Le Gouvernement serait-il mal-à-l’aise avec l’écologie ?

Delphine Batho et son successeur, Philippe MartinIl semble que François Hollande ait du mal avec l’écologie… beaucoup de mal même. Le limogeage de Delphine Batho semble confirmer ce malaise. En effet, celle-ci a eu le malheur de critiquer un projet de budget contenant de très grosses coupes au détriment du ministère de l’écologie. Ministère qui se trouve dans la situation peu enviable de plus gros perdant du nouveau budget ! 

Tout un symbole ! Ce qui peut nous laisser penser que le gouvernement Ayrault considère l’écologie comme la cinquième roue du carrosse républicain… et nous le pensons sérieusement, tant cet évènement n’est pas le seul symptôme : avant madame Batho, c’est Nicole Bricq qui a fait les frais d’une éviction pour cause de désaccord avec le gouvernement socialiste sur les forages au large de la Guyane. 

Pour le binôme Hollande-Ayrault un bon ministre de l’écologie serait-il un ministre muet ? On peut se le demander car d’autres personnalités du gouvernement ont émis des critiques, comme par exemple Arnaud Montebourg, mais celles-ci ne sont pas limogées. 

Autre épisode du malaise gouvernemental avec l’écologie : le projet d’aéroport Notre-Dame-des-Landes près de Nantes, la ville de Jean-Marc Ayrault. Malgré l’opposition très énergique des écologistes, le gouvernement ne lâche rien et il n’a pas peur de réprimer ses opposants. 

Voilà qui tranche avec le discours écologique de François Hollande durant la campagne présidentielle. Ses promesses sur la transition écologique ne sont pas encore tenues, et les associations écologiques sont très sceptiques devant ce gouvernement. 

Il n’est pas bon d’être écolo en ce moment. Pourquoi ? Difficile de répondre. Selon certains, l’écologie est perçue par la plupart des gens comme une question secondaire. Ainsi, en période de crise, les gouvernements la mettent de côté. C’est ce qui explique la formule de Nicolas Sarkozy « L’écologie ça commence à bien faire » de la fin de son quinquennat (en pleine crise économique) qui tranchait avec la signature du pacte écologique et le Grenelle de l’environnement du début de son mandat. Ce qui est regrettable. 

D’autre part, le poids électoral de l’écologie politique est très faible. Europe-Ecologie-Les-Verts a eu un score ridicule aux élections présidentielles. Si ce parti existe encore, c’est parce que le PS lui accorde deux ministères et des sièges au Parlement par des accords électoraux. 

EELV est très doué en cuisine électorale, même si cette cuisine n’a rien de Bio car son parrain socialiste en a cure de l’écologie. Et nous pouvons avoir de sérieux doutes sur le caractère réellement écologique d’EELV tant ils semblent davantage intéressés par les questions sociétales que les questions environnementales… Honnêtement à quoi cela sert d’avoir des parlementaires écologistes si c’est pour qu’ils militent pour le mariage pour tous, la PMA, la GPA et l’euthanasie ? C’est toute la question de l’écologie humaine qui est posée ici, or EELV fait, au rabais, de l’écologie environnementale en omettant complètement l’écologie humaine… fatale contradiction qui atteint la crédibilité du mouvement. 

Et pourtant notre époque est dans une urgence écologique. Le progrès technique avance à pas de géants et il amène avec lui un cortège de questions éthiques. Nous sommes comme dans les années 1960 où les mouvements écologistes se sont constitués pour la sauvegarde du patrimoine naturel. De nombreuses espèces étaient menacées par la construction des autoroutes, par l’urbanisation galopante, la création des centrales nucléaires, la pêche industrielle, les rejets dans la mer etc. La technique faisait beaucoup de promesses à l’Homme, mais la prudence était de mise car le progrès fulgurant des trente glorieuses n’était pas sans risque sur les écosystèmes et donc sur l’habitat humain. L’écologie environnementale née à cette époque était déjà humaine car elle incluait l’Homme dans ses préoccupations, notamment les questions de santé publique liées à la pollution. Elle était déjà une écologie intégrale car l’écologie environnementale marche main dans la main avec l’écologie humaine : on ne peut protéger l’Homme sans protéger son environnement et réciproquement. 

Aujourd’hui nous entrons dans une nouvelle dimension de l’écologie. Le progrès technique atteint des sommets et il permet, entre autre, de manipuler le vivant dans son essence… y compris l’Homme. Manipulations génétiques, fabrications artificielles d’êtres humains, la science permet de concevoir la vie en dehors du cadre naturel. Et les limites sont repoussées chaque jour : par exemple des scientifiques travaillent actuellement sur la possibilité de concevoir un enfant à partir de trois personnes… vous lisez bien, ce n’est pas de la science-fiction. D’autres chercheurs tentent de procréer à l’aide de deux spermatozoïdes ou deux ovules ; enfin des recherches sur l’utérus artificiel sont conduites. 

La nature même de la filiation est remise en question par le progrès scientifique… et bientôt la nature même de l’Homme : une des idéologies les plus à la mode actuellement aux Etats-Unis est le Transhumanisme. Une idéologie qui ne vise rien de moins à améliorer l’être humain par la technique : manipulations génétiques, implants de puces électroniques tout est bon pour permettre à l’Homme de dépasser sa condition, d’avoir des facultés dopées, d’obtenir de nouveaux « pouvoirs » et même de devenir immortel. Certains imaginent même pouvoir « télécharger » la conscience d’une personne dans un ordinateur…Bref, le transhumanisme veut que l’Homme se transforme en un « post-humain », homme nouveau qui ne sera plus un être humain mais une créature nouvelle, quasi-divine. Il s’agit bien sûr d’une utopie vouée à l’échec, et je ne crois pas que l’Homme puisse devenir un Dieu par la technique. En revanche, il a la capacité de se détruire s’il se prend pour Dieu et s’il oublie ses limites. 

Interpeller l’Homme quand il dépasse ses limites, quand il a un usage déraisonné de la technique est la vocation des écologistes. Or, je ne vois pas EELV dans ce rôle, au contraire il semble qu’ils aient succombé aux sirènes d’une pseudo-modernité. Ce qui est dommage car ce mouvement a été créé par de véritables écologistes et que l’idée d’une action politique écologiste n’est pas sans intérêt. 

L’avenir sera riche en questionnements écologiques et plus que jamais nous avons besoin d’une écologie humaine, c’est-à-dire intégrale car conjointe à l’écologie environnementale. La constitution du courant pour une Ecologie humaine par Tugdual Derville, Pierre-Yves Gomez et Gilles Hériard-Dubreuil est sans doute une des réponses aux questions écologiques actuelles. Elle n’est pas la seule car ce courant n’est pas politique mais « métapolitique » : il féconde des initiatives prises par ses participants dans toutes sortes de secteurs de la société. 

Ainsi, il est à espérer que ce courant porte de nombreux fruits dans notre pays.  

 

Mon intervention sur ce sujet au blog-note de Radio Notre Dame.

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2 réflexions au sujet de « Le Gouvernement serait-il mal-à-l’aise avec l’écologie ? »

  1. Ping : Le Gouvernement serait-il mal-à-l’...

  2. Dans les débats de années 60 qui ont débouché sur l’institution des Parcs Nationaux, il y avait aussi la question du tourisme. Il y avait eu ensuite de forte pression pour écorner le Parc de la Vanoise au profit de liaison entre les stations de sport d’hiver!

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