérant certains aspects. »

La traduction n’est pas très belle, mais le contenu est clair. La cause du problème est l’ultralibéralisme, cette idéologie qui refuse toute régulation du marché y compris au niveau mondial. Certains esprits chagrins diront peut-être que cela ne vise pas le libéralisme mais l’absence de réglementation…Non, le texte est clair et son auteur insiste à plusieurs reprises sur « l’idéologie néolibérale ». Donc ne faisons pas dire au Saint Siège ce qu’il ne dit pas.

Le texte développe donc sur les ravages du néolibéralisme et des idéologies liées : l’utilitarisme (ce qui est utile à l’individu, est utile à la communauté), et la technocratie (les solutions sont exclusivement techniques). Le bien de tous ne passe pas que par ce qui est utile à chacun, le Saint siège vient ajouter à cela un principe de solidarité. Quant à la technique, elle ne peut répondre à tous les problèmes, au contraire il y a avant tout une question éthique : cette crise est surtout une crise morale.

Solidarité, éthique, régulation de l’économie mondiale, cela ne peut avoir lieu que dans le cadre d’une autorité publique mondiale dont le but est de servir le bien commun.

Vaste programme ! Justice et paix qualifie cette autorité de supranationale (ce qui va faire hurler nos souverainistes, fussent-ils de bons catholiques).

Son objet ? « Elle a pour but de favoriser l’existence de systèmes monétaires et financiers efficients et efficaces, c’est-à-dire de marchés libres et stables, disciplinés par un ordonnancement juridique approprié, fonctionnels au développement durable et au progrès social de tous, et s’inspirant des valeurs de la charité et de la vérité. »

Nous sommes loin de l’ultralibéralisme. Il s’agit donc d’une autorité garantissant un échange commercial libre mais régulé, organisé, permettant le progrès social des peuples et dans le respect de la création. Nous sommes loin de la « main invisible » d’Adam Smith !

Evidemment cela ne se fera pas d’un coup et le texte développe les différentes phases de constitution de l’autorité.

Ce n’est pas non plus une organisation aplatissant les cultures, un totalitarisme mondial : « Une Institution supranationale, expression d’une « communauté des nations » ne pourra exister longtemps, si, (…) les diversités des pays ne seront pas reconnues ou pleinement respectées ». L’unité mondiale ne peut se faire que dans la diversité, et dans le respect du principe de subsidiarité comme le précise le texte plus loin.

Principe de subsidiarité mais aussi principe de solidarité entre les Etats, la société civile mondiale et l’Autorité publique universelle.

Le Saint Siège reconnait le long chemin pour parvenir à un tel « gouvernement mondial » (le mot figure dans le texte), et il propose qu’il soit mis en place à partir de l’ONU qui serait réformée.

« Le fruit de ces réformes devrait être une plus grande capacité dans l’adoption des politiques et des choix contraignants parce qu’orientés vers la réalisation du bien commun local, régional et mondial. »

Contraignants : ce gouvernement mondial n’est pas « international » mais « supranational ». La seule institution comparable à ce projet est l’Union Européenne, dont le droit communautaire prime sur le droit national. Tout comme l’Europe unie, l’autorité mondiale se fera par le multilatéralisme. Le Vatican explique clairement qu’il faut passer de la gouvernance mondiale, de forme intergouvernementale, au gouvernement mondial, multilatéral avec une institution supranationale.

Il fait référence à une solidarité fiscale mondiale. Cela implique donc des taxes mondiales, ressources propres de l’autorité universelle pour constituer une réserve financière mondiale et instruments de régulation économique. Ces taxes toucheraient les transactions financières.

Critiquant intelligemment le système financier actuel et les faiblesses des instances actuelles, le document appelle à la création d’une banque centrale mondiale conçue sur le modèle des banques centrales nationales.

En conclusion le texte reconnait les vices mais aussi les aspects positifs de la mondialisation. Le monde s’unifie, les peuples coopèrent entre eux. Mais cela doit être organisé afin que surgisse un état de droit mondial.

« Seul un esprit de concorde, qui surmonte les divisions et les conflits, permettra à l’humanité d’être vraiment une seule famille, jusqu’à concevoir un monde nouveau avec la constitution d’une Autorité publique mondiale, au service du bien commun. » 

Alors : Utopie ou projet réaliste ?

C’est difficile à dire, mais il faut espérer qu’il soit réaliste. Nous ne pouvons pas en rester là. Ce libre-échange sans la moindre régulation ruine nos économies, fait plonger dans la misère des millions de famille, détruit des emplois par les délocalisations et réduit en esclavage les travailleurs du sud. Soit la mondialisation est maitrisée par une Autorité mondiale, soit les Etats devront se protéger par des politiques de protectionnisme ne serait-ce qu’au niveau régional. L’idée d’Arnaud Montebourg n’est pas insensée bien au contraire.

Donc il nous faut soit une Autorité mondiale digne de ce nom, soit une politique de démondialisation.

Indignons-nous de ce Casino mondial et faisons circuler ce document révolutionnaire !

Indignons-nous encore et toujours !

Défendons le Christ ! Tel est le mot d’ordre, pour ne pas dire le cri de guerre, des nouveaux croisés. Cela a pris la forme de prières collectives dans le but de perturber les représentations de pièces de théâtres blasphématoires. Où la prière est utilisée comme un moyen de pression…on est loin de ce qu’elle est réellement : l’union à Dieu. 


D’autres combattants sont allés plus loin : ils ont balancé de l’huile de vidange sur les spectateurs… ils ont fini au poste de police. 


Vous connaissez mon avis : ces individus font du tort à l’Eglise. Ils donnent une image réactionnaire et même néo-fasciste (certaines organisations présentes se revendiquent du fascisme) de la foi chrétienne…tout ce qu’elle n’est pas ! 


Ce comportement m’indigne. Oui ! Je suis indigné que des catholiques se comportent comme ça ! Non seulement ils bafouent l’Evangile en faisant le contraire de ce que dit le Christ mais en plus ils font une publicité énorme pour ces spectacles. Leur producteur doit se réjouir de cette propagande ! 


Cela veut-il dire qu’il ne faut pas défendre le Christ ? 


Bien sur que non ! Mais tout dépend par ce que l’on entend par « défendre le Christ ». 


Je l’ai déjà dit précédemment, agresser des spectateurs, utiliser la prière comme une arme ne sont pas des attitudes conformes à l’Evangile…en faisant cela on ne défend pas le Christ : on le crucifie ! 


Défendre le Christ, c’est défendre le pauvre. Car Jésus nous l’a dit : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Car j’avais faim et vous m’avez donné à manger, j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venu jusqu’à moi !’ Alors les justes lui répondront : ‘Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? Tu avais donc faim et nous t’avons nourri ? Tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? Tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? Tu étais nu et nous t’avons habillé ? Tu étais malade ou en prison…quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?’ Et le Roi leur répondra : ‘Amen, je vous le dis, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » Mt 25, 34-40.  


Au contraire quand Pierre a voulu « défendre » Jésus physiquement, le Christ lui répondu : « Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée » Mt 26, 52. 


Eh oui : défendre le Christ ce n’est pas partir en croisade (elles ont toutes été des échecs) mais venir en aide au pauvre qui est comme le Christ sur terre. 


La cause des pauvres, la cause de la justice sociale…Ce ne sont pas des spectacles stupides, que tout le monde aura oublié dans deux mois, qui doivent nous indigner ! Mais c’est plutôt ce système financier pervers qui ruine des millions de familles ! 


Oui ! Les Indignés, que certains cathos d’extrême droite détestent, sont plus proches des Evangiles que les Godefroy de Bouillon du Théâtre de la Ville ! 


Alors chrétiens, Indignons-nous ! Suivons l’exemple des Protest Chaplains, ces jeunes chrétiens épiscopaliens New Yorkais qui ont rejoint le mouvement Occupy Wall Street ! 


Ne nous laissons pas intimider par ceux qui assimilent les Indignés aux extrémistes qui ont saccagés une église et agressés des fidèles. Ce n’étaient pas les Indignés mais les « Black blocs », ils n’ont pas de lien avec le mouvement qui est par nature non-violent.  


Mais il est vrai que cette confusion avantage beaucoup de gens… 


Indignons-nous !

Christianophobie : que faire ?

Christianophobie. Le mot sonne comme un titre de film d’horreur. Ca fait peur, ça glace le sang. Nous autres cathos français découvrons qu’il y a des gens qui ne nous aiment pas. Pire : il semblerait que nous sommes attaqués non pas sur nos travers sociologiques mais sur notre foi ! Golgotha Pic-nic, Sur le concept du visage de fils de Dieu sont deux pièces de théâtres particulièrement violentes contre la personne du Christ. A côté, Piss Christ d’Andrès Serrano fait figure de petit canular… 

C’est dur. Le Sauveur lui-même est agressé. Il semble que la Passion continue. Nous autres chrétiens, que devons nous faire ? C’est là que le bât blesse. Parmi les catholiques nous trouvons deux tendances majeures : 

-          L’une veut résister. Défendons le Christ ! Lancent-ils comme un cri de guerre. Ils décident de riposter par différents moyens. Pétitions, actions parla prière. Ils disent non. Mais souvent avec des moyens disproportionnés, des propos exagérés. L’Institut Civitas est à la pointe du combat. Certains évêques les soutiennent. Par exemple Mgr Aillet, l’évêque de Bayonne.

-          L’autre a un discours différent. Défendre Jésus bien sûr…Mais ils se questionnent. Le remède ne serait-il pas pire que le mal ? Ne faudrait-il pas tenter un dialogue avec les auteurs des blasphèmes. Le blogueur Koz est de ceux là. 

Mais alors que faire ?  

Riposter à tout prix n’est pas sans rappeler l’attitude de Saint Pierre au Mont des Oliviers. Devant l’arrestation de Jésus il brandit son épée et trancha l’oreille de Malchus, un des gardes du Temple. Mais Jésus réprimanda Pierre : « Qui attaque par l’épée, périra par l’épée » Jn 18.10-11. Et Jésus ramassa l’oreille coupée et la recolla sur la tête du soldat. La victime fait un ultime geste de charité envers celui qui est venu l’arrêter pour le mener vers un supplice infâme. 

Dans cette victimisation, dans ces déclarations souvent brutales, n’y a-t-il pas un peu de l’attitude de Pierre ? Déjà avant la Passion, Pierre avait dit à Jésus qu’il ne laissera personne lui faire de mal. Et Jésus lui répondit vertement : « Arrière Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des Hommes ! » Mc 8.32-33 Le Christ avait reconnu là l’Esprit du monde. 

Riposter à tout prix contre ces blasphèmes, n’est pas aussi succomber à l’Esprit du monde ? Pointer du doigt « les agissements de secrètes officines » n’est-ce pas tomber dans une mentalité conspirationniste ? Hélas une éminente personnalité de l’Eglise le fait en écrivant ceci à Civitas… C’est stupide, si ces officines sont secrètes comment le sait-il ? On est en plein enfantillage. 

Faire des scandales de ce genre n’est pas se comporter comme les musulmans ? Faut-il les imiter ? Nous ne sommes pas comme eux, nous nous professons l’amour véritable. Le Christ n’a rien à voir avec Mahomet, il n’a pas fait la guerre mais il a guérit un soldat venu l’arrêter et à pardonné à ses bourreaux. 

Chercher à tout prix à faire comme les musulmans n’est-ce pas une islamisation de notre foi ? Ce qui est un comble puisque les pires croisés sont également des « islamobsédés »… Mais nous l’avons vu précédemment, les islamobsédés ont la même structure mentale que les islamistes. 

Bien sur il faut défendre la foi comme l’on fait les apologètes dès le début du christianisme. Mais honnêtement, pousser des cris d’orfraie devant Piss Christ ou Golgotha Pic-nic, n’est-ce pas aussi faire de la publicité à ces conneries ? 

En communication il y a quelque chose qui est pire que toutes les polémiques, toutes les attaques et toutes les calomnies : l’indifférence. Ne pas parler d’un évènement, c’est tuer cet évènement. 

Alors je crois qu’il faut cesser de s’offusquer. Bien sur ces spectacles sont pitoyables mais les réactions brutales ne servent à rien. La proposition de Koz de tenter un dialogue, de faire preuve de pédagogie est beaucoup plus intelligente et efficace. Nous serons là dans une attitude plus proche de celles des apologètes que de celle de Pierre succombant à l’Esprit du monde…

Faut-il désespérer de la politique ? Patrice de Plunkett apporte quelques éléments de réponse.

Notre ami journaliste Patrice de Plunkett est intervenu vendredi 7 octobre aux Etats Généraux du Christianisme sur le thème d’actualité « Faut-il désespérer de la politique ? » 

Voici le texte intégral de sa conférence sur son blog : plunkett.hautetfort.com.

Question difficile tant la situation actuelle ne nous incite guère à l’espérance. Crise économique, remise en question de la protection sociale, mondialisation libérale, échecs des hommes politiques, l’heure n’est pas à l’optimisme. 

Plunkett ne tombe pas dans les deux écueils qui guettent l’observateur chrétien : il n’y a ni angélisme, illusion béate d’un lendemain qui chante, ni pessimisme, fantasme sinistre d’un naufrage de notre civilisation. Il est réaliste, il reconnaît les graves injustices de notre temps : l’impunité des banquiers responsables de la crise, l’absence de remise en question des politiques actuelles…et pourtant il est plein d’espérance car il croit en une possible action des chrétiens. Mais pas des chrétiens seuls, car il considère comme possible et souhaitable l’alliance des croyants et des non-croyants. Alliance forgée autour de la doctrine sociale de l’Eglise, qui, rappelle t’il, ne s’adresse pas qu’aux seuls catholiques. 

Rendre l’espérance aux citoyens…Vaste programme qui passe par une remise en cause complète du système économique. Celui-ci est dans une impasse et il ne peut plus en sortir. Cette crise est historique et marque la fin d’un monde. Il ne faut pas que les chrétiens  « loupent le coche », car prendre ce tournant est la seule manière de rendre du sens à la politique. 

Patrice de Plunkett n’a pas peur d’avoir un discours « radical » qui ferait d’un socialiste soutenant François Hollande un bon centriste… 

En cela il se démarque aussi d’une certaine culture catholique française…Et il l’assume ! 

En effet on peut se poser la question : Pourquoi une grande partie des catholiques français se reconnaissent dans la droite ? Pourquoi les catholiques pratiquants, les plus fidèles à Rome, sont ancrés sur l’hémisphère droit de l’échiquier politique au point de se demander : Peut-on être catholique et de gauche ? Ce à quoi ils répondent souvent : bien sur que non ! La gauche étant pour eux un « axe du mal »… 

Cela est amusant car le blogueur catholique Koztoujours se moque souvent de la gauche et de son côté moralisateur en la surnommant « le camp du bien ». C’est vrai que les socialistes ont tendance au manichéisme…Mais la droite catho aussi ! Eh oui cher ami, nous retrouvons la même structure mentale de chaque côté du Rubicon politique… 

Patrice de Plunkett se moque de cette dualité et je suis entièrement d’accord avec lui. Ce clivage est stupide ! Mais hélas il est réel et il conditionne bien des comportements. 

Il y a des catholiques à gauche, mais soit on les voit peu, soit ils prennent trop souvent des postures « libérales ». Ils se disent « loin des dogmes » (en assimilant la morale sexuelle à un dogme ce qu’elle n’est pas), sont souvent loin de l’Eglise sur les questions bioéthiques et aiment se distancier de Rome…C’est dommage et c’est aussi à cause de cela que le PS est majoritairement, voire totalement, rallié aux nouvelles mœurs…eh oui, si il y a eu quatre-vingt députés de droite pour protester contre le gender dans les manuels scolaires c’est à cause du poids des catholiques au sein de l’électorat UMP… 

Mais pourquoi les cathos de droite ne protestent que contre le gender et pas contre la mondialisation libérale ? Pourquoi la bioéthique, la famille, l’école privée sont les seuls sujets où on entend les cathos ? La doctrine sociale de l’Eglise ne concerne pas que ces sujets, il y en beaucoup d’autres. Honnêtement, les propositions d’Arnaud Montebourg sur la démondialisation, le système bancaire et l’économie en général sont plus proches de l’enseignement de l’Eglise que l’essentiel du programme de Nicolas Sarkozy ! 

Bien évidemment Montebourg est rallié aux nouvelles mœurs…et là, les catholiques bloquent. Moi aussi je l’avoue ! Je rêve d’une sorte d’hybride entre Christine Boutin et le grand Arnaud ! Nous aurions là une vraie, puissante et belle Démocratie chrétienne. Une DC digne d’Ozanam et du MRP tel qu’il était en 1945 (après il s’est coupé de De Gaulle et s’est vautré dans l’Atlantisme…catastrophe historique). 

Ah si tous les chrétiens s’unissaient…Mais pas seulement, il faut aussi s’allier aux non-croyants. Je suis bien d’accord avec Patrice de Plunkett quand il dit : « Et cette lutte, il faudra la mener au coude à coude : croyants et incroyants, parce que la réalité est la même pour tout le monde. » Le seul bémol que je ferais : avant de s’allier avec les autres, commençons par affirmer nos choix politiques en tant chrétien. Faisons revivre la Démocratie chrétienne, j’insiste encore la dessus, pour qu’elle soit, enfin, fidèle à elle-même ! Faisons sauter ce maudit clivage droite-gauche, osons employer ces gros mots que la droite ne supporte pas : démondialisation, nationalisation des banques, osons refuser le libéralisme que se soit celui des nouvelles mœurs ou celui de l’économie !

Ensuite, une fois affermi et construite, la Démocratie chrétienne pourra s’allier avec d’autres courants pour bâtir ce nouveau monde.

Pour les chrétiens, l’heure est historique. Le capitalisme tardif est au bord de l’implosion. Notre système économique va mourir. Tous les indicateurs sont au rouge et sur les écrans d’ordinateur des économistes nous voyons ceci :

 Nous avons donc le choix : où nous décidons de conserver ce système en bon « conservateur » tout en rejetant les nouvelles mœurs pour garder un minimum de morale (ce qui confond éthique chrétienne et posture moralisatrice…une catastrophe).

Soit nous décidons d’accueillir et de construire un nouveau monde, celui de la civilisation de l’amour. Il implique de changer de système économique, et de renoncer à ce funeste libéralisme (tant financier que social).

Les chrétiens ont une pensée exceptionnelle. Nous avons eu, et avons encore, des philosophes, des économistes, des exemples prestigieux. Tout les courants de l’économie de communion, de l’anarchisme eucharistique (mot horrible pour un patron de droite), du commerce équitable et j’en passe, sont une matière première fantastique pour une action politique durable et efficace. Mettons-les en avant, invitons ces personnalités dans nos paroisses. Ce que dit Patrice de Plunkett sur les colloques catholiques est tristement vrai…continuons comme ça et l’Eglise finira au cimetière avec ce système économique vérolé !!!! 

N’ayons pas peur d’être nous-mêmes ! C’est le seul moyen de ne pas désespérer de la politique.

Quand Scorsese veut adapter « Silence » de Shûsaku Endô…

Qui ne connait pas Martin Scorsese ? Un très grand cinéaste américain et aussi un des plus tourmentés. Nous autres cathos le connaissons surtout par son film scandale : La dernière tentation du Christ  où, bien avant le Da Vinci code, il nous présente  un Christ succombant à Marie-Madeleine…Choc ! Ce film était l’adaptation d’un roman de Nikos Kazantzakis, écrivain grec qui avait une vision bien à lui de Jésus. Scorsese voulait en découdre avec l’Eglise…Un compte à régler car il a une relation conflictuelle avec la foi chrétienne. Pourquoi ? Il a été séminariste dans sa jeunesse et il a ensuite perdu la foi…une blessure secrète, vive qu’il exprime dans plusieurs de ses films. Par exemple dans Gangs of New York avec Daniel Day-Lewis et Leonardo Di Caprio, les allusions à un Dieu absent au milieu de la souffrance des Hommes sont légions. Des Hommes tourmentés par la culpabilité, des Hommes confrontés au mystère du mal, à la folie sont des thèmes récurrents de sa filmographie : Taxi driver avec Robert de Niro, Shutter Island avec encore une fois Di Caprio reprennent ces sujets dans une ambiance sombre et désespérée brillamment mise en scène par le cinéaste. 

Sombre, désespérée…ces atmosphères chères à Scorsese nous révèlent beaucoup de sa tourmente et de son questionnement intérieur. 

J’ai été surpris de lire dans la presse qu’il voulait adapter Chinmoku, Silence en Japonais. C’est l’une des œuvres les plus importantes de Shûsaku Endô, un des plus grands écrivains nippon du XXème siècle…et, chose surprenante, c’est un écrivain catholique ! Oui, catholique, alors que ce pays contient une très faible proportion de chrétiens. 

Scorsese veut adapter un écrivain catholique ! Aurais t’il retrouvé la foi ? 

Pour tenter d’élucider le mystère, j’ai lu Silence. Un livre passionnant, mais aussi très dur. Il se déroule au début du XVIIème siècle peu après la tentative d’évangélisation du Japon par Saint François Xavier. Le pays est alors dirigé par les « Shogun », l’Empereur n’ayant qu’une fonction symbolique. Le livre commence au moment où les missionnaires ont été expulsés par le gouvernement, et où les chrétiens (près de 300 000 personnes et peut-être plus) sont persécutés et forcés à apostasier en piétinant une image pieuse : l’efumi, en Japonais. C’est l’époque des martyrs de la ville de Nagasaki qui ont été béatifiés par Jean-Paul II et que nous fêtons le 28 septembre. Mais tous les missionnaires n’ont pas quitté le Japon, un jésuite portugais, Christophe Ferreira est resté sur place, très discrètement. 

Mais voila, une nouvelle terrible arrive en Europe : Ferreira aurait publiquement abjuré la foi chrétienne ! Cette information fait l’effet d’un séisme car il était considéré comme un brillant théologien et un homme à la foi inébranlable…Il était perçu comme un saint. 

C’est alors que trois missionnaires portugais, qui ont été les élèves de Ferreira, décident d’aller au Japon. Ils désirent reprendre l’œuvre évangélisatrice, aider les chrétiens persécutés…Mais aussi tenter de sauver leur maître. 

Cette mission sera un chemin de croix. Sébastien Rodrigues, François Garrpe, Jean de Sainte Marthe (qui restera à Macao pour cause de maladie) vont connaître les pires souffrances. Le récit est centré sur Rodrigues et nous voyons ses peurs, ses angoisses et surtout…Ses doutes. Les deux prêtres seront les témoins du système le plus pervers qui soit pour éliminer la foi du Japon : contraindre les prêtres à apostasier en torturant devant eux les fidèles. Une fois devenu apostat, le prêtre devient un instrument du pouvoir en place pour décourager les chrétiens. 

Cette persécution est horrible, et je dirais même : satanique. Ils parviennent à dégouter les missionnaires d’eux même, de les contraindre à ne plus croire en l’évangélisation du pays. 

« Ce pays est un marécage(…) chaque fois que vous plantez un jeune arbre dans ce marais, sa racine commence à  pourrir, ses feuilles à jaunir et à sécher. Et nous, dans ces paludes, nous avons planté le jeune arbre du christianisme. » Dit Ferreira. Il ne croit plus en l’universalité de la vérité. Il a perdu la foi en l’Evangile. 

Devant le mal et sa victoire apparente, Sébastien Rodrigues entre dans une nuit obscure. Il fait l’expérience du silence de Dieu. Il vit ce que le Christ à vécu à Gethsémani : l’angoisse, la tentation du désespoir, de croire en l’inutilité de sa mission. Là, Shûsaku Endô reprend des thèmes chers à Georges Bernanos, nous ne sommes pas loin de Sous le soleil de Satan. Il décrit un terrible combat spirituel qui passe par l’illusion que ce combat est perdu…ultime ruse du mal : faire croire qu’il a gagné ! Car l’apostasie de ce prêtre est-elle une victoire du démon ? Où plutôt serait-ce une autre forme de martyre ? Car ces prêtres ayant perdu leur identité (ils sont obligés de prendre des noms japonais), leur liberté pour devenir des instruments du pouvoir (ils rédigent sous la contrainte des manuels antichrétiens), ces prêtres ne sont-ils pas des confesseurs de la foi enfermés dans des prisons spirituelles ? Sébastien Rodrigues, malgré une apparente apostasie, garde toujours la foi. Il a abjuré pour sauver les fidèles de la mort… Comme Pierre, son reniement ne signifie pas son abandon. Il exprime notre faiblesse devant l’horreur absolue de la persécution. Souffrances qui sont le prolongement de la Passion du Christ sur la croix. 

L’Eglise a connu un terrible martyre au Japon, mais cela ne signifie pas pour autant que ce pays n’est pas fait pour accueillir l’Evangile. Endô a voulu nous montrer la difficulté de l’évangélisation de ce pays et les cas de consciences immenses qu’ont connus les missionnaires. 

La foi chrétienne n’est pas morte au pays du Soleil levant. Il y a encore des chrétiens. Pendant des siècles ils ont survécu en l’absence de tout contact avec l’Eglise. Ils se réunissaient secrètement pour prier, pour lire la Bible. Au XXème siècle des missionnaires français ont pu entrer dans l’Archipel. Ils ont retrouvés ces fidèles des catacombes et cela à donné de magnifiques témoignages. Lors du bombardement atomique de Nagasaki, des milliers de chrétiens sont morts. Les survivants se sont battus pour que cette ville pardonne aux américains. Nagasaki, par le biais notamment de Tadeshi Nagaï, figure chrétienne du Japon, est devenue une ville militante pour la paix. 

Non, le Japon n’est pas un marécage. L’arbre de l’Evangile n’a pas pourri dans les terres humides. Il a juste été atrocement déraciné par les maîtres du pays. Quelques graines ont subsisté et un petit arbre est là, bien vivant. 

Espérons que Martin Scorsese mette son talent au service de l’intuition de Shûsaku Endô. A moins qu’il ne se concentre que sur la nuit de la foi que traverse le héros… 

De grands acteurs seront au rendez-vous : Daniel Day-Lewis est pressenti pour jouer Ferreira, Benicio Del Toro pour Rodrigues, Gael Garcia Bernal pour Garrpe. Il est actuellement en pré-production et devrait sortir courant 2013.

Par-delà Ben Laden et Breivik : vivre ensemble après le 11 septembre.

Coexister. C’est le nom d’une association promouvant, et vivant, le dialogue interreligieux. Elle a été fondée à Paris le 11 septembre 2003 par des jeunes chrétiens, juifs et musulmans. Son but est d’œuvrer pour la paix en montrant que les fidèles des trois religions monothéistes peuvent vivre ensemble dans la paix. 

Vivre ensemble…Depuis le 11 septembre 2001, la machine infernale du choc des civilisations semble enclenchée. Al-Quaïda a déclaré la guerre à la civilisation occidentale, et certains « chrétiens » (croyants ou pas) répondent à cette guerre par des provocations. Le « Coran burning day » aux Etats-Unis, les « apéros saucisson pinards » en France, ou pire : la folie meurtrière d’Oslo, par Anders Behring Breivik. 

Peut-on encore vivre ensemble ? Les partisans du dialogue interreligieux et les artisans de paix disent que oui. Mais d’autres sensibilités, plus radicales, soutiennent que non. Je n’apprécie pas beaucoup l’attitude de ces derniers, qui refusent toute rencontre avec le musulman. Mais cette attitude mortifère est hélas présente dans notre pays, et il faut en parler. 

L’obsession de l’Islam 

Dans un de ses articles, le blogueur Koztoujours a employé une formule originale : l’Islamobsession. C’est cette curieuse manie qu’ont certains extrémistes de voir partout les signes de l’invasion de la France par des hordes sarrasines. 

L’obsession de l’Islam connaît un public varié : Les plus connus sont des catholiques traditionnalistes qui se retrouvent dans des organisations très actives sur le net. Pas besoin de leur faire de la publicité, leurs sites sont déjà suffisamment connus. Mais il y a aussi les laïcistes de Riposte laïque et les néo-païens du « Bloc identitaire »…Ces traditionnalistes ont de curieux alliés.

Tous évoquent régulièrement l’Islam comme étant une menace pour la France et ils agitent le spectre d’une France devenue une République Islamique dans un horizon plus ou moins proche. Ce futur fantasmé porte le nom « d’Eurabia », contraction d’Europe et d’Arabie. Cette idée circule dans toute l’Europe mais aussi aux Etats-Unis.

Le tueur d’Oslo, Anders Behring Breivik est l’archétype de l’Islamobsédé. Il incarne mieux que tout autre cette violence extrême générée par la phobie de l’Islam. Certains disent qu’il est une exception du fait qu’il serait fou… Sur sa santé mentale, les psychiatres sont partagés. Il est certain que cette froideur, cette absence de remord et ces propos étranges indiquent qu’il a pris quelques distances avec la réalité. Maisce personnage a de nombreux supporters…Faites l’expérience sur Facebook en tapant « Breivik ». Vous tomberez sur un grand nombre de pages condamnant l’assassin d’Utoya, mais vous trouverez aussi cette page. Elle est favorable au sinistre norvégien… Je vous averti : ça fait froid dans le dos. Breivik est montré en héros, ses crimes sont justifiés voire même encouragés.

Toujours au sujet de l’affaire norvégienne, des propos effrayants ont été tenus en France par des membres du Front National. Le tueur est comparé à Charles Martel et à un héros de l’Occident…

Mais cela ne s’arrête pas à des soutiens à Breivik. D’autres individus ne cachent pas leur souhait de participer directement au choc des civilisations. La presse a évoqué cette semaine cette invraisemblable, mais véridique, appel au meurtre sur une page Facebook. Un message laconique : «Égorger les musulmans à la place des moutons. » Le message appelle à des meurtres pour la fête de l’Aïd, le 6 novembre prochain. Ca se passe de commentaire.

Enfin, l’émission de France 2 « Les infiltrés » a défrayé la chronique il y a un an en filmant de l’intérieur une organisation d’extrême droite à Bordeaux : Dies Irae. Les images, les propos sont effrayants. Violence, haine, ce groupuscule va jusqu’à préparer une milice armée sur le modèle des organisations paramilitaires américaines. Regardez cette émission, vous trouverez tous les ingrédients de la plus glauque obsession de l’Islam. Le péril musulman revient dans la bouche de certains comme une idée fixe. Ces individus justifient la plus horrible violence pour lutter contre une prétendue « invasion ». C’est quasiment pathologique : une obsession…

Voici l’émission : http://youtu.be/FSOGYCSI0bE

Comme le dit le journaliste : ils rêvent de guerre civile et s’y préparent…

D’autres Breivik existent. Ils sont peut-être moins fous que lui car ils n’oseront pas prendre le risque d’une vie passée en prison. Mais ils sont là et nous ne sommes pas à l’abri d’attaques terroristes de ce genre.

Mais les antimusulmans le savent-ils : Ils ont beaucoup plus de points commun avec les terroristes islamistes que de divergences…Regardons leur mécanisme de plus près.

Islamistes et Islamophobes : même combat ?

Nous trouvons chez les obsédés de l’Islam un raisonnement proche de celui des islamistes. Paradoxalement, les catholiques traditionnalistes islamobsédés ont rigoureusement la même structure mentale que les suppôts de Ben Laden. On peut faire un parallèle comparable en remplaçant les tradis par les laïcistes ou les néo-païens. Mais nous limiterons notre analyse aux catholiques réactionnaires.

Pourquoi dire qu’il y a identité de structure mentale ? Etudions leurs principaux traits de caractère les uns après les autres :

Leurs angoisses sont étrangement symétriques :

  • Pour Al-Quaïda : La crainte d’un monde musulman occidentalisé.
  • Pour les islamobsédés : Un Occident islamisé, « l’Eurabia ».

Leur refus du monde contemporain au profit d’un passé glorifié :

  • Le monde musulman est trop moderne pour Al-Quaïda : certaines dictatures Arabes sont trop laïques, trop libérales ou au contraire trop socialistes (cas de la Libye de Kadhafi).
  • L’Occident renie ses valeurs pour les chrétiens intégristes. Eux aussi considèrent que les Etats occidentaux sont trop laïcs, trop libéraux ou, pour certains, trop socialistes.

Leur même condamnation d’un hypothétique « ennemi de l’intérieur » :

  • Pour Al-Quaïda les dirigeants Arabes sont liés de près ou de loin aux Etats-Unis. Ce sont non seulement des apostats, mais aussi des gouvernements serviles et soumis à l’Occident.
  • Les chrétiens intégristes condamnent clairement les démocraties occidentales car elles sont jugées trop molles avec l’Islam. Ils agitent le spectre de « l’Allahïcité », une laïcité favorable à l’Islam selon eux. Ils évoquent aussi la notion de Dhimmitude, la soumission des chrétiens dans un monde islamisé. Pour eux : nos démocraties ont des mentalités de Dhimmis.

Un même rejet du multiculturalisme :

  • La vulgate islamiste ne tolère aucune forme de dialogue avec les autres religions. Leur discours est clair : il faut chasser les infidèles de la terre d’Islam. L’origine d’Al-Quaïda remonte à l’installation des bases Américaines dans le Golfe Persique : un sacrilège à leurs yeux.
  • Les islamobsédés ont la phobie du métissage. Il n’est pas rare que les discours racistes cohabitent avec l’islamophobie. Enfin, Breivik avait une haine farouche de la société multiculturelle. De plus, ils rejettent catégoriquement le dialogue interreligieux. La rencontre d’Assise de 1986 est généralement pour eux un scandale.

Un même projet politique : Le règne de la forme politique de leur religion sur un immense territoire perdu ou tombé dans la décadence :

  • La restauration du Califat pour Al-Quaïda.
  • Reconquérir la chrétienté, pour les chrétiens islamophobes. Le nom de certaines de leurs organisations en témoigne.

A noter sur ce dernier point : ces deux idéologies sont des nostalgies d’un empire perdu. Le Califat a disparu en 1918, l’essentiel du monde musulman est sous influence occidentale depuis lors (influence politique ou même seulement culturelle). De même, la notion de chrétienté a été balayée depuis la Révolution française et ses suites.

Une même vision noire du monde :

  • Al-Quaïda ne cultive aucune forme d’espérance.
  • Quand on regarde les sites et les blogs des obsédés d’l’Islam, on se demande si leurs auteurs ne sont pas de profonds dépressifs…Que des mauvaises nouvelles, aucune espérance…

Une culture de l’ennemi :

  • Tous les islamistes, a fortiori Al-Quaïda, entretiennent l’idée d’une lutte contre un ennemi juré, un « Grand Satan » : L’Occident avec les USA comme leader et Israël en poste avancé au Proche-Orient.
  • Les réseaux antimusulmans ont tous un adversaire qui revient sans cesse dans leur discours : l’Islam. Discutez avec un Islamobsédé, il ne restera pas trois minutes sans vous parler du « péril islamique ».

Il est bon de préciser que cette culture de l’ennemi est entretenue par des théories conspirationnistes. Pour les Islamobsédés, les démocraties trop molles avec l’Islam le sont à cause d’un complot des Francs-maçons. Pour les islamistes, une conspiration juive dirige l’occident. Il n’est pas rare de trouver des négationnistes parmi eux. Le gouvernement Iranien a d’ailleurs organisé des rencontres internationales négationnistes.

Oui…mais, m’objecterez-vous, les intégristes chrétiens n’ont pas envoyé d’avions contre les Tours géantes de Dubaï…C’est vrai, il y a beaucoup moins de terrorisme occidental que de terrorisme islamiste. Mais, hélas, nous avons aussi nos folies meurtrières, et avec les obsédés de l’Islam tout est possible. Les milices comme Dies irae se préparent pour une hypothétique guerre civile…Céderont-ils à l’impatience ? Espérons que non.

Sortir du choc des civilisations pour vivre ensemble.

La réalité ne ressemble en rien à celle décrite par les islamobsédés ni par celle des islamistes. Ce sont des raisonnements de désespérés devant un monde en mutation qu’ils n’acceptent pas. La chrétienté n’existe plus, le califat non plus…Pour eux c’est inacceptable !

Le choc des civilisations n’est pas inéluctable et il n’est pas souhaitable. La majorité des musulmans et des chrétiens ne demandent qu’à avoir une vie normale.

Il y a de vraies questions qui se posent avec le développement de l’Islam en France, mais ce n’est pas avec des obsessions morbides que nous régleront le problème, loin de là.

Le dialogue interreligieux, une laïcité bien vécue (n’ayant aucun rapport avec celle de 1905), la reconnaissance de l’identité de chacun sont des éléments pouvant construire un vivre ensemble durable car ils s’appuient sur des réalités.

Mais tout cela nécessite une réflexion de fond sur la laïcité. Ce sera l’objet d’un prochain article.