Hier soir, une page s’est tournée. Les Français ont désigné, à une très courte majorité, François Hollande à la Présidence de la République. L’heureux élu a été chaudement acclamé par ses supporters, tant à Tulle qu’à la Bastille et Nicolas Sarkozy a fait un beau discours, plein de retenue et de « fair play ».
Mais, si la campagne présidentielle vient de s’achever, une autre vient de commencer : celle des élections législatives.
Les législatives sont moins exposées médiatiquement, et pourtant elles sont peut-être plus importantes. En désignant les députés, les électeurs confirmeront ou infirmeront les orientations du locataire de l’Elysée. Mais aussi, la droite va connaître sa première campagne de l’après-Sarkozy… Dans un laps de temps très court, les anciens lieutenants de Sarko vont prendre des décisions stratégiques essentielles qui vont impacter, peut-être durablement, le visage de la droite et du centre-droit dans notre pays.
L’enjeu est de taille : l’UMP continuera-t-elle le discours droitier de ces dernières semaines ? Marine Le Pen parviendra t’elle à s’allier l’aile droite de l’UMP pour mieux la faire exploser ? Le centre-droit se reconstituera t’il ? Ou plus simplement : que va devenir la droite ?
Nous aurons les réponses à ces questions après les législatives. Pour le moment nous ne pouvons faire que des hypothèses et émettre des vœux. Pour ma part, je préfère me cantonner à la deuxième possibilité : les vœux.
Je dois vous l’avouer, la perspective d’une droite éclatée, dont une aile serait absorbée dans un rassemblement bleu marine ne m’enthousiasme guère. Nous aurions un déséquilibre entre une droite extrême plus puissante que jamais et un centre-droit dispersé, désuni et privé de leader. Bien-sur, ce centre-droit pourrait en profiter pour s’unifier, se structurer et il se trouverait bien un ténor pour lui donner le « la ». Mais hélas il pèserait trop peu et il serait contraint de s’allier avec cette super-droite…quitte à perdre certaines de ses valeurs.
Non, je préfère une autre hypothèse. Une droite regardant davantage vers le Centre-droit, plus proche de ses valeurs historiques, en un mot : plus humaniste. Oui, plus humaniste, parce que la droite française, dans son histoire, n’est pas un mouvement populiste aux relents nationalistes et stigmatisant certaines catégories de la population. La droite française a pour figures tutélaires des hommes comme : le Général de Gaulle, Robert Schuman ou son homonyme Maurice Schumann, Georges Pompidou, Jacques Chaban-Delmas, Antoine Pinay, Joseph Fontanet, Pierre Pflimlin, Jean Lecanuet, Edmond Michelet, Louis Terrenoire, etc.
Ce sont des hommes qui n’ont jamais défendu le repli sur soi, la peur de l’autre et la fin des libertés…Non, de Gaulle c’est la France Libre, la Résistance et les grandes avancées sociales de la Libération. Robert Schuman est le fondateur de la Communauté Européenne, apôtre de la paix et de l’amitié entre les peuples. Maurice Schumann était la « voix de la France Libre » et il devint après un grand homme d’état. Jacques Chaban-Delmas était l’homme de la « Nouvelle société » en 1974. Tous étaient des hommes du rassemblement et de l’ouverture à l’autre.
Ils étaient aussi des hommes de la fermeté : ils n’acceptaient pas la compromission sur des valeurs essentielles.
Gaullistes, démocrates-chrétiens, libéraux ou radicaux, tous avaient en commun d’être du centre-droit et de la droite. Aucun ne lorgnait vers un extrémisme diviseur.
Il est à espérer que la droite se reconstruise autour de ses valeurs qui sont inscrit dans son « code génétique ». Retrouver ces familles de pensées en les reconstituant et en les fédérant pourrait être une belle solution. Un grand pôle gaulliste, un autre libéral, un démocrate-chrétien et un radical, pourraient se retrouver dans une grande confédération. Je rejoins la dessus l’opinion d’autres blogueurs (et amis) qui se sont exprimés récemment. L’UDF historique, qui était un puissant parti de gouvernement fédérant ces familles (sauf les gaullistes) donnait un poids politique considérable au centre-droit. Cette union est la grande absente de la vie politique française. Les petits partis qui se disputent son héritage, et le Modem qui dérive à gauche, ne sont pas parvenu à constituer le grand contrepoids centriste que l’UMP avait besoin. Le résultat s’est fait sentir : le sarkozysme a été aspiré par une force centrifuge qui a sans doute amené des voix frontistes au Président, mais a épouvanté l’électorat modéré… Une présidentielle se gagne au centre…et se perds aux extrémités.
Bien sur, nous pouvons soutenir que l’écart entre les deux a été très faible. Mais il est à craindre qu’un tel raidissement du discours n’ait eu de funestes conséquences sur le long terme…car il n’est pas dans la tradition humaniste de la droite française.
Lors des législatives une voix originale va s’élever : celle de la nouvelle démocratie-chrétienne. Le Parti Chrétien-Démocrate présente cent candidats à la députation. Nous pouvons citer Patrick Rougevin-Baville à Vendôme, dans le Loir-et-Cher, Hugues Foucault dans l’Indre, Geneviève Masson à Paris, Audrey Levavasseur en Seine-Saint-Denis, François Le Forestier dans la Sarthe, Gauthier Blin à Lyon, Daniel Lallemant en Lorraine mais aussi Franck Margain, Vice-Président du PCD et brillant économiste dans le XIIeme arrondissement de Paris.
Egalement, dans le Rhône, Jean-François Debiol se présente en assumant son appartenance à la Démocratie-chrétienne. Candidat UMP« Droite sociale », il s’inscrit dans la tradition catholique sociale lyonnaise.
Tous ces candidats sont des signes forts du retour de la Démocratie-chrétienne sur la scène politique. Ils incarnent une famille de pensée qui a toute sa place au sein d’une droite fidèle à son identité humaniste et patriotique. Tout le contraire d’une « droitisation » nationaliste et exclusive…